Publié le 23 Août 2026

Mektoub

- Ya Rabbi1 !...

Trop tard ! Le véhicule heurte les corps de la femme et de l’enfant, main dans la main sur le passage pour piétons. Le chauffard ne vit pas le feu rouge d’interdiction de passer.

Deux policiers accourent.

-Maktoub ! s’écrie le conducteur, effaré, devant les deux cadavres ensanglantés. C’est le Maktoub ! La Volonté d’Allah ! Je n’ai rien vu !

Dans une cellule de prison, sombre et humide, face à un quinquagénaire ivre, guilleret, l’assassin répète :

- Le Maktoub ! C’est le Maktoub !

- Comment ça, « le Maktoub » ?… Au volant, c’est le Maktoub ou toi qui conduisait et tua les passants ?

- Rabbî !... C’est Lui qui aveugla mes yeux, alors je n’ai pas vu le feu rouge ni la femme et l’enfant.

L’ivrogne éclate de rire :

- Donc, selon toi, le responsable de la mort, ce n’est pas toi, c’est Rabbî ?

- Et qui d’autre sinon Lui, le Puissant, l’Omnipotent ?!... C’est Lui qui décide de tout.

- Comment le sais-tu ?

- Tu ne vas donc pas à la mosquée ? Tu ne regardes pas la télévision ou les prêcheurs sur ton téléphone portable ?

L’interrogé réfléchit un bref instant, puis :

- Si Rabbî est responsable de tout, en particulier de ton comportement dans cet accident, pourquoi c’est toi qu’on a mis en prison et pas Rabbî ?

L’assassin écarquille les yeux et sursaute, comme piqué par une abeille.

- Tu as compris ma question ?

L’autre, désorienté, reste bouche bée. L’homme en face de lui éclate de nouveau de son rire narquois.

- Je vois, ajoute-t-il, que tes neurones s’agitent.

- Mes quoi ?

- Que tu essaies de comprendre ma question.

- Je n’ai rien à comprendre, affirme le chauffard avec toute sa véhémence. Tout est clair. C’est Rabbî qui décide de tout. Si tu ne le crois pas, tu n’es pas musulman. Tu es un kâffar2 ! Et moi, j’évite les gens comme toi.

Un troisième rire, plus amusé, secoue le compagnon de cellule :

- Mais, alors, insiste-t-il, pourquoi les policiers t’ont emprisonné, toi, et pas le responsable du meurtre de la femme et de l’enfant, à savoir Rabbî ?

Un grave embarras agite les yeux et les sourcils du chauffard.

- Alors, que réponds-tu ?

- Je t’ai déjà dit que tous nos actes, tous ! Sans exception ! Sont décidés par Rabbî  le Tout Puissant, l’Omnipotent ! Il a tout écrit : notre naissance, notre vie sur cette terre, notre comportement, le moment et la manière de notre mort, notre existence dans l’au-delà. Tout est maktoub !

- Donc, la mort de la femme et de l’enfant, c’était déjà écrit par Rabbî dans le parcours de ta vie, dès ta naissance ?

- Certainement !

- C’est donc Rabbî qui avait déjà écrit, sur le cahier de ton existence, que tu ne verrais pas le feu rouge, ni la femme et l’enfant sur le passage pour piétons ?

- Oui !… Il a aussi écrit la date de la mort de la femme et de l’enfant, et comment ils mourraient. Moi, je n’ai été que l’instrument de sa Volonté, que l’instrument !

- Alors, Rabbî a aussi écrit que les policiers s’emparent de toi pour meurtre et t’emprisonnent.

- Tu sais, se défend l’autre, j’ai été immigré en France. Là-bas, aussi, j’ai entendu parler du Destin, c’est-à-dire que tout est écrit à l’avance par Dieu.

- Ah, oui, raconte !

- Dans un chantier de construction où je travaillais, un ouvrier africain est tombé d’un échafaudage haut de dix étages. Mort sur le coup. Alors, le contremaître a commenté, en haussant les épaules : « Beh ! C’est la Fatalité ! Son Destin ! »

- Mais, la police est venue enquêter.

- Oui… Ce compagnon était catholique. Bien que musulman, j’ai assisté, par solidarité, à la cérémonie à l’église et j’ai entendu le curé affirmer « Telle fut la Volonté de Dieu ! »

- Alors, pourquoi en France, comme en Algérie, les actes répréhensibles sont punis par la loi ?… Et, puis, supposons que je vienne te gifler en te disant : « Tu n’as rien à me reprocher car le responsable de cet acte est celui qui a écrit le Maktoub, le Destin ». Quelle serait ta réaction ?

Le pauvre désorienté mord à plusieurs reprises ses fines lèvres au risque d’en extraire du sang. Il crache par terre sans aucune gêne, puis attaque :

- Mais qui es-tu, donc, toi ?

Rire amusé de l’autre :

- Comment ?… Tu ne sais pas qui je suis ?

- Non ! Dis-le moi.

- Devine !

- Je n’ai rien à deviner, dis-le moi !

- Bien !… Je suis Chaïtâne !

Le malheureux chauffeur esquisse un geste de recul, terrorisé.

- Chaïtâne ?!

- Eh, oui… Je suis Chaïtâne !… Tu ne me reconnais pas ?… Dieu m’a mis en prison pour te rencontrer.

Le chauffard en reste bouleversé.

- Et moi, Chaïtâne,  je te demande : puisque Dieu a écrit que tu devais tuer les deux passants, il est donc responsable de ton acte, par conséquent c’est lui qui devrait être en prison, et non pas toi.

Le malheureux détourne la tête, épouvanté, et crie :

- Qu’Allah te maudisse, ô  Chaïtâne ! Qu’Allah te maudisse ! Vas-t’en ! Vas-t’en !

- Pourquoi m’en aller puisque Dieu m’a mis ici ?

- Vas-t’en, te dis-je ! Vas-t’en !

- Ne le demande pas à moi, mais à Dieu.

Le désorienté lève ses yeux vers le haut et murmure d’une voix pathétique :

- Ya Rabbî ! Ya Rabbî !… Éloigne de moi ce Chaïtâne ! Éloigne-le de moi !

- Ce serait, conteste l’autre, désobéir à la Volonté de Dieu. En plus, demander à Dieu de faire quelque chose, est-ce le respecter ? Ne sait-il pas ce qu’il fait ?

Le chauffeur se lève d’un bond, saisit les barres de la cellule et hurle :

- Policier ! Policier !

Ce dernier arrive d’un pas précipité :

- Qu’y a-t-il ?

Le malheureux pointe le bras sur l’autre détenu :

- Chaïtâne ! C’est Chaïtâne !

Le policier considère l’accusé :

- Chaïtâne !

- Oui ! Chaïtâne !

L’agent sourit :

- Mais il n’a ni queue pointue ni oreilles longues.

- Mais c’est Chaïtâne ! Il l’a dit, donc c’est lui !

- Moi, conteste l’agent, je vois simplement un homme ivre.

- Non ! Non ! Je te dis que c’est Chaïtâne ! Lui-même l’a déclaré !

- Qu’est-ce qui te prouve qu’il a dit la vérité ?

- S’il l’a dit, c’est que c’est vrai.

- Allez ! conclut l’agent, calme-toi. Crois-tu à un Chaïtâne ivre ?

Le naïf reste bouche close, désemparé.

Le policier s’en va. Le chauffard reste debout, incertain.

- Assieds-toi, mon ami, l’invite son codétenu. Sois tranquille. Même si je suis Chaïtâne, tu m’es sympathique, puisque tu te crois non responsable de ce qui t’arrive. Moi, aussi, Chaïtâne, je ne suis pas responsable de mes actes, puisque c’est Rabbî qui m’a créé et a tout écrit, tout décidé de mon comportement. Si je me saoule, c’est lui qui le veut. Si je te taquine, c’est lui qui me l’a ordonné. Et toi, tu dois accepter ma présence et mes questions, puisqu’elles sont voulues par Dieu.

Le codétenu recule jusqu’au mur de la cellule et s’assoit, le regard craintif fixé sur son compagnon qui reprend :

- À propos, mon ami, la liberté, tu sais ce que c’est ?

L’autre se raidit :

- La liberté ?!… De quoi parles-tu ?

- Je parle de ta liberté.

La question stupéfie le croyant au Mektoub :

- Alors, frère, qu’en dis-tu : ta liberté, tu en as ou pas ?

- Je ne comprends pas.

- Comment ?!… Tu ne sais pas ce qu’est la liberté ?

- Je sais uniquement ce que Dieu a écrit. À la mosquée et à la télévision, on ne m’a jamais parlé de liberté, mais seulement d’obéissance.

- Et tu ne t’es jamais posé la question : « Pourquoi on ne parle pas de liberté, mais seulement d’obéissance ? » ?

- Je n’aime pas me poser des questions. Ma vie est déjà assez compliquée comme ça. Il me suffit d’obéir.

- Alors, ne demande pas pourquoi tu as tué deux personnes, ne demande pas pourquoi tu es en prison, ne demande jamais rien. Accepte tout ce qui t’arrive.

- Je l’ai toujours fait. J’ai toujours remercié Dieu pour tout ce qu’il me donne : « Al hamdou Lillâh ! Alhamdou Lillâh3 ! »

- Alors, dit « Al hamdou Lillâh ! » pour avoir tué deux personnes et de te retrouver en prison.

- Arrête !… supplie le malheureux, exténué. Ça suffit ! Arrête de me torturer avec tes questions.

- Ce n’est pas ma faute, mon ami, si je te questionne : c’est Rabbî qui a écrit que je dois te les formuler… Donc, tu dois me répondre. Voici une autre question : dans la mort de la femme et de l’enfant, toi, tu es, ou non, responsable ?

- Je te l’ai déjà dit, je répète : comment puis-je être responsable puisque c’est Rabbî qui décide de tout ?

- Mais, toi, tu ne peux rien y changer ?

- Comment ?

- En conduisant moins vite, avec plus d’attention, en regardant correctement la couleur des feux de circulation, en vérifiant si des piétons marchent sur le passage réservé ?

Le conducteur ferme les yeux, penche sa tête lourde vers le sol, pose les mains tremblantes sur son crâne et le serre de toute son énergie.

- Impossible puisque Dieu a décidé autrement.

- Puis-je, maintenant, te dire une autre chose ?

- Non, tais-toi ! Je ne veux rien entendre de toi, mécréant !

- Et bien, je te le dis, car c’est écrit que je dois te le dire : ta véritable prison n’est pas cette cellule. Ta véritable prison, c’est ce qui te prive de ta liberté d’être humain.

Le malheureux ne comprend rien. Son compagnon précise :

- Le Maktoub ! Voilà ta vraie prison. Elle t’a privé même de savoir ce qu’est ta liberté.

Après une minute environ, le prisonnier du Maktoub pleure. Ses larmes coulent avec abondance et tombent en gouttelettes sur le sol mal lavé.

Le codétenu, ému, se lève, s’approche de lui avec délicatesse et s’assoit pour le consoler. L’autre recule brusquement, peureux, se tourne vers le mur et continue à sangloter. Il devient un tout petit enfant égaré, sans mère pour le protéger des mauvaises questions, pour le libérer de sa tragique situation.

Publié en version audio et écrite le 20 août 2026

https://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-nouvelles/kaddour-naimi-mektoub.html 

 

1 « Ô Dieu ! », en arabe, littéralement : « Ô Mon Maître ».

2 Mécréant.

3 Louange à Dieu !

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #NOUVELLE-ROMAN, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 22 Août 2026

Problème linguistique en Algérie : Connaissance et respect

Prémisses pour clarifier la situation de l’auteur de ce texte.

J’ai obtenu mes baccalauréats en arabe et en français, ensuite, à l’université d’Oran, dans les deux langues, un Certificat d’Études Littéraires Générales. Au lycée, appelé alors « franco-musulman » de Tlemcen, j’eus également l’opportunité d’étudier le latin (malheureusement pas le grec car il fallait choisir une seule de ces deux langues). Enfin, en autodidacte, j’ai appris l’anglais, l’italien et le chinois élémentaire.

Au lycée, j’ai également étudié les philosophies arabe et occidentale. C’est dire l’ouverture mentale qui me fut offerte et qui, jusqu’à aujourd’hui, guide mon existence.

Ma première pièce de théâtre, en 1964, Le cireur, fut présentée en arabe algérien, amélioré comme langue dramatique. Jamais l’arabe algérien ne constitua pour moi un problème, tout au contraire : un plaisir créatif et une satisfaction de communiquer avec le peuple dans sa langue.

Mais ce langage, depuis l’indépendance nationale et jusqu’à aujourd’hui, fut et reste considéré généralement comme un problème1. Auquel s’est ajouté le tamazight, dont le sort est différent. Limitons-nous au langage que je maîtrise : l’arabe algérien.

Connaissance et respect contre ignorance et mépris.

Voilà quelques années, j’ai décidé de comprendre, sans être linguistique mais dramaturge et citoyen, pourquoi l’arabe algérien est généralement, de la part des « élites » nationales, arabophones et francophones, l’objet non pas de connaissance et de respect, mais méprisé, donc ignoré. Pourtant, chez un intellectuel, l’ignorance devrait exiger l’effort de connaissance, et le mépris devrait s’éviter au bénéfice du respect.

L’impératif de respect et de connaissance me porta à savoir comment les langues arabe, française et anglaise, objets de promotion en Algérie, furent constituées en instruments linguistiques à part entière, autrement dit de culture et de science.

Grande fut ma surprise !

Les langues arabe, comme toutes les langues européennes actuelles, dont le français et l’anglais, furent d’abord des dialectes populaires., de même nature que l’arabe parlé algérien.

L’arabe classique se constitua à partir des dialectes pratiqués dans la péninsule arabique et s’affirma dans le texte sacré du Coran.

À la fin du Moyen Âge européen, la langue de la culture et de la science était le latin, pratiqué par les castes gouvernantes et cléricales. Les langues populaires étaient stigmatisées d’une part comme « vulgaires », incapables d’émancipation comme langues de culture et de science, et, d’autre part, comme menaces contre la religion chrétienne dont les textes étaient rédigés en latin.

Cependant, dans toutes ces nations d’Europe, une toute petite minorité d’intellectuels (dans le cas de la France, François Ier a considérablement favorisé l’essor du français comme langue officielle du royaume) eut l’intelligence et le courage, les deux sont nécessaires, d’émanciper leurs dialectes populaires nationaux respectifs en langues de culture et de science.

Aujourd’hui, en Algérie, la situation de la langue arabe parlée ressemble étrangement à celle des langues européennes lors de leur constitution en langues à part entière. Identiques les accusations et les motifs de rejet.

Les uns accusent les défenseurs de la langue arabe parlée algérienne de vouloir remettre en question la langue sacrée du Coran, par conséquent d’attaquer la religion. Or, des millions de pratiquants de l’Islam dans le monde ne parlent pas l’arabe du Coran, ce qui ne les prive pas de leur foi musulmane. Quant aux partisans de la langue française,ils évoquent un « trésor de guerre » pour justifier l’usage du français. Or, les promoteurs des langues européennes n’employèrent pas cette expression pour justifier le maintien du latin. Enfin, une troisième tendance affirme que l’anglais est la langue par excellence de la science et, par conséquent, de l’adopter. Or, certaines nations anglophones demeurent sous-développées en matière de culture et de science.

À l’exception d’une infime minorité2, aucun des membres de l’ « élite » algérienne francophone, arabophone et anglophone n’évoque la langue arabe populaire. Cette « élite » ignore-t-elle le processus de formation des langues à part entière ? Méprise-t-elle la langue parlée algérienne et, au-delà, le peuple qui la pratique, au point de ne pas se poser de question sur cet idiome populaire ?

Pour ma part, la question linguistique n'apparaît pas soudainement chez moi en 2018. Elle est préparée par toute ma pratique théâtrale des années 1964 -1973 / 2012 et par ma conception du théâtre populaire.

Le problème n’est-il pas d’abord et essentiellement politique ?

Les langues aujourd'hui considérées comme officielles ont historiquement été, elles aussi, des idiomes populaires transformés en langue à part entière en un processus historique et politique. Pourquoi ignorer ou refuser ce processus en ce qui concerne l’arabe populaire algérien, surtout quand on se proclame patriote et fier du legs révolutionnaire de l’indépendance nationale ?

Historiquement et dans toutes les nations du monde, la langue officielle constitue un pouvoir soit de domination sur le peuple, soit d’affirmation créative de ce peuple, par l’intermédiaire d’authentiques défenseurs de ses intérêts, pour auto-gérer son existence sociale. Mon essai  DÉFENSE DES LANGUES POPULAIRES : Le cas algérien3 examine le problème de manière explicite : comment transformer la langue arabe parlée algérienne en langue à part entière, de culture, de science et de communication officielle, à l’exemple des langues d’autres nations ?

Pourquoi stigmatiser la langue arabe parlée algérienne comme un “charabia vulgaire”, incapable de promotion en instrument linguistique de culture et de science, au lieu de considérer cet idiome dans le cadre d’une situation historique et politique, donc susceptible d’amélioration jusqu’à la constitution de ce dialecte populaire en langue à part entière nationale? Qu'est-ce qui empêche l’arabe parlé algérien de devenir une langue de culture, de science et d'administration, à l’égale des langues arabe et européennes ?… Les faits historiques de formation des langues nationales montrent clairement la réponse : elle est essentiellement sociale et politique, et non technico-linguistique.

Voici le processus socio-politique : langue prestigieuse = accès privilégié au savoir = privilège social= reproduction de la domination. Inversement : langue du peuple = accès au savoir = culture = promotion sociale. Par conséquent, la langue est soit un instrument de domination ou de libération du peuple.

L'enjeu n'est pas seulement d’écrire des romans en algérien, que ce soit en caractères latins ou arabes ; il est de promouvoir cet idiome algérien en instrument d'accès à la culture et à la science.

La langue arabe parlée algérienne est acceptée dans certains domaines — poésie, théâtre, cinéma, chanson — mais on lui refuse le statut linguistique complet. C'est une contradiction qu'on pourrait résumer ainsi : on accepte l'algérien pour chanter et plaisanter, mais pas pour produire le savoir. Pourquoi ne pas aller jusqu’à la conséquence logique : promouvoir ce parler arabe algérien en langue de culture et de science?… N’est-ce pas l’unique solution pour s’affranchir de l’aliénation linguistique coloniale et néo-coloniale, par la promotion de la langue parlée nationale, tout en accordant son importance à d’autres langues complémentaires, sans ignorer – mépriser la langue populaire nationale ?

On a contesté que le parler arabe algérien diffère d’une région à l’autre. Ce fut également le cas de l’arabe antéislamique et des langues européennes nationales ; ce fait n’empêcha pas de constituer une langue nationale commune par l’intégration harmonieuse des dialectes régionaux.

Pour un Premier Novembre de libération linguistique.

Durant la guerre de libération nationale, la fierté algérienne s’exprimait par « Tahya Aljazaïr ! » Deux mots de l’arabe algérien. Aujourd’hui, elle se proclame par « One Two Three Viva l’Algérie ! » : trois mots anglais, un mot espagnol et un mot français. N’est-ce pas là une grave régression linguistique, conséquence d’un dangereux appauvrissement mental ? Dans quelle nation, des citoyens vantent leur patrie avec des mot étrangers à leur langue, surtout des mots d’ex-nations coloniales ?

La fameuse fierté algérienne n’exige-t-elle pas, pour être réellement méritée, qu’une minorité (oui ! Une simple minorité mais bien formée et fermement résolue, comme ce fut le cas des langues européennes) de l’ « élite » intellectuelle nationale se mette à réfléchir sur l’émancipation de l’idiome arabe algérien en une langue de culture et de science ? N’est-ce pas ainsi que ce cet idiome connaîtra son indépendance et son affirmation nationales ? On dispose de l’exemple significatif : le groupe des six qui, un premier novembre 1954, déclencha la lutte pour l’indépendance du pays, et cela malgré le scepticisme ou l’hostilité de la majorité de l’élite nationale, francophone et arabophone qui accusa ce groupe d’ « aventurisme ».

Certes, la minorité qui décidera d’agir pour la promotion de la langue arabe parlée sera victime d’un ostracisme total et d’une hostilité féroce de la part des privilégiés4 : ils verraient menacés leurs intérêts particuliers de caste. Ils évoquent la question linguistique pour cacher, en réalité, la situation matérielle qu’elle leur offre. Ce fait ne prouverait-il pas que le problème linguistique est d’abord et avant tout une question de statut social ?

Pour savoir où aller, il faut savoir d’où l’on vient.

Publié in

https://algeriepatriotique.com/2026/08/20/probleme-linguistique-en-algerie-connaissance-et-respect/

20 août 2026

https://tribune-diplomatique-internationale.com/2026/probleme-linguistique-en-algerie/

21 août 2026

 

 

 

 

 

 

 

 

1 À de très rares exceptions : à ce sujet, consulter les IA chinoise DeepSeek et états-unienne Gpt.

2 Voir note 1.

3 Éditions Électrons Libres, 2018, librement disponible en PDF ici : https://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits_langues_populaires.html

Depuis sa parution, cet essai est invisibilisé, ignoré, malgré plusieurs articles publiés pour le signaler.

 

 

4 La proposition d’introduction de la langue arabe parlée à l’école primaire par une ex-ministre de l’Éducation Nationale fut rejetée par une certaine opposition.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 20 Août 2026

UN CLUB DE CANCRES JOYEUX

Quatre-vingts ans. Apparence : soixante.
Pas d’hôpital. Très peu de chimie. L’hiver : thym, respiré, bu.
Trois fois par semaine : cinq kilomètres de marche forcée.
Quatre-vingt-unième année.
Pancréas. Cancer. Inopérable.
Stupéfaction. Les neurones bouillonnent.
La mort ? Quand. Comment ?
Une idée nette : finir. Proprement.
Non : attendre. Avec le plus de sérénité.

Ictère. Jaunisse.
La bile s’arrête.
Plus faim.
Eviter les protéines pour ne pas surcharger l’activité du foie.
Bouche amère.
Nuits d’urticaire.
Jours somnolents.
Un mois : dix kilos en moins.

Opération.
Souhait secret : ne pas revenir. Assez. Éviter la lente casse.
Non:pas en parler au chirurgien.

Il ouvre. Il crée la dérivation. Ça recircule.
Jour après jour, le corps remonte.
Les dix kilos reviennent.
Le sommeil et la faim aussi. Peau tranquille.
La vie revient.

Mais la table déborde de médicaments.
Et ce bâton. Pour passer escaliers, trottoirs.
Je marche quand même. Trois jambes au soleil, ma sœur à côté.

Reste ce qu’il y a dans la tête du pancréas.
Que laisser ? Des écrits, des images. Comme d’autres avant moi.

À cinquante ans : j’ai remercié la Nature. Le reste — cadeau. Trente ans de plus.

L’oncologue. Une femme. « On tente d’abord la chimio. Pas d’inquiétude. Pas de douleur. Ton apparence reste identique. »
Soulagement.

Première séance.
La salle. Presque un café. Des rires.
Un liquide entre dans mes veines.
À côté : un homme. Allongé. Jambes croisées. Comme à la plage.
Il me voit.

« C’est ma première fois », dis-je.
Il sourit.
« Ici, c’est un club. On vient. On repart.
Moi : six ans de cancer du foie. Et je vis. Les autres, aussi.
Un conseil : ignore l’intrus. Vis sans lui. L’eau contourne les obstacles.
Un jour. Dix ans.
Mais chaque jour — prends-le. Prends tout et au mieux. »
Il se lève. Part. Léger.

Une voix : « Tu as peur. »
Moi : « Plus vraiment. J’espère retourner à mes cinq kilomètres trois fois par semaine. Sinon, je me contenterai de la distance parcourue. »

Amis —
Pas de tristesse.
Fêtez.

Oran.
04 Mai 2026.

Publié le 2026-05-05 in

https://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-documents/kadour-na%C3%AFmi-un-club-de-cancres-joyeux.html

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #NOUVELLE-ROMAN

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Publié le 16 Août 2026

Merci aux ennemis !

En matière de liberté d’expression, voici quelques réflexions issues d’un travail de questionnement. Dans l’Athènes ancienne, un philosophe d’âge avancé, à la fin d’une discussion avec un jeune interlocuteur, admit son erreur et remercia. L’adolescent s’étonna : «Si j’avais eu raison, expliqua le vieillard, c’est vous qui auriez appris. Vu que c’est moi qui eus tort, j’ai gagné quelque chose de vous, d’où ma reconnaissance.»

Si l’on connaît correctement nos idées justes mais ignorons celles erronées, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle. Si l’on connaît les idées erronées de l’adversaire, mais ignorons celles éventuellement justes, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle.

Qui nous montrent nos erreurs ? Notre ego ? Pas certain. Nos amis ? Pas toujours. Nos flatteurs ? Jamais.

Restent nos adversaires : plus ils nous détestent, plus ils cherchent où se trouvent nos erreurs, et nous les jettent à la figure, parfois manipulées, tronquées pour laisser croire à leur stupidité ; si cela ne suffit pas, on ajoute la diffamation volontaire.

Cette dernière nous indique le degré de haine de nos adversaires. Utile à savoir. Répondre de la même manière, ce serait aboyer devant un chien qui aboie.

L’utile est l’argumentation des ennemis. S’ils détectent et dénoncent chez nous des idées ou comportements erronés, ils nous montrent nos carences, nous apprennent à les corriger.

Ce n’est pas en ignorant les microbes dans le corps que le médecin parvient à l’en débarrasser ; il doit les découvrir, sans haine : ce sentiment affaiblit ou annihile le raisonnement. Alors, en toute objectivité, le praticien trouve la méthode pour éliminer les intrus et redonner la santé au malade.

Interdire l’expression d’un opposant intellectuel, c’est reconnaître l’incapacité de ses pairs à démontrer l’erreur du premier mentionné et son intention nuisible. Cette incapacité permet aux citoyens de connaissance limitée d’intervenir : les uns vantent l’importance de cet intellectuel opposé, les autres insultent son infamie. Les deux aggravent le problème.

S’il est relativement aisé de révéler l’erreur de l’adversaire, comment découvrir l’intention nuisible ? Suivez l’argent, et, avec lui, la glorification médiatique.

Qui fournit le premier et assure la seconde ? On le sait : les idées et les actes dominants sont ceux de la classe dominante. L’un de ses moyens d’exister : ses chiens de garde.

Ceci dit, une nuance d’importance : il est difficile de détecter les intentions destructrices de celui qui se proclame l’«ami», le «défenseur» du peuple, de la démocratie, de la liberté, de la libération des femmes, de la «laïcité», etc. «Dieu, sauve-moi de mes amis ; de mes ennemis, je m’en charge.»

Il est plus facile de savoir qui est le vrai adversaire : il se déclare comme tel. Infiniment plus difficile reconnaître le tartuffe, le mercenaire : il se présente tout souriant, auréolé d’intellectualité, d’«opposition» héroïque, photographié en star hollywoodienne, cravaté sinon avec une chemise blanche ou une longue écharpe au cou, parfois des lunettes même s’il n’est pas myope, partout interviewé dans les médias les plus diffusés, chaque fois primé dans les institutions les plus réputées. Et le troupeau ignorant ou semi-lettré applaudit, affronte la file pour acheter le produit bien marketisé, en croyant acheter de la culture.

Constater est insuffisant : il faut proposer des solutions. La première est la constitution ou le renforcement de réseaux entre les vraies consciences libres, unies par la recherche de la vraie vérité en cette époque de manipulation goeblesienne, en liaison avec les peuples, pour neutraliser la barbarie génocidaire costumée et cravatée.

La seconde solution : créer des comités citoyens de base dans les quartiers, afin de compléter les contacts virtuels par des relations concrètes.

Ne devons-nous pas remercier toute personne qui, par égotisme médiatique et sa conséquence, la félonie mercantile, nous aide à découvrir nos faiblesses, à détecter le vrai ami et le réel ennemi du peuple, de la démocratie, des droits humains, de la liberté ? N’est-ce pas au soleil de la vérité, quel que soit son goût amer, que s’éliminent les Frankenstein et leurs laquais bien récompensés, qui se gorgent de la sueur et du sang des opprimés ?

Publié 13 novembre 2024 in

https://algeriepatriotique.com/2024/11/13/merci-aux-ennemis/

 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE, #AUTOGESTION

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