Publié le 28 Novembre 2019

DIVERGENCES IDÉOLOGIQUES  ET STRUCTURATION DU MOUVEMENT POPULAIRE ALGERIEN

Vu l’intérêt suscité par le problème de la structuration du Mouvement populaire (1), poursuivons le débat. Cette fois-ci concentrons-nous sur un thème et une hypothèse particuliers : au sein de la présente intifadha, les divergences idéologiques sont telles que vouloir structurer ce Mouvement en vue d’une élection de représentants aurait comme conséquence l’éclatement de ce Mouvement, sa division et, finalement, sa disparition.

Certes, le Mouvement populaire contient diverses conceptions idéologiques : islamistes, laïcs, communistes, « libéraux », sociaux-démocrates, etc. Toutefois, touts sont unis par un objectif commun : « Yatnahou ga’ ! » (Qu’ils dégagent tous !), c’est-à-dire l’élimination de l’oligarchie dominante dans ses diverses composantes. Cet objectif s’exprime par d’autres slogans : « Dawlâ madaniyâ mâchî ‘askâriyâ ! » (État civil et non militaire), « État de droit », « justice indépendante », etc.

Par conséquent, la question se pose : comment ces gens-là pourraient-ils s’entendre pour désigner des mandataires qui les représentent tous ?… Réponse. Tous les slogans se ramènent à une revendication fondamentale : l’instauration d’un système social démocratique… Et celui-ci fonctionne sur la règle d’une majorité, tout en respectant la position minoritaire.

Par conséquent, en se réunissant, les citoyens discutent et prennent des décisions en pratiquant la démocratie. À présent, voici ce qui devient clair : soit les participants au Mouvement populaire désirent réellement la démocratie, et, alors, qu’ils se structurent de manière démocratique et pratiquent la démocratie pour affronter leurs divergences ; soit ils pensent que leurs divergences idéologiques entraînent la désunion entre eux, et, par conséquent, ces citoyens sont incapables de pratiquer la démocratie. Il s’ensuivrait que leur revendication pour la démocratie est, de leur part, un simple slogan démagogique, inconsistant, illusoire. De cette observation, voici la déduction logique : ceux qui craignent que les divergences idéologiques entre les composantes du Mouvement populaire risquent de le désintégrer, impliquent nécessairement que les membres de ce Mouvement sont incapables de résoudre leurs divergences de manière démocratique. Dès lors, comment croire à leur slogan revendiquant la démocratie de la part des autorités étatiques, alors qu’eux-mêmes sont incapables de la mettre en action ?

 

Thèmes de discussion.

Supposons, maintenant, que les membres du Mouvement populaire soient cohérents avec eux-mêmes en revendiquant la démocratie. Alors, ils se rencontreront, d’une manière ou d’une autre, et examineront les problèmes qui leur semblent indispensables à éclaircir.

Le premier est celui de savoir si le Mouvement populaire doit ou non se doter de structures organisationnelles avec le but de disposer de représentants. Car, est-il normal que ce problème soit examiné uniquement par des « experts », des « personnalités » politiques, des contributeurs dans la presse ou les réseaux sociaux ?… N’est-il pas plus normal que ce soient les citoyens eux-mêmes qui se rencontrent et en débattent entre eux ?… Ne serait-ce que pour examiner ce problème, n’est-il pas nécessaire que les marcheurs hebdomadaires se rencontrent, donc se dotent d’un minimum de structure ?

Si, par la suite, la majorité opte pour la structuration du Mouvement, les autres problèmes à examiner seront les slogans principaux, proclamés pendant les marches. Ils furent évoqués plus haut. À titre d’exemple, examinons brièvement les plus répandus, pour exposer la manière de les discuter.

 

« Yatnahou ga’ ! » (Qu’ils dégagent tous !)

Faut-il attendre cet événement avant de procéder à la construction d’institutions nouvelles ?… Prenons un exemple banal, mais significatif. Faut-il attendre que les mauvais gestionnaires dégagent tous pour enlever les ordures qui salissent et infectent les espaces publics ainsi que les espaces collectifs dans les immeubles d’habitations ?… Pourquoi les marcheurs se limitent à enlever les détritus lors des manifestations hebdomadaires, et pas dans tous les espaces publics, et cela quotidiennement ou une fois par semaine ?… Encore une fois, faut-il attendre tout des services de l’État et en déclarant « Allah ghâlab ! » (Dieu est plus puissant) ?… Comment ne pas se rendre compte de l’impact très stimulant que ce genre de banale et élémentaire action de nettoyage collectif et autonome aurait sur l’ensemble de la population, et notamment sur la partie indifférente ou hostile du Mouvement populaire ?

Ajoutons ceci. Exiger le dégagement de « tous », qu’est-ce qui garantie que ce slogan ne signifie pas, pour certains, la création du fameux « chaos créatif » ? Rappelons que cette expression fut théorisée par Condoleeza Rice, représentante de l’impérialisme U.S., lors de l’agression de l’armée coloniale israélienne contre le Liban. Ce même « chaos créatif » est la méthode pratiquée par les organisations dites « islamistes » pour détruire un État et sa nation à majorité musulmane, afin d’établir le Califat, soit ottoman (prôné par l’oligarchie turque) soit wahhabite (prôné par l’oligarchie saoudienne). Que l’on voit avec l’attention requise les interventions vidéo d’un Mohamed Larbi Zitout ou d’un Mourad Dhina, en les comparant avec celles de leur critique, Rafaa156 JZR, et cela sans diaboliser personne mais uniquement en examinant les arguments présentés et comment s’effectuent les occultations de faits gênants, mais révélant des manipulations.

Encore une fois, ne serait-ce que pour éclaircir ce slogan « Qu’ils dégagent tous ! », et cela de manière démocratique, les citoyens ne gagneraient-ils pas à consacrer une partie de leur temps et de leur énergie à se rencontrer et à discuter, au lieu se se contenter de voir les « experts » et autres parler en leur nom ?

 

« Dawlâ madaniyâ mâchî ‘askâriyâ ! » (État civil et non militaire).

L’examen de ce slogan permettrait d’éclaircir un autre slogan : « Chaâb djaïch, khâwa khâwa ! » (peuple, armée, frères !)…. Comment concilier ces deux revendications ? Ensuite, concernant le premier slogan, comment distinguer entre ceux qui visent uniquement la partie du commandement militaire qu’ils jugent contraires au Mouvement populaire, et ceux qui, au contraire, recherchent la destruction de l’armée en tant que telle ? (2) En outre, comment s’y prendre afin qu’un système social géré par des civils ne soit pas une simple manipulation de ces derniers par des militaires ? Et, encore : comment éviter que des dirigeants civils ne forment pas une nouvelle « issâba » (oligarchie), aux intérêts contraires à ceux du peuple ?… Faudrait-il attendre l’avènement de ce risque pour le combattre en reprenant les… marches hebdomadaires ?

 

« Transition ».

Le Mouvement populaire ne gagnerait-il pas également à examiner la proposition dite de « période de transition ». Quels en sont le contenu, les objectifs et leur valeur opérationnelle ?… Là encore, le Mouvement populaire doit-il laisser parler uniquement « experts », « personnalités » et dirigeants de partis politiques ?… Cela ne signifierait-il pas que les participants aux marches hebdomadaires, malgré leurs performances et les éloges qu’on leur décerne, demeurent des « enfants » ou des ignorants besogneux de « pères » et de « maîtres » pour leur montrer comment se conduire ?

 

Religion et rente.

Un commentateur écrit : « un peuple qui carbure à la rente et à la religion est incapable de produire les conditions de son dépassement. Pourquoi ne pas admettre que sans critique radicale du modèle rentier et de la religion, on n’en sortira jamais ? » (3)

Pourquoi le peuple des marches hebdomadaires serait incapable d’affronter ces arguments, si les citoyens les plus consciencieux du mouvement populaire, - ils existent -, se donnent la peine de savoir comment instaurer et gérer les discussions sur ces thèmes ?… Comment ?… Encore une fois, la démocratie n’est-elle pas la revendication fondamentale de tous les participants au Mouvement populaire ?… Dès lors, la gestion des ces discussions est à concrétiser en ayant à l’esprit que toute opinion doit servir à l’instauration de la démocratie, à savoir le droit d’exprimer librement sa pensée, et le devoir de respecter l’opinion majoritaire qui se dégage. Quitte à la minorité de poursuivre la discussion dans l’espoir de former une nouvelle majorité qui lui est favorable. Entre-temps, la décision majoritaire est à appliquer.

Ainsi, par exemple, sera affronté et résolu un aspect qui vient de se manifester de manière évidente et très inquiétante. Dernièrement, un groupe non négligeable de manifestants, devant la poste centrale d’Alger, a crié longuement « Dawlâ islamiyâ ! » (État islamique !), alors qu’auparavant ce genre de slogan n’apparaissait pas. N’est-il pas vital pour les citoyens du Mouvement populaire de se rencontrer pour examiner par qui et dans quel but ce slogan est proclamé, pour élucider s’il s’agit là d’une expression d’ « islamisme » primaire spontanée ou d’une opération organisée de manière occulte, et par qui ?… N’est-il pas vital pour le présent et le futur de comprendre, dès maintenant, s’il ne s’agit pas du retour d’une conception totalitaire, à l’opposé total de la revendication démocratique, tout en profitant de la démocratie pour l’éliminer en cas de victoire ? Ce qui serait la répétition d’un phénomène du passé en Algérie.

Un fait est constatable : les démocrates sont faiblement organisés et désunis, tandis que leurs adversaires « islamistes », à l’inverse, sont nettement mieux organisés et moins désunis. Ces derniers ont les mosquées avec liberté de réunion, tandis que les démocrates disposent seulement de quelques locaux dérisoires, avec restrictions de réunions. Les mosquées sont partout, y compris dans les quartiers les plus démunis, tandis que les locaux des démocrates sont rares. Les « islamistes » bénéficient de gros financements occultes (Turquie et Qatar pour les « Frères musulmans », Arabie saoudite et Émirats pour les Wahhabites, sans parler des subsides d’officines anglaises et états-uniennes), tandis que les démocrates peinent à se doter de moyens financiers suffisants.

Voici un risque. Qu’après le « dégagement » des membres de l’oligarchie, il arriverait ce qui est advenu en Tunisie de manière démocratique : actuellement, le Parlement est aux mains des « islamistes ». Cela ne rappelle-t-il pas des élections législatives passées en Algérie, et leur sanglante conséquence ? Et le risque d’une répétition ?… À moins que le mouvement populaire se structure de manière à éviter ce genre de funeste risque. Les leçons du passé non apprises correctement se paient très cher, et c’est toujours le peuple qui en est victime.

 

De l’objectif commun.

Certains, préoccupés de l’objectif commun, évoquent les slogans mentionnés ci-dessus. On a dit auparavant que cet objectif commun est la démocratie. En réalité, celle-ci est un mode opératoire. Quel serait le contenu de cette démocratie ?… Voici une proposition : liberté, égalité et solidarité.

La liberté exclut toute forme de domination, quelle soit laïque ou religieuse, « libérale » ou marxiste, bref toute forme d’autoritarisme illégitime (4). L’égalité affirme que les différences physiques et intellectuelles entre les citoyens ne justifient en aucune manière une disparité d’accès aux droits humains fondamentaux : gestion de la société par l’exercice d’un droit électif, ce qui permet un accès paritaire à la santé, à l’habitat, à la scolarité, à la culture développant l’esprit critique constructif, aux loisirs enrichissant l’existence au monde, etc. Enfin, solidarité, car sans elle, la liberté est uniquement celle du plus fort-malin-rusé-égoïste, et sans solidarité, l’égalité n’est que celle des « élites » et des « privilégiés » entre eux, au détriment de ce qu’ils appellent le « menu peuple », la « racaille », la « populace ». N’est-il pas utile pour les marcheurs hebdomadaires de se rencontrer pour discuter ce thème, et, pour y parvenir, de se doter d’une structure de réunion ?

 

Risques et résultats.

On objecte ceci : la discussion des thèmes provoquera des divisions et l’éclatement du Mouvement populaire.… Supposons vraie cette hypothèse, et que le peuple ne sait pas appliquer le principe démocratique dont, pourtant, il se réclame à corps et à cri et oblige les autorités étatiques à l’appliquer. N’est-ce pas étrange, pour ne pas dire totalement inconséquent, que des manifestants exigent la pratique démocratique de la part d’une oligarchie, tout en étant, eux, incapables de la pratiquer dans une structure établie par eux ?

Autre argument. Supposons les membres de l’oligarchie « dégagés », comment le Mouvement populaire affronterait, alors, les divisions idéologiques au sein du peuple ?… On répondrait : par l’élection démocratique d’un Président, d’une Assemblée nationale et des représentants du reste des institutions. Cette hypothèse revient à dire ceci : préservons l’unité du Mouvement populaire pour éliminer l’oligarchie régnante, et, par la suite, affrontons les divergences idéologiques.

Est-on certain que cette méthode serait efficace, et n’entraînerait pas le Mouvement populaire dans l’une des conséquences suivantes : 1) élection de ce qui ne sera rien d’autre qu’une nouvelle oligarchie, moins dominante, mais cependant oligarchie ? 2) donc, des agitations populaires de contestation, mais, alors, plus difficiles car plus subtile est la domination de la nouvelle oligarchie. Il en est ainsi des nations où l’oligarchie régnante est tellement « raffinée » par l’expérience de la domination qu’elle produit le consentement de la majorité de la population, dans les actions pourtant contraires aux intérêts des citoyens (par exemple atteinte au système de sécurité sociale), à l’intérieur du pays, et agressions de leur armée contre des peuples d’autres nations.

Par conséquent, discuter et concilier, de manière démocratique, les divergences idéologiques le plus tôt possible, sans les remettre à une phase ultérieure, n’est-il pas plus pertinent, si l’on tient compte uniquement des intérêts du peuple ? Si oui, comment y parvenir sans se doter d’une structure adéquate, permettant des réunions ?

 

Apprendre la pratique réellement démocratique.

Les assemblées de citoyens pour discuter ensemble, cette structuration n’est-elle pas la meilleure et la plus pertinente manière de stimuler la conscience sociale du peuple, de l’enrichir, de la développer, de la rendre telle que les citoyens deviennent capables de distinguer le plus clairement possible qui est leur adversaire réel, qui est leur ami authentique et qui est leur faux ami donc manipulateur, comment veiller et défendre l’unité et l’intégrité de la nation, comment créer la meilleure relation entre le peuple et l’armée, comment concilier de manière enrichissante les sensibilités et les intérêts des diverses composantes du peuple ?

Ceux qui craignent que donner l’occasion au peuple de discuter de ses divergences idéologiques ferait éclater l’union de ce peuple, cette crainte n’implique-t-elle pas que ce peuple, - dont par ailleurs on tresse les plus admirables louanges en ce qui concerne ses marches hebdomadaires -, que ce peuple donc est incapable d’affronter ses divergences idéologiques de manière démocratique ?… Quelle en est, alors, l’implication sinon que ce peuple n’est pas mûr pour la démocratie ?… De qui est cette allégation depuis toujours et partout ?… De toutes les oligarchies dominatrices du monde, cléricales ou laïques, « libérales » ou marxistes, et de leurs mandarins de service, bien rémunérés.

Certains affirment que le frère Larbi Ben Mhidi aurait dit : « Nous avons trois révolutions à faire : politique, économique et culturelle. Cette dernière est la plus difficile. » Certes. L’histoire montre que l’élément décisif est le culturel ; c’est lui qui détermine, en définitif, la réussite ou l’échec des modifications politique et économique. Alors, ne faut-il pas contribuer, dès maintenant, à ce que le peuple algérien s’occupe de sa révolution culturelle ? Pour la concrétiser, ne doit-il pas compléter ses fêtes hebdomadaires par une structuration lui permettant des échanges et des discussions, au moins une fois par semaine, avec la finalité de disposer de mandataires représentatifs pour se confronter avec l’adversaire contesté ?… On les mettrait en prison ?… Cela fait partie de la confrontation sociale, partout et toujours dans le monde. Aux contestataires de trouver d’autres représentants.

Qu’est-ce qui exprime le mieux l’apprentissage de la pratique démocratique de la part d’un peuple : des manifestations hebdomadaires pacifiques et souriantes, uniquement, ou la capacité de se réunir en petits, moyens et grands groupes pour exprimer et discuter les opinions exprimées, puis décider, en pratiquant la règle démocratique de la majorité ? La question peut être plus largement exprimée ainsi : de quoi a besoin un peuple, uniquement de défoulement public hebdomadaire, ou d’apprendre à pratiquer la démocratie ? Et comment cela est possible sans se doter de structures adéquates ?

Terminons par un dicton populaire italien, valable pour les individus comme pour un mouvement populaire : « Patti chiari, amicizia lunga » (Pactes clairs, amitié longue). Cela suppose de ne pas recourir aux pratiques politiciennes, opportunistes sous prétexte de réalisme. Citons encore une fois le frère Larbi Ben Mhidi : « Jetez la révolution dans la rue, le peuple s’en chargera. » Parmi tous ceux qui admirent ce frère, combien connaissent, mais, surtout, appliquent cette conception ? Paraphrasons cette déclaration : « Que le peuple se structure, et il se chargera de concrétiser ses objectifs. » Aussi, l’auteur de ces lignes déplore vivement de voir des « leaders » plus ou moins spontanés déclarer, durant une marche hebdomadaire, que le peuple doit se contenter de ses marches hebdomadaires, sans nul besoin de se structurer, par crainte de risques divers. N’est-il pas plus pertinent de dire aux manifestants : « Vous voulez la démocratie ?… Prouvez-le en la pratiquant vous-mêmes par une structuration adéquate, créée par vous-mêmes, et capable de neutraliser toute forme d’infiltration manipulatrice ! »

Est-ce là une illusion idéaliste, utopique, aventureuse ?... Un exemple prouve le contraire. Il montre que des citoyens d’obédiences idéologiques diverses sont capables de discuter ensemble en vue d’un objectif commun. Ce fait se réalisa dès le début de l’intifadha populaire. L’initiative ne se généralisa malheureusement pas. Cet exemple montre ceci : ce qui menace l’unité du peuple, ce ne sont pas ses divergences idéologiques, mais l’absence de citoyens les plus conscients pour stimuler la capacité créatrice du peuple dans la pratique démocratique (5). Qui a la fièvre (des manifestations hebdomadaires) mais a peur d’employer le thermomètre (en se structurant) pour en connaître la gravité (des divergences idéologiques), et, donc, savoir le remède à prendre (discussions et décisions démocratiques), ne peut s’attendre à guérir (instaurer un système social sain), mais seulement à voir s’aggraver sa situation. En effet, un mouvement populaire non structuré est sujet, à son insu, de toutes sortes de manipulations (de maladies). Un exemple sera exposé dans une prochaine contribution. Une troisième examinera le problème de la structuration formelle du Mouvement populaire.

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(1) Voir « Structure ou pas de l’intifadha populaire ? » in

https://www.algeriepatriotique.com/2019/11/23/structure-ou-pas-de-lintifadha-populaire/

(2) Voir note 1.

(3) Voir note 1.

(4) L'exercice légitime de l’autorité est le produit d’une volonté populaire exprimée de manière démocratique majoritaire. Encore que, dans ce cas, il faut tenir compte de l’opinion minoritaire, en la laissant s’exprimer librement, car il peut arriver qu’une opinion minoritaire finisse par convaincre de sa justesse par rapport à une opinion majoritaire, laquelle devient, à son tour, minoritaire... À moins que la décision majoritaire vise à éliminer la démocratie, comme ce fut le cas avec la prise du pouvoir par Adolf Hitler, et le risque de prise du pouvoir par l'ex parti "Front Islamique du Salut" en Algérie.

(5) Voir « Que vive la démocratie directe ! » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/08/que-vive-la-democratie-directe.html et le le documentaire vidéo in https://youtu.be/CZgiMergUX0

 

Publié sur Algérie Patriotique en deux parties (27.11.2019 et 28.11.2019) et sur La Tribune Diplomatique Internationale (28.11.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 25 Novembre 2019

STRUCTURE OU PAS DE L’INTIFADHA POPULAIRE ?

Désolé pour la longueur du texte : l’importance du thème et la nécessaire argumentation l’exigent. Partons d’une anecdote populaire. À une personne qui a faim, l’un offre, avec son plus charmant sourire, du pain ; un autre, au contraire, l’expression sérieuse et préoccupée, propose à l’affamé d’apprendre à fabriquer lui-même du pain.

C’est dire que le premier crée, pour toujours, une dépendance de l’affamé envers lui, et de la reconnaissance ; tandis que le second vise à ce que l’affamé soit totalement indépendant, autonome. Évidemment, offrir un aliment est facile, mais apprendre à se le procurer par soi-même est comparativement difficile. Quant à l’affamé, s’il est conditionné par une mentalité servile, il acceptera la première charité ; si, au contraire, il possède un esprit libre et autonome, il optera pour la seconde solution. Elle exige plus d’énergie, mais règle définitivement le problème de la faim et de la dépendance d’autrui… Bien entendu, l’affamé peut et doit accepter l’offre immédiate, pour satisfaire une nécessité physiologique urgente, tout en décidant d’adopter la seconde solution, à terme plus ou moins long.

Cet exemple est exposé pour comprendre que trop souvent des experts plus ou moins authentiques, de bonne ou de mauvaise foi, exposent un problème social de telle manière qu’il apparaît d’une complexité telle que le lecteur ou l’auditeur ordinaires ou moyens, n’y comprenant rien, sont contraints d’adopter le point de vue de l’expert.

 

Infiltration étatique.

Prenons le cas de l’intifadha populaire actuelle en Algérie. Voici l’argumentation de Laouhari Addi : « Ce serait une erreur stratégique que l’État-major exploitera pour diviser et affaiblir la dynamique du mouvement, comme l’a fait le DRS lors de la protestation populaire en Kabylie en noyautant les ‘arouchs et en provoquant leurs divisions. » (1)

Examinons cet argument. Depuis toujours et partout dans le monde, a-t-on vu un mouvement populaire contestataire ne pas être infiltré par les agents du pouvoir étatique pour le diviser ?… Jamais… Par conséquent, la nécessité du mouvement populaire de se structurer doit tenir compte non pas de ce risque, mais de cette certitude de réaction de la part du pouvoir étatique. En outre, le mouvement populaire, conscient de cette réaction étatique, doit trouver les moyens de la neutraliser.

Comparaison n’est certes pas raison, mais refuser la structuration du mouvement populaire, - quelle que soit sa spécificité, et où qu’il existe dans le monde -, c’est comme si on disait au peuple algérien, avant le déclenchement de la guerre de libération nationale : « Ne te structure pas en Front de Libération Nationale », car l’État français « exploitera pour diviser et affaiblir la dynamique du mouvement » patriotique. En effet, l’État colonialiste alla jusqu’à réussir l’opération d’infiltration dénommée « bleuite », durant laquelle des chefs de la guerre de libération nationale assassinèrent la fleur de l’élite intellectuelle patriotique qui avait rejoint le combat patriotique, mais qui fut soupçonnée, par l’intoxication des « services » de l’armée coloniale, d’être composée d’agents à son service, infiltrés dans l’Armée de Libération Nationale… Malgré ce très grave fait, l’ALN et le FLN ont continué le combat jusqu’à la concrétisation du but : l’indépendance nationale.

À propos d’agents visant à « diviser et affaiblir la dynamique du mouvement », seraient-ils uniquement en provenance de « l’État-major » ?… Est-il correct de négliger d’autres menaces, provenant, par exemple, de l’organisation islamiste comme « Rajah » (2) ?

 

Diversités idéologiques.

Lahouari Addi poursuit : « Le hirak est un mouvement social porteur d’une revendication nationale qui réunit l’ensemble des couches de la société. Il ne peut par conséquent se donner une organisation partisane que se disputeront les différents courants idéologiques dans la société. »

Notons la formule d’implication « par conséquent ». Comment se justifie-t-elle ?… Le texte ne le dit pas. Là, encore, reprenons le cas du mouvement patriotique pour l’indépendance. Il était « un mouvement social porteur d’une revendication nationale qui réunit l’ensemble des couches de la société ». Et il comprenait «  différents courants idéologiques dans la société ».

Ces faits n’ont pas eu la « conséquence » de ne pas créer le Front de Libération Nationale. Cela pour dire que « les différents courants idéologiques dans la société » ne justifient en aucune manière, quel que soit le pays et l’époque, le refus de constitution d’une « organisation partisane ». Et, bien entendu, cela fait partie de l’action que dans cette organisation « différents courants idéologiques » se disputent le leadership, pour finir par voir la composante la plus puissante diriger l’ensemble de l’organisation, sur la base d’une plate-forme commune. Ainsi ont fonctionné non seulement les divers Fronts de Libération Nationale (Viet Nam, Algérie), mais, également, les fronts constitués lors des révolutions : « Commune de Paris » de 1871, révolutions russe, chinoise, cubaine, etc. Dans ces derniers cas, le parti politique le mieux structuré fut le dirigeant de l’ensemble du front contestataire.

 

Leadership-Représentants.

À propos de Front, on note que l’actuel mouvement populaire algérien refuse tout leadership. C’est là une nouveauté caractéristique. Cependant, ce refus est à lire de deux manières totalement opposées.

Hypothèse négative. Le refus du leadership serait téléguidé par des agents occultes (peu importe ici leur identité) qui exercent réellement ce leadership, donc empêche le mouvement populaire de se doter de représentants issus de son sein, par élection démocratique.

Hypothèse positive. Le refus du leadership serait la manifestation de la conscience du peuple des marches hebdomadaires d’éviter la hiérarchisation du mouvement, par l’apparition du phénomène du « Chef Salvateur », du « zaïmisme ». Dans ce cas, le mouvement populaire révélerait une mentalité auto-gestionnaire, ce qui serait merveilleux !… Alors, le mouvement algérien reprendrait le combat réellement émancipateur des peuples, et cela depuis la « Commune de Paris » de 1871, les Soviets russes de 1905 et 1917, la « Commune de Canton » de 1927 en Chine, les « Collettividad » espagnoles de 1936-1939, le surgissement des comités d’autogestion agricole et industrielle en Yougoslavie, puis en Algérie, juste après l’indépendance algérienne.

La participation physique aux marches hebdomadaires en Algérie, ainsi que la vision des vidéos sur les réseaux sociaux indiquent une lutte entre ces deux hypothèses : un leadership imposé de manière occulte, servant une caste visant la conquête du pouvoir étatique, et une vision auto-gestionnaire où le leadership serait exercé par le peuple des marches hebdomadaires.

Mais cette seconde hypothèse bénéficie de peu de voix. L’opinion majoritaire, notamment parmi les intellectuels, dont Lahouari Addi et Youcef Benzatat, dans leurs textes, refusent au mouvement populaire la nécessité de s’auto-structurer.

 

Projet.

Lahouari Addi ajoute, pour justifier sa thèse : « Le hirak n’est pas porteur d’un projet de société ; il est porteur d’un projet d’État où le président et les députés sont élus démocratiquement et non désignés par la hiérarchie militaire. »

Passons sur la discussion pour élucider si un « projet d’État » n’est pas « porteur d’un projet de société ». Supposons qu’il en soit ainsi, et que le mouvement populaire aspire principalement à ce qu’indique Lahouari Addi.

Encore une fois, en quoi ce « projet d’État » justifierait-il le refus de structuration du mouvement populaire ?… Lahouari Addi avance l’argument suivant : parce que « un seul mot d’ordre qui fait sa force : le transfert de l’autorité de l’État à des civils. (…) Il est difficile de diviser le hirak sur cette revendication : dawla madania, machi ‘askaria ».

Si, effectivement, l’exigence de remplacement des militaires par des civils dans la gestion de l’État bénéficie de l’adhésion de tous, essayons de réfléchir davantage.

Le mouvement populaire, de fait, veut un « État civil et non militaire », en estimant qu’ainsi serait établie la démocratie. Mais de quel type de démocratie s’agirait-il ?… Celle capitaliste où l’État serait géré par des hommes d’affaires qui, détenant la puissance économique, feront des dirigeants politiques civils de simples harkis au service d’une oligarchie économique, comme c’est le cas partout dans le monde ?

On objecterait : cependant, dans ce genre de démocratie, il serait loisible au peuple de créer ses organisations autonomes pour défendre ses intérêts spécifiques…. Que l’on cite un seul pays démocratique du monde où cette action populaire a été possible ?… Le système démocratique capitaliste s’arrange toujours, par la puissance de l’argent des actionnaires, à produire le consensus populaire en faveur du système social dominant, en s’appuyant sur le contrôle de... l’armée (3), pour amener le peuple a toujours élire des représentants qui servent les intérêts de l’oligarchie économique… Si, par miracle, le peuple parvient à se révolter, le pouvoir civil fait appel aux… militaires pour le neutraliser, par exemple aux États-Unis contre le combat pour les droits civils, ou en France quand le Président De Gaulle, lors de la révolution de Mai 68, abandonna l’Élysée pour aller se « consulter » avec le … général Massu, stationné en Allemagne avec une partie de l’armée française.

Revenons au mouvement populaire algérien. Pour lui, l’unique possibilité que le remplacement de la gestion militaire par une gestion civile de l’État n’en fasse pas le dindon de la farce, c’est, justement, d’exploiter cette période de faiblesse étatique et d’ébullition populaire, pour se structurer, en tenant compte de ses diverses composantes, de manière démocratique, et en trouvant des solutions pour neutraliser les infiltrations diverses et remplacer les représentants qui seraient emprisonnés.

Le slogan « État civil et non militaire » exige une autre remarque. L’organisation « Rajah » et son représentant actuel le plus en vue, M. Mohamed Larbi Zitout, ont comme principal mot d’ordre : « État civil et non militaire ». Si l’on examine mieux leur position, on note que l’expression qui revient le plus est nuancée : « pas de pouvoir aux généraux ».

Question : est-ce que tous les généraux de l’armée algérienne, qui comprend plusieurs centaines, seraient des corrompus et des anti-patriotes ?… S’ils l’étaient, l’armée algérienne ne serait-elle pas, alors, inféodée aux armées impérialistes et à leurs vassaux islamistes (Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Maroc) sans oublier la Turquie ?... Par conséquent, à quoi vise cette accusation générique sur l’ensemble de l’encadrement de l’armée algérienne ?

Approfondissant l’examen. L’organisation « Rachad » et M. Zitout sont très présents dans le mouvement populaire, ouvertement dans les réseaux sociaux, et de manière plus ou moins occulte dans les marches populaires. Des vidéos sur internet montrent que « Rachad » et M. Zitout, sous prétexte de démocratie et de pouvoir aux civils en Libye, avaient défendu et soutenu l’agression contre cette nation des armées néo-colonialistes occidentales, alliées aux oligarchies turque, saoudienne, qatarie et marocaine. Résultat : destruction de l’État et de la nation libyens, à présent la proie des multinationales, dans le domaine économique, et des groupes terroristes islamistes, dans la « gestion » du pays. Certes, la Libye était dirigée par un dictateur, mais il soutenait la lutte du peuple palestinien pour ses droits légitime à posséder une nation, et combattait l’idéologie wahhabite islamiste et des « Frères musulmans », dont M. Zitout et l’organisation « Rachad » font partie.

En Algérie, les dirigeants algériens, certes dictateurs, se caractérisent également par le soutien au peuple palestinien pour une patrie légitime, combattent d’une certaine manière l’idéologie wahhabite islamiste, et ont refusé de faire partie du front, constitué et dirigé par l’oligarchie saoudienne, contre l’Iran puis contre le peuple du Yémen… Ces faits sont condamnables dans la conception idéologique de « Rajah » dont M. Zitout fait partie. Quelle conséquence en tirer ?... Que l’emploi du slogan « État civil et non militaire », par M. Zitout et « Rachad », ne vise pas à l’établissement d’une démocratie civile (ils avaient déjà utilisé cet argument pour justifier la destruction de la nation libyenne), mais à détruire la seule institution en mesure de défendre l’intégrité de la nation algérienne. Or l’existence de celle-ci est contraire à l’idéologie de « Rachad » et de M. Zitout : ils veulent l’établissement d’une « oumma » islamiste, laquelle ne peut exister qu’en éliminant les nations, donc l’instrument principal qui les défend, à savoir l’armée.

Par conséquent, avancer le slogan « État civil et non militaire » n’exige-t-il pas d’être davantage explicité, pour ne pas tomber dans le piège des « Frères musulmans », donc de la destruction de la nation algérienne ?… Et pour ne pas tomber dans ce piège, le mouvement populaire ne devrait-il pas se structurer, afin de débattre et d’élucider le contenu réel de ses slogans, et comment les concrétiser ? Notamment pour écarter de ses rangs pas uniquement un mais deux menaces : d’une part, les infiltrations étatiques, visant à diviser le peuple ; mais aussi, d’autre part, les infiltrations islamistes qui veulent opposer le peuple et l’armée de manière (comme en Irak, en Libye et en Syrie), à l’affaiblir au point de permettre, sous prétexte de sauver le peuple et établir la démocratie, une agression contre l’Algérie, avec le résultat que l’on constate en Irak, en Syrie et en Libye. Ceux qui pointent du doigt uniquement le DRS ou l’État-Major ignorent-ils l’action de l’organisation « Rachad » et de son mentor sur les réseaux sociaux M. Zitout ?

 

Moyen et objectif.

Examinons la partie conclusive de Lahouari Addi.

« Les Algériens seront unis pour arracher la transition vers un régime civil ». Ne faut-il pas préciser de quel type ?… Une démocratie capitaliste oligarchique servirait-elle les intérêts des Algériens ?

« Pour cette tâche, ils [les Algériens] n’ont pas besoin de structures organiques. » Évidemment, pour l’instauration d’un régime civil capitaliste, nul besoin pour le peuple de se structurer en tant que tel. Cependant, Lahouari Addi avance une autre justification : « Il faut juste obliger l’État-major à négocier la transition avec des militants emprisonnés, renforcés par quelques personnalités crédibles qui n’ont jamais eu aucun lien avec le régime. »

Comment, concrètement, « obliger l’État-major » à s’auto-suicider, à travers une transition ? Suffit-il d’avoir été un militant emprisonné pour qu’il mérite de parler au nom du peuple ?… Quant aux personnalités, n’avoir « jamais eu aucun lien avec le régime » suffit-il à leur « crédibilité » ? Par exemple, un Ali Belhadj serait-il dans ce cas ? Et, à l’opposé, si des citoyens proposent (on le voit déjà dans certaines manifestations) M. Mohamed Larbi Zitout comme représentant du « hirak », faut-il le refuser parce qu’il eut dans le passé un lien avec le régime (il était militaire durant la répression d’octobre 1988, puis diplomate) ?… Enfin, qu’en est-il du principe de l’élection démocratique par le peuple ?… Évidemment, pour que celui-ci puisse l’exercer, il faut qu’il se structure. Mais cet objectif lui ai dénié.

 

Perspective.

« Le hirak réussira parce que son objectif est clair et correspond à une profonde aspiration nationale à laquelle adhèrent aussi beaucoup de militaires : un État de droit dirigé par une élite sortie des urnes et non fabriquée artificiellement dans les laboratoires de la police politique. »

Après l’exposé qui vient d’être présenté, peut-on affirmer « le hirak réussira parce que son objectif est clair » ?... Où est la preuve de cette clarté ? Où est la preuve que « beaucoup de militaires » y adhèrent ? Quelle est la nature de cette « élite » qui sortirait des urnes, quand elle serait choisie par un peuple dépourvu de structures autonomes, donc de conscience propre de ses propres intérêts ?

Que convient-il au peuple : se faire offrir le « poisson » d’une « démocratie » gérée par une « élite » de civils, ou que le peuple « apprenne à pécher », en se structurant de manière à gérer lui-même sa nation, à travers des institutions inédites, produisant ses authentiques représentants ? N’est-ce pas là que serait, alors, pour le mouvement populaire algérien la réalisation d’un miracle en fournissant au monde entier le meilleur exemple d’émancipation d’un peuple par lui-même ?

 

Risques et difficultés.

Terminons par des remarques qui rejoignent à leur manière celles de Lahouari Addi. Un commentateur d’une précédente contribution de l’auteur de ces lignes déclare, à son propos : « (il veut qu’on [le « hirak »] travaille sur des propositions politiques sous la pluie et sur le bitume car il sait que Gaid Salah refuse aux opposants des salles de 20 places et plus)» (4). Un autre commentateur écrit : « Nommer ses (du « hirak ») leaders, c’est les précipiter dans les géôles de GS, c’est courir le risque de décapiter le mouvement. »... Un troisième affirme : « pas désigner des représentants car ils seront emprisonnés ou soudoyés ». Youcef Benzatat déclare : « Désigner des représentants dans ces conditions s’avère être suicidaire pour la Révolution. En plus du risque de son implosion, qui serait provoquée par des divergences insurmontables entre ses différentes composantes partisanes, il y a aussi et surtout les risques d’infiltration, de manipulation et de toute forme de récupération par des forces contre-révolutionnaires. » (5)

 

Voix des partis politiques.

Le président de Jil Jadid, M. Sofiane Djilali, pose des questions contenant leurs réponses : «Comment peut-on vouloir la démocratie et organiser en même temps un peuple au sein d’une même structure en lui déniant, ce faisant, le droit à la pluralité ? Comment peut-on désigner des représentants d’un peuple pour les cantonner dans la position d’un interlocuteur face à un pouvoir d’Etat ? Le peuple élit des dirigeants d’un pays et non pas des porte-parole pour quémander des droits »» (6).

Est-ce une vérité absolue qu’une « une même structure » dénie automatiquement « le droit à la pluralité » ?… Les diverses formes de front politique ou social n’ont-elles pas, généralement, non seulement admis mais trouvèrent leur force dans la « pluralité » ?… Par exemple, le « Front populaire » de 1936 en France, le F.L.N. de la guerre de libération nationale en Algérie, l’ « Alliance populaire » de Salvador Allende au Chili au début des années 1970, et autres exemples ?

Quand aux représentants du peuple, effectivement, il est nécessaire non pas de les désigner, mais qu’ils soient le résultat d’une élection démocratique. Certes, des élections traditionnelles, pratiquées dans les « démocraties » dites « libérales », agissent de cette manière. Avec le résultat que l’on sait : une caste dominant le peuple... Mais des expériences historiques de réel changement de système social, en faveur du peuple, ont montré une autre manière d’élire les représentants du peuple. C’est le cas de la « Commune de Paris » de 1871, des soviets russes (avant leur récupération par les bolcheviks), des « Colletividad » espagnoles durant la guerre civile espagnole de 1936-1939, et, dans une moindre mesure, les comités d’autogestion agricole et industrielle en Algérie en 1962. Il est vrai que, dans ces cas-là, on ignora les partis politiques, les sachant composés d’une caste élitiste dominatrice et privilégiée, et que le peuple disposa de ses authentiques représentants.

Aussi, il n’y a pas à s’étonner de voir le président du parti politique « Jil Jadid » conclure ses assertions en considérant les partis politiques comme « l’échine de la démocratie », en estimant que « pour animer une démocratie, il est nécessaire d’avoir des hommes et des femmes politiques capables d’assumer leur rôle ». Que signifie ce jugement sinon que le peuple des marches hebdomadaires est incapable de reconnaître en son sein et de choisir ses représentants en dehors des partis politiques, dont celui de M. S. Djilali ? Évidemment, ce dernier, vu sa position, peut-il arguer pour autre chose que pour son moulin ? Mais quelle fut, jusqu’à aujourd’hui, son action réelle pour l’émancipation du peuple ?


 

Rappel historique.

À toutes ces objections, l’histoire des peuples répond, si l’on prend la peine de l’étudier sans préjugés élitistes : partout et depuis toujours, tout mouvement populaire contestataire voit surgir contre lui les réactions de ses adversaires, ouvertes et occultes, jusqu’à, en dernier recours, la répression armée et les massacres. Et partout et toujours, un mouvement populaire voit des partis politiques tenter de l’infiltrer pour s’en déclarer le représentant, afin de le faire servir à leurs intérêt de caste politique.

Si le mouvement populaire est incapable d’affronter efficacement tous ces dangers, son action est vouée à l’échec, à moins de … se structurer de manière autonome.

Quant à la « transition », comment éviter qu’elle n’accouche d’une nouvelle oligarchie, moins cruelle mais néanmoins oligarchie, si le peuple n’a pas de moyen de peser sur la balance du rapport de force avec ses adversaires ?… Quel est ce moyen pour le peuple, sinon de disposer de sa structure autonome pour défendre efficacement ses intérêts ?

À propos de ceux qui estiment que le peuple algérien, et cela malgré neuf mois de mobilisation dans les rues, n’a pas besoin de se structurer, faisons deux remarques.

Dans le domaine social et politique, le déni de structuration du peuple est une conception partagée par les officines impérialistes des « révolutions colorées » et du « printemps arabe », ainsi que par les oligarchies autochtones. Les unes et les autres, poursuivant leur intérêt spécifique, veulent disposer de la gestion-contrôle du peuple.

Seconde remarque. Le déni de structuration du peuple est identique à celui formulé par les capitalistes, privés ou étatiques, qui dénient aux travailleurs de se structurer en syndicat. Les négateurs arguent, les uns du risque d’infiltrations, d’arrestations et de divisions au sein des travailleurs ; les autres estiment représenter et défendre mieux les intérêts des travailleurs que ces derniers eux-mêmes.

Autre constatation. Depuis l’indépendance, à part la phase d’autogestion agricole et industrielle, tellement de partis politiques et tellement de « personnalités » ont cru pouvoir satisfaire les intérêts du peuple, sans lui proposer de s’auto-structurer. On constate les résultats. Malgré ce lamentable échec, certains continuent à nier au peuple de se structurer, et cela avec les mêmes arguments.

Pourtant, voilà plus d’un siècle, un slogan proclama : « L’émancipation des travailleurs ne peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », tandis qu’un ouvrier cordonnier chanta : « Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! »… Est-ce là seulement des paroles d’utopistes et d’aventuristes irresponsables ?… L’histoire ne jugera pas, elle a déjà prononcé son verdict, et les victimes sont les peuples, parce qu’ils n’ont pas su se structurer de manière efficace, pour se sauver eux-mêmes. Ne serait-ce que pour discuter ce problème, le peuple des marches hebdomadaires ne devrait-il pas trouver le moyen de se rencontrer et d’exprimer ses opinions ? N’est-ce pas ce qui urge le plus au mouvement populaire, s’il veut rendre réellement efficaces ses marches hebdomadaires ? L’auteur de ce texte a déjà posé ce problème tout au début du mouvement populaire (7).

_____

(1) In https://web.facebook.com/lahouari.addi/posts/2432467403636420?_rdc=1&_rdr

(2) Une prochaine contribution y sera consacrée. Entre-temps voir https://www.youtube.com/watch?v=Q3k23lqHnu8

(3) "Le complexe militaro-industriel", selon l’expression d'Eisenhower lors du discours de clôture de son mandat présidentiel.

(4) Voir « Qui gère l’intifadha populaire ? » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/qui-gere-l-intifadha-populaire.html

(5) In https://www.algeriepatriotique.com/2019/11/21/une-contribution-de-youcef-benzatat-le-joker-cache-de-letat-major-de-larmee/

(6) In https://www.algeriepatriotique.com/2019/11/21/sofiane-djilali-structurer-le-hirak-en-un-mouvement-unique-est-une-aberration/

(7) « Du cri à l’organisation », 27 février 2019 in https://www.algeriepatriotique.com/2019/02/27/du-cri-a-lorganisation/#comments

 

Publié sur Algérie Patriotique (23.11.2019, La Tribune Diplomatique Internationale (24.11.2019).

Le Matin d’Algérie a refusé la publication de ce texte, avec cette motivation :

Pourtant, la ligne éditoriale de ce journal se proclame contre toute forme de censure, et le journal critique toujours la censure journalistique étatique. Ses lecteurs savent maintenant la vérité.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 21 Novembre 2019

Le Mouvement populaire algérien doit se libérer de ses chaînes pour arracher ses revendications. PPAgency

Le Mouvement populaire algérien doit se libérer de ses chaînes pour arracher ses revendications. PPAgency

Un proverbe populaire algérien conseille : « Dîr â’lî yi bakkîk ou mâ dîrch â’lî idhahak bîk » (Tiens compte de celui qui te fait pleurer, et non pas de celui qui fait rire de toi). En quoi ce conseil peut-il s’appliquer à l’actuelle intifadha populaire algérienne ?

 

Constatations.

On constate, depuis son surgissement, que celle-ci a très visiblement été non pas l’action spontanée du peuple des manifestants, mais d’agents occultes (il ne s’agit pas dans ce texte de savoir lesquels) qui ont su manœuvrer cette population. Preuve en est le fait que les manifestations ont eu lieu le même jour, à la même heure, a la même occasion (sortie de la prière collective du vendredi dans les mosquées), dans toutes les localités importantes du territoire, avec quasi les mêmes slogans. Le principal fut : « Yatnahaw gaâ ! » (Qu’ils dégagent tous ! »), en allusion aux membres de l’oligarchie dominante.

On relevait deux fait importants et significatifs. D’une part, les manifestants se limitaient à rejeter, à refuser en quémandant à l’autorité étatique, au lieu de présenter leur programme et de le mettre en action sans rien attendre de cette même autorité étatique. D’autre part, les manifestants jugeaient inutile de se doter de leur organisation autonome, en dehors des marches publiques, pour, en complément de l’action pacifique et festive, de se rencontrer dans le calme, dans des lieux choisis par eux, pour discuter de manière approfondie entre eux et, progressivement et démocratiquement, établir leur programme social, et élire des représentants avec mandat impératif pour le concrétiser, en affrontant l’adversaire oligarchique.

Les arguments consistant à justifier le refus de cette auto-organisation (par des infiltrations diverses, l’arrestation de dirigeants, disputes de leadership, etc.) sont tous, sans exception, infondés, sinon formulés par les agents qui manipulent le mouvement populaire. En effet, si le mouvement populaire n’est pas manipulé, de manière à agir pour un intérêt qui n’est pas le sien mais celui d’une caste élitaire, pourquoi donc ce mouvement populaire se contenter de réagir à des actions du pouvoir oligarchique, avec des « Non » à ceci et à cela, sans se doter de sa propre auto-organisation horizontale, dans toutes les localités, afin de produire son propre programme autonome et ses propres représentants élus démocratiquement, sur mandat impératif ?

L’histoire est là pour l’enseigner : partout dans le monde, jamais des manifestations populaires, quelque soit leur importance, n’ont abouti à un pouvoir authentiquement populaire, mais uniquement à l’instauration d’une nouvelle oligarchie, peut-être moins dominatrice-exploiteuse, mais néanmoins dominatrice-exploiteuse. Quant à l’actuel mouvement populaire algérien, soyons objectifs, même si le constat est amer : qu’a-t-il obtenu sinon d’avoir été, jusqu’à présent, une masse de manœuvre pour chasser une partie de l’oligarchie au profit d’une autre partie (ce que le mouvement populaire reconnaît lui-même), de subir des mesures répressives, et des actions qui le mettent sur la défensive en lui créant des problèmes ?

Voici le plus grave : les élections présidentielles. Ainsi, le peuple des manifestants hostile aux élections se voit contraint d’affronter une autre partie du peuple favorable à ces mêmes élections. Laissons de coté la nature de cette minorité de citoyens, par qui, comment et pour quel motif ils sont apparus sur les places publiques. Considérons uniquement les citoyens ordinaires parmi ceux favorables aux élections. Le principal est ceci : des citoyens opposés les uns aux autres. Ainsi, la traditionnelle règle oligarchique est appliquée : « diviser pour régner ». D’où les risques d’actions non pacifiques et non démocratiques de la part des partisans (ou de provocateurs infiltrés) du mouvement populaire sont évidents, ce qui lui ferait perdre sa crédibilité (1) et justifierait l’action répressive de l’État au nom de la… démocratie, à savoir le respect du choix d’une partie des citoyens pour les élections présidentielles. Reconnaissons que cette tactique est très intelligente.

Pour l’instant, du coté du mouvement populaire, des vidéos montrent des citoyens qui vilipendent des candidats officiels à l’élection présidentielle venus parler dans un lieu public, des portraits de candidats barrés par de gros traits de peinture noire, des affiches électorales remplis de sacs de poubelles symbolisant la « chkara » (sac) de la corruption, ou les visages des candidats officiels remplacés par les ceux de Lakhdar Bouregaâ et d’autres personnalités acceptés par le mouvement populaire. Enfin, dans certains endroits, des citoyens du mouvement populaire obstruent avec des briques et du ciment des locaux servant au déroulement du vote. Cette dernière action, en particulier, respecte-t-elle la règle de la démocratie ?… Toutes ces réactions de citoyens sont significatives, mais quel en est l’effet réel, en considérant le résultat qu’aurait l’auto-organisation pacifique et démocratique d’une campagne d’élections présidentielle entièrement proposée et gérée par les membres du mouvement populaire ?

 

Questions.

Dès lors, une question surgit : pourquoi le peuple des marches hebdomadaires contestataires ne se crée pas ses propres élections présidentielles ?… S’il n’en pas les moyens, quelle est alors son influence dans le rapport des forces entre lui et son adversaire étatique ?… Oh ! Il ne s’agit pas de bénéficier d’un avion spécial, de beaucoup d’argent et de relais administratifs, sans oublier le soutien de l’État, comme c’est le cas du « candidat » Abdelmajid Tebboune. Ce dont le mouvement populaire a besoin, c’est de citoyens et citoyennes capables de ne pas se contenter des marches hebdomadaires de protestation, mais de s’asseoir, se mettre à table, une ou plusieurs fois par semaine, en dehors du travail, pour passer de la phase du quémandeur auprès des autorités étatiques au stade d’agent social de proposition, en disposant des moyens dont bénéficie l’adversaire étatique : 1) des institutions, celles-ci démocratiques et représentatives du peuple (comités, assemblées), allant de la base locale périphérique à un centre national : 2) de représentants élus sur base de mandat impératif et agissant bénévolement ; 3) d’un programme autonome, concret, clair et précis. Sans ces trois moyens, quelle chance, objectivement, aurait le mouvement populaire de n’être pas manipulé comme masse de manœuvre, mais un agent social autonome, réellement libre et solidaire, pour éliminer un système social oligarchique au bénéfice d’un autre répondant aux intérêts légitimes de la collectivité toute entière de la nation ?

Il est vrai que, très malheureusement, l’histoire sociale du peuple algérien dispose d’un bagage très petit en matière d’auto-organisation. Il y eut seulement, après l’indépendance, la brève période d’autogestion agricole et industrielle, puis, en 2001, l’expérience des « archs » (assemblées villageoises) en Kabylie. Mais, généralement, le peuple fut toujours utilisé comme masse de manœuvre pour servir des intérêts autres que les siens, de manière ouverte, avec des partis politiques (oligarchiques ou d’opposition) ou de manière occulte par des organisations telle « Rachad » (2), sans oublier les manipulations étatiques ou étrangères (occidentales et moyen-orientales, et même marocaines).

Un peuple peut-il être sauvé par d’autres que par lui-même, donc par son auto-organisation autonome ?… En Algérie, actuellement, l’inexistence de comités ou assemblées citoyennes, de manière horizontale, du niveau local à celui national, ne laisse-t-elle pas, pour le moins, perplexe ? Ne constitue-t-elle pas pour le mouvement populaire l’indice le plus préoccupant ? Les animateurs (bien que non déclarés publiquement) du mouvement populaire ont démontré leur magistral encadrement des marches hebdomadaires, et cela depuis huit mois. Pourquoi, durant tout ce laps de temps, ces animateurs n’ont pas contribué à doter ce mouvement populaire des moyens organisationnels pour s’auto-gérer, afin de décider réellement lui-même de son destin ?… Incompétence ou manipulation ? (3) Osons l’hypothèse ! Est-ce que les animateurs du mouvement populaire ne sont pas, eux aussi, des manipulateurs qui le gèrent pour des intérêts qui ne sont pas réellement ceux du peuple, mais d’une caste pour l’instant soigneusement occultée, mais dont le but est évident : prendre le pouvoir ?… Certains jugeront que cette question porte atteinte à la bonne foi de ces animateurs, donc au mouvement populaire. D’autres iront jusqu’à accuser l’auteur de cette hypothèse d’être un agent manipulateur. Voici la réponse. Ne jamais se fier aux apparences, mais savoir distinguer les vrais et faux amis du peuple ; pour y parvenir, avoir clairement à l’esprit les intérêts réels du peuple, et cette leçon de l’histoire : le peuple a été tellement de fois trompé et manipulé dans le monde entier, y compris par ceux qui avaient subi les pires souffrances dans la lutte pour ce qu’ils proclamaient être l’émancipation du peuple.

Pour reprendre le proverbe populaire cité au début de ce texte, disons que si les marches populaires sourient, chantent et dansent avec raison, admirées par le monde entier, ne manquent-elles de leur complément indispensable : la sueur des rencontres quotidiennes pour se doter des moyens qui, seuls, transformeront le mouvement populaire en agent social déterminant ?… Certes, les changements sociaux radicaux, à l’époque actuelle, exigent l’action pacifique, et, pourquoi pas, joyeuse, mais celle-ci n’est qu’un défoulement cathartique, récupérable par d’autres, en absence de structures organisationnelles créées et gérées par le peuple afin de concrétiser ses objectifs. Les « révolutions colorées » et les événements de ce qu’on appelle le « printemps arabe » en sont la preuve la plus convaincante.

 

Comprendre pour transformer.

Terminons par une anecdote d’origine chinoise. Un vieillard, assis, vit passer un jeune homme. « Où cours-tu si vite ? » demanda le premier au second. « Je vais faire la révolution ! », répondit l’interpellé. « Ah, bon !… répliqua le vieillard. S’il te plaît, assieds-toi et explique-moi comment tu feras. » - « Je n’ai pas le temps, il me faut unir aux autres », s’excusa l’enfiévré. « Mais, alors, objecta le vieillard, si tu n’as pas le temps de m’expliquer ce que tu vas faire, comment espères-tu faire cette chose si difficile qu’est une révolution ? » Dit de manière synthétique, l’anecdote signifie : vouloir transformer, c’est bien, mais comment y réussir sans comprendre quoi, par qui et comment transformer ? Finissons par une fameuse déclaration d’un spécialiste militant des changements sociaux : « Faire la révolution à moitié, c’est creuser son propre tombeau » (Saint-Just). Ce fut partout le cas, et que l’on ne vienne pas objecter que l’époque actuelle est différente : en quoi ?... Quand donc le peuple et ses vrais amis tiendront compte de cette constatation empirique ? (4)

_____

(1) Voir « Comment agir avec les partisans de l’élection présidentielle ? » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/comment-agir-avec-les-partisans-de-l-election-presidentielle.html

(2) Voir https://www.youtube.com/watch?v=Q3k23lqHnu8

(3) Une prochaine contribution examinera ce problème en évoquant un cas particulier de manipulation.

(4) Une prochaine contribution répondra à l'article "Le hirak n'a pas vocation à être structuré" de Lahouari Addi.

 

Publié sur Algérie Patriotique (20.11.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (20.11.2019), Le Matin d'Algérie (20 .11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs sur Algérie Patriotique.

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 19 Novembre 2019

Des citoyens accrochent des sacs de poubelles (symbole de corruption) pour dénoncer l'imposture des élections présidentielles en Algérie, 2019

Des citoyens accrochent des sacs de poubelles (symbole de corruption) pour dénoncer l'imposture des élections présidentielles en Algérie, 2019

Respect du principe démocratique.

 

Concernant ces personnes, on constate ici et là, de la part des opposants à l’élection présidentielle, des expressions de mépris, des insultes, l’appel à leur cracher dessus ; certains passent même aux actes en les huant ou en les chassant de l’endroit où ces partisans des élections manifestent leur soutien.

Ce genre de comportement est-il compatible avec le principe démocratique dont se déclarent les opposants à ces manifestations de soutien aux élections présidentielles ?... Si les anti-démocrates emploient systématiquement la règle « la fin justifie les moyens », des démocrates authentiques ne doivent-ils pas se conformer absolument à la règle contraire, à savoir que les moyens doivent refléter la fin ? Autrement dit, que vouloir la démocratie exige l’emploi de moyens démocratiques.

En l’occurrence, en quoi consistent-ils ?… À respecter que des citoyens expriment librement leurs opinions contraires à celles du mouvement populaire. Autrement, on est dans un comportement dictatorial.

Ajoutons que maltraiter en paroles ou, pire encore, en actes ces partisans d’élections présidentielles dénote un manque de conscience sociale. En effet, parmi ces partisans certains sont, bien entendu, des bureaucrates du système oligarchique dominant. Mais d’autres, peut-être la majorité, sont des citoyens ordinaires, mais dépourvus de la conscience leur montrant qu’ils sont, eux aussi, des opprimés, mais ne s’en rendant pas compte, car aliénés idéologiquement. Qu’on les traite de « tubes digestifs ambulants », de « cachiristes » et autre prouve uniquement que l’auteur de cette accusation ne comprend rien aux mécanismes de l’oppression sociale. En effet, est-il conséquent de mépriser et d’insulter des personnes conditionnées à agir contre leur propre libération, ajoutant ainsi au mépris des oligarques celui des démocrates ? En outre, est-ce la haine qui peut faire prendre conscience à des citoyens ordinaires que la position choisie par eux est une erreur, au détriment de leurs intérêts réels ? Ajoutons ceci : tout citoyen a le droit imprescriptible d’exprimer publiquement et pacifiquement son opinion, quelque soit sa nature.

Il est vrai que le surgissement des partisans des élections présidentielles risque de créer des tensions et divisions au sein du peuple. Cependant, ce phénomène est caractéristique de toute démocratie authentique. Et celle-ci exige le respect du choix minoritaire, quitte à le mettre en question mais uniquement par le débat et la manifestation pacifiques, tant que le choix minoritaire s’exprime de manière pacifique.

 

Importance de la confrontation des idées.

 

Mais voilà l’aspect positif, à savoir exploiter. D’une certaine manière, la présence dans l’espace public des partisans des élections présidentielles offre l’occasion aux membres du mouvement populaire de les connaître, et, par la discussion, de vérifier la validité des choix des uns et des autres. Aux plus conscients et honnêtes citoyens de convaincre leurs compatriotes de leur erreur. Et si les premiers n’y réussissent pas, qu’ils s’en prennent non pas aux seconds, en les accusant d’imbécillité et de traîtrise, mais à leur propre incapacité de convaincre.

N’est-il pas plus indiqué de faire coïncider le but démocratique (respectant l’opinion contraire) et émancipateur (donc désaliénant) avec des moyens de même type ?… En l’occurrence, concernant les citoyens partisans des élections présidentielles, ne faut-il pas s’efforcer le plus possible à créer avec eux une discussion, un dialogue, un échange de points de vue ? Et, pour y parvenir, ne faut-il pas d’abord laisser parler et entendre les opinions adverses, et uniquement ensuite savoir en démontrer l’erreur ?… Qu’on le veuille ou pas, là est le principe de la démocratie, et il est fondamental de le respecter dans toutes les circonstances où la confrontation se manifeste, non par la violence, mais uniquement avec la manifestation publique, la parole et les idées.

Certes, la confrontation verbale est difficile, d’une part, parce que l’on s’adresse à des citoyens conditionnés (matériellement et idéologiquement), et, d’autre part, contrôlés par des « accompagnateurs » qui les manipulent. Sans oublier la pression émotionnelle qui fait parler tous à la fois, en n’y comprenant rien et en laissant chacun sur ses positions. Changer les choses exige le maximum de maîtrise de soi, d’intelligence et de respect de l’opinion autrui, quelque soit sa nature. Et plus celle-ci est inacceptable, plus il est indispensable de l’affronter avec mesure et intelligence, car il s’agit de désaccords entre citoyens, parfois même entre des opprimés dont certains, par conditionnement, ignorent leur oppression.

Le respect du choix d’autrui et le recours au dialogue pour en examiner le bien fondé ne sont-ils pas la seule manière pour des démocrates authentiques de manifester la valeur, d’une part, de la démocratie, et, d’autre part, de leurs idées ? Si les dictateurs et les totalitaires visent uniquement à vaincre, en recourant à tous les moyens jusqu’à l’emploi de la violence (verbale d’abord, ensuite physique déguisée ou directe), les démocrates réels, eux, ne doivent-ils pas se soucier uniquement de convaincre, et de vaincre uniquement par la confrontation pacifique des idées en matière de liberté, d’égalité et de solidarité sociales ?

 

Publié sur Algérie Patriotique (18.11.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (18.11.2019), Le Matin d'Algérie (18.11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs sur Algérie Patriotique.

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Publié le 13 Novembre 2019

A gauche, manifestation populaire pour l'indépendance de l'Algérie (1962). A droite, manifestation populaire pour la libération sociale du peuple algérien (2019).

A gauche, manifestation populaire pour l'indépendance de l'Algérie (1962). A droite, manifestation populaire pour la libération sociale du peuple algérien (2019).

Institutions.

En ce qui concerne l’actuelle intifada populaire en Algérie, que le nombre des manifestants hebdomadaires soit plus grand ou moindre, c’est là un aspect uniquement tactique. Le problème fondamental est, désormais, de savoir si ce peuple contestataire a réellement assimilé toute son histoire passée. En effet, il est vrai que la forme manifestation de rue fait partie du « bagage » d’expériences du peuple algérien, et cela depuis la Guerre de libération nationale. Mais l’irruption des comités de gestion, juste après l’indépendance, cette expérience ne fait-elle pas, tout autant, partie intégrante de l’histoire émancipatrice du peuple algérien, comme indépendance sociale ?

Certes, cette expérience autogestionnaire fut très vite éliminée par les dirigeants prétendument « socialistes » de l’oligarchie naissante ; ils la stigmatisèrent comme socialement un désordre, et économiquement une faillite. En réalité, ce furent là des mensonges éhontés. En fait, les comités d’autogestion furent socialement un ordre nouveau, un authentique ordre, car exercé par et pour le peuple travailleur, et la production économique fut meilleure que celle du temps des patrons colonialistes. Malheureusement, la caste ayant conquis le pouvoir étatique, - par le putsch militaire du colonel Boumediène, masqué par la figure civile à son service, Ahmed Ben Bella -, ne pouvait exister, s’accaparer les richesses de la nation, sans éliminer toute forme de gestion par et pour le peuple. La contre-révolution se réalisa d’une part par la terreur, et, d’autre part, par une démagogie soigneusement conçue, mêlant « socialisme », « patriotisme » et religion (déjà), avec le concours, - bien rétribué -, des intellectuels mandarins-harkis du système social dominateur.

Cette occultation de l’efficacité réelle, sociale et économique, des comités d’autogestion, malgré les obstacles qu’ils rencontrèrent, ne se reflète-t-elle pas, aujourd’hui, dans le soulèvement populaire ? En effet, après huit mois, il n’a pas produit d’institutions (comités, assemblées ou autre) pour auto-gérer ses actions, de manière à se doter de ses propres institutions, en contrepoids à celles de l’oligarchie.

Par conséquent, ce mouvement populaire, dont les marches sont impressionnantes par leur organisation et leur pacifisme ainsi que par leurs slogans très pertinents, ce mouvement donc ne demeure-t-il pas, socialement, une révolte, une jacquerie, un défoulement, et non pas une révolution ?… Rappelons que la révolution se caractérise par l’abolition d’un système social oppresseur au bénéfice d’un autre émancipateur pour l’ensemble du peuple, et que ce changement s’opère soit par la création d’institutions populaires en remplacement de celles contestées, ou par le remplacement du personnel dans les institutions étatiques en place, cette fois-ci élu démocratiquement par le peuple.

Or, huit mois après, le mouvement populaire algérien, en est encore à crier « yatnahou gaâ ! » (qu’ils dégagent tous !). Pis encore : ce mouvement populaire se voit proposer des candidats à l’élection présidentielle qui sont des éléments même du système social contesté. Le mouvement populaire, lui, se contente de marcher hebdomadairement, tandis que ses adversaires prennent la précaution de s’organiser de mieux en mieux, de toutes les manières et dans tous les domaines, pour mettre fin au mouvement populaire.

 

Force et levier.

Certains affirment qu’aucune personne ne peut représenter ce peuple de manifestants, parce que le mouvement populaire se suffirait à lui-même, en prétextant qu’il s’agit là d’un phénomène nouveau, « post-moderne », différent et inédit par rapport aux phénomènes du passé.

Où sont les preuves concrètes et convaincantes de ce genre d’affirmation ?… Que l’on prenne la peine de considérer, avec le sérieux requis, l’histoire des mouvements populaires, jusqu’aux plus récents. Affirmer qu’un mouvement populaire de rue se suffit à lui-même pour abolir un système social oligarchique au bénéfice d’un autre démocratique, cela n’a existé en aucun lieu de la planète, jusqu’à aujourd’hui. Tout au plus, ce genre de mouvement populaire n’a abouti qu’au remplacement d’une caste dominatrice par une autre. Preuve en sont les soit disant « révolutions colorées ».

Aussi, il est absolument légitime de se méfier des voix qui font l’éloge le plus dithyrambique (attention au renard de la fable !) du mouvement populaire contestataire pacifique, en lui donnant l’illusion que seulement de cette manière il réaliserai son but émancipateur. Cette conception occulte la nécessité stratégique pour le mouvement populaire de se doter d’une auto-organisation horizontale partout où cela est possible, sous forme de comités ou d’assemblées (1).

Considérons l’affirmation consistant à dire que personne ne peut représenter le mouvement populaire. Objection : un mouvement social incapable de se doter de représentants, en reflétant démocratiquement ses diverses tendances, comme il le fait dans la rue, ce mouvement comment pourrait-il concrétiser ses buts ? Pour employer une métaphore, disons que les manifestations hebdomadaires sont à l’instauration de comités (assemblées) de base comme la force est au levier. L’une exige l’autre.

 

Risques.

Bien entendu, constituer des comités de base, desquels surgirait démocratiquement une direction collégiale, reflétant toutes les tendances du mouvement populaire, ce processus implique de sérieux risques. Le plus grave n’est pas l’arrestation ou même l’assassinat des représentants du peuple, mais l’infiltration manipulatrice de la part des services étatiques. Le but de cette dernière, - en jouant notamment sur l’ethnie, la religion -, est la division pour la neutralisation sinon la désintégration du mouvement populaire, quand pas lui faire servir les intérêts exactement opposés aux siens propres. Partout et toujours dans le monde, cette technique est de « bonne guerre », comme on dit. Il faut donc savoir affronter ce problème d’infiltration de manière efficace. À l’intelligence du peuple (et de ses animateurs sincères) de résoudre ce problème, comme c’est jusqu’à présent le cas dans l’organisation des marches hebdomadaires. Ces marches, également, ont subi des tentatives de manipulations diverses, cependant mises en échec. Ce fait n’encourage-t-il pas à savoir comment éviter cette même infiltration-manipulation des comités (assemblées) créés par le Mouvement populaire ?

 

Deux leçons.

Quelque soit le mouvement populaire, où est la condition de sa victoire sans capables de concrétiser les objectifs de ce mouvement populaire ?

Pour parvenir à se doter d’institutions autonomes, le peuple algérien dispose de deux leçons du passé. La constitution du Front de Libération Nationale, réunissant toutes les forces patriotiques, permit au peuple de s’émanciper de l’oligarchie coloniale ; puis, juste après l’indépendance, le surgissement de comités de gestion permit la continuation, en mieux, - il faut le souligner ! -, de la production économique.

Dès lors, ne serait-il pas opportun de constituer un Front de Libération, cette fois-ci Sociale, rassemblant toutes les forces authentiquement démocratiques, et de créer des Comités (ou Assemblées) d’Autogestion, cette fois-ci encore Sociale, pour construire un système social libre, égalitaire et solidaire, conforme aux intérêts du peuple ?… Pour y aboutir, n’est-il pas indispensable d’extirper de la mentalité la néfaste ambition du « leadership », du « zaïmisme » et de l’autorité hiérarchique, pour pratiquer la gestion collective, basée sur l’autorité également collective du peuple dans ses diverses composantes ? N’est-ce pas ainsi que la Déclaration du 1er Novembre 1954 et la Charte de la Soummam de 1956 seront le mieux concrétisées, et, alors, la contre-révolution oligarchique sera finalement remplacée par une authentique révolution sociale populaire ?

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(1) Voir les dernières contributions dans la rubrique « Autogestion » in http://kadour-naimi.over-blog.com/tag/autogestion/

 

Publié sur Algérie Patriotique (12.11.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (12.11.2019), Le Matin d'Algérie (12.11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs sur Algérie Patriotique.

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 11 Novembre 2019

Lakhdar Bouregaâ : Représentant d’Honneur du peuple algérien

Enfin !… L’intifadha populaire a créé sa figure représentative la plus exemplaire, la plus significative, la plus symbolique. Cette figure lie le combat passé de libération nationale au combat actuel de libération sociale. Cette figure est incarnée par un homme. Il fut un combattant de la guerre de libération nationale, il fut un combattant contre le putsch militaire de 1962, il fut un combattant irréductible contre le régime qui, depuis lors, a dominé et exploité le peuple algérien ; et, par conséquent, jusqu’à aujourd’hui, cet homme continue à combattre pour la dignité de ce peuple algérien, dont il fait partie… Jusqu’à être condamné à la prison ! Pour en connaître le motif, il suffit de connaître les déclarations franches et sans ambiguïté aucune de cet homme. Et, là encore, de la prison, il continue à combattre en soutenant le salutaire soulèvement en Algérie pour la libération du peuple du colonialisme interne qui l’opprime pour le déposséder de ses richesses nationales, et le faire « suer du burnous », avec le même mépris et la même arrogance que celle des ex-colonialistes étrangers. Et, encore en prison, ce combattant déclare qu’il n’en sortirait pas tant que le dernier des emprisonnés du mouvement populaire ne sera pas libéré. Et, last but not least, cet homme, qui fut officier durant la guerre de libération nationale, n’a jamais, après l’indépendance, sollicité quiconque pour devenir un « leader », un « chef », un « homme d’affaires », une personne du « régime », un ministre ou une « personnalité » d’un « tiers présidentiel ». Cet homme ne fut jamais, à quelque titre ou forme que ce soit, un membre de l’oligarchie régnante ; tout au contraire, il la toujours dénoncée clairement… Cet homme n’a donc jamais fait de son engagement patriotique un investissement pour s’enrichir de manière illégitime, au détriment de son peuple, et en s’accoquinant avec des entreprises étrangères néo-colonialistes. Et, pour terminer, cet homme ne s’est pas contenté de se taire, en jouissant de ce qui lui restait à vivre ; au contraire, répétons-le, il a combattu et dénoncé publiquement le colonialisme interne. Vous l’avez deviné : c’est notre frère aîné Lakhdar Bouregaâ.

Cet homme incarne ce que le peuple algérien et l’humanité entière possèdent de meilleur en dignité.

Dès lors, et parce que cet homme ne s’est jamais permis de jouer au héros, ni au candidat Président, ni au « zaïm », ni au chef de Parti, ni a permis qu’on fasse de lui une « icône » à adorer, mais parce que cet homme s’est contenté simplement d’agir en simple citoyen libre et solidaire, dès lors, ne serait-il pas légitime de l’élire par acclamation comme Représentant d’Honneur de l’intifadha populaire algérienne ?… Comment cela ?… Eh bien, les prochains mardi et vendredi, ainsi que ceux qui suivront, que soient brandis le plus de portraits de ce frère aîné exemplaire, avec l’inscription en arabe, en tamazight, en français et en anglais : « Le peuple a élu son Représentant d’Honneur ! »… Mais attention !… « Représentant » et non « Président », ni «  zaïm », car le peuple algérien a trop souffert de ce genre de prétendants. Et encore attention : il ne s’agit pas de fabriquer une énième « icône » à adorer servilement (basta les aliénations, quelles qu’elles soient), mais simplement de reconnaître les mérites d’un citoyen compatriote et, surtout, d’agir comme lui ou, tout au moins, en faire l’effort.

 

Publié sur Algérie Patriotique (08.11.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (08.11.2019), Le Matin d'Algérie (10.11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs dans les publications, notamment sur Algérie Patriotique.

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Publié le 7 Novembre 2019

Lors d'une manifestation hebdomadaire du Mouvement populaire en Algérie, 2019

Lors d'une manifestation hebdomadaire du Mouvement populaire en Algérie, 2019

La contribution précédente (1) sur l’institution des comités populaires a suscité des interrogations. Un lecteur les résume ainsi : « Que vont faire ces comités élus ? Est-ce qu’ils vont désigner une instance collégiale pour conduire la transition ? Est-ce qu’ils vont décider eux-mêmes de quelle transition il s’agit (Constituante ou amendement de la Constitution) ? Qui va désigner le gouvernement provisoire ? Qui va se charger de modifier la Constitution : des experts crédibles ou une instance particulière désignée pour ce rôle ? Est-ce qu’il faut aller à la présidentielle sans changement de Constitution, et c’est au futur Président de se charger des modifications à réaliser ? Qu’en est-il de la feuille de route : qui doit la rédiger ou est-elle inutile ? Etc…., etc. »

À toutes ces questions, la réponse est simple à deux conditions : d’une part, examiner l’histoire sociale des peuples, en particulier comment furent réalisées les changements sociaux radicaux (révolutions), et, d’autre part, se préoccuper non pas d’une vue à court mais à moyen et long termes.

Alors, se présente la problématique des comités populaires. Ils indiquent des assemblées, constituées par la libre décision de citoyens qui se considèrent égaux en droits et en devoirs, et solidaires entre eux. Leur but fondamental est la création d’institutions en mesure de gérer la société dont ces citoyens font partie, cette gestion étant la plus démocratique possible, donc une auto-gestion sociale généralisée ? Cette expression contemporaine équivaut à l’anglais self-government et au principe « par le peuple et pour le peuple ».

Toutes les questions évoquées au début de ce texte devraient être de la compétence (discussions et décisions) des comités populaires, en partant de ceux géographiquement locaux jusqu’aux intermédiaires pour aboutir à un comité (assemblée) national.

 

Citoyens et experts.

Des élitistes objecteront que certains problèmes, trop « complexes », ne peuvent pas être exposés, discutés puis les solutions décidées par des citoyens non experts. La réponse à cette objection revêt deux formes.

D’une part, là où des experts sont indispensables, ils seront sollicités pour intervenir, mais, - là est le point fondamental caractérisant l’authentique démocratie -, ces experts assumeront un rôle strictement consultatif, la décision appartenant au comité populaire, à ses niveaux respectifs.

D’autre part, les phénomènes de révolution sociale, partout et toujours, y compris l’Algérie, montrent ceci : durant ces moments particuliers d’ébullition sociale, la conscience citoyenne, en incluant celle du moins instruit et du moins averti des réalités sociales, cette conscience se révèle meilleure. Preuve significative : suite au déclenchement de l’intifadha populaire, un nombre appréciable de citoyennes et citoyens, auparavant ignorants et désintéressés de tout ce qui concernait la gestion de la société, se sont mis à vouloir comprendre puis à discuter de Constitution, de modèle social, de corruption mafieuse au sein de l’État, de loi sur les hydrocarbures, etc, etc. ?

 

Décisions.

Au sein des comités populaires, quelqu’un soit l’importance géographique, la prise de décision devrait préférer l’unanimité. À défaut de celle-ci, aux membres des comités de choisir quelle majorité est nécessaire pour adopter les décisions de manière à leur donner une concrétisation effective.

Bien entendu, - et ce n’est pas là un défaut mais une caractéristique de la démocratie -, les discussions peuvent nécessiter du temps. Eh bien, la démocratie authentique exige ce prix.

 

Mandataires.

Les décisions devraient être concrétisées par des représentants, là encore, quelque soit l’importance géographique du comité populaire.

Cependant, tout représentant, une fois élu démocratiquement, recevra un mandat strictement impératif. Ce dernier signifie que le représentant est susceptible d’être révoqué à tout moment, si les membres du comité populaire estiment qu’il n’a pas correctement respecté et exécuté le contenu de son mandat.

Autre aspect fondamental : tout représentant accomplira sa fonction soit de manière bénévole, soit, en cas de nécessité, en bénéficiant d’un salaire, lequel ne devrait absolument pas être supérieur à celui d’un ouvrier moyen. Cette procédure est la seule qui écarte tout opportuniste, tout carriériste qui exploiterait sa fonction pour acquérir des privilèges. Car c’est ainsi que se forme l’oligarchie, partout et toujours.

 

Facteur temps.

Certains jugeront que l’institution de comités populaires exigerait énormément de temps, lequel est pressant car l’économie est en difficulté, les ennemis du peuple aux abois, et le risque de vide institutionnel dangereux.

Répondons que si le peuple le veut, ces comités populaires se créeront dans un laps de temps extrêmement court, et que leur travail se réalisera dans un délai raisonnable… Encore faut-il que le travail de ces comités populaires ne soit pas entravé d’une manière ou d’une autre, et s’il l’est, que les membres des comités populaires sachent comment neutraliser ces obstacles.

 

Caractéristique fondamentale.

Partout dans le monde, en considérant l’histoire de tous les changements sociaux voulant éliminer un système social oligarchique pour le remplacer par un autre authentiquement au service du peuple, on constate que l’élément fondamental qui a vu le jour et qui s’est institutionnalisé, ce furent précisément des formes de comités populaires autogérés. Ils furent nommés « comités », « assemblées » ou « clubs » durant la Révolution française de 1789 ; « soviets » durant la Révolution russe de 1905 (avortée) puis de celle de 1917 ; « comités » durant la Révolution allemande de 1918 ; « colletividad » (collectivités) durant la Révolution espagnole (1936-1939) ; « comités d’autogestion » juste après l’indépendance algérienne, « comités » durant la révolution échouée de 1968 en France, etc., etc.

Toutes ces formes de comités furent éliminés généralement dans le sang par la répression militaire, y compris en Russie. En Algérie, les détenteurs du pouvoir éliminèrent les comités d’autogestion de manière bureaucratique, toutefois en sachant être appuyés par la force militaire.

 

Occultation.

Mais, demanderait-on, pourquoi l’histoire et l’importance de ces comités est généralement inconnue dans l’opinion publique, partout dans le monde, y compris en Algérie, laquelle, pourtant, connut une phase d’autogestion ?… La réponse est très simple : l’autogestion fut, demeure et sera toujours férocement combattue par tous les tenants de l’autoritarisme hiérarchique, et ils constituent, malheureusement, la majorité des fabricants d’idées, d’histoires sociales et d’opinions : « libéraux », fascistes, cléricaux, marxistes classiques.

Toutefois, il faut reconnaître un fait, lui aussi occulté. Les marxistes, à commencer par le fondateur de la doctrine politique, sont les plus coupables de cette stigmatisation de l’autogestion comme socialement « anarchie » (évidemment dans le sens péjoratif du terme), « économiquement non productive » (contrairement aux résultats réels). Le motif de cettre calomnie marxiste est que l’autogestion défend le principe de la démocratie, au sens authentique, donc populaire, du terme, tandis que les marxistes pratiquent le principe autoritaire hiérarchique : autrement dit des « experts » en « révolution », auto-proclamés, sont les seuls capables de concevoir et de décider quel est le « bonheur » du peuple, ce dernier se contentant de leur obéir, même quand il constate qu’il ne fait que servir une oligarchie de forme inédite… Mais cette histoire réelle est occultée car les marxistes dominent comme idéologues dans la sphère « progressiste ». En voici des preuves. Combien de personnes, croyant savoir le nécessaire sur les révolutions, connaissent ces faits : que les authentiques partisans d’un changement social radical en faveur du peuple furent, durant la Révolution française, les « Égaux », les « Hébertistes », les « Enragés » et les « Sans-Culottes », et qu’ils furent éliminés par la guillotine sur décision des « révolutionnaires » Robespierre et Saint-Just ?… Que les authentiques révolutionnaires radicaux, durant la Révolution russe de 1917, furent les créateurs et membres des soviets, mais qu’ils furent militairement écrasés sur décision de Lénine et sur exécution par l’armée dite « rouge », dirigée par Trotski (2) ?.. Que les authentiques révolutionnaires radicaux durant la guerre civile en Espagne furent les créateurs et membres des « colletividad », mais qu’ils furent éliminées militairement non seulement par les fascistes franquistes, mais également par les staliniens (donc marxistes) russes, intervenant en Espagne (3) ?… Que les authentiques révolutionnaires radicaux, après l’indépendance de l’Algérie, furent les créateurs et membres des comités d’autogestion, et que ces comités furent éliminés par un « Président » (et son ministre de la défense et chef d’État-major)) qui se déclaraient « socialistes » (4) ?

Dès lors, faut-il s’étonner qu’après huit mois d’intifadha populaire en Algérie, l’idée de comités populaires autogérés demeure quasi ignorée ? Faut-il s’étonner que l’on évoque, à très juste titre, la proclamation du 1er novembre 1954 ainsi que la Plate-forme de la Soummam de 1956, mais que l’on fasse silence sur l’apparition et la pratique autogestionnaire juste après l’indépendance ? Pourtant, cette expérience fut le résultat le plus conséquent, le plus éclatant, le plus significatif, ce qu’il y eut de meilleur et de radical comme concrétisation des idéaux proclamés le 1er novembre 1954 et en 1956 : alors, avec l’autogestion agricole et industrielle, le pouvoir était réellement exercé par et pour le peuple. Malheureusement, les « socialistes » d’Algérie (oui ! Les « socialistes » marxisants, et pas uniquement les réactionnaires pro-capitalisme) écrasèrent l’autogestion, à tel point qu’elle est devenue quasi totalement oubliée quand pas stigmatisée. Précisons que les « socialistes » algériens sont les disciples du marxisme, et, en bons disciples, ignorent ce que Joseph Proudhon déclara à Marx : que sa théorie politique est « le ténia du socialisme ». L’histoire confirma le diagnostic.

 

Hypothèse.

Il n’est pas nécessaire d’être devin ou expert pour exprimer une hypothèse : sans la création d’institutions où les citoyens discutent et réellement décident le modèle social, à travers leurs mandataires réellement représentatifs, la démocratie réellement populaire ne verra le jour en aucun pays ; qu’en Algérie l’intifadha populaire actuelle, comme la guerre de libération nationale, risque de servir comme masse de manœuvre pour installer une nouvelle oligarchie, moins féroce et moins mafieuse que les précédentes, mais néanmoins où le peuple ne sera pas réellement souverain. Faut-il ignorer que le capitalisme soit-disant « libéral », dans ses formes sauvage ou « sociale » (social-démocratie), n’a jamais été et ne sera jamais une démocratie au service du peuple, mais, d’abord, au bénéfice d’une oligarchie, car telle est l’essence, la caractérisque fondamentale de toute forme ce capitalisme (privé ou étatique) ?… Non, il n’est pas, il n’est jamais tard pour créer des comités populaires. Ils surgiraient, - l’histoire le montre partout dans le monde -, comme des champignons après une bénéfique pluie, si le peuple arrive à la conscience claire et nette qu’il lui appartient, comme droit et devoir, de discuter et de décider du modèle social qui répond à ses intérets légitimes. Pour y parvenir, il ne faut pas négliger le rôle de celles et ceux en mesure de stimuler cette conscience populaire. Mais combien sont les personnes non aliénées par des privilèges illégitimes, à tel point d’être réellement au service du peuple ?… Là est le problème des problèmes.

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(1) Voir « Comment vaincre les oligarchies liguées » in http://kadour-naimi.over-blog.com/

(2) Voir Voline, « La révolution inconnue », librement disponible ici : http://kropot.free.fr/Voline-revinco.htm

(3) Voir Gaston Duval, « Espagne libertaire 1936-1939 » librement disponible ici :

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.somnisllibertaris.com%2Flibro%2Fespagnelibertaire%2Findex05.htm

(4) Voir « David Porter et l’autogestion algérienne » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2018/02/david-porter-et-l-autogestion-algerienne.html

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Publié sur Algérie Patriotique (02.11.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (02.11.2019), Le Matin d'Algérie (06.11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs dans les publications, notamment sur Algérie Patriotique.

 

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 3 Novembre 2019

Des comités populaires pour éviter d’accoucher d’une nouvelle oligarchie

Hypothèses.

Dans l’actuelle intifadha populaire, une hypothèse a vu le jour, quoique apparemment minoritaire. Elle estime que l’intifadha populaire doit continuer et augmenter de pression à tel point que la partie réellement patriotique et populaire du commandement de l’armée finirait par se décider à écarter la partie du commandement qui entrave la réalisation des revendications populaires.

Les partisans de cette hypothèse s’appuient, peut-être, sur le mouvement des capitaines en Portugal. Certes, ce soulèvement militaire, qui fut pacifique, a mis fin au régime fasciste et colonialiste… Mais, par la suite, quel fut le résultat à moyen et long terme ?… Un système social capitaliste, où le peuple est encore exclu du « gâteau » social.

Ajoutons une autre observation. L’un des slogans principaux de l’intifadha populaire est : « Daoulâ dimocratiyâ, mâ chî ‘askariyâ » (État civil et non militaire). Dès lors, espérer un changement à partir d’une partie des militaires, est-ce cohérent avec la revendication d’un pouvoir civil ?

Au sein de l’intifadha populaire, une autre hypothèse semble privilégiée. Elle consiste à vouloir doter les manifestations hebdomadaires d’un nombre maximum de personnes, d’y ajouter les actions suivantes : bruits quotidiens de « mahrâz » (pilon) et de klaxons de voitures, des grèves dans des secteurs décisifs, éventuellement amplifier le mouvement populaire par des actions de désobéissance civile... De cette manière, estime-t-on, les tenants actuels du pouvoir étatique seraient contraints de jeter l’éponge, permettant ainsi à des citoyens honnêtes de diriger le pays. On serait, alors, dans la situation classique de rupture sociale ; elle se caractérise par le fait que les détenteurs du pouvoir ne peuvent plus gouverner, d’une part, et, d’autre part, les citoyens ne peuvent plus supporter le système social en cours.

Même à supposer que toutes actions voient le jour, toutefois, se pose la question : quel serait, alors, le processus de transition, et, d’abord et principalement, comment élire ses gestionnaires de manière réellement démocratique ?… Suffit-il d’affirmer que les dirigeants de ce processus seraient des personnalités, comme par exemple Lakhdar Bouregaâ, Karim Tabou, Djamila Bouhired, etc. ?… Évidemment, ces frères et sœur sont de dignes membres et défenseurs de l’intifadha populaire. Mais, consentiraient-ils à cette manière de procéder ? En effet, ce mode de désignation est-il réellement démocratique ?

 

Objections.

Dans les cas de l’intervention d’une partie du commandement de l’armée ou de personnalités civiles patriotiques authentiques, l’intifadha populaire en reste à recourir à des méthodes absolument non démocratiques. Et l’histoire le démontre partout et toujours : un moyen erroné ne peut jamais donner une fin correcte ; dans le cas concret spécifique, un recours non démocratique ne peut pas aboutir à un système social démocratique.

Certains croient admissible et praticable cette contradiction entre moyen et fin. Ils estiment que dans certains cas la fin justifie le moyen. Ignorons l’aspect machiavélique de cette conception, et contentons-nous de rappeler ce que l’histoire concrète des peuples démontre : jamais une fin correcte n’a été obtenue par un moyen qui ne l’est pas. Ajoutons que cette conception machiavélique présente, pour certains, l’avantage d’aller vite en besogne, apparemment de manière réaliste et pratique. Hélas ! L’histoire des peuples démontre qu’il s’agit d’une simple illusion caractérisée par un opportunisme de courte vue. Celui-ci finit toujours par accoucher d’une nouvelle oligarchie. Au début, elle répond aux intérêts du peuple, mais, progressivement, elle s’en éloigne pour devenir carrément antagoniste. En effet, mettez le plus ardent défenseur du peuple au pouvoir ; s’il n’est pas sous le contrôle direct et effectif du peuple, à travers des institutions réellement autogérées, ce défenseur du peuple devient tôt ou tard un tyran. Encore une fois, c’est l’histoire qui le montre. Seules les personnes profitant de ce nouveau système oligarchique dénient ce fait.

 

Propositions.

Alors, que faire ?… Il faut aller vite mais à pas sûr, être réaliste, toutefois en considérant pas uniquement le court terme, mais les moyen et long termes.

Pour cela, il faut considérer et partir non pas d’un « sommet », d’un « haut » hiérarchique, quel qu’il soit et quelque soit ses bonnes intentions -, mais de la base. D’une certaine manière, le frère Lakhdar Bouregaâ l’a déclaré, en affirmant qu’il ne sortira pas de prison tant que l’ultime jeune emprisonné pour participation à l’intifadha populaire ne serait pas libéré. Également, la sœur Djamila Bouhired l’a dit, à sa manière, en appelant les participants au soulèvement populaire à ne pas se faire « voler » leur mouvement. À sa manière, Karim Tabou, par ses déclarations et par sa participation personnelle aux manifestations populaires, reconnaît, lui aussi, l’importance primordiale de la volonté populaire.

On en vient, alors, à l’idée, malheureusement très minoritaire, mais cependant existante : la création de comités populaires locaux, autogérés, partout sur le territoire national. Ces comités sont des assemblées libres de citoyennes et citoyennes qui se mettent ensemble, toutes opinions acceptées, pour débattre et prendre des décisions, de manière démocratique.

Ces comités élisent, sur mandat absolument impératif, des représentants. Ces derniers forment des comités non pas à des « niveaux » plus « élevés », mais dans des sphères horizontales plus élargies : quartier ; ensemble de quartiers ; ville ; daïra ; willaya ; jusqu’à aboutir à un Comité (ou Assemblée) Populaire National autogéré. N’est-ce pas ainsi que la démocratie authentique, c’est-à-dire de forme auto-gérée, se constitue ?

L’ironie veut qu’en Algérie furent inscrits sur les édifices publiques « Par le peuple et pour le peuple », que les institutions furent dotées de l’adjectif « populaire » (APC, APW, Assemblée Populaire Nationale », etc. N’oublions pas, également, la dénomination de la république comme « démocratique et populaire ». Mais la réalité montre que ce n’est là que des étiquettes, destinées à tromper le peuple… Dès lors, ne faut-il pas que l’intifadha populaire agisse de manière à ce que ces mêmes institutions deviennent réellement populaires ?… Et cela, par le moyen d’élections, mais authentiques, sous le contrôle direct et effectif du peuple, à travers ses représentants mandatés par lui. Dans ce cas, les comités populaires locaux autogérés réalisent ce que les partis politiques d’opposition se sont révélés incapables de concrétiser : l’authentique pratique démocratique, capable de remplacer celle oligarchique.

Pour y parvenir, bien entendu, il faut que le peuple dispose de son entière et totale liberté d’expression et d’association. Cette liberté lui a été interdite jusqu’au salutaire 22 février 2019. Depuis cette date, le peuple exprime pacifiquement et publiquement ses revendications par des marches hebdomadaires. Jusqu’à présent, après huit mois, elles se révèlent insuffisantes à concrétiser les intérêts du peuple. De cette constatation est née l’idée de former des comités populaires locaux autogérés. Ils seraient le moyen d’institutionnaliser les acquis du mouvement populaire.

N’est-ce pas la solution la plus logique ?… Ajoutons une observation de la plus grande importance. Ces comités populaires locaux autogérés sont la seule et unique procédure où moyen et fin se correspondent, se répondent, se complètent et s’harmonisent. En effet, cette forme autogérée de démocratie, par l’institution de comités (ou assemblées), est la seule et unique où la démocratie au niveau national se construit par la démocratie au niveau le plus local, la seule et unique où c’est le local (la base) qui détermine le central (et non pas le « sommet ») . N’est-ce pas ainsi que peut se concrétiser réellement le principe « Par et pour le peuple », et que les autres institutions dites « populaires » le deviennent réellement ?

Certes, l’institution de comités populaires locaux autogérés est une entreprise difficile : elle a contre elles toutes les mentalités autoritaires hiérarchiques, donc oligarchiques, notamment parmi les « amis » du peuple. Mais cette institution n’est-elle pas indispensable ? Et n’est-elle pas la meilleure réfutation de l’accusation consistant à dire que le mouvement populaire est manipulé par des agents internes ou/et étrangers ?

Comprend-on, dès lors, pourquoi cette forme de démocratie, l’autogestion sociale généralisée, fut et demeure la conception la plus occultée quand pas stigmatisée, et cela tant par les « libéraux » que par les marxistes (1), autrement dit par tous les adorateurs de l’autoritarisme hiérarchique ? Ces derniers oublient ou occultent le fait que l’autorité, certes, est nécessaire pour gérer une société, mais que cette autorité est réellement au service du peuple seulement quand elle est l’expression effective de sa volonté, et non pas d’une oligarchie dominante, quelque soit son idéologie.

Si, donc, des éléments de l’armée ou des personnalités patriotiques veulent défendre le projet de changement social populaire, ce n’est pas en tant que militaires, pour les premiers, ni en tant que « personnalités », pour les seconds, qu’ils devraient agir, mais comme simples citoyens.

En son temps, Lénine déclara que le principe des soviets (conseil, comité) est qu’une cuisinière sache diriger l’État. Cela resta, hélas !, rien d’autre qu’une déclaration de bonne intention. Cependant, le principe est juste. Oui, la démocratie authentique est celle où tout « cuisinier » et toute « cuisinière » aient le droit et acquièrent la capacité réelle de participer à la gestion du système social dont ils font partie. N’est-ce pas ce que, au fond et essentiellement, exigent les participants aux manifestations hebdomadaires en Algérie ? N’est-ce pas ce qu’un ouvrier cordonnier avait compris et mis en chanson : « Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes » ? N’est-ce pas ce que le peuple algérien veut en proclamant « Un seul héros, le peuple » ?

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(1) Certains objecteront que Karl Marx, dans son ouvrage sur La Commune de Paris de 1871, a défendu le principe autogestionnaire. Ce qui est certain est que, par la suite, il lui préféra la « dictature du prolétariat » autoritaire, hiérarchique et centralisée (ah ! le prétendu « centralisme démocratique » !), pour finir dans le parlementarisme, notamment avec Friedrich Engels. La preuve la plus significative de cette dictature mais contre le peuple, est l’élimination dans le sang des soviets réellement libres, par l’armée « rouge », sous l’ordre de Lénine et la conduite militaire de Trotski, dont le stalinisme ne fut que la forme extrême du bolchevisme.

 

Publié sur Algérie Patriotique (29.10.2019), La Tribune Diplomatique Internationale (29.10.2019), Le Matin d'Algérie (02.11.2019) - Voir les commentaires de lecteurs dans les publications, notamment sur Algérie Patriotique.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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