Publié le 22 Août 2018

Une histoire d'amitié

Avant-propos.

Histoire d’amitié nécessite un éclaircissement. Cette nouvelle a suscité deux sortes de réaction : compréhension et approbation, d’une part, mais, aussi, d’autre part, perplexité quand pas rejet, aussi bien de la part de lecteurs algériens que français.

On reprocha à l’histoire son invraisemblance. Cependant, les faits relatés sont quasi auto-biographiques, à l’exception de l’épilogue tragique. Concernant ce genre de fête dite du « sacrifice » (Aïd alkabir : Grande Fête), seule la méconnaissance de la réalité pourrait laisser croire à une non conformité avec les faits.

On contesta également la proposition de deux épilogues opposés. Or, il m’a semblé intéressant de laisser le destinataire participer, en choisissant librement un final lui offrant l’occasion de réfléchir au fait relaté. En outre, une nouvelle de Maupassant, dont le titre m’échappe, employa un procédé identique. Et même si la littérature n’a jamais eut recours à ce procédé, quelle « loi » littéraire interdirait de l’inventer ? Sans transgression, ou plutôt sans innovation, la littérature ne serait-elle pas restée à Homère ou à l’Ancien Testament, faisant des auteurs venus après simplement des copieurs-reproducteurs ?… S’il faut tout expliquer, voici la justification du double épilogue. Le premier suggère ce qui, malheureusement, aurait pu et pourrait arriver ; le second propose ce qui est à espérer.

Une lectrice française a parlé de « pathétique outré ». Encore là, je n’ai fait que reporter fidèlement la réalité, me permettant uniquement de la « romancer » pour en extraire une production littéraire. En son temps, et toute proportion gardée, que n’a-t-on pas reproché au « Misérables » de Victor Hugo, à ce propos. Ce n’est pas l’auteur qui est pathétique, c’est, hélas !, la réalité. Durant l’occupation nazie à Paris, Picasso fut convoqué chez le chef allemand de la Gestapo. Celui-ci indiqua au peintre une reproduction de son œuvre « Guernica », et lui demanda rudement : « Qui a fait ça ? » Picasso répondit calmement : « Vous ! ». L’auteur authentique ne fait que communiquer la réalité avec fidélité, sans tenir compte des impératifs de la mode dominante.

Enfin, un esprit cantonné dans une interprétation littérale, et sans « ijtihâd al kabîr » (Grand effort, à savoir intellectuel) du message coranique, pourrait voir une critique de l’Islam dans certains propos tenus par un enfant. Or, celui-ci se limite simplement à employer sa raison, en évoquant la Miséricorde divine, telle que l’innocente bontté enfantine peut la concevoir.

Voici, alors, le texte de la nouvelle.

Commémoration

La fête approchait !…

Pour l'enfant de cinq ans, c'était la plus belle des nouvelles. Au moins, ainsi, pour quelques jours, il oubliera l'insuffisance de la nourriture à la maison, et, si le père disposerait d'un peu d'argent, il lui achèterait un bel habit à mettre le jour du Grand Aïd, la grande fête musulmane.

« Ah ! Quelle joie ! Quel bonheur ! » pensa Karim. Ses parents lui avaient donné ce beau nom ; il signifie « généreux ».

Dans la rue, l'enfant vit quelques moutons marcher gaîment, guidés par un berger. « Oh ! Comme ils sont jolis ! » s'émerveilla Karim. C'était la première fois qu'il voyait autant de moutons.

Il s'en approcha. En les suivant, sa petite main se tendit vers l'un deux et le caressa, avec douceur, longuement.

« Eh ! Éloigne-toi ! » lui enjoignit le berger.

L'enfant écarta sa main puis demanda :

- Où les emmènes-tu ?

- Au marché ! répondit l’autre en rigolant.

- Et pourquoi ?

- Mais pour l'Aïd !… Ton papa, lui aussi, devrait en acheter un.

Cette information excita l'enfant. Tout joyeux, il courut à la maison.

Sa mère l’accueillit.

- Maman, ça va être l'Aïd, n'est-ce pas ?

- Bien sûr.

- Alors, papa achètera un mouton ?!

Une légère mélancolie assombrit les yeux de la femme, marrons clairs, grands et doux. Depuis que le petit était né, à chaque fête, le salaire du père, simple ouvrier dans une entreprise de ferraille, n'avait permis d'acheter qu'un peu, un tout petit peu de viande.

- Papa, insista l'enfant, nous achètera un mouton, n'est-ce pas ?

La mère connaissait son fils. Il fallait lui répondre, sinon il ne la laisserait pas tranquille. Elle répliqua, pour le calmer :

- Quand il retournera du travail, on le saura.

À peine celui-ci revenu à la maison, dans ses habits de travail, un peu salis par les différents produits manipulés, Karim se précipita vers lui, tout content :

- Papa ! Tu nous achèteras un mouton, n'est-ce pas ?

L'homme fut surpris par la question. Trop de soucis lui avaient fait oublié la fête prochaine : le loyer mensuel à payer, les prochaines factures d'eau et d'électricité. L'évocation de la fête n’eut comme effet que de lui rappeler un problème supplémentaire : le prix de la viande allait inexorablement augmenter, pour satisfaire la cupidité des marchands. C'était, pour ainsi dire, leur manière de célébrer la fête et de manifester leur croyance religieuse.

- Dis, papa ! Alors, tu nous l'achèteras !

Le père regarda son enfant avec embarras. Le maigre salaire lui permettait d'acheter seulement quelques parties d'un mouton, un kilo ou deux, tout au plus, et des morceaux d'intestins. Mais, il constatait l'enthousiasme de son petit. Il aimait tant ce garçon unique, au corps frêle, aux yeux beaux comme ceux de sa mère, intelligents et chaleureux.

Le père ne sut pas résister. Il voulait contrebalancer sa vie, tellement pénible, par un plaisir à offrir à son enfant. Alors, il répondit, sans trop s'attarder à réfléchir :

- D’accord, mon trésor ! Pour fêter tes cinq ans, j’achèterai un tout joli petit agneau.

L'enfant sautilla de joie ; il enlaça son père qui le prit dans ses puissants bras, le souleva et le serra délicatement contre lui. La mère, très émue, contempla ce tendre tableau familial. Sa main alla instinctivement à une mèche rebelle de ses cheveux, puis la remit en place. La femme désirait, en ce moment, être belle, pour son enfant et son mari.

Le couple s'aimait profondément. La naissance de leur enfant a renforcé encore plus le doux sentiment conjugal. Aux durs moments, quand l'argent manquait pour satisfaire une nécessité indispensable, ce fut à chaque fois cet amour entre l'homme et la femme, et l'affection pour le produit de cet amour, Karim, à permettre d'affronter les difficultés, en espérant des jours meilleurs. L'optimisme régnait dans le foyer, malgré tout ou, plus exactement, en dépit de tout.

Le plus beau des sentiments

Un beau matin de ciel bleu, ensoleillé et doux, l'enfant vit arriver ce qu'il attendait avec impatience : un tout jeune agneau ! Son corps était un peu maigre mais bien proportionné ; le blanc soyeux de sa laine brillait ; les yeux, étonnamment grands et clairs, semblaient sourire. De tout ce petit être émanaient une touchante sérénité et une agréable harmonie.

« Oh !… Comme il est beau ! » constata Karim, le visage rayonnant de joie.

Des yeux de l'agneau se dégageaient une luminosité et une tendresse qui touchaient profondément l'enfant. Jamais, en présence d’un animal, il n’avait connu auparavant un tel sentiment de bonheur.

Tout à coup, le nouveau venu bêla allègrement, en remuant comiquement la tête et en regardant vers plusieurs directions.

Karim se tourna vers son père :

- Qu'est-ce qu'il cherche, papa ?

Celui-ci sourit sans répondre. La mère intervint :

- Je crois qu'il cherche sa maman. Il était probablement avec elle, au marché, avant d’être acheté par ton papa, et donc séparé d’elle.

- Oui, c'est vrai, reconnut le mari.

À ces paroles, Karim s'attrista, puis interrogea :

- Mais pourquoi séparer la maman de son petit ?… Moi, je ne voudrais jamais être séparé de ma maman et de mon papa !

Ces derniers en furent amusés.

- Ce n'est pas la même chose, dit le père.

- Pourquoi ? demanda l'enfant.

- Lui est un animal.

- Et alors ? objecta Karim.

- Tu comprendras quand tu seras plus grand, conclut la mère.

L'enfant se mit à examiner attentivement le petit animal. Il finit par s'en approcher lentement. Il posa doucement ses deux mains sur sa toison, la caressa avec une excitation qui l'enchanta. Son cœur se mit à battre plus fort. Les magnifiques yeux de l'agneau se levèrent et rencontrèrent ceux de l'enfant. Les deux regards communiquèrent… Celui de l’animal avait une telle expression qu'il semblait parler ; plus exactement, il parlait à sa manière.

Les deux nouveaux amis se comprenaient !

Karim était encore trop petit pour connaître un fait. Depuis la nuit des temps, l'agneau a été partout le symbole de la douceur, de l'innocence et de la pureté ; mais, par un mystère que la science n'a pu encore expliquer, ces merveilleuses qualités le condamnaient. Les êtres humains y ont vu un motif pour transformer cette magnifique et paisible créature en... victime à sacrifier, avec l’illusion de laver leurs péchés dans le sang le plus candide en ce monde !

Karim courut vers sa mère :

- Maman ! Je voudrais laver mon ami !

- Ton ami ?!… s'écria-t-elle, surprise et amusée.

- Oui, mon ami !

Et il indiqua l'agneau.

La mère éclata de rire. Puis :

- Vous êtes devenus amis ?

- Oh, oui !

- Ah ! fit la mère, contente. Mais pourquoi veux-tu le laver ?

- J'ai remarqué que sa laine est un peu sale. Elle doit être toute blanche, toute propre, comme ça, il sera tout beau !

Il ajouta :

- Surtout pour le jour de la fête !

Il était prévu quatre jours après.

L'enfant les a tous consacrés à approfondir la connaissance entre lui et son nouveau compagnon. L'affection du premier envers le second devenait, à chaque rencontre, plus profonde, plus intense. L'enfant ne dormait presque plus normalement. Il pensait tout le temps à son merveilleux ami, il ne voulait être qu'avec lui pour jouir à le regarder, à le caresser, à lui parler, à entendre ses joyeux bêlements… Et il semblait à l'enfant que son interlocuteur éprouvait le même plaisir, les mêmes émotions.

Karim lui parlait à chaque occasion. Il aimait lui donner, personnellement, à manger, à boire ; il se plaisait à laver le parterre de ses rejets biologiques. La mère aurait voulu s'en charger elle-même, mais son fils accomplissait ce travail convenablement.

Le soir, il attendait de voir l'ami s'endormir, avant de rejoindre le lit. Mais, comme l’agneau restait dressé sur ses quatre pattes, l'enfant demeurait en sa compagnie.

À travers les yeux de ces deux êtres, leurs âmes communiquaient. L'enfant disposait également des paroles et des caresses, tandis que son ami avait recours à ses bêlements, à ses regards et aux mouvements délicats de son charmant museau. Quand l'un donnait une caresse ou murmurait de jolis mots, l'autre penchait délicatement sa tête vers la droite ou vers la gauche, et fixait son camarade de ses yeux étincelants de plaisir. Plusieurs fois, l'enfant posa délicatement sa joue sur la laine de son ami, et la caressa tout en se laissant cajoler par elle. Pour l'enfant, son ami comprenait tout ; la seule différence était qu'il l'exprimait avec son propre langage, et l'enfant était persuadé de le discerner. Ces deux créatures jouissaient de toute la signification contenue dans le mot amitié.

Alors, la mère arrivait :

- Que fais-tu encore ici ? Tu sais qu'il te faut dormir.

- Mais, maman, je voudrais y aller quand lui dormira.

- Il dormira bien plus tard que toi. Inutile de l'attendre. Allez, viens, mon chéri !

L'enfant se détachait avec peine de son ami, qui le regardait partir. Une fois, l'agneau bêla. L'enfant s’arrêta net.

- Tu vois ! dit-il à sa mère. Il ne veut pas que je parte.

La femme resta perplexe un instant, puis expliqua, d’un ton de plaisanterie :

- Non, il te salue. Il te souhaite une bonne nuit !

L'enfant retourna vers son ami :

- Bonne nuit à toi aussi, Doudou !

- Qu’as-tu dit ? interrogea la mère, surprise.

- Je l’ai appelé par le nom que je lui ai choisi.

- Pourquoi ce nom ?

- Mon ami est doux. Alors, en pensant bien, m’est venu Doudou.

La mère éclata de rire. Karim se tourna vers l’agneau et lui murmura joyeusement :

- Doudou !

L'agneau bêla en tendant vers l'enfant son charmant museau ; Karim le caressa. Il voulut l'embrasser quand la mère le retint vivement :

- Non ! Non !

- Pourquoi ?

- Cela ne se fait pas, expliqua-t-elle, attendrie.

- Pourquoi cela ne se fait pas ?

- C'est un animal.

- Et alors ?… C'est mon ami !

- C'est une question d'hygiène.

- S'il te plaît, maman, je voudrais l'embrasser sur la joue.

Elle le dévisagea, hésitante. L'enfant sautilla avec son plus beau sourire :

- S'il te plaît, maman ! S'il te plaît !

Elle acquiesça. Karim déposa un baiser plein de délicatesse sur la joue de son ami. Ce dernier secoua légèrement la tête, comme pour exprimer sa gratitude,

- Tu as vu, maman ? Il est content !

Les jours suivants, à chaque rencontre, l'enfant constatait les progrès dans la manière manifestée par Doudou pour l'accueillir. Son corps trémoussait de joie, ses pattes semblaient danser, ses yeux brillaient plus intensément, et, parfois, il faisait entendre un joyeux bêlement. Tout en lui manifestait le ravissement de revoir son compagnon.

Karim avait de longues conversations avec Doudou. En réalité, c'étaient des monologues : l'un utilisait des mots, pendant que l'autre le fixait avec ses yeux vivaces, en bêlant de temps en temps. Cela induisait l'enfant à croire que l’agneau comprenait et répliquait à sa manière. Karim arriva jusqu’à ajouter au nom à son ami l’appellation « Habibî » (Mon chéri). En l'apprenant, les parents éclatèrent de rire. Ils employaient ce très beau terme de temps à autre vis-à-vis de leur précieux enfant.

Un jour, Karim s'approcha de Doudou, et lui tendit la main. L'autre le regarda, sans réagir. La petite main s’approcha davantage de la patte droite ; elle la toucha doucement. Doudou resta immobile, calme. Alors, Karim serra délicatement la patte, puis la souleva un peu, la secoua légèrement en disant :

- Salâm (Paix), habibî !

L'aimé se laissa faire, en semblant prendre plaisir à ce jeu. Karim en fut tout heureux.

Il courut à sa maman et lui annonça la bonne nouvelle :

- J'ai appris à Doudou à serrer la main pour saluer !

Les yeux de la mère s’écarquillèrent d'étonnement :

- Mais l'agneau n'a pas de main ! s'écria-t-elle.

- Si, maman, si ! Sa patte, c'est sa main.

Elle éclata de rire.

- Viens voir ! insista Karim.

Il la prit par la main et l'emmena jusqu'à l'agneau.

Karim approcha de nouveau sa main droite vers la patte correspondante de son ami, la secoua et prononça, avec son plus beau sourire :

- Salâm, habibî !

La tête de Doudou bougea de droite à gauche, par deux fois.

Karim tourna les yeux vers sa mère :

- Tu vois, maman ! Il a compris ! Il salue !

Encore une fois, la mère réagit par un éclat de rire. Puis elle observa attentivement son garçon. Elle fut très émue de constater combien il était tendre, communicatif, empathique. Soudain, elle le prit dans ses bras, le souleva et le serra contre sa poitrine.

- Quand tu seras un homme, lui confia-t-elle, encore émue, je crois que la femme que tu épouseras sera heureuse ! Et tes enfants aussi !

Le père et la mère furent très contents de constater la joie de leur petit. « Tu as bien fait d'acheter cet agneau ! » reconnut l'épouse. « Oui ! » admet le mari.

- Alors, tout va bien avec ton copain ? demanda une fois le père.

- Oh, oui ! Merci, papa ! Et Doudou, lui aussi, est content et te remercie !

Quand l'enfant ne conversait pas avec celui qu’il adorait, il restait assis, le regard chaleureusement fixé sur son museau et ses yeux. Ce dernier observait le premier de son air innocent et gentil. Il souriait même ; c’est du moins l’impression qu’en avait Karim.

Pourquoi ?

La veille du jour de fête, l'enfant entendit son père déclarer tranquillement à sa mère : « Demain, on l'égorgera. »

- Vous égorgerez quoi ? voulut savoir le petit.

- L'agneau, précisa simplement le père.

Le visage de Karim s'immobilisa, pétrifié ; il sentit le sang se glacer dans ses veines, ses cheveux se dresser sur sa tête, le cerveau ébranlé par un vertige.

Les parents remarquèrent la brusque pâleur sur le visage de leur fils.

- Qu'as-tu ? s’inquiéta la mère.

- Papa a…

Karim ne put continuer, la voix lui manqua.

- Eh bien, lui lança le père joyeusement, demain c'est Aïd al adha (la fête du sacrifice) ; on doit, par conséquent, égorger l'agneau.

L'enfant ne comprit pas.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi tuer mon ami ?

- Pour rendre hommage à Dieu, expliqua le père.

- Mais pourquoi tuer Doudou ? répéta Karim

Le père resta surpris, ne sachant quoi répondre. La mère intervint :

- Chaque année, par tradition, nous devons sacrifier un agneau par reconnaissance à Dieu.

- Mais pourquoi tuer mon ami ? insista l'enfant.

- Parce qu'il le faut, affirma-t-elle.

En avançant cette réponse, la femme, au fond d’elle-même, se posa la même question : « Oui, pourquoi il le faut ? » Elle n’y avait jamais pensé auparavant. Pour elle, c’était tout naturel, cela faisait partie de la tradition. Mais elle garda l'interrogation pour elle. Elle craignait, en l'exprimant, d'embarrasser son mari, pis, de blasphémer.

- Pourquoi il le faut ? s’entêta l'enfant.

- C'est Dieu qui le veut ! trancha le père, d'un ton convaincu.

Il expliqua avec patience :

- On ne discute pas les ordres de Dieu. On les exécute, tout simplement.

- Pourquoi Dieu le veut ? continua l'enfant. Vous m'avez toujours dit que Dieu est bon et miséricordieux.

- Tu es encore trop petit, répliqua le père avec indulgence. Mais, en grandissant, tu finiras par comprendre. On te l'enseignera à l'école.

Néanmoins, l'enfant s’obstina :

- Doudou n'a fait aucun mal, à personne. Pourquoi, alors, lui faire du mal, à lui ?

Les parents se consultèrent des yeux, extrêmement embarrassés. Karim crut avoir vaincu. Il voulut en être certain.

- Papa, reprit-il, est-ce tu tuerais un petit enfant ?

Le père fixa un regard effaré sur son fils :

- Bien sûr que non, jamais !… Pourquoi me poses-tu cette question ?

- Un petit enfant et un petit agneau, ne sont-ils pas tous les deux des êtres vivants ?

- Mais ils sont différents, objecta le père.

- Est-ce qu'ils ne souffrent pas tous les deux, si on leur fait du mal ?

Le père, interloqué, resta la bouche fermée. Les traits de son visage devinrent tendus. C'était un homme bon, s'entendre accuser d’engendrer du mal lui fut très pénible, douloureux. Il regarda son épouse. Elle, non plus, n'avait aucun argument à rétorquer ; ses yeux s'agitèrent, signe d’un profond trouble.

L'enfant ajouta :

- Ton ami, papa, est-ce que tu le tuerais ?

L'interpellé, déjà ébranlé, manifesta un commencement d'énervement.

- Mais, enfin, tu me prends pour un fou ?

- Alors, pourquoi veux-tu tuer mon ami, à moi ?

Un violent soupir souleva la poitrine de l'interrogé. Il se vit réduit à ses derniers retranchements. L'enfant en fut soulagé.

- Alors, papa, conclut-il, tu ne feras pas de mal à Doudou, n'est-ce pas ?

Le père fixa un regard perplexe sur son fils. Celui-ci s'en approcha davantage :

- Papa, c'est pour moi que tu as acheté Doudou, n'est-ce pas ? Pour me donner un ami !

- Mais c'est un animal ! balbutia le père.

- Et puis, ajouta l'enfant pour lequel l’argument n’avait pas de poids, même s'il n'est pas mon ami, même s'il est simplement un animal, je ne veux pas qu'on lui fasse du mal. Il est tellement gentil, tellement doux, tellement bon… Tu ne peux pas lui faire du mal, papa, parce que je sais que toi, aussi, tu es bon.

La mère soupira de désarroi, le père fronça les sourcils.

- L'agneau, affirma-t-il à son fils, est un animal. Tu comprends ? Un animal.

- Et alors ? objecta Karim.

- Eh bien, les animaux, le bon Dieu nous les donnés pour manger leur viande. Et, pour les manger, il faut les tuer.

- Mais pourquoi doit-on manger leur viande, et, pour cela, les tuer ?

- C'est comme ça. C'est comme ça que Dieu a voulu.

- Pourquoi Dieu l'a voulu ?

- Nous n'avons pas à savoir pourquoi. C'est comme ça et c'est tout. Nous devons seulement obéir.

- Mais, papa, les animaux sont comme nous, ils souffrent si on leur fait du mal. Est-ce que tu voudrais qu'on me fasse du mal ?

Le père, de plus en plus troublé par l’inquiétude croissante de son enfant, regarda de nouveau son épouse. Elle comprit qu'elle devait aller à son secours. Elle parla :

- Écoute, mon petit très chéri, je vais te raconter une histoire, comme ça tu comprendras.

Elle relata l'histoire d'Abraham, auquel Dieu ordonna de lui sacrifier son fils. Karim ne comprit pas le mot « sacrifice », mais il ne questionna pas, préférant attendre la suite du récit. Quand il sut que le père avait l'intention d'égorger son fils, Karim éclata en sanglots éperdus, et enlaça sa mère, en criant désespérément : « Non, maman ! Non ! Non ! Non !... » Et il se serra le plus fort qu'il put sur la poitrine de celle qui lui donna la vie, pleurant en haletant violemment, la respiration entrecoupée.

Le père observa son fils avec une surprise mêlée de déception. Il déclara tristement : « Décidément, Karim ne semble pas avoir l'étoffe d'un homme. » Il en ressentit de la honte, une honte déchirante. Il se crut coupable de n'avoir pas su donner à son unique garçon le courage qu'il devrait avoir. Il murmura : « J'ai vu même de toutes petites filles assister à l'égorgement d'un mouton avec tranquillité. Pourquoi notre enfant est ainsi ? »

- Il est trop sensible, expliqua la mère.

- Pourquoi ? questionna son mari. D'où vient cette étrange sensibilité ?

Vive la liberté !

Le soir, tous se mirent au lit.

Karim, lui, avait les yeux largement ouverts. Il était épouvanté par le sort qui menaçait son ami. Il voyait ses splendides yeux, sereins et affectueux ; il entendait ses joyeux bêlements. Karim sentit brusquement son corps se raidir, comme écrasé sous une avalanche de neige glaciale.

Après un instant, il se reprit. Bien qu'encore très jeune, il avait déjà un trait de caractère particulier, hérité de ses courageux parents : il n'admettait pas de fatalité, il était persuadé que tout problème avait une solution ; il suffisait de réfléchir pour la trouver. En outre, il était conscient et fier de la signification de son nom ; il voulait toujours être à sa hauteur, pour faire plaisir à ses parents et à lui-même. Il n'oubliait jamais ce que, à plusieurs reprises, sa mère lui avait déclaré : « Datte de mon cœur ! - c'était ainsi qu'elle appelait son enfant dans les moments de particulière affection -, n'oublie jamais que la première qualité de l’être humain est d’être généreux ! »

Alors, Karim se mit à réfléchir… Pendant longtemps.

Ensuite, faisant attention à ne provoquer aucun bruit, il se leva, quitta son lit et alla dans la cour de la maison.

La lune brillait de tout son éclat. Karim se mit dans la partie obscure du couloir, pour ne pas être vu. Il se dirigea vers son ami. Doudou, le corps allongé par terre, semblait dormir. Quand l’enfant s’en approcha tout près, l’agneau leva lentement la tête, vit Karim et le regarda tranquillement.

Ce dernier jeta un coup d’œil derrière lui pour s'assurer qu'il était seul. Puis, très agité, il se mit à délier la corde qui attachait une patte de l'animal. Quand il eut fini, il le précéda et lui fit signe avec la main pour le suivre.

L'agneau trottina en direction de son ami. Il bêla. Karim mit son index verticalement sur ses lèvres et murmura « Chut ! ». Mais Doudou bêla une deuxième fois, joyeusement. Il semblait très content de suivre l'enfant.

Quand les deux arrivèrent près de la porte de la maison, Karim l'ouvrit avec précaution. Il sortit et fit signe à l'agneau de le suivre. Ce dernier s’exécuta mais en bêlant encore, comme pour montrer son plus grand plaisir.

Dans la rue, les deux coururent au même rythme, en s'éloignant au plus vite de la maison.

« Eh !... » cria une voix.

L'enfant, le cœur battant, s’arrêta et se retourna ; l'agneau s'immobilisa près de lui. La masse énorme d'un homme se précipita vers eux, jusqu’à ce que Karim vit se dresser devant lui son père.

- Mais que fais-tu ?

Le petit, totalement surpris, effrayé, ne sut rien répondre.

- Que fais-tu ici avec l'agneau ? répéta le père.

L'enfant chercha et trouva le courage de déclarer :

- Je veux le libérer.

- Le libérer ? demanda le père, stupéfait.

- Oui. Je ne veux pas que tu le tues.

Le père demeura totalement pris au dépourvu.

Il se reprit, saisit brusquement l'animal, enroula ses bras autour de ses petites pattes, le souleva et retourna vers la maison. L'agneau se débattit et bêla de mécontentement en dirigeant son regard vers son jeune ami. Il semblait à Karim d'entendre un cri de secours. Angoissé, il suivit son père, lui saisit fermement le pantalon, s'y attacha et s'efforça de l’arrêter, en criant :

- Non, papa ! Non ! Je ne veux pas que tu tues Doudou ! Je ne veux pas !… Je ne veux pas !

Il marchait, les mains toujours agrippées sur le pantalon du père qui continuait à avancer résolument, sans tenir compte de son fils.

Karim se mit alors devant son père et tenta de l’arrêter. Il supplia, d'une voix brisée : « Papa !… Papa !… ! »

Question sans réponse

De retour à la maison, la mère contraignit son fils à se mettre au lit. Elle resta près de lui, pour le surveiller et le calmer. Il était trop agité, terrorisé. Elle tenta de le consoler : « Allons, mon enfant ! Mon chéri ! Calme-toi !… Calme-toi ! »

Mais, en lui, revenait en tournoyant comme un ouragan l’horrible question sans réponse satisfaisante. Elle le tourmentait trop, lui serrait la tête comme un garrot. Cette demande sortit encore de ses lèvres tremblantes :

« Mais, papa est bon. Il est bon !… Il n'a jamais fait de mal à personne. Pourquoi doit-il faire du mal maintenant ? »

- Il ne fait pas du mal, balbutia la mère.

- Tuer, n'est-ce pas faire du mal ? Et le mal le plus mal qui existe ?

La pauvre femme avait auparavant fourni tous ses arguments ; elle ne savait plus quoi dire d’autre que ces paroles dérisoires et inutiles :

- Calme-toi ! Ne pense pas ! Dors !… Dors !

Elle était consciente de demander l'impossible. Bouleversée, elle ne savait plus quoi faire, quoi dire pour éliminer l'angoisse de son enfant. Elle ne remettait absolument pas en question le devoir du sacrifice d'un animal ; cependant, une voix murmurait en elle : « Karim a raison. Oui ! Pourquoi tuer un animal totalement innocent, pourquoi verser du sang pour plaire à Dieu ? »

Elle arriva à considérer normale la réaction de Karim, elle en ressentit même de la fierté : « Mon fils a le sens de la justice ! Le sens de la pitié ! »

Soudain, elle le prit, le plaça contre ses seins et l’enlaça de toute son énergie, avec tout son amour infini… Alors, pour la première fois, elle identifia son enfant avec l'agneau. Elle en fut ébranlée de fond en comble. Tout le corps, tout l'esprit, tout le cœur de cette malheureuse femme furent parcourus par un effroyable frisson. Il lui semblait que son fils était l'agneau, et l'agneau était son fils. Elle eut peur de devenir folle. Un souvenir surgit dans son esprit : les téléfilms hindous qu'elle aimait regarder. « Si nous étions nés là-bas, se dit-elle, nous n'aurions pas eu ce problème. »

Brusquement, elle leva des yeux craintifs vers le ciel, et murmura : « Ô mon Dieu ! Pardonne-moi ! Ô mon Dieu !… Pardonne-moi si j'ai des pensées mauvaises ! Pardonne-moi mon doute ! »

Son regard revint vers son fils. Elle demeura écartelée entre l'admiration pour lui et l’obéissance au commandement sacré. La poitrine et la gorge serrées, de grosses larmes gonflèrent les yeux puis coulèrent sur les joues en feu de cette mère et croyante.

Elle resta ainsi toute la nuit, et toute la nuit son enfant fut secoué de tourments, sans parvenir à fermer les yeux…

Jusqu'à l'aube.

Jusqu'à l'instant fatidique : Karim entendit les pas de son père sortir de la chambre à coucher, puis aller dans la cour.

Le regard de l'innocence

L’enfant bondit d'un coup, à la surprise de sa mère qui ne put le retenir, et courut, éperdu, hors de la chambre. « Karim ! » cria la mère, en le suivant précipitamment.

Dans la cour, l’enfant vit son père avancer rapidement vers l'agneau, en tenant un large couteau en main. L'animal, paisible, du regard le plus innocent du monde, ignorant l’atroce destin qui le condamnait, voyait s’approcher l’homme.

Karim se précipita au devant de son père, et hurla à s’en étrangler : « Papa ! Papa !… Je t'en supplie ! Mon papa chéri !… Ne tue pas Doudou ! » Et il enlaça de ses faibles bras les puissantes jambes de son père pour l’empêcher de continuer à avancer.

À partir de ce moment, deux versions de l’épilogue existent.

Voici la première.

Où l'innocence n'est pas de ce monde

« Prends-le ! Prends-le ! » ordonna fermement le mari à son épouse. Elle s'empara de l’enfant. Il se débattit furieusement en criant. Elle parvint à le saisir, à lui faire lâcher prise sur son père : « Viens, Karim ! murmura-t-elle, suppliante. Viens ! Sois courageux !… Tu es un homme ! »

Tandis que l’enfant tentait de toutes ses forces de se détacher d’elle pour rejoindre de nouveau son père, celui-ci poursuivait sa marche résolue, l'arme en main, brillante de son funeste éclat blanc, vers la victime. Doudou continuait à contempler avec une sereine confiance son futur meurtrier.

Karim se démena le plus qu'il put pour se libérer de sa mère, en hurlant : « Papa ! Papaaa ! Papaaa ! »

- Approche-le ! ordonna le sacrificateur à son épouse.

Elle ne comprit pas, ne bougea pas.

-Approche-le, expliqua-t-il, pour qu'il voit, pour apprendre à le faire quand il sera plus grand… Moi, quand j'étais petit comme lui, j'aidais mon père à bien tenir l'animal.

Il posa l'arme qui tinta atrocement par terre, puis saisit l'agneau. Apeuré, ce dernier se mit à bêler, à répétition. Sentant l’homme le tenir avec une brutale fermeté, l’animal émit d’autres bêlements, plus forts, plus désespérés.

- Papaaa !… hurla l’enfant épouvanté.

L’exécuteur commençait à ligoter sa victime qui secouait violemment ses petites pattes. Elle se débattait avec fureur, bêlant désespérément à répétition. Semblant comprendre ce qui le menaçait, Doudou sollicitait l'aide de son ami, pour conjurer l’épouvantable cruauté.

Karim tenta encore de se libérer des mains de sa mère, en sanglotant et en hurlant de toute la force de ses fragiles poumons : « Non, papa ! Non ! Doudou est mon ami ! Doudou est mon habîbi ! »

Les bêlements de l’agneau et les cris de l’enfant se mêlaient, se faisant écho, aussi déchirants qu’impuissants.

Quand l’immolateur finit par bien lier les pattes de sa proie, il mit fermement son pied droit sur le nœud, pour empêcher l'animal de trop bouger, et il empoigna le coutelas de mort.

« Aide Karim à bien voir ! » lança le mari à son épouse. Elle, totalement consternée, posa ses deux mains sur les joues de son enfant pour l'obliger à regarder vers l'agneau. Mais le garçon détourna violemment la tête, et un sauvage cri d'effroi surgit de sa gorge. Le cœur le plus indifférent, le plus sec, le plus méchant en aurait été ébranlé, à moins d’être dépourvu du minimum de sensibilité humaine.

Mais l'immolateur était tout entier consacré à son solennel et sacré devoir. Et la mère, qui observait ses mouvements avec le respect imposé par la tradition et la foi, fit un atroce effort et crut encourager son fils avec ces paroles :

- Regarde ! Regarde bien ! Toi aussi, quand tu seras grand, quand tu auras des enfants, tu devras accomplir le même acte.

- Non ! s'égosilla l'enfant, non !

Et il cacha sa tête contre la poitrine de sa mère.

- Il faut qu'il regarde ! cria le père.

- Regarde ! répéta la mère.

Elle s’efforça de tourner le visage du bouleversé vers l’horrible et les bêlements poignants. L’enfant résista aux mouvements de sa mère, mais elle réussit à lui diriger le regard là il ne voulait pas.

Il vit les petites pattes de son ami s'agiter vainement pour se libérer, il vit les soubresauts si pitoyables de son petit corps, il vit ses yeux exorbités de terreur où... des larmes surgirent et coulèrent !… Celles de Karim leur répondirent, baignant abondamment ses joues tremblantes d'impuissante compassion.

Puis l'effaré enfant vit l'impitoyable, l'horrible, l’abominable couteau s'élever, tenu par la main ferme du bourreau. Les bêlements déchirants et les yeux épouvantés de Doudou l’imploraient d'avoir pitié, d'épargner la vie de l'une des créatures les plus inoffensives de la nature, absolument incapable de commettre le moindre mal, un être vivant qui savait ce qu'était la douleur, puisqu'il se débattait pour s'en libérer, puisque son corps tremblait, puisque ses yeux suppliaient avec des larmes, puisque ses « Bêêh ! Bêêh ! » criaient clairement : « Ne me fais pas de mal ! Ne me fais pas de mal ! »

Une sorte de rugissement éclata de la bouche de l'enfant. La mère en fut épouvantée au point d’éloigner ses mains du corps de son fils. Il en profita et courut à toutes jambes vers la porte de la maison, en criant : « Au secours ! Au secours ! Papa veut tuer mon ami !… Au secours ! Au secours ! »

Il arriva jusqu'à la porte, et se précipita dans la rue, en répétant « Au secours ! Au secours ! ».

Passant à toute vitesse, une voiture heurta violemment Karim. Son petit corps tourbillonna en l'air puis s'écroula brutalement sur l'asphalte.

Des gens accoururent vers la victime. Ses yeux et ses joues étaient baignés de larmes ; d’un angle de sa bouche sortit un filet de sang vermeil ; les lèvres tremblantes murmurèrent : « Sauvez Doudou ! »

Sa main indiqua faiblement la porte de la maison, puis il expira.

Où l'innocence rencontre la raison

Voici l'autre version de l’épilogue.

Tandis que Karim, les mains accrochées au pantalon de son père, s'efforçait désespérément de le retenir, ce dernier eut brusquement le cœur attendri par les cris bouleversés de son enfant. Il baissa le regard vers lui.

Le père vit le visage de son petit chéri tellement ravagé par la souffrance, les yeux tellement suppliants, qu'il en resta ébranlé. Jamais il n'avait imaginé voir une telle expression d’affliction. Et sur le visage d'un enfant, en plus le sien, celui qu'il adorait. Le père ne supporta point un tel supplice.

La main tenant le criminel couteau s'ouvrit, l'arme tomba par terre, puis roula loin, comme si, elle aussi, avait compris l'horreur de l'acte dont elle aurait été l’instrument.

Le père prit son enfant, le leva jusqu'à lui, et le serra du plus fort qu'il put contre sa large poitrine. Puis, trop bouleversé, il balbutia : « Pardonne-moi, mon enfant chéri ! Pardonne-moi de t'avoir causé tant de mal. Jamais ! Jamais plus je ne mettrai la main sur un animal !… Et jamais plus je ne mangerai de viande ! Je te le promets !… Et je demande à Dieu de me pardonner ! Il me pardonnera parce qu’un Dieu miséricordieux n'a pas besoin de sang pour être honoré. »

La mère fondit en larmes, s'élança vers son mari et son fils, les enlaça le plus fortement qu'elle put.

Les petits bras de l’enfant entourèrent le puissant cou de son père, et il bafouilla, avec une joie débordante : « Merci, mon bon papa !… Je t'aime ! Je t'aime ! Je t'aime encore plus qu'avant ! Et Doudou, lui aussi, t'aime ! Nous t'aimerons toujours ! »

Son ami confirma cette déclaration avec un long et joyeux bêlement.

Publié sur Algérie Patriotique, en partie 1 et partie 2, le 18 et le août 2018. Une version précédente, plus brève, fut publiée sur Le Matin d'Algérie, en partie 1 et partie 2, le 23 et 24 août 2017.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #NOUVELLE-ROMAN

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Publié le 18 Août 2018

Lettre d'un jeune refuznik israélien

À ceux (Algériens ou autres) qui se demandent « pourquoi la cause palestinienne soulève tant de passion », à ceux qui insultent le peuple palestinien avec divers prétextes fallacieux, à ceux qui se rendent en Israël non pour rencontrer des résistants palestiniens ou des Israéliens contraires à l’oppression du peuple palestinien mais pour participer à des rencontres organisés par des personnes liées à l’État oppresseur d’Israël, à ceux qui se font photographier à l’O.N.U. en compagnie souriante avec des représentants de l’État oppresseur d’Israël, à ceux qui accusent toute critique de la politique de l’État israélien comme étant de l’« anti-sémitisme », à ceux qui glorifient l’État israélien comme un « exemple de démocratie ». Mais, également, à ceux qui confondent tous les Juifs du monde et/ou tous les Israéliens avec la politique coloniale de l’État israélien. Que tous ces gens-là, donc, lisent la lettre publique que voici :

« Je m’appelle Hilel Garmi. J’ai 19 ans, et je devais être incorporé dans l’armée israélienne au début août 2018.

Récemment, dans le contexte des manifestations gazaouies près de la barrière construite à Gaza, j’ai pris le temps de lire les déclarations d’Ahmed Abu Ratima, l’un des organisateurs de ce mouvement et j’ai été très impressionné de découvrir ces gens qui ont opté pour des alternatives non armées, pour aborder la question de la situation entre la Méditerranée et le fleuve Jourdain.

Comme eux, je crois en la désobéissance civile pour souligner le caractère illégitime de notre régime.

Mon frère aîné et mes deux soeurs ont fait leur armée. Et quand j’étais petit, le passage par l’armée était pour moi non seulement une obligation inévitable, mais aussi un des objectifs qui me fascinaient ; et je voulais servir dans une unité d’élite.

Mais en grandissant, et en étant convaincu que tous les êtres humains sont égaux, j’ai changé d’avis. Je ne crois pas à l’existence d’un dénominateur commun entre Juifs qui feraient d’eux des êtres différents des Arabes. Je ne vois pas pourquoi je devrais être traité différemment d’un enfant né à Gaza ou à Jénine. Et je ne pense pas que les souffrances ou les joies soient plus importantes pour les uns que pour les autres.

Alors, je me suis demandé pourquoi 3 millions d’habitants de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vivent sous occupation militaire depuis plus d’un siècle, et pourquoi 2 millions de Gazaouis subissent un siège militaire, imposé depuis plus de 10 ans par Israel sur terre, mer et dans le ciel.

Qu’est-ce qui donne à Israël le droit de gérer la vie de ces 5 millions d’êtres humains ? De décider de leur droit de circuler, d’importer, d’exporter, de pêcher ou d’avoir de l’électricité ? De pouvoir les arrêter à tout moment ?

Pas question pour moi de participer à un régime aussi anti-démocratique, et à tous les maux qu’il impose aux Palestiniens dans leur vie quotidienne, afin de permettre à une autre population de prendre leur place.

Il y a des lignes rouges qu’on ne peut franchir, et pour moi celles-ci sont infranchissables.

Ma décision de rendre ceci public est liée au fait que je suis convaincu que la désobéissance civile peut amener des changements sociétaux, en faisant appel au sens de la justice des plus privilégiés qui vivent dans cette région.

Si les manifestants de Gaza ont le courage de recourir à cette option, je me sens l’obligation et le pouvoir, en tant que personne née du côté de ceux qui détiennent le pouvoir, de m’engager également dans cette voie.

Hilel Garmi, Août 2018. » (1)

Cette position publique a causé l’arrestation et l’emprisonnement de l’auteur. Cependant, la solidarité ne manque pas en faveur de ce jeune à la consciene claire et juste (2).

_____

(1) Traduit par CAPJPO-EuroPalestine, http://europalestine.com/spip.php?article14540&lang=en.

(2) Voir le réseau de solidarité avec les refuzniks : https://secure.squarespace.com/checkout/donate?donatePageId=570282fdb6aa607cbb9542c0. Consulter également http://www.refuser.org/.

Pour approfondir cette thématique du refus de servir de la part de militaires faisant partie d’armées d’agression, signalons l’association, concernant Israël, « Courage to Refuse » (Courage de refuser), le mouvement des militaires israéliens qui refusent de combattre dans une guerre qu'ils considèrent d'oppression du peuple palestinien. Par ailleurs, aux U.S.A., existe le mouvement de militaires refusant de servir dans les guerres d’agression en Afghanistan, en Irak et ailleurs, voir « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ?... », librement télédéchargeable ici : http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits_guerre_paix.html

 

Publié sur Algérie Patriotique et sur Le Matin d'Algérie, le 9 août 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 18 Août 2018

Encore une fois, où sont les vrais problèmes de l’éducation nationale ?

Un sage antique écrivit, en substance : « Vous voulez que les vols cessent ?… Éliminez l’inégalité entre les citoyens ! » En outre, n’importe quelle personne, même la plus analphabète, convient de ceci : « Si la barque comporte des trous, en quoi se limiter à jeter par -dessus bord l’eau infiltrée épargnerait-il à la barque de s’engloutir ? Ne faut-il pas réparer la coque de la barque ? »

Ces réflexions surgissent en lisant un article concernant une éventuelle décision d’une ministre (1).

Si l’information contenue dans l’article correspond à la volonté réelle de la ministre en question, accuser des enseignants d’embourgeoisement n’est-il pas le comble de l’imposture de la part d’un membre de la classe étatique algérienne ? Les lecteurs de l’article montrent qu’ils ne sont pas dupes. Leurs commentaires sont clairs et pertinents.

Contentons-nous, cependant, de trois questions. 1) Un enseignant prendrait-il la peine d’ajouter à ses heures de travail institutionnel des cours privés, s’il disposait d’un salaire suffisant ? 2) Des écoliers auraient-ils besoin de payer des cours privés s’ils bénéficiait d’une école capable de leur fournir l’enseignement adéquat dont ils ont besoin ? 3) Exiger d’enseignants une « déclaration sur l’honneur » pour ne pas donner des cours privés, en quoi cela pourrait-il améliorer la situation de carence du secteur éducatif national ? Ne sommes-nous pas dans la ridicule illusion de croire naviguer sur une barque dont la coque est trouée, en se limitant à jeter l’eau infiltrée par-dessus bord ? Et dans la non moins ridicule illusion de vouloir faire cesser les vols en les punissant, au lieu d’atténuer les inégalités sociales ? Et cela viendrait de la personne qui a la charge de … l’éducation nationale !

Aux trois questions posées ci-dessus, n’importe quelle personne dotée simplement de raison, sans être ministre de quoi que ce soit, ni sociologue, ni politicologue, cette personne donc répond certainement : Non ! Ce ne sont pas les enseignants qui donnent des cours privés qu’il faut stigmatiser et sanctionner (ou exiger d’eux une « déclaration sur l’honneur »), mais les dirigeants du secteur de l’éducation nationale. Ils devraient être licenciés et remplacés par des personnes capables de réformer ce secteur de manière à ne pas produire, d’une part, des écoliers nécessiteux de cours privés, et, d’autre part, des enseignants besogneux de prolonger leur activité professionnelle au-delà de leur normal engagement institutionnel.

Voici ce qu’affirme Hakem Bachir, professeur de mathématiques, et syndicaliste dans le secteur éducatif, dans un document qu’il m’a envoyé en privé : « Le système de l’éducation nationale est à revoir dans sa globalité. L’école algérienne est confronté aujourd’hui en 2018 aux défis de l’efficacité et de la qualité. »

En effet, après une toute première phase, suite à l’indépendance nationale, de démocratisation, l’école algérienne s’est progressivement conformée à l’évolution socio-historique de la classe gérant le pays : improvisations hâtives répondant à des considérations idéologiques imposées, avec leurs inévitables consquences, médiocrité et démagogie de dirigeants, grassement payés et, ceux-là, oui, embourgeoisés. Les résultats sont visibles à toute personne honnête.

S’il y privatisation de l’instruction, eh bien, les auteurs de celle-ci, les responsables premiers, sont les dirigeants du secteur de l’éducation nationale, par leur méthode de gestion. Soit elle est incompétente, et alors, il faut changer de dirigeants ; soit ces dirigeants sont compétents, et alors ils travaillent sciemment (sans le courage de l’avouer publiquement) dans le sens de rendre le secteur éducatif national tellement médiocre au point de justifier sa privatisation, répondant ainsi aux exigences de l’oligarchie capitaliste mondiale.

Et s’il faut parler d’embourgeoisement, ce sont d’abord ces mêmes dirigeants qui se sont offert ce privilège.

Ajoutons un autre défaut : une mentalité répressive, le recours au seul matrag (bâton), comme dirait Jha. En effet, aux enseignants contraints à la grève pour la satisfaction de leurs droits légitimes, à savoir des conditions correctes de travail, fut brandie la menace de licenciement. Et voici maintenant l’accusastion d’embourgeoisement d’enseignants qui sont obligés de fournir des cours privés pour compenser leur salaire inadéquat.

La solution rationnelle, logique et juste n’est-elle pas toute autre ? Que l’on commence à réformer le secteur de l’éducation nationale de telle manière qu’il réponde à la qualité et à l’efficacité, comme l’affirme Hakem Bachir. Pour y parvenir, que le secteur éducatif soit dirigé par des personnes réellement compétentes, dont l’idéal est d’instruire convenablement, sans penser à s’embourgeoiser subrepticement. Alors, et seulement alors, il n’y aura ni élèves besogneux de cours privés, ni enseignants contraints à offrir ce genre de service. Et s’il faut consulter des personnes pour accomplir ce miracle, il n’est pas nécessaire de recourir à des « experts » et « consultants » étrangers (pour se faire des « amis » commodes), mais simplement de s’adresser aux enseignants algériens des syndicats authentiquement autonomes de l’éducation. Autrement, les dirigeants du secteur éducatif ne sont que dans la répression et la démagogie, tout en bénéficiant d’un salaire qui ne les contraint pas à donner des cours privés. Est-ce là fournir les caracéristiques d’une authentique éducation ? Celle-ci n’exige-t-elle pas concertation démocratique réelle avec les travailleurs du secteur, sincérité et compétence dans l’établissement des diagnostics et des solutions dans l’intérêt vraiment du peuple ?

_____

(1) « Benghebrit veut mettre fin à l’embourgeoisement des enseignants »,

https://www.algeriepatriotique.com/2018/08/05/benghebrit-veut-mettre-fin-a-lembourgeoisement-illicite-enseignants/

Publié sur Algérie Patriotique le 6 août 2018, et sur Le Matin d'Algérie,  le 7 août 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 18 Août 2018

Utilité d’une espèce en voie de disparition

L’argument abordé dans cette contribution fut déjà, d’une manière générale, exposé précédemment (1). Des commentaires de lecteurs portent à y revenir sous une autre forme d’argumentation.

Un ami algérien, invité par moi à reprendre ses éclairantes contributions écrites sur des journaux algériens qui voudraient bien l’accueillir, m’a tenu en substance ces propos : « À quoi bon ?… J’ai déjà écris beaucoup sans avoir reçu de réactions encourageantes. Ajoute à cela que l’Algérie est dans une situation lamentable dans tous les secteurs, sans espoir d’en sortir, vue l’incapacité de tout ce qui est opposition démocratique au régime. En outre, en quoi serait-il utile d’écrire quand on vit depuis de longues années à l’étranger ? Enfin, et surtout, quand on a dépassé la borne des soixante-dix années de vie, nous sommes désormais des dinosaures en voie de disparition. Or, l’Algérie est composé d’environ 70 % de moins de 35 ans, et qui pratiquent moins la langue française que l’arabe classique. Quel écrit peut-on, nous, dinosaures, leur présenter ? Et seraient-ils intéressés à le lire ? Contentons-nous de constater que nous avons échoué à réaliser notre idéal de justice sociale alors que nous étions jeunes, et que, désormais, il est trop tard pour nous, dinosaures en voie de disparition. »

Voici ce que fut, en substance, ma réponse.

 

Un enfant de neuf ans.

 

Lorsque la guerre de libération nationale algérienne fut déclenchée en 1954, j’avais neuf ans. Alors, j’étais angoissé et ne comprenais pas la signification des événements. À la maison, mes parents parlaient de « moudjahidines », tandis que la radio colonialiste dénonçait les « fellaghas » au « service de puissances étrangères ». Pour ma part, je constatais simplement que j’étais un colonisé, maltraité comme tel par les occupants de ma patrie, et par leurs collaborateurs autochtones administratifs. Cependant, je n’étais pas assez instruit pour chercher et connaître par moi-même la vérité sur la situation sociale en général, et sur la mienne, en particulier.

Par chance, dans mon quartier d’ »Algraba-village nègre », comme on l’appelait, à Sidi Belabbès, j’avais remarqué un « dinosaure ». Tous les matins, il s’asseyait devant le seuil de son ami horloger, et, sur une chaise, il lisait plusieurs journaux. J’ai approché avec politesse ce monsieur aux cheveux blancs. Comme il connaissait mon père, le vieillard m’accueillit avec affection. Je lui demandais, vu qu’il lisait des journaux, de m’expliquer ce qui arrivait en Algérie. Il commença d’abord par vérifier du regard qu’il n’y avait pas près de nous des oreilles indiscrètes de mouchard. Ensuite, il commença à me donner des éclaircissements, et cela en dziriya (arabe algérien maternel), avec des mots simples, que j’étais en mesure de comprendre. Presque quotidiennement, j’avais alors mes leçons d’éducation sociale.

Elles m’encouragèrent à mieux maîtriser la langue française pour lire par moi-même les journaux. Mon bienveillant « dinosaure » m’apprit autre chose : savoir lire les journaux aussi bien de la propagande colonialiste que les publications démocratiques, genre « Alger républicain », si je me souviens bien. « Il faut, m’a-t-il dit, que tu apprennes à distinguer le vrai du faux, et, pour cela, tu dois lire les versions contradictoires. Ainsi, tu ne seras pas victime de la propagande, d’où quelle vienne. Tu dois être un esprit libre, capable d’acquérir tes libres opinions. »

Voilà comment ma conscience patriotique et critique est née. Un « dinosaure » l’avait offerte à un tout jeune garçon. Et combien d’enfants et presque enfants comme moi ne bénéficièrent pas d’une conscience pareille grâce à d’autres bienveillants et sages « dinosaures » !

Par la suite, durant mon adolescence, je lisais journaux, brochures et livres. Mes parents, conseillés par un voisin qui était moudjahid, prirent l’heureux choix de m’inscrire au lycée alors nommé « franco-musulman » de Tlemcen, en internat, loin de ma famille. « Là, avait déclaré notre voisin moudjahid à mes parents, votre enfant apprendra en même temps le français et l’arabe. Ainsi, à l’indépendance, il sera utile à son pays. » J’ai donc pu lire en langue française comme en arabe. Mon horizon intellectuel s’élargissait.

Puis, je lisais articles, brochures et livres d’autres « dinosaures », aussi bien algériens qu’étrangers. Progressivement, ma conscience sociale s’éclairait davantage.

 

Retour d’un dinosaure.

 

« Rah azmâne ou ja azmâne » (un temps s’en est allé, un autre est venu), comme on dit en Algérie. Conformément à la loi biologique, je suis devenu membre du club des « dinosaures » en voie de disparition. Après une très longue absence géographique du pays, en 2012, quelques adolescents vinrent rendre visite au dinosaure que j’étais désormais. En larmes (je n’exagère rien), certains d’entre eux me tinrent en substance ces propos : « Nous sommes tellement désorientés ! Mais nous ne voulons pas nous résigner à ce que nous subissons et subit notre peuple !… Pourquoi des gens comme toi, vous nous avez abandonnés ? Même de loin, hors du pays, vous pouviez garder un lien avec nous, écrire dans un journal, nous envoyer des brochures… Nous avons besoin de connaître vos expériences et les réflexions que vous en avez tirées. Qu’importe si vous avez échoué dans la réalisation de votre idéal. Nous voulons savoir ce qu’ont été votre parcours, vos succès et vos échecs, afin d’éclairer notre présent, à nous. Nous ne voulons pas de « maîtres à penser », fournissant des recettes toutes faites ; nous avons seulement besoin de pistes de réflexion et d’action. Connaître vos échecs et leurs causes nous est précieux pour les éviter, et connaître vos succès, même éphémères, nous est également précieux pour savoir comment les reprendre et les améliorer. »

Oui ! À la vue de ces adolescents en pleurs, le dinosaure a, lui aussi, eut les yeux en larmes, comme eux. De tristesse et de joie. Tristesse du temps perdu de séparation et de silence ; joie des retrouvailles et découvrir qu’un dinosaure en voie de disparition est encore utile. Aux jeunes qui me faisaient face, j’ai reconnu ceci : bien que j’ai toujours connu et suivi la situation en Algérie, pendant de longues années j’avais estimé inutile d’intervenir par mes écrits, même en sachant que mon travail théâtral au pays était occulté, volé et que j’étais personnellement calomnié.

Devant ces adolescents, m’est revenue mon enfance. Un dinosaure avait éclairé ma lanterne sociale, sans, - il faut le souligner -, m’asservir à sa pensée, mais en m’aidant simplement à élaborer la mienne. À présent que l’enfant que j’étais est devenu un dinosaure, ne doit-il pas agir de même envers les enfants d’aujourd’hui ?… C’est là, me semble-t-il, une simple question de dette à reconnaître entre les générations, avant ma disparition de cette terre.

On pourrait, et cela le fut, objecter : « En intervenant, tu ne fais que servir tes intérêts et ton ego ». Oh ! Si je considérais uniquement ces deux aspects, je me contenterais de cultiver mon jardin, de voyager en fonction de mes possibilités financières, de m’amuser, comme on dit, bref de jouir de la vie de manière personnelle, sans m’occuper des autres, surtout pas des gens maltraités par leurs semblables… Mais, ma voie intérieure me déclare : « Si tu peux, à présent, jouir de ta vie, c’est parce que d’autres se sont activés, et même sont morts, afin que tu puisses jouir de ton existence. N’as-tu donc pas de dette envers ces personnes ?… Et comment l’honorer autrement qu’en les imitant : accorder une partie de ton temps aux personnes auxquelles une minorité de rapaces interdit de jouir paisiblement de leur vie ?… Il y a deux sortes d’ego : l’égoïste individualiste, indifférent aux autres, et l’altruiste, soucieux de leur témoigner ce qu’il peut comme solidarité. Le second ego est plus digne, plus enrichissant, donne plus de sens à ta vie personnelle… Quant à l’intérêt, si le tien coïncide avec celui des maltraité-e-s par les rapaces, il n’est que plus respectable, surtout quand cette coïncidence n’offre pas des privilèges, mais, au contraire, des ennuis de la part de ceux dont tu remets en cause les illégitimes privilèges. »

On pourrait, également, et cela le fut également, objecter : « Tu ne fais qu’étaler tes connaissances, avec tes références, parce que imbu de ta personne, et pour nous éblouir ! » Pour ma part, je constate que des lecteurs me témoignent leur reconnaissance pour ce que j’écris. Ceci dit, est-on imbu de sa personne, quand on sait que les écrits ne procureront pas des avantages et des privilèges, mais, à part la reconnaissance de certains, feront naître des adversaires, d’autant plus méchants qu’ils seront du coté des dominateurs et des exploiteurs de leurs semblables ?

Quant à ce qui est considéré comme « étalage de connaissances », peut-on écrire sans fournir les références nécessaires aux lecteurs, afin qu’ils vérifient par eux-mêmes la validité de ce qui est dit, et, éventuellement, approfondir les arguments exposés ?

Enfin, on pourrait, et cela le fut aussi, objecter : « Mais ce que tu écris, tu ne fait que le voler à d’autres que tu n’as pas l’honnêteté de citer ! »... Là où je ne mentionne pas d’auteur, en voici le motif. La lecture des écrits des autres est la meilleure quand on ne se contente pas de les répéter, comme un perroquet, un adorateur d’icône ou pour donner un « argument d’autorité » à ce qu’on écrit. La méthode efficace est de trouver le moyen de faire soi les idées positives des autres, en les adaptant à la réalité socio-historique actuelle, selon notre intelligence. Ainsi, on est créatif et, espérons-le, original, autant que possible. Comme on l’a déjà dit, tout ou presque tout a déjà été dit, dans le domaine social ; mais il reste à adapter de manière adéquate ce qui fut exposé à la réalité actuelle. Pas facile, mais indispensable, si l’on vise réellement à progresser dans la compréhension correcte de la société et de soi-même, pour la transformer et se transformer positivement, en particulier en vue d’une société où liberté se conjugue avec solidarité (2).

La pire des prétentions est de vouloir enseigner, parce qu’on détiendrait la vérité. Il s’agit simplement, je l’ai déjà dit, de proposer des opinions dans le cadre d’un débat démocratique. Rappel à celles et ceux qui n’ont pas lu cette mise au point dans mes textes précédents :

« Ceci dit, je l’ai écrit plus d’une fois dans mes contributions, et je le répète : je ne prétends pas « enseigner ». Le motif est simple : je suis et serai toujours un étudiant jusqu’à ma mort. Je fais partie de ces êtres humains conscients de l’immensité de ce qu’il y a à connaître, et qui savent qu’en mourant, ils demeurent ignorants de beaucoup de choses, peut-être même de l’essentiel. Ma devise était et demeure : l’humanité, et donc moi qui en fait partie, ne procède pas vers plus de vérité, mais vers moins d’erreur. Si les gens qui ont voulu enseigner avaient donné son importance à ce principe, tellement de maux auraient été évité à l’espèce humaine. Certes, j’eus ma phase – juvénile – de croire à des « enseignants » et, en les suivant, de le devenir à mon tour. Heureusement, la priorité que j’ai toujours accordée à la réalité concrète (mérite de mon père ouvrier et de ma mère paysanne pauvre), même quand cette réalité contredisait mes « convictions », cette priorité m’a permis deux découvertes. La première : le meilleur et le plus authentique des instruits n’enseigne pas ; simplement il communique ses expériences pratiques et les observations théoriques qu’il en a tirées, quitte aux destinataires à en faire l’emploi qu’ils jugent utile ou non pour eux. Deuxième découverte : la personne, y compris la plus bardée de diplômes universitaires, qui prétend « enseigner », finit par imposer de manière totalitaire ses vues, même quand elle prétend « éclairer et sauver l’humanité de ses erreurs » (3).

Espérons avoir montré en quoi une espèce en voie de disparition peut encore être utile à celles et ceux qui y trouvent de quoi nourrir leurs propres réflexions.

_____

(1) « Pourquoi écrire ? », http://www.lematindalgerie.com/quoi-bon-ecrire ; « Pour qui et comment écrire ? », http://www.lematindalgerie.com/pour-qui-et-comment-ecrire

(2) Une prochaine contribution sera consacrée à ces deux expressions.

(3) In « Clarifications à Monsieur Mourad Remaoun », http://www.lematindalgerie.com/clarifications-m-mourad-remaoun

Publié sur Algérie Patriotique et sur Le Matin d'Algérie, le 1 août 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 18 Août 2018

Nationalisme et patriotisme

L’histoire de l’Algérie (comme celle des autres pays), trafiquée quand pas occultée par les vainqueurs du moment, est la première responsable de la confusion régnante entre nationalisme et patriotisme. Les « élites » au pouvoir confondent volontairement nationalisme et patriotisme. Il suffit de citer l’exemple des États-Unis, l’ « exemple » de la « démocratie » (oligarchique capitaliste). Là, l’idéologie dominante préconise le « patriotisme » comme soutien au pays pour la « défense de ses intérêts nationaux ». À l’examen, on constate que ces derniers se traduisent par des... agressions impérialistes, en vue de mettre la main sur des ressources naturelles étrangères et sur des territoires comme bases militaires. Il est donc nécessaire de distinguer « nationalisme » et « patriotisme », et de savoir leur contenu concret. Il est indispensable, pour ne pas être le dindon d’une farce, de porter un éclairage sur cette confusion volontairement produite et entretenue par les dominateurs et leurs mandarins, quelque soit le masque derrière lequel ils se présentent.

Commençons par des considérations sémantiques. J’ignore ce qui en est en tamazight, mais, en arabe classique et en dziriya (arabe parlé algérien), l’équivalent des mots « nation » et « patrie » donnent : pour « nation » الوطن (al watàne), et pour « patrie » الوطن الأم (al watàne al oum), littéralement « la nation de la mère ». Pour « patriote », nous avons الوطني (al mouwatine), ce qui est plus proche de « nationaliste » que de « patriote ». Nous avons donc, déjà, au niveau langagier, une difficulté. Contrairement au français (et à d’autres langues comme l’italien, l’anglais ou le chinois), la dzirya (et plus largement l’arabe classique) ne disposent pas d’une nette distinction entre nation / nationaliste et patrie / patriote. Ce qui pose problème. Comme chacun sait, le langage est la manifestation d’un état des connaissances, d’une conception intellectuelle (et idéologique) de la réalité.

Dernièrement, en Algérie, s’est créée un mouvement appelé « al mouwatana ». À son sujet, on lit, par exemple :

« Revigorés sans doute par l’écho de leur initiative, l’appel au président de la République pour renoncer au cinquième mandat, les 14 cosignataires de l’appel, essentiellement des figures de l’opposition et de la société civile, ont décidé de se doter d’un espace de concertation et d’initiatives pratiques.

« Dénommé “citoyenneté-démocratie” (Mouwatana), cet espace, mis en place à l’issue d’une réunion tenue au siège de Jil Jadid, à Alger, le 6 juin dernier, vise à “contribuer au véritable changement dont a besoin le pays”, selon un communiqué publié hier par ses signataires. » (1)

Précisons que le gérant de cet espace se nomme mouvement « mouwatana ».

Notons que la dénomination française de cet « espace » ne correspond pas à celle arabe. Il est vrai que « citoyenneté » se rend en dziriya (et arabe classique) par « mouwatana ». Mais pourquoi en dziriya n’a été retenu que ce terme, et pas, également, l’équivalent de « démocratie », qui, pourtant, existe en dziriya (et arabe classique) : « dimogratiya » ?… Ce terme n’a-t-il pas besoin d’être connu et popularisé en Algérie, autant que « mouwatana » ? Pourquoi cette exclusion ? (3)

Venons à l’aspect historique concret, du moins tel que je l’ai vécu personnellement. Ce qu’on appela, avant et pendant la guerre de libération, le nationalisme algérien était en réalité un patriotisme. On disait, en français : « Nous sommes des patriotes » ; et quand nous affirmions : « Nous sommes des nationalistes », ou en dziriya des « mouwatinine », on entendait par ce mot des « patriotes ». Pour les personnes qui l’ignoreraient, voici la différence substantielle (en espérant qu’elle ne soit pas simpliste), soumise à débat, dans le cadre limité d’une contribution dans la presse.

Le nationalisme se voit généralement accolé l’adjectif « chauvin ». De fait, généralement, le nationalisme se manifeste sous forme d’opposition entre les habitants (toutes classes sociales confondues ; confondues également oligarchie dominante et peuple dominé) d’une nation, délimitée par un territoire, et ceux d’une autre nation (avec les mêmes confusions), proche ou lointaine.

Les auteurs préconisant ce nationalisme sont les oligarchies dominant les peuples. En fonction de leurs intérêts matériels spécifiques, ces oligarchies entrent en conflit. Pour l’affronter et le résoudre, ces membres de l’oligarchie manipulent le peuple. La propagande est simple depuis l’existence des nations sur terre : « Nous sommes les civilisés, et nos ennemis sont des barbares !… Ils nous menacent ! Nous devons donc nous défendre ! » Les colonialistes et impérialistes contemporains n’ont rien inventé ; ils n’ont fait et continuent à faire rien d’autre que le remake du même scénario. En effet, il a toujours fonctionné, dans l’antique Grèce comme dans l’antique Chine. Dès lors, inutile de changer de recette fondamentale. Seules les méthodes de propagande changent en fonction des découvertes techniques.

Ce genre de nationalisme a créé, sur toute la planète, les nations, puis les empires. Ces entités ont produit les « civilisations », mais celles-ci comprenaient toutes les guerres dont les seules victimes ont été et demeurent les peuples, et cela au bénéfice des oligarchies qui les envoyaient et continuent à les envoyer conquérir sinon mourir. Dans tous ces cas, le nationalisme chauvin impérialiste est présenté en patriotisme noble.

Cependant, il arrive, quoique rarement, que des soldats des deux armées adverses prennent conscience de n’être que des ouvriers et des paysans n’ayant aucun conflit entre eux, mais qu’ils subissent la même exploitation de la part de leurs dominateurs réciproques. Alors, ces soldats, manipulés pour s’entre-tuer, retournent leurs armes contre leurs commandants. Ces derniers les jugent comme « traîtres à la patrie » et fusillent les révoltés qui ont fraternisé. Autrement, c’est la révolution sociale qui éclatet, et les fusillés seraient les commandants, considérés comme membres de l’oligarchie régnante.

Voilà comment est entretenue volontairement la confusion entre « nation » et « patrie », nationaliste et patriote.

Or, les authentiques patriotes aiment et défendent leur patrie, à savoir le territoire où ils sont nés, non pas en tant qu’oligarchie opposée à une autre oligarchie, mais en tant que peuple. Et ce peuple ne s’oppose pas à un autre peuple, car les deux sont soumis à une condition semblable d’exploitation et de domination. Voilà pourquoi, pour nous limiter à deux exemples, durant leur guerre de libération nationale, les patriotes vietnamiens veillaient à distinguer les agresseurs états-uniens du peuple des États-Unis, et les patriotes algériens avaient la même attitude concernant le peuple français et les colonialistes français.

En effet, celui qui sépare et oppose les peuples fait toujours, volontairement ou de manière stupidement inconsciente, le jeu des oligarchies qui gèrent ces peuples. Car la séparation réelle et fondamentale n’est pas entre les peuples, mais entre leurs minorités dominatrices, chacune voulant acquérir le plus de richesses possible au détriment d’une autre. Dès lors, toute personne consciente de ces faits conçoit son patriotisme comme défense de son propre peuple contre les accapareurs de ses ressources naturelles et de son territoire ; mais, également, cette même personne étend son patriotisme à tous les peuples de la planète, car le principe qu’il défend pour sa patrie est valable pour toutes les patries de la terre. Là est la validité de l’expression « citoyen du monde », et la haine que lui manifestent toutes les oligarchies dominantes et leurs scribes « intellectuels ».

Historiquement, les consciences les plus éclairées, de tout temps, ont appelé à cette conscience planétaire. Limitons-nous à citer, pour l’antiquité, Diogène de Synope en « Occident », Zhuang Zi en « Orient », et, pour l’époque moderne, les diverses formes qui furent appelées « internationalisme ». Celui « prolétarien » fut le plus connu, puis il y eut le « mouvement des non-alignés » anti-impérialiste.

Hélas !.. Très vite, l’internationalisme « prolétarien » fut d’abord saboté par ceux-là même qui déclaraient le pratiquer. Karl Marx expulsa, de manière totalement anti-démocratique, les anti-étatistes de l’Association Internationale des Travailleurs ; à ses yeux, ils avaient le tort de contester sa dictature personnelle sur l’association, et celle du parti communiste allemand (2). Puis, les dirigeants de la révolution russe se mirent rapidement à privilégier, au nom du « réalisme » (autre forme de la « real-politik » bismarckienne bourgeoise) la « révolution dans un seul pays », au détriment de la révolution mondiale. Certes, ce nationalisme se révéla être un patriotisme, durant la résistance à l’invasion nazie. Mais, par la suite, on constata le lamentable et tragique échec de la prétention de l’oligarchie étatique russe à dominer les autres nations, à travers des partis « communistes » locaux soumis à son diktat nationaliste, travesti en « internationalisme prolétarien ». Les Chinois en eurent l’expérience (et la leçon) la plus amère.

En outre, n’oublions pas ce qui caractérisa la seconde guerre mondiale. Dans les pays à capitalisme privé, le chauvinisme nationaliste le plus abject fut érigé en patriotisme le plus héroïque, et cela avec la bénédiction des partis social-démocrates. Ce nationalisme porta l’oligarchie française et ses mandarins « intellectuels » à traiter le peuple allemand (volontairement confondu avec sa classe dominante) de « barbares germaniques ». De même, l’oligarchie allemande et ses mandarins « intellectuels » agirent de manière identique : ils considérèrent le peuple français (volontairement confondu avec sa classe dominante) de « barbares latins ». Conséquence : les deux peuples se massacrèrent, tandis que les membres de leurs oligarchies réciproques s’enrichirent, notamment les banquiers et les industriels de l’armement (et, par conséquent, leurs serviteurs).

C’est dire que ce que certains appellent une « querelle de mots » ne reconnaissent pas toute la vérité, par exemple s’agissant de « nationalisme » et de « patriotisme ». En effet, les mots sont le produit de positions sociales, et celles-ci sont, en première ou dernière instance, l’émanation du conflit social fondamental qui oppose les nantis et les démunis. Par conséquent, pour ne pas être victime des mots et de la phraséologie, il faut toujours veiller à découvrir ce qui se cache derrière les mots comme position sociale. Bien entendu, cette précaution est rejetée par les nantis, et moquée par les scribes « intellectuels » à leur service.

Voici pourquoi, encore une fois, il est absolument indispensable de distinguer nationalisme et patriotisme. Le premier sert uniquement les oligarchies dominantes, au détriment des peuples ; le second sert le peuple au sein duquel on nait, mais également les autres peuples. Ainsi, l’on comprend que le nationalisme est intrinsèquement fauteur de guerres (auparavant esclavagistes puis féodales, capitalistes aujourd’hui) où les peuples s’entre-tuent tandis que les oligarchies s’enrichissent. Au contraire, le patriotisme défend la coopération égalitaire universelle des peuples, en les considérant des parties d’une unique espèce humaine, ayant le droit et le devoir de jouir, au-delà des spécificités culturelles, de liberté conjuguée à la solidarité. Par conséquent, l’important n’est pas la nationalité qu’une personne possède, mais, d’abord, dans quelle partie de la barrière sociale cette personne est positionnée : celle des dominateurs ou celle des dominés, et cela quelque soit la nationalité. Car le patriotisme est internationalisme solidaire, dans le sens le plus authentique du terme.

Que l’on me permette de relater comment, personnellement, j’y suis arrivé. Dans le quartier de ma naissance, « Algraba-village nègre » à Sidi Belabbès, habitait près de chez nous une famille espagnole. L’époux s’était exilé dans notre ville, suite à la victoire des fascistes du général Franco contre les républicains. Et cet Espagnol était anarchiste autogestionnaire. Son épouse et ma mère étaient amis, du fait que mon père et l’Espagnol étaient tous deux des ouvriers manuels. L’épouse espagnole donna ce conseil à ma mère : « Il faut que ton petit Kadour aille à l’école. C’est le seul moyen de le sortir de la misère que nous vivons, nous, familles prolétaires. » Ma mère suivit ce généreux conseil. Donc, en partie, ma scolarisation est due à la suggestion d’une Espagnole, sur conseil de son époux libertaire.

Quelques années après, mon oncle maternel revint d’Indochine. La misère matérielle et culturelle l’avait porté à s’engager dans l’armée coloniale. Elle l’envoya combattre contre les patriotes vietnamiens. Ils le capturèrent et lui expliquèrent : « Frère ! Tu t’es trompé d’ennemi et d’ami. Nous, comme toi, sommes colonisés par l’oligarchie française. Et nous combattons pour l’indépendance de notre patrie. Pourquoi, toi, Algérien, ne retournerais-tu pas dans ta patrie afin de lutter pour la dignité de ton peuple?… Les colonialistes nous stigmatisent comme « communistes » au service de la Russie. En réalité, nous sommes d’abord des patriotes luttant pour libérer notre pays du colonialisme. Et nous voulons que tous les peuples colonisés libèrent leur patrie du colonialisme et de l’impérialisme. Toi et nous, nous avons à être solidaires ! »… Bien entendu, l’oligarchie coloniale française taxa ces propos de « lavage de cerveau ». Cependant, mon oncle comprit où était son devoir de patriote : non pas servir le nationalisme colonialiste français, mais libérer son Algérie de la domination coloniale de la « nation » française. De retour au pays, mon oncle prit contact avec l’armée de libération nationale. Elle lui demanda de rester dans l’armée coloniale comme agent de renseignement. Il accomplit correctement sa mission. Voilà comment, à travers l’histoire de mon oncle, j’ai découvert la nécessaire solidarité entre les peuples opprimés.

En outre, durant la guerre de libération nationale, le Front de Libération Nationale nous mettait en garde : ne pas confondre l’armée et l’administration colonialistes avec le peuple français. Il fallait au contraire rechercher la solidarité du peuple français avec le combat patriotique algérien contre l’oligarchie coloniale de France. Là, encore, j’ai appris la nécessité de la solidarité entre le peuple agressé et celui dont provient l’armée d’agression. En outre, durant la même guerre de libération nationale, j’appris avec plaisir le soutien à la lutte de notre peuple de la part d’autres peuples de la planète. Voilà comment l’enfant et l’adolescent que j’étais a découvert, non pas dans les livres mais dans la réalité quotidienne, l’importance de la solidarité internationale entre les peuples, comment le patriotisme authentique est synonyme de coopération entre les peuples, et comment le nationalisme impérialiste se travestit en « patriotisme ».

À l’époque actuelle, notamment, le chauvinisme nationaliste se présente comme « défense des intérêts de la nation ». Citons deux cas significatifs. Suite à l’attaque contre les tours jumelles de New York, le gouvernement états-unien proclama le « Patriot Act » (et non pas le « national » act) : ainsi, l’appel s’adressait à tout le peuple des États-Unis, confondu volontairement avec l’oligarchie impérialiste de ce pays. Autre exemple. En présence du mouvement migratoire actuel des « damnés de la terre » », provoqué d’abord et surtout par les oligarchies néo-coloniales, ces dernières conditionnent leurs peuples, pour sauver la « nation », à s’opposer à la nouvelle « invasion des barbares » (4).

Souhaitons que les enfants et adolescents du monde ne tomberont pas dans le piège du nationalisme, et découvriront la valeur du patriotisme, en tant que liberté solidaire entre tous les peuples de la terre.

_____

(1) https://www.liberte-algerie.com/actualite/naissance-du-mouvement-mouwatana-294536

(2) Voir James Guillaume, “L’Internationale, documents et souvenirs” in https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:James_Guillaume

(3) Dans un essai de prochaine publication, « Défense des langues populaires : le cas algérien », je relève le conformisme fainéant des intellectuels arabes. Ils se sont contenté du néologisme “dimocratiya”, alors qu’ils disposent de l’expression “houkm a chaab” (pouvoir du peuple). Cette expression traduit fidèlement le terme “démocratie”, en plus elle est tout-à-fait compréhensible par le peuple.

(4) Voir, notamment, Samuel Hutington, “Who are We ? The challenge to America's national identity” (Qui sommes-nous ? Le défi de l’identité nationale américaine).

Publié sur Algérie patriotique  et sur Le Matin d'Algérie, le 4 août 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 4 Août 2018

Arguments de propagande particuliers aux dirigeants d'Israël.

Suite à la publication de l’appel, paru en France, intitulé « Contre le nouvel antisémitisme », il est utile de porter à la connaissance ces « bonnes feuilles » d’un livre de notre collaborateur Kaddour Naïmi, concernant le passé et le présent de cette propagande.

« Le passé.

- Les Juifs, fuyant du génocide nazi, sont allés en une terre, la Palestine, où il y avait peu de population, arabo-palestinienne, où des terres furent achetées de manière régulière et pacifique. Suite à la première guerre israélo-arabe de 1949, la majorité de cette population a choisi de quitter la Palestine.

En réalité, ce n'étaient pas les Palestiniens qui ont commencé la guerre contre Israël, mais ce furent les extrémistes sionistes, voulant la création de l’État d'Israël, à commencer la guerre contre les Palestiniens. L'année 1948, année de la création de l’État d'Israël, a été celle que les Palestiniens appellent la “Nakba” (catastrophe), à cause de ce fait : environ 800.000 à un million de Palestiniens ont été, avec la terreur armée des groupes terroristes sionistes Stern, Irgoun et Hagannah, chassés de leurs villes et villages, avec des massacres de civils et la destruction de centaines de villages palestiniens.

Témoignage de Ilan Pape, membre des nouveaux historiens israéliens :

« En tant qu'enfant juif, né à Haïfa dans les premières années cinquante, je n'ai jamais rencontré le terme nakba (catastrophe), ni j'en connaissais la signification. (...)

« Successivement, comme jeune étudiant de doctorat à la Oxford Université j'ai choisi 1948 comme argument de ma thèse. (...) je découvris par hasard dans les archives israéliennes et britanniques des preuves qui, mises ensemble, me donnèrent pour la première fois une claire idée de ce qu'a était la nakba. Je trouvai de fortes preuves de l'expulsion systématique des Palestiniens de la Palestine et je fus saisi de surprise par la vitesse avec laquelle fut porté en avant la judaïsation des villages et des quartiers qui étaient auparavant palestiniens.

« Ces villages, dont la population palestinienne avait été expropriée en 1948, furent désignés par un autre nom et repeuplés en peu de mois. Cette image contrastait non seulement avec ce que sur 1948 j'avais appris à l'école, mais aussi avec ce que sur 1948 j'avais compris à propos du Moyen Orient dans mes études de licence à la Hebrew Université de Jérusalem, bien qu'un bon nombre des mes leçons concernaient l'histoire d'Israël. Sans le vouloir, ce que j'avais trouvé contredisait aussi les messages qui m'avaient été transmis comme citoyen d'Israël durant mon initiation dans l'armée, dans les événements publics tels le jour de l'indépendance et dans les discours quotidiens dans les médias du pays sur l'histoire du conflit israélo-palestinien.

« Quand je retournai en Israël en 1984 pour commencer la carrière académique, je découvris le phénomène de la négation de la nakba dans mon nouvel environnement. En réalité, il faisait partie d'un phénomène plus grand - c'est-à-dire l'exclusion de tous les Palestiniens de la discussion académique locale. (...)

« Peu après, à la fin des années quatre-vingt, certains académiciens, moi inclus, ont attiré l'attention du public en publiant des livres scolaires qui défiaient la version israélienne généralement acceptée sur la guerre de 1948. Dans ces livres, nous accusions Israël d'avoir expulsé la population indigène et d'avoir détruit les villages et les quartiers palestiniens (…) l’État juif avait été construit sur les ruines de la population indigène de Palestine, dont les moyens de subsistance, habitations, culture et terre avaient été systématiquement détruits.

« (...) Cependant, au niveau supérieur, l'establishment fit tout le possible pour réprimer ces premiers germes d'auto-conscience israélienne et d'admission du rôle d'Israël dans la catastrophe palestinienne, une admission qui aurait pu aider les israéliens à comprendre mieux l'actuel point mort dans le processus de paix. » (1)

Parmi ceux qui sont au courant du massacre commis par les nazis contre les Juifs du ghetto de Varsovie en 1943, combien savent ce qui s'est passé, seulement cinq années après, dans la localité palestinienne de Deir Yassine ?

Voici ce qu’on lit sur le site www.deiryassin.org/mas.html (2)

« Deir Yassine Remembered.

« Tôt dans le matin du vendredi 9 avril 1948, des commandos de l'Irgun, dirigés par Menachem Begin, et de la bande Stern attaquèrent Deir Yassin, un village d'environ 750 habitants palestiniens. Ce fut plusieurs semaines avant la fin du mandat britannique. Le village était hors de la zone que les Nations Unies recommandèrent d'inclure dans le futur État juif. Deir Yassin avait une réputation pacifique et un journal juif avait dit aussi que Deir Yassin avait éloigné certains militants arabes. Mais il était localisé sur un terrain élevé dans le corridor entre Tel Aviv et Jérusalem, et un plan, resté secret pendant plusieurs d'années, appelait à sa destruction et à l'évacuation de ses habitants pour faciliter la voie à un petit aéroport pour les résidents juifs assiégés de Jérusalem.

« Depuis lors plus de 100 personnes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, avaient été systématiquement tués. Quatre assaillants furent tués par les résistants palestiniens qui utilisaient de vieux mausers et des mousquets. Vingt cinq villageois mâles furent chargés sur des camions, fait défiler à travers le quartier de Zakhron Yosef à Jérusalem, puis portés dans une caverne de pierre le long de la route entre Givat Shaul et Deir Yassin, et tués. Le reste des autres habitants fut déplacé à Jérusalem Est arabe.

« Ce soir-là les membres de l'Irgun et de Stern ont escorté une partie des correspondants étrangers dans une maison à Givat Shaul, une installation juive voisine fondée en 1906. Outre au thé et aux gâteaux ils ont amplifié les détails de l'opération et l'ont justifiée, en disant que Deir Yassin était devenu un point de concentration pour les Arabes, y compris Syriens et Irakiens, qui planifiaient une attaque contre les banlieues occidentales de Jérusalem. Ils ont dit que 25 membres de la milice Haganah avait renforcé l'attaque et affirmé qu'un Juif parlant l'arabe avait, d'un haut-parleur monté sur une auto blindée, mis en garde les villageois. Cela fut dûment reporté dans le New York Times le 10 avril.

« Un compte final de 254 corps fut reporté par le New York Times le 13 avril (...) Une étude de 1987 effectuée par le Centre de Recherche et Documentation de l'Université de Birzeit sur la Société palestinienne, déclara que "le nombre des ces tués ne dépasse pas 120".

«  Les dirigeants de l'Haganah ont admis que le massacre "ternit la cause des combattants juifs et déshonore les armes et le drapeau juifs." ils ont minimisé le fait que leur milice avait renforcé l'attaque des terroristes, même s'ils n'ont pas participé à la barbarie et au saccage durant les opérations successives de "ratissage".

« Ils ont aussi minimisé le fait que, dans les paroles de Begin, "Deir Yassin fut capturé avec la connaissance de la Haganah et avec l’approbation de son commandant" comme une partie de son "plan pour la création d'un aéroport."

« Ben Gurion envoya aussi une excuse au roi Abdullah de Trans-Jordanie. Mais cet horrible acte a bien servi le futur État d'Israël. Selon Begin : Les Arabes à travers tout le pays, induits à croire les sauvages récits de "boucherie Irgun," ont été pris de panique et ont commencé à fuir pour leur vie. Cette masse en est vite arrivée à une fuite désordonnée, folle et incontrôlable. La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée.

« Des 144 maisons environ, 10 ont été dynamitées. Le cimetière a été ensuite rasé par des bulldozers et, comme des centaines d'autres villages palestiniens par la suite, Deir Yassin a été effacé de la carte. Depuis septembre, des Juifs orthodoxes immigrants de Pologne, Roumanie, et Slovaquie y ont été installés, avec les objections de Martin Buber, Cecil Roth et d'autres dirigeants juifs, qui ont cru que le site du massacre devait être laissé inhabité. Le centre du village fut rebaptisé Givat Shaul Bet. Avec l'expansion de Jérusalem, la terre de Deir Yassin devint une partie de la ville et, aujourd'hui, est connue simplement comme la zone entre Givat Shaul et l'installation de Har Nof sur les flancs occidentaux de la montagne.

« Le massacre des Palestiniens à Deir Yassin est un des événements les plus significatifs du 20ème siècle dans l'histoire palestinienne et israélienne. Cela non pas à cause de sa dimension ou de sa brutalité, mais parce qu'il se présente comme l'alarme la plus dure et anticipée d'un dépeuplement calculé de plus de 400 villages et villes arabes et l'expulsion de plus de 700.000 habitants palestiniens pour laisser place aux survivants de l'Holocauste et à d'autres Juifs du reste du monde.

Le présent.

« Nous n’avons pas à requinquer ces peuples [...] Mais plutôt à les vider de leur substance. Nous ne voulons pas de ces peuples : nous voulons leur pays. » (3) .

- Les Juifs ont un droit légitime à occuper la Palestine parce qu'elle est la terre de leurs ancêtres, auxquels Dieu a fait cadeau, et donc il est juste que les Palestiniens aillent ailleurs, dans les pays arabes vu qu'ils sont arabes.

En réalité, les Palestiniens, bien qu'ils fassent partie de la communauté arabe, sont les habitants du territoire appelé Palestine, comme les Libanais habitent le Liban ou les Syriens, la Syrie. Donc le pays des Palestiniens est historiquement et légalement la Palestine et non un autre pays arabe. Un exemple : quelle serait la réaction des Français si un autre peuple s'installe dans leur pays et prétend que, vu que les Français sont européens, ils doivent quitter la France et aller vivre dans un autre pays européen ?

- Israël ne fait que défendre son droit à exister.

Si cela était vrai pourquoi l'armée israélienne, depuis 1967, suite à une guerre entre Israël et certains pays arabes, occupe illégalement, en violation des résolutions des Nations Unies, la partie de territoire qui revient aux Palestiniens ?

À propos de l'attaque de l'armée israélienne contre Gaza, de décembre 2008 - janvier 2009, le journaliste israélien Uri Avnery a écrit :

« Presque tous les médias occidentaux ont d'abord répété la ligne de la propagande israélienne officielle. Ils ont presque entièrement ignoré la partie palestinienne de l'affaire, ils n'ont pas mentionné les manifestations quotidiennes de la paix dans le camp israélien. Le raisonnement du gouvernement israélien ( «L’État doit défendre ses citoyens contre les roquettes Qassam") a été accepté comme l'entière vérité. Le point de vue de l'autre côté, que les Qassams sont des représailles pour le siège qui fait mourir de faim un million et demi d'habitants de la bande de Gaza, n'a pas été mentionné du tout.

« C'est seulement quand les horribles scènes de Gaza ont commencé à apparaître sur les télévisions occidentales que l'opinion mondiale a commencé graduellement à changer. » (4)

- Israël est un pays pacifique, menacé par le terrorisme palestinien, par conséquent notre action n'est pas contre le peuple palestinien mais seulement contre les terroristes palestiniens.

Si les dirigeants d'Israël font la guerre seulement aux "terroristes", pour quel motif ils ont et continuent à entreprendre les actions suivantes, dont certaines sont à considérer, selon la législation internationale, des crimes de guerre :

- transformation de Jérusalem Est, qui est légalement territoire appartenant au peuple palestinien, pour expulser les citoyens palestiniens,

- violence illégale des colons israéliens, les “settlers", contre les civils palestiniens, violence impunie et protégée par l'armée israélienne d'occupation,

- démolitions des maisons, non seulement de celles d’auteurs d’une action violente contre les Israéliens, mais aussi d'autres maisons,

- mal-traitements, abus, humiliations et limitations à la normale circulation, en particulier avec l'existence de plus de 500 points de contrôle (check points), que l'armée israélienne fait subir aux civils palestiniens sans distinction entre celui qui est résistant et celui qui est pacifique,

- destruction, de la part de l'armée israélienne, des terrains agricoles et des arbres d'olives appartenant aux Palestiniens,

- limitations contre les Palestiniens en ce qui concerne l'accès à l'eau pour boire et pour irriguer les champs,

- restrictions aux soins médicaux pour les Palestiniens,

- construction illégale du mur de séparation, qui, en plus, ne suit pas la ligne de frontière d'Israël, reconnue par la loi internationale, mais est construit en partie sur le territoire palestinien, et d'une façon à empêcher la normale circulation des habitants palestiniens sur leur propre territoire,

- situation d'apartheid, en partie semblable à celle pratiquée dans le passé en Afrique du Sud, à laquelle est soumise la population palestinienne.

- Israël est un petit pays contraint à se défendre des autres pays arabes qui l'encerclent, auxquels il n'a fait aucun tort, mais qui veulent le détruire parce qu'ils sont méchants et anti-sémites.

Par contre, Norman G. Finkelstein, membre des nouveaux historiens israéliens, écrit :

« Pour réprimer la résistance palestinienne, un ex officier israélien au début de l'année [2002] recommandait à l'armée de "analyser et intérioriser les leçons sur (...) comment l'armée allemande a combattu dans le ghetto de Varsovie" (5). A juger du récent carnage israélien dans la Rive occidentale - viser les ambulances palestiniennes et le personnel médical, viser les journalistes, l'assassinat d'enfants palestiniens "par sport", les ratissages, mettre les menottes et bander les yeux de tous les hommes palestiniens âgés de 15 à 50 ans et le tatouage de numéro sur leurs poignet, la torture non discriminée de détenus palestiniens, l'utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains, la destruction au bulldozer des maisons palestiniennes avec les habitants entassés dedans - à juger de tout cela il semble que l'armée israélienne suit le conseil de l'officier. En laissant de côté toutes les critiques puisque motivées par l'antisémitisme, Elie Diesel, porte-parole en chef de Holocauste Industry, a donné un appui inconditionné à Israël, soulignant "la grande peur et angoisse" supportée par son armée furieuse. » (6)

- Les Israéliens sont le peuple des victimes de la Shoah, de l'Holocauste, il faut toujours le rappeler.

Par contre, Yitzhak Laor, poète, écrivain et journaliste israélien, écrit :

« Les israéliens s'occupent de punir quiconque met en danger l'image que nous avons de nous-mêmes comme victimes. Il n'est consenti à personne de nous enlever cette image, spécialement dans le contexte de la guerre avec les Palestiniens, qui combattent une guerre "dans notre maison" - c'est-à-dire, dans leur "non-maison". Quand un ministre d'une ex république socialiste a comparé Yasser Arafat à Hitler, il a été applaudi.

« Pourquoi ? parce que c'est ainsi que le monde devrait nous voir, tandis que nous, nous soulevons des cendres. Voici pourquoi nous aimons Shoah de Claude Lanzmann (et encore plus, son dégoûtant film sur l'armée israélienne) et Schindler's List. Parlez-nous encore de nous comme victimes, et de comment nous devons être pardonnés pour chaque atrocité que nous commettons. Comme a écrit mon amie Tanya Reinhart, "il semble que ce que nous avons intériorisé" de la mémoire de l'Holocauste "soit que n'importe quel mal de mineure portée soit acceptable". (...)

« Il est possible qu'Israël n'ait pas un passé colonial mais certainement nous avons notre mémoire du mal. Cela explique pourquoi les soldats israéliens ont tatoué les numéros d'identification sur les bras des Palestiniens ? Ou pourquoi le très récent Holocauste day [le Jour de l'Holocauste] a tracé une ridicule comparaison entre ceux parmi nous qui étaient dans le ghetto de Varsovie assiégés et ceux parmi nous qui encerclaient les camp de réfugiés de Jénine en état de siège ? » (7)

- Israël est un pays qui a trop souffert de racisme, donc il n'est pas et ne peut pas être raciste.

Voici ce qu’on lit sur le site http://ifamericansknew.org (Si les américains savaient) (8) :

« Par l'intermédiaire de l'argent et des armes fournis par les États-Unis, Israël impose une nation ethniquement discriminatoire sur une terre qui était auparavant multiculturelle. Il y a une discrimination ethnique et religieuse inhérente à son identité nationale, et une doctrine de suprématie d'un groupe sur tous les autres caractérise ses actions politiques, financières et militaires. Cela aussi n'est pratiquement jamais reporté.

- Israël est un pays civilisé.

Que savent les citoyens israéliens et du monde sur les conditions d'incarcération des Palestiniens, et, dans certains cas, de la torture ?

Le Comité Public contre la Torture en Israël (PCATI) affirme :

« Ces méthodes ont causé des dommages psychologiques et physiques irréversibles et dans certains cas la mort.

« Dégradation et torture ne sont pas limitées aux détenus palestiniens mais ont été aussi infligées à des soldats et militants politiques de gauche et de droite qui ont subi les interrogatoires du GSS, de la police et la police militaire d'investigation.

« Le Comité Public contre la Torture en Israël a reconnu l'existence d'une menace à la sécurité d'Israël mais considère l'utilisation de la torture "pour la sécurité de l’État" comme une manière cruelle et inefficace qui mine directement la nature démocratique de notre société. » (9)

À propos de la prison secrète israélienne 1391, considérée la “Guantanamo” d'Israël, comme à propos des centres de détention secrets en Israël, et de leurs prisonniers, le silence de la presse internationale est total. Pourquoi ?

- Qui critique Israël est seulement un antisémite qui hait les Juifs.

Par contre, Shraga Elam, journaliste israélien, écrit :

« (...) je suis profondément convaincu que la raison principale pour la croissance de la judéophobie est fondamentalement à rechercher dans la politique criminelle qu'Israël conduit aux dommages des Palestiniens, comme dans le comportement déplorable des groupes de pression pro-Israël. (...)

« Nous pouvons constater que tous les Juifs, sans considération de leurs positions individuelles, furent retenus responsables des atrocités commises par Israël. Cela n'était pas seulement le résultat de préjugés anti-israéliens, mais aussi de la prétention, erronée, d'Israël, de représenter tous les Juifs et d'être l’État DES Juifs. L'appui diffus et ostentatoire que beaucoup de Juifs dans du monde entier offrent à Israël, ne peut que renforcer l'impression que tous les Juifs sont au côté d'Israël. » (10)

- Israël est un petit pays menacé par la masse des pays arabes hostiles.

Combien savent, en Occident, en particulier aux États-Unis, l'importance des aides financières et militaires que les États-Unis fournissent à Israël, pour pratiquer sa politique d'oppression contre le peuple palestinien ? Et combien savent que la Banque Mondiale subventionne le mur entre Israël et les territoires occupés ? (11)

Du site http://ifamericansknew.org (Si les américains savaient) (12) :

« Israël est le plus grand destinataire de l'aide U.S. dans le monde entier. Il reçoit plus d'aide que celui donné à tous les pays de l'Afrique subsaharienne, l'Amérique Latine et les Caraïbes, mis ensemble.

Israël reçoit plus de 10 millions de dollars par jour de la part des États-Unis, et il est évident que le chiffre total est plus proche de 15 millions par jour. Mais cette information n'est presque jamais imprimée sur les journaux américains. La couverture du Moyen Orient en général, et d'Israël en particulier, ne reporte pratiquement jamais cette énorme connexion américaine avec cette région.

« Renforcé par l'argent américain, Israël occupe un territoire qui ne lui appartient pas, en violation de nombreuses lois internationales et conventions dont il est signataire, et pratique des politiques de brutalité qui ont été condamnées par les Nations Unies, l'Union Européenne, le Conseil National des Églises, Amnesty International, la Croix Rouge Internationale, et par de nombreux autres organismes internationaux. Cette vérité est aussi rarement reportée.

- Qui parle de lobby U.S. en faveur d'Israël dit une mensonge.

En réalité la lobby des Juifs U.S. conditionne les dirigeants U.S. à soutenir la politique israélienne, en particulier à travers le soutien financier durant les campagnes électorales U.S.

Déclaration de l’ex Président U.S. Jimmy Carter :

« Groupes de pression sur la politique US au Moyen Orient.

Pendant les dernières 30 années, j'ai été témoin et j'ai expérimenté les graves restrictions sur n'importe quelle discussion libre et équilibrée des faits. Cette réticence à n'importe quelle critique de la politique du gouvernement israélien est due aux extraordinaires efforts de lobbying du Comité d'Action Politique israélo-américain (American-Israël Political Action Committee) et à l'absence de n'importe quelles voix contraires significatives.

« Il serait presque politiquement suicidaire pour les membres du Congrès d'épouser une position équilibrée entre Israël et la Palestine, à suggérer qu'Israël respecte la loi internationale ou de parler en défense de la justice ou des droits humains pour les Palestiniens. » (13).

- Les Palestiniens qui nous agressent sont seulement des "terroristes" qui haïssent les Juifs.

Que savent les citoyens israéliens et occidentaux, d'une part, de l'action terroriste de l'armée israélienne contre les civils palestiniens, et, d'autre part, des motifs réels qui poussent certains Palestiniens à attaquer non seulement les militaires israéliens, mais aussi à entreprendre des opérations qui tuent des civils israéliens ? Les témoignages d’auteurs israéliens, auparavant mentionnés, permettent de répondre à la question : les citoyens israéliens et occidentaux savent très peu pour ne pas dire rien. »

_____

(1) De l'article I demoni de la Nakba (Les démons et la Nakba), dans le livre collectif NOT IN OUR NAME : Ebrei e israeliani contro l'occupazione (Juifs et Israéliens contre l’occupation), Prospettiva Edizione, Rome, 2002, p. 29 et p. 30­31­32.

(2) Visité le 25 mars 2008.

(3) Goebbels, Journal, 1938, cité dans l’article Le Califat : une entreprise totalitaire, 12 juin 2016, par Patrice GOURDIN, In diploweb.com/.

(4) Du site Uri Avnery’s Column, visité le 2 février 2009.

(5) L'auteur indique en note comme source : Ha'aretz, 25 janvier 2002 et 1 février 2002.

(6) Article Prima la carota, poi il bastone : dietro la carneficina in Palestina (D’abord la carotte, puis le bâton : derrière le massacre en Palestine), dans le livre collectif NOT IN OUR NAME : Ebrei..., p. 43.

(7) Article Dopo Jenin (Après Jénine), in livre collectif NOT IN OUR NAME : Ebrei... p. 4 e p.48.

(8) Visité en 2007.

(9) Du site www.stoptorture.org.le/eng/, visité en 2007.

(10) Résident à Zurich/Suisse. Extraits du texte du rapport au Camp Anti-impérialiste de Assisi (Italie), le 2 août 2004. Du site kelebekler.com, visité en 2007. Majuscules de l'auteur.

(11) Voir Peter Philips in « Project Censored ».

(12) Visité en 2007.

(13) Du site http://ifamericansknew.org/about_us/, visité en 2007.

Extrait de « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ? Éléments de discussion pour gens de bonne volonté. » librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits.html

publié sur Algérie Patriotique et sur Le Matin d'Algérie, le 26 avril 2018.

 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 4 Août 2018

« Mots d’Amour »

Conventionnellement, cela ne se fait pas de présenter soi-même sa propre œuvre. Il y a, cependant, des situations où il convient d’ignorer la convention. Connu comme homme de théâtre, de cinéma, auteur de nouvelles et, aussi, chroniqueur social, voici la préface de mon premier recueil poétique.

Comme dans mes réalisations théâtrales et filmiques, on retrouve dans ce recueil poétique le souci primordial d’expérimenter en vue d’innover. En effet, si je produis ce qu’ont réalisé déjà les autres, ou de manière moins intéressante, à quoi bon ? Ainsi, s’explique notamment la présentation graphique des poèmes, en fonction de leur contenu et de l’impact visuel recherché : les uns au centre de la page, d’autres à gauche, de manière conventionnelle, d’autres encore divisés entre une partie à gauche et une seconde à droite de la page.

Deux motifs expliquent cette singulière présentation. D’une part, comme déjà mentionné, je suis metteur en scène et réalisateur filmique ; cela me porte à accorder son importance à l’aspect visuel, y compris dans la présentation d’un écrit poétique. D’autre part, depuis ma jeunesse, je fréquente et admire la peinture et la poésie chinoise classiques ; dans celles-ci, les textes poétiques font partie intégrante des œuvres picturales, et vice-versa ; en outre, l’écriture est en elle-même une peinture. Par conséquent, je tente de suivre cette voie : que les poèmes s’adressent aux yeux non seulement pour être lus, mais tout autant pour être vus. En voici un exemple :

Bénédiction

 

O créatures humaines ! Aimons ! Aimons !…

De tout notre amour, aimons !

Avec tout ce qu’il y a de beau en nous, aimons !

C’est notre seule authentique bénédiction

quand nous mourrons.

 

Ajoutons que mes activités comme dialoguiste, dans mes œuvres théâtrales et filmiques, me portent également à prêter toute l’attention à la lecture des poèmes à haute voix, donc à l’ouïe. Je les soumets à ce critère pour vérifier et mettre au point leur qualité sonore, musical.

La présent recueil poétique fut d’abord publié en italien, en 2008. Alors, je résidais dans la patrie de Dante Alighieri depuis vingt huit ans. M’étant familiarisé et imprégné de la culture locale, j’ai donc osé composer dans sa belle et raffinée langue.

Un lecteur italien averti, en lisant le recueil, a parlé de « nouveau Catulle ». En réalité, au moment de la publication, je connaissais uniquement le nom de ce poète. Par contre, je reconnais des filiations et les revendique : Nazim Hikmet, Jacques Prévert, la poésie chinoise classique de l’époque des Tangs, et les haikus japonais. Ces productions ont un point commun : le souci du maximum de simplicité formelle pour exprimer le contenu le plus dense.

Dans mes textes poétiques, j’ai la même préoccupation. Ils sont généralement courts, même très courts. Pour une fois, dans le texte de l’ex-colonisé que je suis, il n’y a absolument rien de ce qui caractérise les productions d’auteurs victimes d’aliénation coloniale ou néo-coloniale, sans en être affranchis. Donc, rien de « flamboyant », de « recherché », de « précieux » pour impressionner les auteurs des « métropoles » coloniales ou ex-coloniales, comme pour leur dire, poussé par un complexe d’infériorité plus ou moins conscient : »Regardez comme je suis capable, comme vous, et même mieux que vous ! »

C’est que j’ai lu, médité et tiré les leçons nécessaires des analyses sur la mentalité aliénée, coloniale et néo-coloniale, notamment les ouvrages de Frantz Fanon, Albert Memmi et d’Edward Saïd.

« Mots d’amour », dans sa première version en italien (« Parole d’amore »), fut préfacé par une importante romancière d’Italie : Dacia Maraini. Elle est née et vécut sa première enfance au Japon. Citons un extrait :

« Dans les poésies de Kadour Naimi se concentre, en somme, tout un univers d'émotions et désirs qui appartiennent certainement à la tradition lyrique d'argument amoureux, mais qui prennent dans le croisement de deux cultures, celle européenne et celle de matrice arabe, une nouvelle et intense saveur littéraire. Il ne s'agit donc ni de vers de circonstance ni de la froide répétition de clichés sentimentaux, mais de la narration d'un amour toujours et de toute manière indispensable pour donner un sens à l'existence. »

Ce premier recueil poétique fut précédé par la parution de poèmes singuliers dans diverses publications. Le tout premier poème fut publié en français, en Belgique (1977) : « Cinq doigts de la main arrachés »(1). D’autres sont parus en italien. Citons deux textes, publiés en 2000, que je traduis en français ; ils annonçaient déjà le contenu et la forme du recueil « Mots d’Amour ».

 

Exit

             Exit du cocon de la mère

                           Exit de la famille.

                                          Exit du pays.

                                                    Mais le plus déchirant exit,

                                                                                   l’exit de soi-même.

 

À la vie !

Quand je mourrai,

faites la fete

pour ce que j’ai bien vécu

et ne faites pas la tete

pour ce que j’ai mal foutu.

Quant à mon sort,

après ma mort,

je ne suis pas décidé.

De mon corps,

faites ce que vous voulez.

Si vous m’enterrez,

mettez-moi au cimetière d’Oran,

au soleil et le plus près de la mer.

Si vous m’incinérez,

parfumez mes poussières

et répandez-les dans l’air.

À vous qui m’aimez,

et aussi à vous qui me détestez,

je ne dis pas : Adieu,

je chante : À la vie !

 

Après sa publication en italien, « Mots d’Amour » eut, en français, une première parution en France (2011), puis une seconde (2017). Cette dernière est gratuitement disponible ici :

https://www.kadour-naimi.com/f-poesie.html

Une version sonore d’extraits est en libre accès ici :

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/naimi-kadour-mots-damour.html

_____

(1) Dans une revue d’extrême-gauche : « POUR la révolution ». Un pseudonyme fut utilisé, pour conjurer une éventuelle répression étatique. Le texte est disponible ici :

https://www.kadour-naimi.com/f-poesie.html

et une version sonore ici :

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/naimi-kadour-cinq-doigts-de-la-main-arraches-poeme.html

 

Publié sur Le Matin d'Algérie, le 18 juillet 2018, et sur  Algérie Patriotique, le 20 juillet 2018.
 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #POESIE

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Publié le 4 Août 2018

Utilité d’une espèce en voie de disparition

L’argument abordé dans cette contribution fut déjà, d’une manière générale, exposé précédemment (1). Des commentaires de lecteurs portent à y revenir sous une autre forme d’argumentation.

Un ami algérien, invité par moi à reprendre ses éclairantes contributions écrites sur des journaux algériens qui voudraient bien l’accueillir, m’a tenu en substance ces propos : « À quoi bon ?… J’ai déjà écris beaucoup sans avoir reçu de réactions encourageantes. Ajoute à cela que l’Algérie est dans une situation lamentable dans tous les secteurs, sans espoir d’en sortir, vue l’incapacité de tout ce qui est opposition démocratique au régime. En outre, en quoi serait-il utile d’écrire quand on vit depuis de longues années à l’étranger ? Enfin, et surtout, quand on a dépassé la borne des soixante-dix années de vie, nous sommes désormais des dinosaures en voie de disparition. Or, l’Algérie est composé d’environ 70 % de moins de 35 ans, et qui pratiquent moins la langue française que l’arabe classique. Quel écrit peut-on, nous, dinosaures, leur présenter ? Et seraient-ils intéressés à le lire ? Contentons-nous de constater que nous avons échoué à réaliser notre idéal de justice sociale alors que nous étions jeunes, et que, désormais, il est trop tard pour nous, dinosaures en voie de disparition. »

Voici ce que fut, en substance, ma réponse.

Un enfant de neuf ans.

Lorsque la guerre de libération nationale algérienne fut déclenchée en 1954, j’avais neuf ans. Alors, j’étais angoissé et ne comprenais pas la signification des événements. À la maison, mes parents parlaient de « moudjahidines », tandis que la radio colonialiste dénonçait les « fellaghas » au « service de puissances étrangères ». Pour ma part, je constatais simplement que j’étais un colonisé, maltraité comme tel par les occupants de ma patrie, et par leurs collaborateurs autochtones administratifs. Cependant, je n’étais pas assez instruit pour chercher et connaître par moi-même la vérité sur la situation sociale en général, et sur la mienne, en particulier.

Par chance, dans mon quartier d’ »Algraba-village nègre », comme on l’appelait, à Sidi Belabbès, j’avais remarqué un « dinosaure ». Tous les matins, il s’asseyait devant le seuil de son ami horloger, et, sur une chaise, il lisait plusieurs journaux. J’ai approché avec politesse ce monsieur aux cheveux blancs. Comme il connaissait mon père, le vieillard m’accueillit avec affection. Je lui demandais, vu qu’il lisait des journaux, de m’expliquer ce qui arrivait en Algérie. Il commença d’abord par vérifier du regard qu’il n’y avait pas près de nous des oreilles indiscrètes de mouchard. Ensuite, il commença à me donner des éclaircissements, et cela en dziriya (arabe algérien maternel), avec des mots simples, que j’étais en mesure de comprendre. Presque quotidiennement, j’avais alors mes leçons d’éducation sociale.

Elles m’encouragèrent à mieux maîtriser la langue française pour lire par moi-même les journaux. Mon bienveillant « dinosaure » m’apprit autre chose : savoir lire les journaux aussi bien de la propagande colonialiste que les publications démocratiques, genre « Alger républicain », si je me souviens bien. « Il faut, m’a-t-il dit, que tu apprennes à distinguer le vrai du faux, et, pour cela, tu dois lire les versions contradictoires. Ainsi, tu ne seras pas victime de la propagande, d’où quelle vienne. Tu dois être un esprit libre, capable d’acquérir tes libres opinions. »

Voilà comment ma conscience patriotique et critique est née. Un « dinosaure » l’avait offerte à un tout jeune garçon. Et combien d’enfants et presque enfants comme moi ne bénéficièrent pas d’une conscience pareille grâce à d’autres bienveillants et sages « dinosaures » !

Par la suite, durant mon adolescence, je lisais journaux, brochures et livres. Mes parents, conseillés par un voisin qui était moudjahid, prirent l’heureux choix de m’inscrire au lycée alors nommé « franco-musulman » de Tlemcen, en internat, loin de ma famille. « Là, avait déclaré notre voisin moudjahid à mes parents, votre enfant apprendra en même temps le français et l’arabe. Ainsi, à l’indépendance, il sera utile à son pays. » J’ai donc pu lire en langue française comme en arabe. Mon horizon intellectuel s’élargissait.

Puis, je lisais articles, brochures et livres d’autres « dinosaures », aussi bien algériens qu’étrangers. Progressivement, ma conscience sociale s’éclairait davantage.

Retour d’un dinosaure.

« Rah azmâne ou ja azmâne » (un temps s’en est allé, un autre est venu), comme on dit en Algérie. Conformément à la loi biologique, je suis devenu membre du club des « dinosaures » en voie de disparition. Après une très longue absence géographique du pays, en 2012, quelques adolescents vinrent rendre visite au dinosaure que j’étais désormais. En larmes (je n’exagère rien), certains d’entre eux me tinrent en substance ces propos : « Nous sommes tellement désorientés ! Mais nous ne voulons pas nous résigner à ce que nous subissons et subit notre peuple !… Pourquoi des gens comme toi, vous nous avez abandonnés ? Même de loin, hors du pays, vous pouviez garder un lien avec nous, écrire dans un journal, nous envoyer des brochures… Nous avons besoin de connaître vos expériences et les réflexions que vous en avez tirées. Qu’importe si vous avez échoué dans la réalisation de votre idéal. Nous voulons savoir ce qu’ont été votre parcours, vos succès et vos échecs, afin d’éclairer notre présent, à nous. Nous ne voulons pas de « maîtres à penser », fournissant des recettes toutes faites ; nous avons seulement besoin de pistes de réflexion et d’action. Connaître vos échecs et leurs causes nous est précieux pour les éviter, et connaître vos succès, même éphémères, nous est également précieux pour savoir comment les reprendre et les améliorer. »

Oui ! À la vue de ces adolescents en pleurs, le dinosaure a, lui aussi, eut les yeux en larmes, comme eux. De tristesse et de joie. Tristesse du temps perdu de séparation et de silence ; joie des retrouvailles et découvrir qu’un dinosaure en voie de disparition est encore utile. Aux jeunes qui me faisaient face, j’ai reconnu ceci : bien que j’ai toujours connu et suivi la situation en Algérie, pendant de longues années j’avais estimé inutile d’intervenir par mes écrits, même en sachant que mon travail théâtral au pays était occulté, volé et que j’étais personnellement calomnié.

Devant ces adolescents, m’est revenue mon enfance. Un dinosaure avait éclairé ma lanterne sociale, sans, - il faut le souligner -, m’asservir à sa pensée, mais en m’aidant simplement à élaborer la mienne. À présent que l’enfant que j’étais est devenu un dinosaure, ne doit-il pas agir de même envers les enfants d’aujourd’hui ?… C’est là, me semble-t-il, une simple question de dette à reconnaître entre les générations, avant ma disparition de cette terre.

On pourrait, et cela le fut, objecter : « En intervenant, tu ne fais que servir tes intérêts et ton ego ». Oh ! Si je considérais uniquement ces deux aspects, je me contenterais de cultiver mon jardin, de voyager en fonction de mes possibilités financières, de m’amuser, comme on dit, bref de jouir de la vie de manière personnelle, sans m’occuper des autres, surtout pas des gens maltraités par leurs semblables… Mais, ma voie intérieure me déclare : « Si tu peux, à présent, jouir de ta vie, c’est parce que d’autres se sont activés, et même sont morts, afin que tu puisses jouir de ton existence. N’as-tu donc pas de dette envers ces personnes ?… Et comment l’honorer autrement qu’en les imitant : accorder une partie de ton temps aux personnes auxquelles une minorité de rapaces interdit de jouir paisiblement de leur vie ?… Il y a deux sortes d’ego : l’égoïste individualiste, indifférent aux autres, et l’altruiste, soucieux de leur témoigner ce qu’il peut comme solidarité. Le second ego est plus digne, plus enrichissant, donne plus de sens à ta vie personnelle… Quant à l’intérêt, si le tien coïncide avec celui des maltraité-e-s par les rapaces, il n’est que plus respectable, surtout quand cette coïncidence n’offre pas des privilèges, mais, au contraire, des ennuis de la part de ceux dont tu remets en cause les illégitimes privilèges. »

On pourrait, également, et cela le fut également, objecter : « Tu ne fais qu’étaler tes connaissances, avec tes références, parce que imbu de ta personne, et pour nous éblouir ! » Pour ma part, je constate que des lecteurs me témoignent leur reconnaissance pour ce que j’écris. Ceci dit, est-on imbu de sa personne, quand on sait que les écrits ne procureront pas des avantages et des privilèges, mais, à part la reconnaissance de certains, feront naître des adversaires, d’autant plus méchants qu’ils seront du coté des dominateurs et des exploiteurs de leurs semblables ?

Quant à ce qui est considéré comme « étalage de connaissances », peut-on écrire sans fournir les références nécessaires aux lecteurs, afin qu’ils vérifient par eux-mêmes la validité de ce qui est dit, et, éventuellement, approfondir les arguments exposés ?

Enfin, on pourrait, et cela le fut aussi, objecter : « Mais ce que tu écris, tu ne fait que le voler à d’autres que tu n’as pas l’honnêteté de citer ! »... Là où je ne mentionne pas d’auteur, en voici le motif. La lecture des écrits des autres est la meilleure quand on ne se contente pas de les répéter, comme un perroquet, un adorateur d’icône ou pour donner un « argument d’autorité » à ce qu’on écrit. La méthode efficace est de trouver le moyen de faire soi les idées positives des autres, en les adaptant à la réalité socio-historique actuelle, selon notre intelligence. Ainsi, on est créatif et, espérons-le, original, autant que possible. Comme on l’a déjà dit, tout ou presque tout a déjà été dit, dans le domaine social ; mais il reste à adapter de manière adéquate ce qui fut exposé à la réalité actuelle. Pas facile, mais indispensable, si l’on vise réellement à progresser dans la compréhension correcte de la société et de soi-même, pour la transformer et se transformer positivement, en particulier en vue d’une société où liberté se conjugue avec solidarité (2).

La pire des prétentions est de vouloir enseigner, parce qu’on détiendrait la vérité. Il s’agit simplement, je l’ai déjà dit, de proposer des opinions dans le cadre d’un débat démocratique. Rappel à celles et ceux qui n’ont pas lu cette mise au point dans mes textes précédents :

« Ceci dit, je l’ai écrit plus d’une fois dans mes contributions, et je le répète : je ne prétends pas « enseigner ». Le motif est simple : je suis et serai toujours un étudiant jusqu’à ma mort. Je fais partie de ces êtres humains conscients de l’immensité de ce qu’il y a à connaître, et qui savent qu’en mourant, ils demeurent ignorants de beaucoup de choses, peut-être même de l’essentiel. Ma devise était et demeure : l’humanité, et donc moi qui en fait partie, ne procède pas vers plus de vérité, mais vers moins d’erreur. Si les gens qui ont voulu enseigner avaient donné son importance à ce principe, tellement de maux auraient été évité à l’espèce humaine. Certes, j’eus ma phase – juvénile – de croire à des « enseignants » et, en les suivant, de le devenir à mon tour. Heureusement, la priorité que j’ai toujours accordée à la réalité concrète (mérite de mon père ouvrier et de ma mère paysanne pauvre), même quand cette réalité contredisait mes « convictions », cette priorité m’a permis deux découvertes. La première : le meilleur et le plus authentique des instruits n’enseigne pas ; simplement il communique ses expériences pratiques et les observations théoriques qu’il en a tirées, quitte aux destinataires à en faire l’emploi qu’ils jugent utile ou non pour eux. Deuxième découverte : la personne, y compris la plus bardée de diplômes universitaires, qui prétend « enseigner », finit par imposer de manière totalitaire ses vues, même quand elle prétend « éclairer et sauver l’humanité de ses erreurs » (3).

Espérons avoir montré en quoi une espèce en voie de disparition peut encore être utile à celles et ceux qui y trouvent de quoi nourrir leurs propres réflexions.

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(1) « Pourquoi écrire ? », http://www.lematindalgerie.com/quoi-bon-ecrire ; « Pour qui et comment écrire ? », http://www.lematindalgerie.com/pour-qui-et-comment-ecrire

(2) Une prochaine contribution sera consacrée à ces deux expressions.

(3) In « Clarifications à Monsieur Mourad Remaoun », http://www.lematindalgerie.com/clarifications-m-mourad-remaoun

Publié sur Le Matin d'Algérie, le 1 août 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 4 Août 2018

Clarifications à Mr. Mourad Remaoun

Je prends acte, comme simple citoyen, de vos affirmations qui concluent votre « droit de réponse » : « 1) Le Cnapest représente l’une des plus belles et des plus authentiques expériences syndicales vécues par l’Algérie depuis l’accession à l’indépendance nationale. – et c’est un tel sentiment qui m’a fait écrire l’article tant incriminé par M. Naimi. ». Je lis également votre autre jugement concernant votre article : « une défense - on ne peut moins hésitante et on ne peut plus cohérente - du Cnapest, contre la puissante tentative qui a consisté à réduire ce dernier, afin de le discréditer, et à l’islamisme et à une volonté de faire –dans un but de privatisation- échouer l’école publique. »

Dès lors, soit je n’ai pas su lire votre article (vous me reprochez « l’ignorance de ce que Lire veut dire ») (1), soit son contenu ne m’a pas convaincu. Dès lors, pour juger de notre divergence de point de vue, reste le lecteur, et d’abord le travailleur de l’éducation nationale qui a subi les sanctions du ministère du même nom suite aux actions revendicatives en matière de conditions de travail. Permettez-moi donc de douter encore du but réel poursuivi par votre article. Je n’étais et, même suite à votre « droit de réponse », je ne demeure pas convaincu de votre réel soutien au Cnapest, celui qui a subi toutes les punitions de la part de la Ministre parce qu’il revendiquait de légitimes droits afin d’accomplir correctement son travail.

Dans votre article mentionné et dans ce « droit de réponse », j’aurais souhaité trouver des réponses concrètes aux questions concrètes soulevées par les publications suivantes : d’abord, mon article « Éducation nationale : Des vraies questions » (2) ; ensuite, mon autre article « Éducation nationale, Santé, Culture, privatisations en Algérie et dans le monde : Courants de surface et courant de fond » (3), et, enfin mais surtout, aux propos de l’interview dans laquelle j’avais donné la parole à un syndicaliste, « Syndicalisme autonome algérien dans l’éducation : Bachir Hakem, un syndicaliste au long cours » (4). Dans ces publications, il n’y eut nul besoin d’invoquer Rosa Luxembourg, nul besoin de considérations telles celles contenues dans votre article, mais simplement de faits concrets. J’aurai souhaité que vous y répondiez, et notamment au syndicaliste Bachir Hakem. Or, ces réponses, je ne les trouve pas, ni dans votre article, ni dans votre « droit de réponse ».

Votre référence à Rosa Luxembourg ne me parait pas suffisante pour me convaincre de vos bonnes intentions vis-à-vis des syndicalistes qui se battent dans le secteur de l’éducation pour une instruction réellement émancipatrice, du point de vue social, et performante, sur le plan technique et scientifique.

Évoquer la lutte contre l’obscurantisme clérical pour justifier les actions de la ministre de l’éducation nationale n’est pas suffisant, ni les enseignants partisans de la privatisation du secteur éducatif. Tellement de personnes luttent, certes, contre l’obscurantisme clérical et la privatisation, mais demeurent bien installés dans des privilèges au détriment du peuple. Je préfère, en ce qui me concerne, également constater, non pas les paroles, mais les actions concrètes de cette même ministre de l’éducation vis-à-vis des enseignants. Concernant des travailleurs en grève, trouvez-vous normal, dans une république « démocratique et populaire », de les menacer de licenciement, de radiations, puis, constatant leur fermeté, de passer à l’acte ? Avez-vous constaté, en Algérie comme dans le monde, des travailleurs qui se mettent en grève simplement parce qu’ils seraient manipulés par d’autres, dans le cas algérien par des « islamistes » ou par des partisans d’une privatisation du secteur de l’éducation ? Et même s’ils l’étaient (ce dont je n’ai pas lu quelque part la fourniture de preuves concrètes et convaincantes, sinon des allégations), peut-on justifier des représailles consistant en licenciement et radiation de l’emploi ?

Puisque vous citez Rosa Luxembourg, relisons ses écrits et essayons de trouver ce qu’elle aurait répondu à ces questions. En réalité, nul besoin de Rosa Luxembourg. La raison et le sens de la justice sociale suffisent pour répondre.

Voilà donc les observations essentielles qui me paraissent justifier le fait de ma part d’avoir considéré votre article (et non votre personne, faut-il le préciser ?) comme défendant apparemment les travailleurs mais, en réalité, justifiant les actions anti-travailleurs de la ministre de l’éducation nationale. Vous avez le droit de l’objecter, et j’ai celui de ne pas être convaincu par votre objection. Aux travailleurs de l’éducation de juger de nos pertinences réciproques.

Ceci dit, vous écrivez : « J’ai décidé de rédiger cette réponse, après avoir appris que la Ministre dont je serais un Avocat (5) par ma plume, selon M. Naimi, serait programmée pour prendre la tête du Ministre de l’Enseignement supérieur [Ministère auprès duquel, j’ai deux requêtes en cours]. » J’avoue ne pas comprendre votre motivation, ni pourquoi vous n’avez pas répondu à mon article juste après sa publication.

Concluons par des clarifications.

En employant de ma part, en ce qui vous concerne, le terme « un certain », il n’y avait nulle ironie, encore moins un « étrange mépris » pour votre « personne ». Simplement, j’ignorais et j’ignore encore qui vous êtes. J’ai cherché sur internet, sans trouver. Précisons que je ne considère pas Face-book comme une référence pour connaître les personnes. Sur Linkedin, à votre nom et prénom, je n’ai pas trouvé d’information pertinente (6). J’ai, alors, demandé à des amis algériens. L’un d’eux m’a répondu : « Peut-être un parent de la ministre, puisqu’ils s’appellent tous les deux Remaoun ». Bien entendu, je n’ai pas tenu compte de cette information, au demeurant ne disposant pas de preuve. En outre, on peut être parent d’une personne et ne pas partager ses vues ni ses actions.

Ceci étant dit, je suis d’accord avec vous que le terme « un certain » est à exclure, même quand on ignore l’identité et les travaux d’une personne, à moins de vouloir la « diminuer ». Ce n’était pas mon intention, et je vous prie de m’excuser pour vous avoir laissé croire à ce « mépris ». En outre, je viens de supprimer l’expression inopportune et désobligeante dans mon blog. Par ailleurs, j’ai constaté que « un certain » ne figure pas sur l’article publié sur « Le Matin d’Algérie ». Je ne l’avais pas remarqué. Il faut donc attribuer le mérite de cette heureuse correction au rédacteur du journal, et je l’en remercie. Précisons que la présence de « un certain » dans mon blog, et non dans le texte publié dans le journal, s’explique par le fait que j’insère dans le bloc la version envoyée au journal, et non celle qu’il publie.

Vous me reprochez ceci, à votre encontre : « Effarante absence de la moindre trace (renvoi, référence, citation) de nul détail de ce que j’ai pu écrire, et qui pourrait ne serait-ce qu’illustrer le trop dont je suis jugé coupable. » Mon article n’avait pas comme thème fondamental tout ce que vous énoncez, mais simplement votre texte auquel je faisais référence. J’estimais celle-ci suffisante dans mon texte, d’où le renvoi à une note qui dit : « Un exemple récent de ce langage est le texte de (je viens de supprimer « un certain ») Mourad Remaoun en défense de la ministre de l’ «éducation» nationale. » Et j’en donnais le lien, afin que les lecteurs puissent en prendre connaissance et avoir leur opinion. C’était la preuve que je fournissais ; je l’estimais suffisante dans le cadre de mon article.

Quant à juger que par ce que j’ai dit de vous, je visais à me « montrer doté d’une ‘méprisante’ supériorité intellectuelle », je ne vois nul part ce fait ; je laisse donc au lecteur le soin d’en tirer sa propre conclusion.

Autre clarification. Vous affirmez, à propos de mon article que vous citez « Littérature et engagement. Pour qui et comment écrire » (7) que c’est un « titre aussi foncièrement militant qu’hautement philosophique ». J’ignore si votre appréciation est sincère ou ironique. Ceci dit, oui, j’aspire (j’ai bien dit « aspirer », et non pas « prétendre »), depuis mon enfance (ce fut le mérite de la guerre de libération nationale), à la philosophie et à la militance les plus authentiquement émancipatrices. Je les résume dans l’expression que j’utilise de manière permanente, au risque d’ennuyer : « liberté solidaire ». Je sais le prix à consentir quand on a ce genre d’aspiration là où cette liberté solidaire est contrastée par ceux dont elle remet en question les illégitimes privilèges.

Au sujet de mon article, vous parlez de « inédite et révolutionnaire théorie de l’Ecrit » (8). Dans mon texte, il n’y a rien d’ « inédit ». Je reprends ce qui se trouve, depuis l’antiquité, en Europe comme en Chine, dans tous les écrits d’autres auteurs. Ils avaient à cœur de s’adresser d’abord aux exploité-e-s de cette planète, et à ceux qui voulaient se solidariser avec ces victimes d’un système social inique.

Cependant, oui, cette « théorie » est révolutionnaire (quoique ce mot est, désormais, dévalorisé), en ce sens qu’elle vise à changer la base sur laquelle fonctionne toute société humaine : non plus l’exploitation-domination de la majorité des êtres humains par une minorité d’entre eux, mais établir une coopération libre et solidaire entre toutes et tous.

Vous me prêtez également, M. Remaoun, la « volonté » de « fonder la science positive de « Pour qui on écrit ». Dans aucun de mes textes, ni dans mon article que vous mentionnez, je ne vois nulle expression d’une telle volonté. Je ne fais qu’exprimer mon opinion sur les buts de l’écriture, et sans aucune prétention à l’originalité, puisque je ne fais que reprendre des idées précédentes, en m’efforçant de les adapter au contexte actuel.

Vous objecteriez : pourquoi, alors, ne pas citer ces auteurs ? Voici ma réponse. 1) Chaque fois que je le juge nécessaire, je les mentionne, en dépit du fait que certains lecteurs me reprochent de « jouer à monsieur-qui-sait-tout et veut nous en épater ». 2) Cependant, en sortant de ma jeunesse intellectuelle, j’ai appris à ne pas présenter mes vues en les protégeant derrière des « autorités » illustres. Je me dois de connaître, bien entendu, leurs idées, de m’en enrichir, de les nommer quand c’est nécessaire, mais, finalement, d’en dégager mes propres opinions à ce sujet. Je ne suis pas un perroquet, ni un adorateur d’icônes.

Mes opinions sont, évidemment, discutables ; je rappelle souvent, au risque de paraître banal, qu’elles ne sont que des propositions dans un débat démocratique et collectif. Ce que j’affirme clairement dans mes écrits est ceci : mon premier et principal souci est l’intérêt du peuple, et contribuer, selon mes possibilités, très limitées (certains de mes amis les jugent « dérisoires » et « inutiles ») à ce que ce peuple parvienne à cette liberté solidaire. De mon point de vue, elle représente le plus bel idéal humain, tant pour l’individu que pour la collectivité toute entière.

Ceci dit, je l’ai écrit plus d’une fois dans mes contributions, je le répète : je ne prétends pas « enseigner ». Le motif est simple. Je suis et serai toujours un étudiant jusqu’à ma mort. Je fais partie de ces êtres humains conscients de l’immensité de ce qu’il y a à connaître, et qui savent qu’en mourant, ils demeurent ignorants de beaucoup de choses, peut-être même de l’essentiel. Ma conviction était et demeure : l’humanité, et donc moi qui en fait partie, ne procède pas vers plus de vérité, mais vers moins d’erreur. Si les gens qui ont voulu enseigner avaient donné son importance à ce principe, tellement de maux auraient été évité à l’espèce humaine. Certes, j’eus ma phase – juvénile – de croire à des « enseignants » et à leur « vérité », et, en les suivant, de le devenir à mon tour et de prétendre à cette « vérité ». Heureusement, la priorité que j’ai toujours accordée à la réalité concrète (mérite de mon père ouvrier et de ma mère paysanne pauvre), même quand cette réalité contredisait mes « convictions », cette priorité m’a permis deux découvertes. 1) Le meilleur et le plus authentique des instruits n’enseigne pas ; simplement il communique ses expériences pratiques et les observations théoriques qu’il en a tirées, quitte aux destinataires à en faire l’emploi qu’ils jugent utile ou non pour eux. 2) La personne, y compris la plus bardée de diplômes universitaires, qui prétend « enseigner », finit par imposer de manière dogmatique et totalitaire ses vues, même quand elle prétend « éclairer et sauver l’humanité de ses erreurs » (9).

Rosa Luxembourg, puisque vous la citez, n’a-t-elle pas été, dans le camp marxiste, l’une des très rares personnes à critiquer les vues du « génial » Lénine en matière de révolution sociale ? Elle lui reprochait, justement, de tenir en piètre estime la spontanéité et la créativité des travailleurs, au profit de l’appareil bureaucratique du parti, formé de privilégiés. Nous avons constaté le résultat. En 1921, les membres des soviets authentiquement soviétiques (à Kronstadt et en Ukraine) furent… massacrés par milliers, sur ordre de... Lénine, et l’armée « rouge » était commandée par... Trotski. Ils accusèrent ces travailleurs d’être de connivence avec la « réaction interne et étrangère » (10). Et, pendant le massacre de ces travailleurs, Lénine, Trotski et leurs collaborateurs ont fêté l’anniversaire de la… Commune de Paris !… Incroyable mais vrai !… En 1871, à Paris, l’armée bourgeoise massacra les travailleurs sous le prétexte qu’ils menaçaient la « nation » (en réalité, la domination capitaliste) ; en 1921, à Kronstadt et en Ukraine, les bolchéviks massacrèrent les travailleurs, sous le prétexte que ces derniers menaçaient la « révolution prolétarienne » (en réalité, la dictature de l’appareil bolchevique contre les travailleurs). Voilà les faits concrets, dotés de preuves irréfutables. Et voici la leçon que j’en ai (très amèrement) tirée : il ne me suffit pas de lire, dans votre « droit de réponse », votre éloge du Cnapest ; j’ai besoin de lire vos réponses concrètes et circonstanciées aux aspects concrets et circonstanciés présentés par le syndicaliste Bachir Hakem, ainsi qu’à ceux des travailleurs qui ont subi les mesures de rétorsion de la part de la ministre de l’éducation.

Pour le reste, de votre article et de votre droit de réponse, ainsi que de mon article et de ma mise au point, laissons au lecteur le soin de se faire sa propre opinion, et, surtout, aux travailleurs et travailleuses du secteur de l’éducation. Ce sont elles et eux qui vivent la situation concrète.

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(1) Mais pourquoi la majuscule au mot ?… Je vous prie de ne voir dans cette interrogation aucune manifestation, de ma part, de ridicules et stupides malignité, « mépris » ou prétention à une « supériorité intellectuelle ». Mon unique motivation est de comprendre votre motif d’accorder à un mot une première lettre en majuscule. Je poserai la même question à mon plus cher ami, s’il recourt à ce procédé. J’ai le souci du correct emploi des mots, au nom de la nécessaire clarification des idées.

(2) Du 14 février 2018, http://www.lematindalgerie.com/education-nationale-les-vraies-questions

(3) Du 26 février 2018, http://www.lematindalgerie.com/courants-de-surface-et-courant-de-fond

(4) Du 10 février 2018, http://www.lematindalgerie.com/bachir-hakem-un-syndicaliste-au-long-cours

(5) Voir note 1.

(6) https://www.linkedin.com/in/mourad-remaoun-3abb133b/

(7) http://www.lematindalgerie.com/pour-qui-et-comment-ecrire

(8) Voir ma note 1.

(9) Sur ce thème de l’ « enseignement », permettez-vous de vous renvoyer à une prochaine contribution que je publierai : « La dette d’un dinosaure ».

(10) Voir Voline, « la révolution inconnue », librement accessible sur internet.

Publié sur Le Matin d'Algérie, le 26 juillet 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 4 Août 2018

Faut-il s’en attrister ou en rire ?

Pardon au lecteur pour la longueur de ce texte ; je suis contraint de répondre à tous les points qui l’exigent, afin d’éviter à mon interlocuteur (pour employer un terme élégant), et éventuellement au lecteur, de m’accuser de dérobade.

Dans l’antiquité, deux philosophes étaient fameux, entre autre, par un trait de caractère opposé : devant les malheurs et imbécillités des gens, l’un pleurait (Héraclite) et l’autre préférait rire (Démocrite). Montaigne, dans ses « Essais » a pris le parti de Démocrite, avec l’argument suivant : pleurer devant les stupidités des gens, c’est leur donner une importance qu’ils ne méritent pas, alors, autant en rire pour les neutraliser par le ridicule. Je suis de cet avis, au bénéfice de ma santé physique et mentale.

Encore une fois, je ne réponds au dernier texte (1) (pour rester dans l’élégance des mots) de Merdaci que pour montrer la situation dans laquelle se trouve un enseignant d’une université algérienne, dont on sait déjà l’état lamentable.

Où il est bon de rire.

Commençons par un rappel de mots employés par Merdaci pour me décrire et décrire mon étude sur l’idéologie harkie : « infinie tromperie » (le titre même de l’article), « pas à la mesure d’un débat d’idées contradictoire », « habituel verbiage », « insulteur », « attaque ignominieuse », « démarche simplement perverse », « mensonge », « publie effrontément », « donneur de leçons », « pervers » (une deuxième fois), « berner les lecteurs », « alambiqué », « duplicité », « demi-lettré », « au cœur de la trahison », « proche de la potence des reîtres ».

Et tous ces termes sont employés par celui qui se déclare lui-même : « Je suis, pour ma part, face aux Algériens, en toute responsabilité dans mon effort quotidien et dans la loyauté, dans le respect des valeurs qui ont forgé l’histoire de mon pays. » Notons les mots : « responsabilité », « effort quotidien », « loyauté », « respect des valeurs », « mon pays ». Il reste cependant à savoir ce que l’auteur met dans ces mots. « Responsabilité » et « loyauté » devant qui : les dominateurs ou les dominés ? « Respect de quelles valeurs » ? Celles des dominateurs ou des dominés ? Celles qui appellent à la « potence » ?… Et ce « mon pays » ? Est-il celui des dominateurs ou des dominés ? Est-ce le pays des trafiquants de drogue, des affairistes milliardaires, des harkis nouveaux au service du néo-colonialisme, des mandarins universitaires privilégiés, ou le pays des jeunes harragas, des jeunes médecins tabassés, des chômeurs empêchés de manifester, des syndicalistes réprimés, des militants luttant pour les droits citoyens, des enseignants réprimés à cause de leur activité syndicale autonome ?… Mais peut-être que ces termes « dominateurs » et « dominés », « nantis » et « démunis », « exploiteurs » et « exploités », « réprimés » ne font pas partie du vocabulaire de Merdaci. En effet, jamais, dans toute cette polémique, il ne les a utilisés. Or, l’observation empirique montre que les intellectuels qui évitent ce genre de termes soit ignorent la réalité sociale fondamentale (dès lors, que serait leur intellectualité ?), soit sont du coté des dominateurs, profiteurs et exploiteurs. À propos, monsieur Merdaci : êtes-vous adhérant à un syndicat d’enseignant ? À un syndicat autonome ? Quel rôle y assumez-vous ? Quelle répression avez-vous subie dans votre activité syndicale ?

Quand au vocabulaire employé par Merdaci, que le lecteur aille lire les discours de Jdanov contre celles et ceux qui contestaient le caractère anti-populaire du régime stalinien. Que le lecteur lise aussi les discours du nazi Joseph Goebbels contre les opposants au nazisme. Que le lecteur lise également les discours des Talibans d’Afghanistan contre leurs opposants démocrates. Ce lecteur trouvera les mêmes termes de stigmatisation de l’adversaire, et les mêmes termes d’éloge de soi. Parce que la mentalité de ces gens est totalitaire. L’emploi du terme « potence » par Merdaci en est la preuve la plus révélatrice parce que… sanglante.

Cependant, comme Georges Orwell l’a montré dans son roman « 1984 », les plus malins de ces totalitaires appellent, pour reprendre les termes de Merdaci, « responsabilité » la calomnie, « effort quotidien » l’ignorance des écrits de la personne qu’on accuse, « loyauté » la délation de l’adversaire sans preuves. Quant au « respect des valeurs », ces deux derniers textes de Merdaci montrent ce qu’elles sont pour lui.

On lit également de Merdaci : «  Écrivez en toutes lettres et en majuscule : « JE NE SUIS PAS ITALIEN ». Et signez. »… Que le lecteur aille lire les documents des procès staliniens et nazis contre les opposants à ces régimes. Voilà ce qu’il trouvera, en substance : « Écrivez en toutes lettres ceci… et signez ». Cependant, Merdaci dépasse les procureurs staliniens et fascistes : lui exige de sa victime d’écrire « en majuscules » ! Glissons sur l’expression « en toutes lettres », car, enfin, qui écrirait sans toutes les lettres, sinon un débile mental ou un semi-analphabète ? Le suis-je pour le « professeur » Merdaci ?

Mais pourquoi devrais-je écrire « « JE NE SUIS PAS ITALIEN ». Et signez. » ?… J’ai choisi la nationalité italienne sans renoncer à l’algérienne, parce que les deux États le permettent. J’ai participé à mes devoirs de citoyen italien selon ma conscience et du coté du peuple italien, comme je l’ai fait vis-à-vis du peuple algérien, dont je suis originaire. Comme je l’ai fait durant mon séjour en France, notamment en mai 1968. Comme je le ferai pour n’importe quel peuple de cette planète où je séjournerai. Et s’il existait un passeport mondial, je le demanderai, car, comme toutes les victimes de l’injustice qui aspirent à la dignité humaine sur cette planète, je récuse les frontières quand elles sont synonymes d’égoïsme nationaliste chauvin et de guerres entre les peuples. Dans tout ce comportement et cette conception, où est la « trahison » du peuple algérien ?

Merdaci déclare, en outre, à mon propos qu’il « démasque sa [c’est-à-dire ma] nationalité italienne ». Mais je l’ai déclarée dans mon ouvrage sur le théâtre (2), et même expliqué les conditions de ce choix. Encore une fois, un professeur digne de ce nom, ou simplement un honnête homme sachant ce que le mot « loyauté » » signifie, ne devrait-il pas d’abord respecter « l’effort » de lire ce livre avant d’écrire sur moi, d’autant plus que j’ai signalé cet ouvrage à maintes reprises dans mes contributions de presse, et même dans ma réponse à sa première « mise au poing » ? Pourquoi donc Merdaci n’a-t-il pas pris le temps de lire mon livre sur le théâtre, lui qui déclare produire un « effort quotidien » et « respecter les valeurs » ?

Merdaci écrit encore, à mon propos : « L’Algérie, il l’a définitivement quittée », « tourné le dos à son pays d’origine ». Où est la preuve concrète et vérifiable par le lecteur ?… Que sait Merdaci de mes séjours en Algérie pendant ces quarante années ?… S’il avait lu mon livre sur le théâtre, il aurait eu quelques informations.

Là où la rigolade est plus franche c’est de lire Merdaci déclarer à mon encontre : « Italien ». Ce qui implique « pas algérien ». Pire encore : Merdaci déclare que j’ai « fait défection à l’Algérie » et que je suis « au cœur de la trahison », donc « si proche de la potence des reîtres »... Heureusement que Merdaci n’est pas président de la République, sinon il m’aurait privé de ma nationalité d’origine que je n’ai pas reniée : l’algérienne, puis pendu comme « traître » et « reître ».

Jusque là on peut franchement rigoler.

Où il est plus difficile de rire.

Merdaci me traite d’ « athée ».

Puisque Merdaci soulève un problème religieux, a-t-il lu ma contribution sur « Le Matin d’Algérie » où je défends la foi religieuse, quelle soit musulmane ou autre, quand elle est manifestée de manière tolérante, pacifique et bénéfique pour la communauté sociale ? (3)

Venons à présent à l’accusation comme telle d’ « athéisme ». Quel lecteur algérien ne sait pas ce que cette accusation signifie en Algérie, et les conséquences que la personne qui en est accusée risque de la part de certains « religieux » ?… N’est-ce pas de la délation pure et simple pour un lynchage physique ? N’est-ce pas employer un langage de mufti obscurantiste intégriste, et désigner la personne visée à la haine de ses suiveurs obscurantistes intégristes ? Rachid Boudjedra en sait quelque chose. Avant lui, Kateb Yacine n’a-t-il pas été traité d’ « athée » par des intégristes islamistes, puis, à sa mort, par un clerc religieux qui lui refusait une sépulture dans un cimetière musulman ? Avant et durant la « décennie sanglante », combien d’Algériens ne furent pas assassinés parce que dénoncés par quelqu’un comme « athées » ?… Merdaci ! Te rends-tu compte de la gravité de ton accusation ?

Merdaci affirme, aussi, à mon encontre : « Activiste de l’extrême gauche italienne ». Si c’était vrai, n’est-ce pas encore de la délation ? Et s’étonnerait-t-on que ce genre de délation fasse resurgir en moi une image infâme ? Celle de ce harki encagoulé qui, lors d’une rafle militaire durant la guerre, nous entassant au milieu de la rivière Mekerra, à Sidi Belabbès, nous obligeait à passer l’un après l’autre devant ce délateur, et voir ceux qu’il désignait du doigt être immédiatement embarqués à coups de crosse dans un des camions militaires pour la cruelle et criminelle destination que nous savions tous.

Cependant, concernant cet activisme dont m’accuse Merdaci, où sont les preuves concrètes et vérifiables par le lecteur ?… Le fait d’avoir déclaré personnellement, dans mon ouvrage sur le théâtre, que je critiquais le parti communiste italien pour son choix du « compromis historique » suffit-il pour me traiter d’ « activiste » ?… Si je l’étais réellement, l’État italien aurait-il été tellement stupide pour m’accorder la nationalité, ou ses services secrets auraient-ils été tellement déficients pour ne pas avoir découvert mon « activisme » ?… Ceci dit, cette accusation de Merdaci répète exactement l’accusation portée contre moi dans les années 1969-1973 par des éléments du PAGS. Ils me reprochaient publiquement dans les bars d’Oran d’être un « gauchiste » parce que je sympathisais avec le P.R.S. de Mohamed Boudiaf, et avec la révolution chinoise. L’Algérien qui a vécu à l’époque en question sait très bien ce que coûtait ce genre d’accusation à la personne qui en était qualifiée.

Où l’on peut de nouveau rigoler.

Relevons, en passant, ceci. Dans son texte précédent (4), Merdaci écrit : « Comment Kadour Naïmi peut-il s’étaler aussi longuement sur les « harkis » ? Quelle est sa compétence pour traiter de ce sujet ? Est-il historien, sociologue, psychologue ? Il n’y a rien, en vérité, qui puisse l’accréditer à publier un feuilleton de seize numéros sur un thème qui lui échappe, qu’il nourrit de ses fantasmes politico-culturels. » Tandis que dans le texte présent, Merdaci me reconnaît cette qualité : « Naïmi en [de l’activisme d’extrême-gauche] maîtrise les techniques de subversion des masses ». Selon Merdaci, j’aurais donc une « compétence », qu’il me niait dans son texte précédent. Là, on peut rigoler à gorge déployée, car l’allégation manque de preuves concrètes et vérifiables par le lecteur.

Cependant, il faut dire autre chose chose sans rigoler. Heureusement que la police politique algérienne ne se contente pas du genre de dénonciation publique faite par Merdaci. Ce dernier se limite à avancer comme « preuves » à mon encontre, concernant la « subversion des masses » : « Il l’a fait à « Algérie patriotique », il le fait au « Matin d’Algérie ». »

C’est, alors, considérer les responsables de ces deux journaux soit des complices de mon action de « subversion des masses », soit des imbéciles qui se sont laissés manipuler par moi. Que les lecteurs qui n’ont pas lu mes contributions sur ces deux journaux les lisent, et décident de la véracité de l’affirmation de Merdaci. Essentiellement, je défends l’idée de la validité de remettre à l’ordre du jour l’autogestion sociale, de la pratique de la non violence, des bienfaits sociaux de la liberté conjuguée à la solidarité. J‘ai, en outre, écrit que ces aspects ont marqué le début de notre indépendance nationale, et assuré la production agricole et industrielle après l’abandon des entreprises et des fermes par les propriétaires coloniaux, leurs ingénieurs et leurs administrateurs. Défendre ces idées, est-ce de la « subversion des masses » ? Ne serait-ce pas simplement le droit d’un citoyen d’exprimer librement ses opinions à ses concitoyens, sur la base de son expérience sociale, et proposer dans le débat démocratique des pistes de réflexion et d’action ?

Quant à me présenter comme « s’érigeant en donneur de leçons », là, aussi, Merdaci ne fournit pas de preuve démontrant son allégation. Il reste au lecteur à lire mes contributions à ces deux journaux pour se faire sa propre opinion.

Pai ailleurs, pourquoi parler de « troublant cheval de Troie » ?… Là où j’ai mentionné cet animal, mon propos ne serait donc pas clair ?… Qu’est-ce qui est « troublant » ?... Passons sur l’erreur d’écriture du « professeur de français de l’enseignement supérieur » quand il répète un même mot dans un morceau de phrase : « berner les lecteurs de deux sites d’information en ligne et leurs lecteurs ». Cela prouve que le « professeur » ne relit pas attentivement ce qu’il écrit avant de le proposer aux lecteurs. Est-ce là les respecter ?… Pourtant, l’auteur déclare effectuer un « effort quotidien » et pratiquer le « respect des valeurs ».

Quant à accuser la direction d’ « Algérie patriotique » de m’avoir « informé » sur un « droit de réponse » de Merdaci, là encore, où est la preuve concrète et vérifiable par le lecteur ?… En vérité, je ne bénéficie pas de cette importance auprès de la direction de ce journal, et je ne la prétends pas, et je ne vois pas pourquoi elle me l’accorderait, surtout si je dispose, selon Merdaci, de la « maîtrise de subversion des masses ».

Merdaci écrit encore : « Il me rétorque par un poème testamentaire alambiqué ». Ce « professeur » ignore, alors, ce qu’est la poésie. Il la confond avec un testament. En outre, je n’ai pas « rétorqué », mais répondu à sa condamnation cléricale obscurantiste wahabite, - je la confirme -, d’inviter mes amis au choix à m’ensevelir « au soleil et tout prêt de la mer » où à m’incinérer et répandre mes poussières dans l’air.

Merdaci écrit : « Naïmi souhaite se faire incinérer, c’est son droit et je ne l’ai jamais discuté pour être à ce propos accusé de fatwa saoudienne. ». J’invite le lecteur à lire ou relire la partie du texte de Merdaci à ce propos : « Dans les pratiques funéraires musulmanes, il n’y a pas d’incinération, admise dans les rites chrétiens ou agnostiques. Là est la duplicité de Naïmi » (5). Est-ce là « jamais discuté » ? Que vient faire ici la « duplicité » ?

Pour une fois, Merdaci n’affirme pas mais pose une question : « De quel clerc et de quelle trahison parle-t-il »… Je l’ai déjà dit dans la réponse précédente: « Comme quoi, à la conception élargie et actualisée du terme « harki », que j’ai proposée au débat, j’ajoute celle que me suggèrent les deux textes mentionnés de Merdaci à mon encontre. Il existe aussi une catégorie particulière de harkis : concernant les faits, ils choisissent de servir le mensonge au détriment de la vérité, parce que cet asservissement sert des intérêts individuels ou de clan, masqués sous de « bons » sentiments, du genre « Je suis plus algérien que toi ! » (6) ... N’est-ce pas clair, même pour un lycéen capable de lire le français ? Et dans ce dernier texte de Merdaci, ne constate-ton pas la confirmation de ce que j’ai dit ? Mais, alors, je n’avais pas imaginé le pire. Dans son dernier texte, Merdaci va plus loin : il affirme d’être « dans le respect des valeurs qui ont forgé l’histoire de mon pays », autrement dit un authentique algérien, et moi rien d’autre qu’un « italien » et un « traître » (7).

Le dernier texte de Merdaci sur mon « infinie tromperie » m’oblige d’ajouter une précision. Ce dernier écrit, comme j’espère l’avoir démontré, non seulement manifeste une mentalité de harki servant les calomnies au détriment de la vérité des faits (8), mais, comme les harkis de l’époque coloniale, il est délateur. Les harkis coloniaux dénonçaient les patriotes algériens comme « fellaghas » ; Merdaci me traite d’ « activiste de l’extrême gauche italienne ». Les colonialistes français parlaient, concernant les dirigeants de la lutte de libération nationale, de « maîtrise les techniques de subversion des masses » ; Merdaci me porte la même accusation. Les colonialistes accusaient certains des patriotes algériens de « communistes et athées » ; Merdaci me traite d’ « athée ». Merdaci n’a pas employé le terme « communiste », car il a déjà reconnu dans un texte auparavant que je critiquais des « communistes » en leur niant cette qualité.

Une avant-dernière remarque. J’envoie régulièrement mes contributions à « Algérie patriotique » et au « Matin d’Algérie ». Mon motif est le suivant : la plupart des lecteurs de ces deux journaux lisent l’un mais pas l’autre. Selon moi, c’est dommage, car c’est seulement en prenant connaissance de versions différentes que l’esprit critique se forme. J’estime donc utile de m’adresser aux lecteurs des deux journaux. Que Merdaci nous dise, lui, pourquoi il a commencé par envoyer sa première attaque contre moi uniquement à « Algérie patriotique », et ne s’est résigné à envoyer la seconde au « Matin d’Algérie » que parce que AP lui aurait censuré, selon ses dires, son « droit de réponse ». Alors qu’en fait « Algérie patriotique » avait publié sa « mise au poing » (9), puis mon « droit de réponse » (10). Fallait-il encore que ce journal prolonge cette polémique avec un nouveau « droit de réponse » de Merdaci, lequel, à sa lecture sur « Le Matin d’Algérie », ne fait que rabâcher sa première « mise au poing », de façon plus hargneuse, donc ridicule ?

Enfin, Merdaci m’accuse de « berner les lecteurs ». Pour ma part, mon respect de leur intelligence me porte à les laisser libres de juger qui les berne réellement.

Une dernière observation. Dans son texte précédent, déjà mentionné, Merdaci parle de « querelle de mots » (11). Ce n’est pas dire toute la vérité, c’est ignorer ou occulter sa partie la plus importante. En effet, les mots sont socialement déterminés. Ils expriment, dans le domaine intellectuel (idéologique, si l’on veut), l’une des deux positions fondamentales qui caractérisent une société : soit celle des dominateurs-exploiteurs (et de leurs mandarins ou encore harkis), soit celle des dominés-exploités (et de leurs défenseurs, que les harkis mandarins considèrent comme ayant la « maîtrise de la subversion des masses »). Au lecteur, donc, de décider, en considérant les mots employés par Merdaci et par moi, quelles sont nos respectives positions sociales. Celui qui accuse quelqu’un d’autre d’être un « athée », un « activiste d’extrême-gauche », de « maîtriser la subversion des masses », de « trahison » et de « potence », est-il du coté des dominés-exploités ?… Cela signifie que A. Mercaci et K. Naïmi ne se réduisent pas à leur seule individualité spécifique, mais représentent des forces sociales particulières antagonistes. Avec cette différence que moi, je ne réserve à aucun, pas même au traître, la potence, étant convaincu que ce n’est pas la violence, mais la conviction qui est la seule manière de résoudre les conflits sociaux (12).

Où il est bon de sourire.

Dans ces trois derniers textes de Merdaci, celui à « Algérie patriotique » et ces deux derniers sur « Le Matin d’Algérie », où est le débat clair et contradictoire sur les mots et les concepts, avec emploi de la raison, des preuves concrètes vérifiables par le lecteur, des mots adéquats, un équilibre psychique et une élégance stylistique ? Où sont, dans vos textes, monsieur Merdaci, les qualités de « professeur », de « critique » et d’ « écrivain », pour ne pas parler simplement de l’honnête homme ou, encore, de l’Algérien exemplaire devant ses compatriotes ?

Pour l’aspect sémantique, Merdaci n’a fait que reprendre, en le rabâchant, un argument que j’avais déjà évoqué et discuté, en mentionnant une amie qui m’avait présenté des objections, celles-ci censées (13). Merdaci ne l’a pas mentionnée. Est-ce honnête ? Est-ce universitaire ?

Ceci dit, en comparant la partie consacrée à la discussion sémantique à celle où Merdaci s’attaque à ma personne, il est facile de constater quelle est la part la plus grande, et en quoi elle consiste : calomnies et délations. Pourquoi ? Au service de qui ?

Désolé, monsieur Merdaci, avec ces trois textes de votre part, vous m’avez contraint à « tirer sur une ambulance », et je sais combien c’est blessant, humiliant. Mais vous ne m’avez pas laissé un choix meilleur, que j’aurais préféré. Même si mes projectiles ne sont que des mots, employés avec raison gardée, j’avoue que cela me fait de la peine de les avoir utilisés contre non pas votre personne, mais au sujet de vos textes. J’aime aimer et non haïr ; je l’ai dit dans mes « Mots d’amour » (14). Et dans mon étude sur les harkis, j’espère n’avoir pas utilisé des mots de haine (inutiles et rabaissants), mais simplement tenté de raisonner (ce qui est indispensable) sur une idéologie et ses représentants, passés et actuels. En outre, dans tous mes écrits, je m’efforce d’éviter la violence, la vulgarité et la bassesse, sinon où seraient la « alhnana » (tendresse) que contient le titre de ma dernière pièce théâtrale en Algérie, en 2012, ou, si l’on veut, « al rahma » (la compassion) ? J’aspire à unir et non diviser. L’autogestion rassemble pacifiquement un peuple et les peuples ; le capitalisme est division et guerre sociale au sein des peuples, et guerre militaire entre les pays.

Ceci étant dit, et pour conclure, Merdaci a fait une chose merveilleuse, sans le savoir, et que tous mes ennemis en Algérie et ailleurs auraient évité : une publicité qui m’a obligé d’informer les lecteurs sur mon parcours existentiel et sur mes idées, d’une part ; d’autre part, Merdaci m’a offert l’occasion d’approfondir davantage ma conception du harkisme actuel, en Algérie. Je viens d’en découvrir sa forme de délateur public sous l’étiquette de « professeur universitaire, critique et écrivain ».

Au moins pour cela, je dois remercier ce dernier. S’il persévère, l’utilité serait de permettre encore plus aux lecteurs, s’ils en ont la patience et l’intérêt, de constater ceci : les fléaux du peuple algérien ne sont pas seulement les plus apparents, parce que spectaculaires, mais également ceux d’un certain langage d’ « universitaire ». Ceci dit, je trouve qu’un « mtourni » est moins dangereux et moins, - utilisons le mot adéquat pour une fois -, méprisable qu’un délateur public, en plus sans preuves. Voilà où en est, aussi, l’Algérie. N’est-ce pas là un motif afin que tout Algérien, de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, possédant le seul passeport algérien ou d’autres encore, contribue, dans la mesure de ses convictions et possibilités, à dévoiler toutes les formes de mentalité totalitaire qui mine le peuple algérien, et l’empêche de vivre de manière libre et solidaire, en coopération pacifique et réciproquement bénéfique avec tous les peuples de ce caillou qui vogue dans l’immense univers : la planète Terre ?

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(1) http://www.lematindalgerie.com/linfinie-tromperie-de-kadour-naimi

(2) « Éthique et esthétique au théâtre et alentours », librement disponible ici : http://www.kadour-naimi.com/f-ecrits_theatre.html

(3) Voir « Musulman et laïcité », http://www.lematindz.net/news/25036-musulman-et-laicite.html

(4) http://www.lematindalgerie.com/pour-en-finir-avec-la-querelle-de-mots-de-la-caducite-la-verite-du-sens

(5) http://www.lematindalgerie.com/pour-en-finir-avec-la-querelle-de-mots-de-la-caducite-la-verite-du-sens

(6) http://www.lematindalgerie.com/la-verite-des-faits-est-dans-mes-ecrits

(7) Sur ce thème se référant à la nationalité, je publierai prochainement une contribution titrée « Chauvinisme nationalisme et patriotisme internationaliste », afin de continuer, selon Merdaci, ma « subversion des masses ».

(8) Voir http://www.lematindalgerie.com/la-verite-des-faits-est-dans-mes-ecrits

(9) https://www.algeriepatriotique.com/2018/07/11/mise-point-a-propos-concept-mtorni/

(10) https://www.algeriepatriotique.com/2018/07/15/droit-de-reponse-a-mise-point-de-m-merdaci/

(11) Ignorons le reste du titre “de la caducité à la vérité du sens ». De ce genre d’expression chewing gum, aussi sonnante que… vide de sens, sont friands certains universitaires pour faire croire que leur langage de « femmes savantes » ne serait pas celui des « précieuses ridicules », qui désignaient une chaise par « les commodités de la conversation ».

(12) C’est le sens même de la pièce théâtrale que j’ai réalisée en 2012 à Béjaia, dont le titre est clair : “Alhnana, ya ouled !” (La tendresse, les enfants !). J’y évoque nommément Gandhi et sa conception non-violente. Voir détails sur mon livre sur le théâtre, déjà cité, livre 4.

(13) Voir http://www.lematindalgerie.com/lideologie-harkie-du-passe-bourreau-et-victime

(14) In http://www.lematindalgerie.com/mots-damour

Publié sur Le Matin d'Algérie, le 25 juillet 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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