autogestion

Publié le 10 Septembre 2026

Kadour NAIMI devant sa biblothèque à Rome.

Kadour NAIMI devant sa biblothèque à Rome.

Kaddour Naïmi , artiste algérien : « La vérité n’est pas la bienvenue quand elle remet en question les privilèges »

 

Kaddour Naïmi et l’histoire inaccomplie du théâtre algérien.- D.R.

 

GRAND ENTRETIEN AVEC KADDOUR NAÏMI
« THÉÂTRE : BEAUTÉ, VÉRITÉ, BONTÉ »

Question — En 2023, tu as publié à Oran ton ouvrage THÉÂTRE : BEAUTÉ, VÉRITÉ, BONTÉ. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Réponse — Pour des motifs qui me semblent évidents. Dans toute entreprise humaine, dans notre cas le théâtre, quels sont les éléments fondamentaux qui justifient cette action ? D’abord, créer de la beauté et non pas de la laideur, fournir la vérité et non pas le mensonge, enfin viser à la bonté, terme qui englobe les deux premiers, et non à la méchanceté. Ces trois concepts résument et justifient toute production humaine.

Question — Quel est précisément le contenu de cet ouvrage ?

Réponse — Le récit de mon parcours artistique théâtral depuis ma formation en 1966 jusqu’à ma dernière réalisation « Alhnana, ya ouled ! » (« La tendresse, les enfants ! ») en 2012. J’expose mes réalisations et comment elles furent concrétisées, et je complète par des considérations théoriques. Depuis ma première réalisation « Mon Corps, Ta Voix et Ma Pensée » en 1968, production théâtrale et éclaircissement théorique s’éclaircissent mutuellement.

Question — Pourquoi avoir choisi cette double démarche, à la fois artistique et théorique ?

Réponse — Parce que j’ai deux amours : la philosophie et le théâtre. Au lycée, je me destinais d’abord à la première, puis vint la révélation du théâtre. J’ai alors pratiqué ce dernier, soutenu par l’éclairage de la première. J’appelle cela marcher avec ses deux pieds ou, encore, joindre le ciel et la terre.

Question — As-tu eu l’occasion de présenter ton ouvrage lors de rencontres publiques ?

Réponse — Oui, sur invitation : à Oran, Sidi Belabbès, Mostaganem et Tlemcen.

Question — Et seulement dans ces villes ?

Réponse — Sans invitation, comment aller à d’autres rencontres ?

Question — Effectivement… À ce propos, un fait m’a particulièrement interpellé : les médias, qu’ils soient officiels ou indépendants, n’ont jamais signalé la publication de ton livre. Comment expliques-tu ce silence ?

Réponse — À eux de répondre… Voici ce que je sais. À Oran, voici un an déjà, un correspondant d’un journal national acheta le livre, promit de le lire et d’en rendre compte dans son journal. Rien ! Un autre journaliste retraité à Oran présenta le livre avec moi dans un petit local théâtral, sans l’avoir lu, et depuis n’a rien écrit sur le même journal national où il travaillait. Un animateur d’une télé privée d’Alger a lu le livre pour m’inviter à en parler, mais, déclina l’invitation ainsi : « J’admire le courage de l’auteur qui révèle des vérités dérangeantes, mais je ne peux pas l’inviter. » Enfin, l’animateur d’une émission culturelle sur Canal Algérie fut présent à la présentation du livre à l’université d’Oran, prit le livre, promit de m’inviter à l’émission : rien !

 

Question — À l’Université d’Oran, comment s’est caractérisée la rencontre consacrée à ton ouvrage ?

Réponse — Lors de la présentation du livre au Département de Théâtre de l’Université d’Oran, le 30 octobre 2024, l’enseignante qui rendit compte de l’ouvrage déclara : « L’auteur de ce livre et son activité théâtrale relatée dans son ouvrage, je n’en jamais entendu parler malgré les nombreuses thèses que j’ai dirigées sur le théâtre algérien. En lisant ce livre, j’ai découvert des faits importants que j’ignorais malgré ma longue carrière dans le domaine théâtral algérien. Cet ouvrage devrait figurer dans les bibliothèques de toutes les universités algériennes. »

Question — C’est effectivement un beau compliment !

Réponse — Sans fausse modestie, je crois qu’elle avait raison, car l’un des motifs d’écriture de cet ouvrage est de contribuer, sur la base de mon expérience professionnelles, à fournir une sorte de manuel de formation théâtrale à la jeune génération actuelle. C’est là une simple dette à honorer envers mes jeunes compatriotes. Ceci dit, des jeunes d’autres pays pourraient également trouver matière à formation dans leur pratique théâtrale. Une autre enseignante de l’université d’Oran a offert le livre à la bibliothèque de la… Sorbonne à Paris.

Question — D’autres universités t’ont-elles également invité à des rencontres autour de ton ouvrage ?

Réponse — Aucune.

Question — Pourquoi, à ton avis ?

Réponse — Comme pour les médias, aux responsables de ces universités de répondre.

Question — As-tu néanmoins une hypothèse pour expliquer cette absence d’invitations ?

Réponse — Certainement : les personnes qui devraient parler du livre ou m’inviter à le présenter, soit ignorent son existence, soit le connaissent mais préfèrent l’occulter.

Question — Penses-tu que cela puisse être lié à certains faits révélés dans ton livre ? Je dois dire que j’en ai moi-même découvert certains avec surprise, voire avec stupéfaction.

Réponse — C’est possible car la vérité n’est pas la bienvenue quand elle remet en question des privilèges. À ce propos, l’animatrice qui a organisé des rencontres à Oran sur mon livre m’a confié avoir reçu un appel téléphonique d’une personne dont elle n’a pas voulu me révéler l’identité. Voici leur conversation. Lui : « Pourquoi soutiens-tu la diffusion de ce livre ? » Elle : « L’as-tu lu ? » — Lui : « Non, mais je connais son contenu. » — Elle : « Alors, lis-le et si tu as des contestations à présenter, l’auteur sera d’accord pour un débat public avec toi. »

Question — J’ai lu l’article de Mohamed Kali, « Y A-T-IL UN CAS KADDOUR NAÏMI ? Polémique en scène », paru dans le quotidien El Watan du 30 mars 2013. Comment expliques-tu que, treize ans plus tard, en 2026, cette cabale semble toujours persister ?

Réponse — J’ai des motifs de croire que ses motifs demeurent vifs chez ses auteurs. L’un d’eux, ex-directeur d’un théâtre régional de l’Ouest, me déclara ouvertement, en 2012 : « Tu as eu tort de toucher à notre icône national ! Nous ferons en sorte que tu ne travailleras plus en Algérie ! » Et il rompit l’accord sur un projet théâtral qu’il m’avait lui-même proposé de réaliser dans le théâtre qu’il dirigeait. J’ai apprécié le courage de son aveu et compris qu’il parlait au nom d’un clan puissant en Algérie que mon livre dérange parce qu’il dévoile l’intérêt que les membres de ce clan tirent de leur position privilégiée.

Question — Comment envisages-tu, désormais, de poursuivre la diffusion et de faire connaître ton livre ?

Réponse — En cherchant à organiser d’autres rencontres là où des gestionnaires institutionnels, honnêtes et compétents, le jugeraient utile. J’ai également programmé de tenir des MasterClass de théâtre, de plusieurs niveaux et sur de multiples thèmes, où le livre sera à disposition pour les intéressés.

Question — Compte tenu de l’importance du lectorat arabophone, une traduction en arabe est-elle envisagée ?

Réponse — Je le voudrais tellement, mais je ne dispose pas de l’argent pour payer l’éditeur à compte d’auteur, ni compenser l’auteur de cette traduction, car je ne dispose pas du temps pour m’en occuper moi-même, mais j’en contrôlerai le contenu.

Question — Pourquoi la publication de ton livre en français s’est-elle faite à compte d’auteur ?

Réponse — En prenant connaissance des lignes éditoriales des maisons d’édition algériennes à compte d’éditeur, j’estimais qu’aucune d’elles n’accepterait la publication de mon bouquin.

Question — Quelqu’un m’a dit que, dans ton livre, tu « tires la couverture à toi » et que tu « joues le beau rôle ». Que lui répondrais-tu ?

Réponse — Au lecteur et à la lectrice d’en juger. Toute ma vie, dès ma jeunesse, — j’en fournis une preuve dans mon livre —, j’ai dédaigné et dénoncé les prétentions égotistes de certains à se faire ériger en Mythe à célébrer, en Statue de Commandeur, en Icône à adorer, en Sauveur à supplier. Dans mon enfance puis dans ma première jeunesse, j’y avais succombé une courte période, puis j’ai compris, grâce à des penseurs libres d’esprit, cette forme d’aliénation et je m’en suis libéré à jamais. Cette émancipation n’est pas appréciée par les nécessiteux d’adoration.

Question — Dernière question : toute cette hostilité manifestée à ton égard et envers ton activité depuis ton retour au pays t’a-t-elle causé, disons, une certaine amertume ?

Réponse — Oui, car je ne m’y attendais pas. Par bonheur, ma conception taoïste fait de moi une eau qui va de sa source jusqu’à la mer en détournant les obstacles sans aucun souci, car ils font partie du parcours. L’essentiel est que cette eau demeure saine de toute impureté.

Par Farid DAOUDI, Directeur de La Tribune Diplomatique Internationale.

[1] Mohamed Kali, « Y A-T-IL UN CAS KADDOUR NAÏMI ? Polémique en scène », El Watan, 30 mars 2013.

 

                                         L’ouvrage se présente en cinq parties :

LIVRE 1. EN ZONE DE TEMPÊTES : Comment, dans une société dictatoriale, un groupe de jeunes crée un théâtre-guérilla, libre, autogéré, de recherche expérimentale, populaire, avec succès.

LIVRE 2. ÉCRITURE DE L’HISTOIRE AVEC LA GOMME ou LE PRIX DU SILENCE : Comment tout le travail artistique accompli fut occulté systématiquement, pour quels motifs, par qui et au profit de qui.

LIVRE 3. EN ZONE (apparemment) CALME : Comment, dans une société démocratique parlementaire, un théâtre de recherche et de critique peut exister mais seulement aux marges de la société.

LIVRE 4. RETOUR EN ZONE DE TEMPÊTES : Comment, dans une société de « démocratie » autoritaire, un théâtre de contenu critique, de recherche formelle et d’orientation populaire est étouffé, par qui et dans quel but.

LIVRE 5. BILAN GÉNÉRAL ET PERSPECTIVES : En cette période historique de désillusion et de désorientation, quelles conditions permettraient l’émergence d’une activité théâtrale éthiquement citoyenne, esthétiquement innovatrice ?

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #THÉÂTRE, #PEUPLE-DEMOCRATIE, #EDUCATION-CULTURE, #AUTOGESTION

Repost0

Publié le 16 Août 2026

Merci aux ennemis !

En matière de liberté d’expression, voici quelques réflexions issues d’un travail de questionnement. Dans l’Athènes ancienne, un philosophe d’âge avancé, à la fin d’une discussion avec un jeune interlocuteur, admit son erreur et remercia. L’adolescent s’étonna : «Si j’avais eu raison, expliqua le vieillard, c’est vous qui auriez appris. Vu que c’est moi qui eus tort, j’ai gagné quelque chose de vous, d’où ma reconnaissance.»

Si l’on connaît correctement nos idées justes mais ignorons celles erronées, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle. Si l’on connaît les idées erronées de l’adversaire, mais ignorons celles éventuellement justes, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle.

Qui nous montrent nos erreurs ? Notre ego ? Pas certain. Nos amis ? Pas toujours. Nos flatteurs ? Jamais.

Restent nos adversaires : plus ils nous détestent, plus ils cherchent où se trouvent nos erreurs, et nous les jettent à la figure, parfois manipulées, tronquées pour laisser croire à leur stupidité ; si cela ne suffit pas, on ajoute la diffamation volontaire.

Cette dernière nous indique le degré de haine de nos adversaires. Utile à savoir. Répondre de la même manière, ce serait aboyer devant un chien qui aboie.

L’utile est l’argumentation des ennemis. S’ils détectent et dénoncent chez nous des idées ou comportements erronés, ils nous montrent nos carences, nous apprennent à les corriger.

Ce n’est pas en ignorant les microbes dans le corps que le médecin parvient à l’en débarrasser ; il doit les découvrir, sans haine : ce sentiment affaiblit ou annihile le raisonnement. Alors, en toute objectivité, le praticien trouve la méthode pour éliminer les intrus et redonner la santé au malade.

Interdire l’expression d’un opposant intellectuel, c’est reconnaître l’incapacité de ses pairs à démontrer l’erreur du premier mentionné et son intention nuisible. Cette incapacité permet aux citoyens de connaissance limitée d’intervenir : les uns vantent l’importance de cet intellectuel opposé, les autres insultent son infamie. Les deux aggravent le problème.

S’il est relativement aisé de révéler l’erreur de l’adversaire, comment découvrir l’intention nuisible ? Suivez l’argent, et, avec lui, la glorification médiatique.

Qui fournit le premier et assure la seconde ? On le sait : les idées et les actes dominants sont ceux de la classe dominante. L’un de ses moyens d’exister : ses chiens de garde.

Ceci dit, une nuance d’importance : il est difficile de détecter les intentions destructrices de celui qui se proclame l’«ami», le «défenseur» du peuple, de la démocratie, de la liberté, de la libération des femmes, de la «laïcité», etc. «Dieu, sauve-moi de mes amis ; de mes ennemis, je m’en charge.»

Il est plus facile de savoir qui est le vrai adversaire : il se déclare comme tel. Infiniment plus difficile reconnaître le tartuffe, le mercenaire : il se présente tout souriant, auréolé d’intellectualité, d’«opposition» héroïque, photographié en star hollywoodienne, cravaté sinon avec une chemise blanche ou une longue écharpe au cou, parfois des lunettes même s’il n’est pas myope, partout interviewé dans les médias les plus diffusés, chaque fois primé dans les institutions les plus réputées. Et le troupeau ignorant ou semi-lettré applaudit, affronte la file pour acheter le produit bien marketisé, en croyant acheter de la culture.

Constater est insuffisant : il faut proposer des solutions. La première est la constitution ou le renforcement de réseaux entre les vraies consciences libres, unies par la recherche de la vraie vérité en cette époque de manipulation goeblesienne, en liaison avec les peuples, pour neutraliser la barbarie génocidaire costumée et cravatée.

La seconde solution : créer des comités citoyens de base dans les quartiers, afin de compléter les contacts virtuels par des relations concrètes.

Ne devons-nous pas remercier toute personne qui, par égotisme médiatique et sa conséquence, la félonie mercantile, nous aide à découvrir nos faiblesses, à détecter le vrai ami et le réel ennemi du peuple, de la démocratie, des droits humains, de la liberté ? N’est-ce pas au soleil de la vérité, quel que soit son goût amer, que s’éliminent les Frankenstein et leurs laquais bien récompensés, qui se gorgent de la sueur et du sang des opprimés ?

Publié 13 novembre 2024 in

https://algeriepatriotique.com/2024/11/13/merci-aux-ennemis/

 

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE, #AUTOGESTION

Repost0

Publié le 16 Avril 2025

GUERRE COGNITIVE ET COMMENT L’AFFRONTER

Un vieillard, assis près d’un arbre, vit quelqu’un passer :

- Jeune homme, où cours-tu si vite ?

- À faire la révolution !

- Peux-tu prendre quelques minutes pour me dire ce que c’est ?

- Je n’ai pas le temps.

- Si tu n’as pas le temps de m’expliquer, crois-tu réussir ta révolution ?

 

Réseaux sociaux

Entendus sur une plate-forme internet, des propos intéressants sur ce qu’on désigne désormais par « guerre cognitive » (on l’appelait « propagande ») m’ont interpellé.

Ils centraient toute l’argumentation sur les réseaux sociaux où interviennent des organismes financés par les puissances dominatrices, producteurs de fausses informations, notamment par l’intermédiaire de trolls.

Pour affronter cette opération, l’intervenant déclara la nécessité d’y opposer, sur les mêmes réseaux sociaux, des organismes producteurs d’informations correctes, pour neutraliser les fausses informations.

Cette recommandation se motiva par le fait que, désormais, les citoyens, notamment les jeunes, sont totalement focalisés sur les plate-formes de réseaux sociaux. Ce serait donc là le terrain d’affrontement qui s’impose, sous-entendu l’unique.

On avance comme argument l’effet décisif des réseaux sociaux pour provoquer les révolutions colorées. Question : ces résultats ont-ils profité aux peuples concernés ?

De cette conception sur la guerre cognitive, j’attendais l’addition d’une autre argumentation. Elle ne vint pas. La voici.

*

Si on limite la guerre cognitive à l’affrontement entre deux producteurs antagonistes qui emploient des réseaux sociaux, on constate que les contenus, qu’ils soient de fausses informations manipulatrices et, donc, asservissantes, ou des informations clarificatrices et, donc, libératrices, on constate que ces contenus sont caractérisés par :

1. une temporalité la plus brève possible, du genre « 10 minutes pour comprendre tout », ou « une heure pour tout savoir ». Parfois, au discours oral s’ajoutent des liens pour approfondir, mais l’on sait que presque personne ne prend le temps de lire le contenu de ces liens.

2. une telle temporalité ne permet pas d’exposer un problème dans toute sa complexité. Le destinataire a, donc, accès à un contenu limité. Sa caractéristique est de laisser croire à ce destinataire que le contenu proposé lui fournit tous les aspects du problème. En fait, il ne s’agit que de quelques éléments. Mais, ce destinataire croit disposer de tout ce qu’il faut savoir sur le problème.

Exemple. Des manipulateurs dénoncent une dictature, tandis que des informations honnêtes critiquent des démocraties qui deviennent autoritaires. Le destinataire croit, alors, détenir les informations nécessaires pour se faire une opinion correcte sur ces systèmes de gouvernement.

Ou, par exemple, à propos de conflits comme la guerre en Ukraine, le génocide à Gaza, l’affrontement USA-Chine, la Syrie et le Moyen-Orient, etc.

Mais ce destinataire, connaît-il vraiment ce que sont une dictature, une démocratie, un système autoritaire ? Quels sont les motifs réels des guerres ?

Durant l’agression impérialiste états-unienne contre l’Irak, j’avais pris le temps de m’informer correctement jusqu’à écrire et publier un livre épais sur ce problème, en italien et en français, et à le proposer en document électronique avec accès libre1.

Un nombre insignifiant de personnes prirent le temps de le lire.

« Tu n’es pas connu ! », objecterait-on.

D’accord ! Mais, combien de personnes lisent des classiques satisfaisants sur la démocratie, la dictature, l’autoritarisme, les guerres ?

Autre exemple. Depuis des années, on cite des auteurs célèbres d’ouvrages sur le « développement personnel », ou, plus exactement, des extraits trouvés sur des plate-formes de réseaux sociaux.

Je constate que les personnes qui mentionnent ces considérations, toutes brèves, n’ont jamais lu les livres qui les contiennent, encore moins les classiques où les auteurs de livres sur le « développement personnel » ont puisé et plagié leurs écrits, quelque soit le domaine : psychologie, sociologie, anthropologie, philosophie, etc.

Le drame, donc, en matière de guerre cognitive, n’est pas seulement de produire des contenus sur les réseaux sociaux pour contrer la manipulation asservissante. Cette procédure parvient à obtenir seulement des personnes qui croient savoir, alors, qu’en fait, elles ignorent l’essentiel.

Si on ajoute aux propos de ces « influenceurs » leur capacité de recourir au pathos, on sait les ravages de « peste émotionnelle » (Wilhelm Reich) qui entrent en action.

Voilà pourquoi, en cas de mouvement social, l’on constate chez ses membres perplexité, confusion et, en définitif, ignorance sur la manière d’agir, y compris chez les animateurs de ce mouvement social.

Lecture

« Quoi ? dirait-on, tu veux que toutes les personnes soient des docteurs en politique, psychologie, sociologie, philosophie, etc. ?...Où trouveraient-elles le temps de lire, de s’instruire ? »

Réponse : si les personnes ne trouvent pas ce temps de lire les ouvrages fondamentaux, quel genre d’action serait la leur ?

Ceux qui parlent de « révolution », « contre-révolution », « fascisme », « socialisme », « communisme », « islamisme », « anarchie », « impérialisme », « patriotisme », « justice », « loi », « État », etc., que savent-ils du contenu réel de ces termes, de leur impact dans l’histoire des peuples ?

Comment expliquer l’emploi de ces concepts avec une désinvolture d’autant plus stupéfiante qu’elle se prétend savante ?… Pas seulement par des citoyens dits ordinaires, mais aussi, par les « influenceurs » ; mais, encore, par des animateurs ou dirigeants de mouvements sociaux.

Seule, la lecture convenablement menée, permet de maîtriser les mots, leur sens réel, et d’éviter d’être manipulé par ceux qui les utilisent dans un but d’asservissement de la conscience. Ce n’est pas un hasard si tous les penseurs authentiques, à commencer par Confucius à Socrate, soulignèrent l’importance d’employer les mots corrects. Cette capacité exige de longues études.

À qui objecterait ne pas avoir ce temps, la réponse serait : l’ouvrier Eugène Pottier trouva le temps de s’instruire au point d’écrire le chant « L’Internationale » ; un autre ouvrier se distingua mieux encore, Joseph Proudhon. Même quand, à l’âge de cinq ans, on devient aveugle, on peut devenir un très grand poète-philosophe : Alma’ary. Tout est question de conscience et de volonté.

Que chacune et chacun, donc, se rende compte du temps passé sur les réseaux sociaux par rapport à celui consacré à la lecture. Excellent critère pour déterminer le niveau réel d’instruction et, par conséquent, la qualité de la connaissance et de la volonté.

Faut-il ajouter que le contenu de la majorité des livres est inutile, quand ils n’augmente pas la confusion cognitive ? Que, par conséquent, il faut apprendre à savoir quels sont les rares œuvres fondamentales à lire, dont certaines sont généralement occultées par le système d’information dominant ?

Action sur le terrain

Solution ?…

Ne pas se limiter aux réseaux sociaux. Qu’ils soient principalement un incitatif à l’approfondissement par la lecture nécessaire, pour finir dans l’action sur le terrain.

Oui ! Recourir aux « vieilles recettes » : le bouche à oreille, le porte-à-porte, l’intervention dans les espaces tels les bars. Dans quel but ?… Création d’associations de quartiers, de lieu de travail, de lieu d’étude, etc., où des citoyennes et citoyens se rencontrent, échangent leurs connaissances, en comptant sur leur intelligence pour comprendre les problèmes et découvrir les solutions adéquates.

Dans un essai sur ma participation au mouvement social du printemps 1968 à Strasbourg, j’ai souligné un fait : le déclenchement de cette action obligea les plus conscients d’entre nous à, enfin !, lire les classiques fondamentaux. De jour, participation aux assemblées et manifestations ; de nuit, lectures et discussions2.

Alors, j’ai compris où réside le problème. Les animateurs qui participèrent successivement à la Commune de Paris, aux Soviets russes de 1905 puis 1917-1921, à la collectivisation pendant la guerre civile espagnole, ont tiré la même conclusion : le mouvement social échoua essentiellement à cause de deux motifs : insuffisance du nombre d’animateurs compétents et insuffisance de connaissance sociale des citoyens. Serions-nous étonnés de la même constatation concernant d’autres mouvements, tels les « Gilets jaunes » en France ou le « Hirak » en Algérie ?

Tactique et stratégie

La puissance des réseaux sociaux et des « influenceurs » n’est pas à sous-estimer.

D’une part, les gouvernants, quelque soit leur idéologie, contrôlent le contenu, de manière cachée ou ouverte, et y interviennent pour exposer leur point de vue.

D’autre part, le nombre de consommateurs du produit de ces réseaux sociaux n’est pas négligeable.

Cependant, l’importance des réseaux sociaux ne doit pas être sur-estimée.

Quelque soit leur idéologie, la majorité des intellectuels et autres faiseurs d’opinion, par commodité et fainéantise, ou par mépris du contact direct avec les citoyens, se contentent de s’adresser à eux à travers des réseaux sociaux.

Ce genre d’intervention permet de bénéficier d’une célébrité, et, suite à celle-ci, pour certains, d’engranger des sous.

Mais, ce que les les gouvernants redoutent le plus c’est l’action des citoyens sur le terrain de l’espace public. C’est là que se résolvent les conflits sociaux.

Comment les citoyens pourraient-ils intervenir de manière positive sur le terrain ?… En possédant une connaissance nécessaire et suffisante qui permet, d’une part, de comprendre les enjeux, et, d’autre part, d’employer les solutions adéquates.

Or, le contenu des réseaux sociaux se limite, généralement, à fournir des informations limitées. Elles donnent l’illusion au destinataire de tout savoir sur un problème, alors qu’en fait, il n’en est rien: ni sur les enjeux réels, ni sur les solutions correctes.

Les interventions dans les réseaux sociaux sont utiles à l’unique condition de permettre et d’affirmer la nécessité d’approfondir les arguments évoqués, de deux manières :

1. par la lecture attentive des ouvrages fondamentaux qui les concernent,

2. et par l’échange direct entre les citoyens dans des organisations créées et autogérés par eux.

Ce genre d’initiative :

1. exige beaucoup plus de temps et d’énergie en comparaison de l’intervention commode sur un réseau social ;

2. rencontre l’opposition de ceux qui ont intérêt à ce que les citoyens demeurent manipulés ou, tout au plus, détenteurs d’un savoir limité insuffisant.

L’intervention dans les réseaux sociaux est une tactique. La stratégie réside dans l’action sur le terrain par des citoyens autogérés… et instruits de manière adéquate.

C’est long et compliqué ?… Le changement social est à ce prix. La sagesse populaire déclare : « Vuoi la bicicletta ?… Allora, devi pedalare ! » (Tu veux la bicyclette ?… Alors, il faut pédaler ! »

Trop peu de personnes aiment pédaler. D’où le monde tel qu’il est.

2 https://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits-mai-68.html

Publié in

https://reseauinternational.net/guerre-cognitive-et-comment-laffronter/

25mars2025

https://www.algeriepatriotique.com/2025/03/28/de-la-propagande-devenue-guerre-cognitive-et-des-moyens-dy-faire-face/

28 mars 2025

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 31 Décembre 2024

Pourquoi 350 est supérieur à 30.000 ? Idéal  et  stratégie

« A horse ! A horse ! My kingdom for a horse ! »

Richard III, Shakespeare

Vérité, où es-tu ?

Ce roi demanda l’échange de son royaume contre un cheval, pour fuir la défaite lors d’une bataille. Comment en est-il arrivé à cet échec ?… Lisez la pièce : elle montre le degré de cynisme avec lequel ce despote réduisait les autres à des laquais manipulés à sa guise. Il jouait sur leur obsession de richesse, de poste honorifique, de gloire. Avec quoi ?… L’arme de destruction massive des personnes et des nations : la corruption1.

Le sort de ce monarque m’est revenu à esprit en lisant une information, donnée par Alexander Mercouris, analyste international compétent : la ville d’Alep fut conquise par 350 (trois cents cinquante) attaquants contre 30.000 (trente mille) défenseurs de l’armée gouvernementale.

Comment un tel exploit eut-il lieu ?

Dans sa première déclaration, après sa fuite de Syrie, l’ex-Président Bachar Al Assad écrit2 :

« À ce moment charnière de l’histoire de notre nation, où la vérité doit être rétablie, il est nécessaire d’apporter des éclaircissements dans cette brève déclaration. (…) il est apparu clairement que nos forces s’étaient entièrement retirées des lignes de combat et que les dernières positions de l’armée étaient tombées. (…) À aucun moment, je n’ai cherché à occuper des fonctions pour un profit personnel. Je me suis toujours considéré comme le gardien d’un projet national qui tirait sa force de la foi du peuple syrien, convaincu de sa vision. J’ai toujours cru fermement en leur volonté et leur capacité à protéger l’État, à défendre ses institutions et à honorer leurs choix jusqu’à la dernière minute. »

Dans ces extraits et dans toute la déclaration, une vérité, des éclaircissements manquent : pour quels motifs 1) les forces armées se sont retirées ? 2) la « volonté » et la « capacité » du peuple n’ont pas protégé l’État ?

Des analystes avouèrent leur stupéfaction devant la victoire des assaillants.

On l’expliqua par les soutiens divers : États-Unis, Israël, Turquie, ainsi que par l’embargo qui avait affaibli tous les secteurs sociaux.

D’accord. Cependant, il s’agit là de facteurs externes. On sait, ou devrait savoir, qu’ils échouent là où la situation interne est solide : autrement dit un peuple et une armée réellement convaincus et capables de neutraliser toute forme d’agression interne, soutenue par des éléments externes.

L’ex-Président syrien ne devait-il pas, donc, avouer la vérité et les éclaircissements sur le peuple et l’armée défaits ? Sa déclaration ne reflète-t-elle pas, à son insu, son ignorance ou son occultation de la vérité ? Et n’est-ce pas cette vérité qui explique la chute très rapide de son État ?

Rappelons la guerre de libération nationale algérienne et celle vietnamienne d’abord contre le colonialisme français puis l’impérialisme états-unien. Dans les deux cas, des éléments autochtones, contre leurs propres peuples, servaient les dominateurs étrangers. Pourtant, les peuples et les armées algériens et vietnamiens sortirent vainqueurs des conflits.

On peut également rappeler l’agression de mercenaires, soutenus par l’armée U.S. et la CIA, contre Cuba sur la baie des cochons. Là, aussi, l’armée et le peuple cubains furent vainqueurs. Encore ceci : malgré l’embargo général des États-Unis contre Cuba, l’armée impérialiste et ses mercenaires n’osent pas agresser l’île. L’oligarchie U.S. sait qu’elle devrait affronter une armée et un peuple qui, malgré toutes leurs difficultés, sont convaincus de leur principe « Patria o muerte ! »

Alors, pourquoi, en Syrie, à Alep, 350 rebelles ont vaincu 30.000 soldats de l’armée régulière syrienne, qui ont fui le champ de bataille ? Ensuite, pourquoi l’armée syrienne toute entière s’est évaporée sans combattre ?

Sun Tzu écrivit : « La meilleure victoire est celle que l'on obtient sans combat3. » Surtout, dirait Shakespeare, quand, dans le royaume ou la république, quelque chose est pourri.

Alors, question : le motif de la chute du régime de Assad n’a-t-elle pas eu, comme cause première et fondamentale, une pourriture-corruption du système, malgré certains de ses aspects positif, comme la laïcité et un relatif soutien au Front du Refus anti-sioniste?

L’idéal !

N’est-il pas l’élément décisif, dans la guerre comme dans les autres domaines ?

Les peuples vietnamien, algérien étaient nettement inférieurs dans le domaine matériel face aux machines de guerre française et états-unienne. Pourtant, ces dernières furent vaincues. Mao Tsé Toung explique : « Les armes sont importantes, mais plus importants encore sont les hommes qui les utilisent. »

Je me rappelle un documentaire vietnamien, vu dans ma jeunesse. Aux abords d’une rizière, un soldat Viet-Minh enseignait à une paysanne comment utiliser un simple fusil pour abattre un hélicoptère U.S.

Ce qui manqua à l’armée et au peuple syrien, c’est l’idéal : vaincre ou mourir, mieux encore : vaincre pour ne pas mourir.

Dernièrement, une vidéo montrait quelques combattants de HTS (Harakat Tahrir A Cham) sur une route. L’un d’eux déclara, et il semblait sincère : « Nous ne sommes que de pauvres gens. Nous combattons au nom de Dieu Tout Puissant ! ».

Certes, les dirigeants de cette organisation proviennent, en majorité, de couches sociales aisées. Mais, les combattants de base, la chair à canon, viennent des strates démunies, en majorité sinon tous. Comme dans tous les conflits, partout et toujours.

À un être humain, dépourvu des conditions matérielles minimum de vie, sans instruction correcte, fournissez un idéal, qu’il soit authentique ou fallacieux ; généralement, il l’adoptera parfois jusqu’à le défendre au risque de mourir ou de tuer.

Stratégie

L’idéal sans stratégie correcte demeure insuffisant.

Les meilleurs acteurs et théoriciens de l’exemplaire Commune de Paris de 1871 expliquèrent la défaite par deux motifs : le manque d’organisation et la carence de personnes instruites pour encadrer le peuple.

En Bolivie, Che Guevarra et ses guérilleros, malgré leur idéal indiscutable, furent vaincus. La stratégie du « foco » (foyer) révolutionnaire ne fonctionna pas : ils lui manquaient une mobilisation suffisante du peuple et une stratégie militaire adéquate.

« Le révolutionnaire est comme le poisson dans l'eau. » (Mao Tsé Toung) Il en est de même du militaire, quand il est l’émanation de son peuple : ce dernier est son eau.

 

Réciprocité

« Les impérialistes sont de mauvais élèves » (général Giap) : à long terme, leurs agressions se révèlent des défaites.

Les dictateurs, eux aussi, sont de mauvais élèves. En fin de compte, ils fuient leur pays en ruine (en s’assurant une vie dorée ailleurs), meurent en le laissant économiquement en panne, sont assassinés par des opposants.

L’efficacité de l’arme (du matériel, d’une armée) dépend de l’idée (idéal) qui l’anime. Cet idéal dépend de la qualité du lien entre cette armée et son peuple. Ces deux dépendent de la stratégie conçue et pratiquée pour créer une nation capable de neutraliser toute opposition intérieure complice d’une force étrangère, quelle que soit leur puissance matérielle.

Dès lors, s’il est nécessaire d’accorder toute l’attention aux potentiels agresseurs, accordons la même attention à ce qui, dans la nation, facilite leur objectif. L’histoire enseigne : les données internes déterminent la capacité de nuisance de l’élément externe. Et Sun Tzu observa : connaître les faiblesses de l’adversaire ne suffit pas, il faut tout autant connaître nos propres faiblesses, et y remédier. Soyons de bons élèves : ne justifions pas nos défaites par les forces de l’adversaire, mais par nos carences. Ayons l’honnêteté et le courage de déceler et d’admettre la vérité : si elle est amère, trouvons comment la rendre douce. Comment ?… Idéal et stratégie.

1 http://kadour-naimi.over-blog.com/2024/12/corruption-l-ennemi-public-numero-1-et-comment-le-neutraliser.html

3L'Art de la guerre, chapitre 3 : L'attaque par la stratégie.

*

28 décembre 2024

 

https://www.algeriepatriotique.com/2024/12/28/pourquoi-350-est-superieur-a-30-000/

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 19 Décembre 2024

Corruption : l’ennemi public numéro 1  et comment le neutraliser

Les analyses des événements en Syrie évoquent la corruption comme l’une des causes de la chute du système politique précédent ; ces analyses semblent, à mon avis, ne pas accorder à la corruption son importance stratégique comme motif explicatif.

Importance de la corruption

Dans un panier, un fruit pourri gâche les autres ; sur un arbre, des vers pourrissent un fruit jusqu’à sa chute par terre.

Pour dominer un peuple, la première méthode consiste à corrompre ses élites dirigeantes. Ensuite, la corruption s’étend aux différentes couches de la société, des plus influentes (économique, militaire) à celle qui façonne l’opinion citoyenne (la culture).

La corruption peut commencer par le bas de la pyramide sociale : le peuple, soumis à une existence matérielle trop difficile, recourt aux moyens les plus illicites pour survivre, dont la corruption.

La corruption peut naître par la courroie de transmission entre les dirigeants étatiques et le peuple, pour une amélioration des conditions matérielles, par exemple juge, policier, douanier, soldat, employé, enseignant, jusqu’au simple portier d’un immeuble.

La corruption peut commencer par le haut de la pyramide sociale. Les dirigeants du pays succombent au désir d’enrichissement pour jouir de villas, de véhicules, de compte bancaire à l’intérieur ou/et à l’étranger.

Dès lors, la nation, dans ses divers domaines, dévorée par la corruption, devient une proie facile à ses ennemis internes ou/et externes.

Quelques rappels historiques

De l’antiquité à aujourd’hui, le problème est identique : pour dominer un peuple et sa nation, par des agents autochtones (dictature) ou/et étrangers (impérialisme), il faut corrompre.

Un étranger, venu dans l’antique Sparte et ne voyant pas de muraille, s’inquiéta auprès du chef de la cité. Ce dernier lui montra les paysans au travail dans les champs : « Voici notre muraille ». Les citoyens étaient tous dotés d’une formation militaire adéquate et d’une idéologie conséquente.

Vous étonnerez-vous, par exemple, de voir les manifestations de liesse de Syriens, après la chute du système politique des Assad ?… Les dirigeants de cette nation n’ont pas voulu constituer leur peuple en muraille capable de résister aux agressions, interne ou/et externe. Je dis « voulu », car un peuple-muraille signifie lui donner la capacité culturelle de savoir défendre sa patrie contre deux dangers : 1) une dictature interne, 2) une agression étrangère.

La Muraille de Chine fut construite pour protéger le pays des invasions. Informations données par Chat-GPT :

« Corruption et trahisons

L'idée que des gardiens de la Muraille de Chine aient été corrompus par les Mongols fait référence à des événements spécifiques où des officiers ou des fonctionnaires locaux, ou même des membres de l'élite, ont trahi leurs propres dirigeants pour s'allier avec les envahisseurs. Par exemple, dans le cadre de la dynastie Jin, certains officiers ou seigneurs locaux ont ouvert les portes ou facilité l'accès des Mongols en raison de leurs alliances secrètes, de leur insatisfaction envers leur propre gouvernement ou, dans certains cas, de pots-de-vin.

Les Mongols, en tant que conquérants, étaient également très habiles à exploiter les divisions internes entre les peuples qu'ils attaquaient. Ils ont souvent promis des récompenses, des postes de pouvoir ou des terres à ceux qui se ralliaient à leur cause. Cela a conduit à plusieurs trahisons, y compris parmi les gardiens des fortifications de la Muraille de Chine, bien que les sources historiques sur cet aspect soient parfois floues.

Ce qui est certain, c'est que la stratégie des Mongols a été aussi psychologique que militaire, exploitant à la fois la corruption, la division interne et les faiblesses des dynasties chinoises pour parvenir à leurs fins. »

Comment l’Empire romain a conquis d’autres nations ?… Par la corruption de leurs dirigeants. Durant la guerre contre l’impérialisme romain menée par Jugurtha, quel aspect inquiéta le plus l’oligarchie romaine ?… Non pas les victoires militaires du chef numide, mais un autre fait : il utilisait la même arme que les Romains, à savoir corrompre par l’argent des représentants de l’oligarchie romaine.

Quel motif déterminant explique la chute du système « soviétique » ?… Si l’on prend la peine de connaître l’histoire réelle, et non pas la propagande, on découvre ce motif dans les toutes premières années de l’installation de ce système :

« Il avait rudement raison, ce paysan qui déclara au VIIIe Congrès des Soviets :

« Tout va très bien... Seulement, si la terre est à nous, le pain est à vous ; l’eau est à nous, mais le poisson est à vous ; les forêts sont à nous, mais le bois est à vous..."

A part ça, le travailleur ne doit pas s’en faire1. »

Autrement dit, après le Révolution d’Octobre, très vite, une caste privilégiée se constitua et imposa sa domination, camouflée en « dictature du prolétariat ». Le pourrissement de la « pomme » se concrétisa en soixante-dix ans (19212-1991).

Durant l’agression militaire états-unienne contre l’Irak, Scott Ritter, analyste en géo-stratégie, déclara : quatre-vingt généraux de l’armée irakienne, complices de l’armée U.S., furent emmenés aux États-Unis.

En 2024, l’AIPAC, organisme états-unien lobby sioniste, affirma avoir acheté environ 65 % des Représentants du Congrès U.S. Face à eux, que peut faire le Président élu du pays, Trump ?

À propos de la chute de la Syrie, que sont devenus les dirigeants de l’armée ?

Comment opère les agences, clandestines ou déclarées type ONG, d’une oligarchie impérialiste actuelle pour recruter des représentants des élites d’une nation, puis changer le système politique en faveur des intérêts de cette oligarchie étrangère ?… Par des pots de vin, l’octroi de bourses, la formation de « Young Leaders », le financement plus ou moins occulte d’activités dans tous les domaines, notamment culturel (Centres, Instituts, etc.), la publication des « œuvres » et la diffusion des déclarations largement médiatisées d’« influenceurs ».

L’argent, utilisé pour enrichir les éléments corrompus d’une nation, est le moyen de soumission. Tous les autres domaines suivent : économie, militaire, culturel.

Agent corrupteur et agent corrompu

À l’intérieur d’une nation, l’oligarchie dictatoriale crée une caste opportuniste, assoiffée d’enrichissement, pour encadrer le peuple et vivre à son détriment.

À l’échelle internationale, l’oligarchie impérialiste crée une oligarchie autochtone à son service : les deux vivent de l’exploitation des richesses naturelles de la nation vassale.

Si l’argent se révèle insuffisant comme moyen de soumission, il est complété par l’exercice de la violence. Elle s’exerce par la dictature autochtone ou/et par l’agression militaire étrangère. Cette violence est d’autant plus efficace que le degré de corruption dans la société est grave.

L’argent permet de constituer des armées mercenaires, capables de renverser des régimes politiques corrompus ; et le manque d’argent fragilise les armées jusqu’à les rendre inefficaces face à une agression militaire interne ou/et externe3. L’argent est le nerf de la guerre, et de la force ou de la faiblesse d’une nation.

Solution

Une nation indépendante, un peuple souverain doivent, en premier lieu, éliminer toute forme de corruption parmi leurs représentants, dans tous les domaines.

Pour qu’une nation soit victorieusement résistante à une agression étrangère, il faut que cette nation le soit à ses contradictions internes. Pour l’être, il faut que son peuple soit informé et conscient des enjeux. Pour qu’il le soit, il faut un rapport non de peur, de méfiance et d’hostilité, mais de confiance et de coopération entre dirigeants et dirigés, dans tous les secteurs de l’activité sociale.

Cette excellence de situation d’une nation n’est pas facile à réaliser : les corrompus existent dans toute société. Plus grave encore : ils pratiquent l’art de se présenter comme les meilleurs défenseurs de la nation et du peuple, d’où la difficulté de repérer leurs méfaits.

Comment découvrir ces derniers, pour les neutraliser ?

Tout représentant ou défenseur de la nation et du peuple, qui agit dans le domaine social, doit rendre public son compte bancaire et ses biens matériels. Ces informations doivent être connues avant l’entrée en fonction et à la fin de celle-ci : cela permet de vérifier si, durant l’activité publique, la personne n’en a pas profité pour s’enrichir illégalement.

Un organisme national de contrôle, constitué en réseau dans tout le pays, vérifie la conformité des déclarations de ces représentants. Cet organisme fonctionne correctement à une condition : que les dirigeants étatiques le permettent ; et, pour qu’il en soit ainsi, elles doivent défendre réellement les intérêts de leur peuple.

Est-ce là une proposition utopique ?… Des indices de Perception de la Corruption dans les diverses nations existent. Il servent d’indicateurs aux investisseurs et aux… corrupteurs. Il est donc possible de réduire la corruption à un minimum qui met hors de danger le fonctionnement correct d’une nation.

Accuser les corrupteurs d’asservir des corrompus, c’est reprocher à un serpent d’émettre son poison, à un virus d’envahir le corps : stupide et inutile. L’attitude correcte est de veiller à ce que le serpent n’utilise pas son venin, que le virus n’envahisse pas le corps. Le venin ou le virus, dans une société, sont les individus dépourvus de dignité humaine : ils se vendent au plus offrant et accomplissent ses ordres les plus abominables, en se présentant comme les personnes les plus bienfaitrices. Prévenir vaut mieux que guérir.

1 Voline : La révolution inconnue Russie 1917 – 1921.

2 Si on considère non pas 1917, date du renversement du régime tsariste, mais 1921 : date de l’écrasement militaire par les Bolcheviks du Soviet de Kronstadt et des Soviets d’Ukraine.

3On a dit que, juste avant l’attaque victorieuse contre le gouvernement Assad, le soldat syrien recevait une solde mensuelle de 15 dollars alors que pour nourrir sa famille il devrait disposer au moins de 200 dollars.

*

Publié 16 décembre in

https://www.algeriepatriotique.com/2024/12/16/corruption-comment-neutraliser-cet-ennemi-public-numero-un/

https://reseauinternational.net/corruption-lennemi-public-numero-1-et-comment-le-neutraliser/

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 24 Juillet 2024

La (méconnue) plus importante révolution du XXème siècle

Dans une précédente contribution1, j’ai présenté une première réelle révolution. Par ce mot, j’entends un changement social radical ; il élimine la base fondamentale du système social, à savoir l’exploitation économique, assurée par une domination politique.

À présent, voici une autre authentique révolution sociale. L’auteur qui en parle, Gaston Leval2, y a participé personnellement comme militant libertaire. Il en a tiré un livre, en même temps témoignage, communication des faits et analyse concrète : Espagne libertaire : 1936 – 19393.

Encore une fois, il s’agit d’histoire racontée par un vaincu, donc une contre-histoire, plus exactement la vraie et réelle histoire. Car la fausse histoire domine, non pas uniquement celle des fascistes et des bourgeois, mais tout autant celle des marxistes. C’est que la mentalité autoritaire, malheureusement, prime encore dans ce monde, apparemment partisan de liberté citoyenne. Ah ! La tromperie manipulatoire des mots !

Gaston Leval déclare qu’il avait conscience que cette révolution sociale ne pouvait pas réussir à cause de l’existence de deux adversaires qui la combattaient impitoyablement : d’une part, l’armée fasciste du général Franco ; d’autre part, les agents et les militaires du parti "communiste" espagnol, inféodé aux ordres de Staline.

Ce dernier, en bolchevique doc4, ne pouvait tolérer la victoire d’une révolution sociale qui n’avait aucun besoin du schéma marxiste-léniniste de conquête du pouvoir (« Chef Génial Infaillible », Parti-dominateur, « révolutionnaires professionnels » décideurs). Au contraire, la révolution sociale espagnole pratiquait la conception autogestionnaire. Elle reprenait l’idéal et les méthodes révolutionnaires des soviets russes et ukrainiens authentiques. Lesquels furent éliminés par l’armée « rouge », commandée par Trotski, sous la direction du Parti-État dirigé par Lénine5.

Gaston Leval se chargea du travail d’enquête personnel sur le terrain, dans plusieurs régions d’Espagne. Il constatait puis rendait compte des actions et réalisations de cette révolution sociale. Elle avait la particularité d’avoir été déclenchée et d’exister, pendant trois années, par les travailleurs-euses exploité-es des villes et des campagnes, aidés par des intellectuels libertaires, sans « chefs » ni parti politique dominateurs, où la démocratie populaire était appliquée de manière totale, libre et solidaire.

Commençons par connaître de quoi il s’agit et de l’importance de l’événement.

"Voici les faits : une révolution sociale incomparablement plus profonde que toutes celles qui l’ont précédée a eu lieu dans un pays dont on a beaucoup parlé durant les années 1936-1939 : l’Espagne. Une révolution qui a atteint les buts théoriquement préconisés par Marx et Engels quand ils sont allés au plus loin de leurs prévisions d’avenir, par Proudhon et par Bakounine, ainsi que par l’école kropotkinienne de l’anarchisme socialiste ; et cela en moins de trois ans, alors que, après un demi-siècle, la révolution russe qui, au début, se réclamait du même idéal, en est plus éloignée que jamais. A côté de ce fait historique transcendant dans l’histoire de l’humanité, la Commune de Paris, qui a suscité tant d’intérêt, tant d’écrits, d’études et d’essais, apparaît comme un événement mineur. Car, sur une très large échelle, la révolution espagnole a réalisé le communisme libertaire.

On peut approuver ou désapprouver cet idéal : on ne peut ignorer l’application qui en a été faite en même temps que les forces antifranquistes et l’armée républicaine luttaient péniblement contre l’attaque depuis longtemps préparée par la caste militaire, les grands propriétaires terriens et le vieux conservatisme, et par une église traditionnellement réactionnaire, digne héritière du duc d’Albe et de Torquemada." (préface de la première publication, 1971).

L’ouvrage de Gaston Leval est une démonstration concrète, preuves à l’appui, de cette affirmation de l’auteur :

"Une des caractéristiques dominantes qui s'impose à celui qui étudie la Révolution espagnole, est sa multiformité. Cette révolution a été guidée selon certains principes très nets et très précis, qui impliquaient l'expropriation générale des détenteurs de la richesse sociale, la prise en main par les travailleurs des structures organisationnelles de la production et de la distribution, l'administration directe des services publics, l'établissement de la justice économique par l'application du principe communiste libertaire. Mais l'uniformité de ces principes n'empêcha pas la diversité des méthodes d'application, si bien que l'on peut parler de «diversité dans l'unité» et d'un fédéralisme étonnamment varié."

Encore une fois, les intellectuels même les plus avertis, même les plus engagés sur le plan révolutionnaires n’ont pas été les créateurs et initiateurs de ce qui fit l’originalité de la révolution sociale espagnole. Les exploité-es russes avaient inventé les soviets6 ; ceux et celles d’Espagne inventèrent, à leur tour, une autre forme d’organisation.

Gaston Leval écrit : "Très vite dans les régions agraires, particulièrement en Aragon, est apparu un organisme nouveau : la Collectivité. Personne n'en avait parlé avant. Les trois instruments de reconstruction sociale prévus par ceux des libertaires qui s'étaient avancés quant aux prévisions de l'avenir étaient d'abord le Syndicat, puis la coopérative qui ne ralliait pas beaucoup de partisans, enfin, sur une assez large échelle, la commune, ou organisation communale. Certains pressentaient - et l'auteur fut de ceux-là - qu'un organisme nouveau et complémentaire pourrait, et devrait apparaître, particulièrement dans les campagnes, le Syndicat n'y ayant pas acquis l'importance qu'il avait dans les villes, et le genre de vie, de travail et de production ne s'accommodant pas d'un monolithisme organique contraire à la multiformité de la vie."

Ainsi est née la "colectividad" (collectivité, communauté). L’auteur présente le long de son livre les faits concrets qui illustrent ce qu’il écrit ci-dessous :

"(…) cette Collectivité est née, avec ses caractéristiques propres. Elle n'est pas le Syndicat, car elle englobe tous ceux qui veulent s'intégrer à elle, qu'ils soient producteurs au sens économique et classique du mot, ou non. Puis elle les réunit sur le plan humain, intégral de l'individu, et non pas seulement sur celui du métier. En son sein, et dès le premier moment, les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous ; il n'y a plus de catégories professionnelles s'opposant les unes aux autres, et faisant des producteurs des privilégiés de la consommation par rapport à ceux qui, telle la femme au foyer, ne produisent pas, toujours au sens économique et classique du mot.

La Collectivité, n'est pas non plus le Conseil municipal, ou ce qu'on appelle la Commune, le municipe. Car elle se sépare des traditions des partis sur lesquels la commune est habituellement construite. Elle englobe à la fois le Syndicat, et les fonctions municipales. Elle englobe tout. Chacune des activités est organisée en son sein, et toute la population prend part à sa direction, qu'il s'agisse de l'orientation de l'agriculture, de la création d'industries nouvelles, de la solidarité sociale, de l'assistance médicale, ou de l'instruction publique. Dans cette activité d'ensemble, la Collectivité élève chacun à la connaissance de la vie totale, et tous à la pratique d'une compréhension mutuelle indispensable."

Se présente, alors, la question : Et la liberté individuelle ? Comment se conciliait-elle avec la solidarité collective ?

Voici comment étaient réalisées, de manière complémentaires, les exigences de liberté et de solidarité, ou, si l’on veut, le principe de liberté solidaire :

« la loi générale a été l'universelle solidarité. Nous avons souligné, en passant, que les Chartes ou règlements où l'on définissait les principes d'où découlaient les comportements pratiques de chacun et de tous ne contenaient rien se référant aux droits et la liberté de l'individu. Non que les Collectivités aient ignoré ces droits, mais simplement parce que le respect de ces droits allait de soi, et qu'ils étaient déjà reconnus dans le niveau de vie assuré à tous, dans l'accès aux biens de consommation, au bonheur et à la culture, aux soins, aux considérations et aux responsabilités humaines dont chacun, parce que membre de la Collectivité, était assuré. On le savait, à quoi bon le mentionner ? En échange, pour que cela fût possible, il fallait que chacun accomplisse son devoir, fasse son travail comme les autres camarades, se comporte solidairement selon la morale d'entraide générale."

Toutes les réalisations décrites ont été concrétisées, soulignons-le, en pleine guerre !… En effet, les autogestionnaires de la Collectivité, d’une part, édifiaient la société nouvelle, libre et solidaire, éliminant toute forme d’exploitation économique et de domination politique ; d’autre part, et en même temps, les membres des Collectivités étaient contraints de se défendre, de combattre, armes à la main contre l’armée fasciste de Franco, et, parfois, également, contre les militaires staliniens.

Ajoutons un fait.

Les autogestionnaires étaient majoritairement des civils, disposaient de très peu, de trop peu d’armes et de moyens matériels, et recevait l’aide d’une minorité d’internationalistes libertaires, la plupart des civils.

Au contraire, les fascistes et les staliniens étaient des militaires expérimentés, disposaient d’un puissant matériel de guerre, et recevaient une consistante aide extérieure : pour les franquistes, armes et soldats de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie (et même, de cette dernière, des bombardements de l’aviation hitlérienne sur des populations civiles, comme à Guernica) ; pour les staliniens, le même genre d’aide de la Russie stalinienne.

Concernant les méfaits commis par les staliniens, l’auteur témoigne :

"C'est à Graus que j'ai vu, pour ainsi dire proclamée sur les façades, dans toutes les rues, et avec le plus d'éclat, et d'intensité, la joie de l'effort et de l'ordre nouveau. Tous les lieux de travail, tous les ateliers, les dépôts, les magasins de marchandises, portaient sur leur façade des panneaux de bois aux couleurs rouge et noire, de dimensions diverses, sur, lesquels on lisait, selon leur ordre de classement, dans l'appareil collectif de production : Lingerie, comunal N° 1, comunal N° 2 ; Menuiserie, Comunal N° 3, Comunal N° 4, Comunal N° 5 ; Collectivité des tailleurs N° 1, N° 2, N° 3, N° 4 ; Collectivité des boulangers, des charrons, des savetiers, etc. C'était un hymne, une proclamation de tous et de chacun, une explosion de confiance et de bonheur. Tout cela fut détruit par la brigade du général stalinien Lister et par Franco."

Il ne faut pas perdre de vue cette extrêmement difficile situation. Et, pourtant, pendant ces trois années d’existence, les réalisations des Collectivités ont été positives et concrètes. Elles ont permis d’assurer correctement la production agricole et industrielle, les transports, l’instruction des enfants et des adultes, les soins, l’amélioration des logements, l’aide efficace aux vieillards, les services publics tels transport, fourniture d’électricité, d’eau, bref tout ce qui concerne les besoins sociaux. Et tout cela sans aucune contrainte, en comptant uniquement sur leurs propres forces matérielles et morales. De manière consensuelle.

Qui dit mieux ? Quel mouvement social, dans le monde entier, a eu ces caractéristiques ?… Ni la Commune de Paris (1871), ni les soviets russes et ukrainiens (1917-1921).

Mais, dirait-on, pourquoi la « révolution » bolchevique est plus connue ? Pourquoi le franquisme est plus connu ? Pourquoi la Commune de Paris est plus connue ? Et la révolution des collectivités espagnoles est nettement ignorée ?…

Facile à comprendre.

Les trois premiers événements cités ont eut l’attention aussi bien des historiens bourgeois que marxistes-léninistes-trotskystes-staliniens. La Commune de Paris et la « révolution » bolchevique, notamment, parce que la première fut présentée par Marx comme exemple de « dictature du prolétariat » ; la seconde, parce que les vainqueurs-profiteurs en furent les marxistes-léninistes-trotskystes-staliniens.

Par contre, les seuls capables de relater correctement une révolution, inspirée et animée par les idées libertaires, autrement dit autogestionnaires, sont les … libertaires. Or, ils sont une minorité dans le monde, y compris de l’information ; et leurs moyens sont très limités : ils ne disposent ni de l’argent du capitalisme privé, ni de celui du capitalisme étatique.

Arrivons à la question la plus importante : est-ce que la révolution sociale en Espagne est désormais de l’histoire passée, dans le sens de dépassée, aujourd’hui inutile, impraticable ?

Voici d’abord un argument général, fondamental.

"Consignons à ce sujet7 une observation à laquelle nous attachons une grande importance philosophique et pratique. Les théoriciens et les partisans de l'économie libérale affirment que la concurrence stimule l'initiative, et par conséquent l'esprit créateur et l'invention qui, sans cela demeurent en sommeil. Les nombreuses observations faites par l'auteur dans des Collectivités, des usines, des fabriques socialisées lui permettent de penser d'une façon absolument opposée. Car dans une Collectivité, dans un groupement où chaque individu est stimulé par le désir de rendre service à ses semblables, la recherche, le désir, de perfectionnement technique ou autre sont aussi stimulés 8. Mais ils ont encore pour conséquence que d'autres individus se joignent à ceux qui se sont mobilisés les premiers ; en outre, quand au sein de cette société un inventeur individualiste découvre quelque chose, cela n'est utilisé que par le capitaliste ou l'entreprise qui l'emploie, tandis que quand il s'agit d'un inventeur vivant dans une communauté, non seulement sa découverte est reprise et poussée plus loin par d'autres, mais appliquée immédiatement à l'échelle générale. Je suis persuadé que cette supériorité apparaîtrait très vite dans une société socialisée. »

Ces observations ne demeurent-elles pas actuelles ?

Voici, ensuite, les conclusions de l’auteur : "Sans préparation organique, il n'est pas de révolution sociale et vraiment socialiste possible. La possibilité de succès dépend de l'importance de la capacité constructive préexistante. Mais cela ne signifie pas que la préparation ne doive être qu'intellectuelle et technique. Elle doit être, avant tout, morale, car le degré d'intellectualité spécialisée et de technicité mise au point dépend du degré de conscience qui crée le sens du devoir, imposant l'acquisition des disciplines nécessaires. C'est avant tout cette conscience des responsabilités qui a dominé chez les anarchistes espagnols, a influencé leurs luttes, leur comportement individuel, leur œuvre de propagande et d'organisation des travailleurs des campagnes et des villes, a maintenu leur persistance invincible dans le combat mené pour une société meilleure et une humanité plus heureuse, et alimenté la ferveur, sinon le mysticisme qui, portant chacun au-delà de lui-même, le poussait à se donner, à sacrifier sa vie pour l'avenir de l'humanité. Sans quoi, toute l'intelligence et toute la technique du monde n'auraient pas servi à grand-chose.

Et cela a aidé souvent à trouver des solutions valables, ou originales, là où manquait une formation intellectuelle supérieure. « J'ai vu bien des fois des cheminots, militants ouvriers qui savaient à peine signer leur nom, et qui, dans les réunions où l'on examinait des problèmes d'organisation des chemins de fer, ne déméritaient pas à côté des ingénieurs"9, nous disait récemment une camarade polonaise, ingénieur elle-même, à laquelle nous rendons ici hommage, qui participa jusqu'au dernier moment au fonctionnement du réseau ferroviaire de Madrid-Saragosse-Alicante.

L'imagination créatrice était stimulée par l'esprit, par l'âme des militants, et stimulait l'intelligence. La révolution, c'est aussi l'inspiration, la libre inspiration des hommes. Il est certain qu'en 1917 le parti bolchevique russe comptait un nombre d'intellectuels très supérieur à ceux que comptait, même proportionnellement à l'importance de la population, le mouvement libertaire espagnol en 1936. Mais la bureaucratisation étatique a freiné l'esprit créateur, et la supériorité culturelle d'un état-major de révolutionnaires professionnels s'est montrée inférieure au génie créateur de légions de militants libertairement orientés, et des masses par eux mobilisées."

Méditez ! Marxistes, populistes, intellectuels et politiciens "élitaires" d’Algérie et de tous les pays ! Méditez ! Si vous êtes capables d’estimer réellement le peuple, que vous prétendez aimer, alors que vous privilégiez, adorez et défendaient votre mentalité autoritaire, parasitaire, anti-populaire !

Revenons à Gaston Leval. Ses réflexions ne méritent-elles pas l’attention, aujourd’hui et dans le futur, quel que soit le pays considéré ?

Enfin, voici les ultimes paroles de son ouvrage :

"Notre œuvre constructive révolutionnaire a été détruite par la victoire franquiste et par le sabotage et la trahison de Staline et de ses agents. Mais elle reste dans l'histoire comme un exemple, et une preuve qu'il est possible d'éviter les étapes dictatoriales lorsqu'on sait organiser rapidement la société nouvelle ; se passer de la soi-disant dictature du prolétariat, ou plus exactement d'un parti révolutionnaire usurpant la représentation ou la délégation du prolétariat que les intoxiqués, les possédés du pouvoir - de leur pouvoir auquel le peuple doit se plier - s'obstinent à vouloir nous imposer sous peine de nous massacrer comme contre-révolutionnaires. Pas plus qu'hier Lénine et les siens, que Marx et Blanqui, et tous les maniaques de la dictature, ils n'ont la moindre idée pratique de la façon de réorganiser la vie sociale après le capitalisme. Mais comme fit Lénine, ils organiseraient très vite une police, une censure, et bientôt des camps de concentration."

Médite, peuple ! Méditez, ami-es sincères du peuple ! Avec le maximum d’attention ces constatations ! Afin de ne pas tomber, une nouvelle fois, dans l’illusion tragique, puis la désillusion amère, suivie de la désorientation mortifère.

Ultimes phrases de Gaston Leval :

"Un chemin nouveau a été montré, une réalisation qui émerge comme un phare dont les révolutionnaires qui veulent émanciper l'homme, et non le réduire en un nouvel esclavage, devront suivre les lumières. S'ils le font, notre écrasement d'hier sera largement compensé par les triomphes de demain."

Peut-on ignorer ces paroles quand on se croit et déclare être préoccupé de contribuer à l’établissement d’une société meilleure, plus juste, plus libre, plus solidaire ? De la part de celles et ceux qui se déclarent ami-es du peuple, en Algérie et de part le monde, comment expliquer leurs déclarations, affirmant ne pas savoir quel type de société construire, ne pas disposer d’exemple, ignorer à quels buts croire, comment les concrétiser ?

Je ne vois qu’un seul motif pour ne pas accorder d’importance à la révolution sociale espagnole comme exemple d’inspiration, comme projet général, but et méthode, actuellement pertinents : c’est d’exclure du projet la base fondamentale qui l’a constitué : élimination de l’exploitation économique et de la domination politique, quelque soit leur forme. Évidemment, si l’on croit impossible cette élimination, en prétextant que le système capitaliste est devenu désormais trop puissant, il ne reste qu’à s’agenouiller devant lui, en mendiant les miettes qu’il consentirait à concéder.

Mais il faudrait, tout au moins, si l’on est intelligent et honnête, ne pas illusionner et tromper le peuple avec des réformettes, présentées comme miraculeuses recettes. Elles ne consistent qu’à boucher quelques trous dans une barque où l’exigence du profit capitaliste ne cesse jamais d’ajouter de l’eau.

Certes, la révolution sociale espagnole, plus encore que l’expérience des soviets russes et ukrainiens, est ensevelie, par les vainqueurs, bourgeois et marxistes, sous des montagnes de mensonges, de déformations, de falsifications, de dénigrements, de silence. Ces vainqueurs ont besoin, après avoir assassiné les corps des partisans de la révolution sociale, de tuer, aussi, leurs idées ! Car les vainqueurs savent que les idées, si elles sont justes et parviennent à être connues des exploités-dominés, deviennent des armes, plus puissantes encore que celles des militaires. L’esprit populaire, l’idéal populaire, la force morale populaire, si les conditions sont favorables, s’il n’y pas de trahison des prétendus « amis », sont infiniment supérieurs à la plus puissante des armées, à ses généraux galonnés, issus d’académies militaires renommées, à ses mitrailleuses, à ses chars et à ses bombardements.

Par cette présentation du livre de Gaston Leval, j’espère avoir montré combien son témoignage est fondamental pour comprendre réellement l’histoire de la guerre civile espagnole, de la révolution sociale authentique qui l’a caractérisée. Elle en a été le fait historique le plus significatif. Je souhaite que la lecture de cet ouvrage soit l’occasion de trouver de précieuses idées théoriques et d’opératoires suggestions pratiques pour s’orienter actuellement, dans la contribution de chacun-e à une transformation sociale qui conjugue de manière harmonieuse liberté et solidarité.

*

Publié in

https://www.lematindz.net/news/25423-la-meconnue-plus-importante-revolution-du-xxe-siecle.html

25 Sep 2017

1 Voir La révolution inconnue, https://www.lematindz.net/news/25399-la-revolution-inconnue.html

2 Une présentation de l’auteur se trouve ici :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Leval#Franc-ma.C3.A7on

4 À ce sujet, Gaston Leval rappelle :

« Dans son rapport sur la situation russe, au 11e congrès du parti communiste, célébré en mars 1922, Lénine déclarait : «L'idée de construire une société communiste avec l'aide des seuls communistes, est un enfantillage, un pur enfantillage. Il faut confier la construction économique à d'autres, à la bourgeoisie qui est beaucoup plus cultivée, ou aux intellectuels du camp de la bourgeoisie. Nous-mêmes nous ne sommes pas encore assez cultivés pour cela.»

5Voir La révolution inconnue, op. c.

6 Voir La révolution inconnue, o. c.

7 Il s’agit de la liberté.

8 Note de l’auteur : "Rappelons-nous les 900 nouveaux modèles de chaussures à Elda, les nouveaux modèles de funiculaires à Barcelone, les nouvelles lignes de transport, etc."

9 Cette constatation a également été faite en Algérie, durant l’autogestion industrielle et agricole. Là, sans ingénieurs, lesquels avaient abandonné leur lieu de travail, la production fut assurée convenablement par les travailleurs eux-mêmes.

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION

Repost0

Publié le 23 Mars 2024

Capital humain : une richesse rarement considérée en Algérie avec le sérieux requis

دير علي اباكيك و ما ديرش علي اضاحك بيك

Dir ĕallî alli ibakkîk, ou ma dirch ĕallî idâhhàk bîk

(Tiens compte de celui qui te fait pleureur, et non pas de celui qui fait rire de toi).

Proverbe algérien.

 

J’ai hésité à publier ces réflexions, par souci de ne causer une malencontreuse incompréhension ou un faux débat, car l’Algérie est dans une situation internationale délicate, à cause de sa juste position d’indépendance face aux divers chevaux de Troie, présentés comme « cadeaux », et aux sirènes pseudo-culturelles de l’ingérence néo-coloniale-impérialiste. Il est vital de les neutraliser pour maintenir et renforcer la vitale indépendance, tellement payée par les larmes et le sang de la génération de la guerre de libération nationale. Un article1 m’a convaincu de l’utilité des réflexions suivantes, soumises, espérons, à un débat à la mesure des enjeux actuels.

En Algérie, des progrès indéniables se constatent, mais il reste tellement à faire. Essayer de comprendre ce dernier aspect est le but de cette contribution.

Rappelons une banalité qui n’a pas besoin de l’autorité d’un expert en géostratégie : 1) une économie en bonne santé au service du peuple, 2) celui-ci doté d’un cerveau culturellement bien labouré et 3) une institution militaire liée à ce peuple, sont les conditions indispensables pour dissuader sinon neutraliser une éventuelle agression militaire, quelque soit sa puissance matérielle et la dimension générationnelle de son action.

Ce ne fut pas le cas de l’Irak : son armée, considérée la « quatrième du monde », s’écroula en château de cartes suite à l’agression de l’armée impérialiste états-unienne ; cette armada fut, au contraire, vaincue par les peuples successivement vietnamien puis afghan. Dans ces deux cas manquaient une économie suffisante et une force matérielle forte : elles furent compensées par une résistance dont les dirigeants, d’idéologies différentes, eurent l’intelligence d’agir en « poissons dans l’eau du peuple ».

Mauvais départ

Dès l’école primaire, l’écolier prend connaissance de la fable Le lièvre et l’escargot : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Courir fut le coup d’État militaire survenu à l’été 1962 ; partir à point devait être la consultation démocratique du peuple sur le modèle de société à construire, ce peuple qui montra déjà sa maturité en se prononçant par référendum pour l’autodétermination de sa patrie.

Les observateurs algériens les plus compétents et les plus honnêtes montrent que l’Algérie prit le départ erroné du lièvre au lendemain même de l’indépendance : on ne construit pas le bonheur d’un peuple sans le consulter démocratiquement, mais en s’emparant du pouvoir par la force des armes. Cette méthode prouve, dans le meilleur des cas, un manque de confiance dans les capacités du peuple à choisir son mode de gestion, et, dans le pire, le mépris de ce peuple, masqué par les trompettes et les tambours « révolution », « populaire », « nationalisme », « socialisme », « anti-impérialisme », etc.

Dans les deux cas, l’ignorance ou le mépris accouchent d’une nouvelle tête de l’hydre dominatrice : une nouvelle caste, indigène. Elle se consolida, comme partout dans le monde, par le recours à la méthode éprouvée :

1) manipuler les consciences patriotiques en les portant à juger utile de fermer les yeux sur les aspects négatifs du pouvoir en place, l’essentiel étant de servir la nation ;

2) employer la carotte (salaires, privilèges, postes administratifs – le fameux « miel » publiquement évoqué par l’alors chef auto-proclamé de l’État ) pour réduire à la servitude volontaire les cerveaux médiocres ;

3) réprimer les cerveaux professionnellement compétents et éthiquement soucieux de l’intérêt du peuple.

Les hydrocarbures devinrent une malédiction : non pas un facteur de développement de la nation, mais un moyen de corruption des plus vils, et de fainéantise des médiocres incompétents (pléonasme). On demanda à un dirigeant : « Mais, quand les hydrocarbures seront épuisés, que ferons-nous ? » - « Bèh ! Nous retournerons dans nos tentes et utiliserons nos chameaux ! »

Qui est responsable ?

Comment expliquer pourquoi, en 1962, l’Algérie et la Corée du Sud étaient quasi au même niveau économique, alors qu’en 2024, la Corée du Sud, sans hydrocarbures, est devenue une nation économiquement développée au point d’exporter dans beaucoup de secteurs, tandis que l’Algérie, disposant d’hydrocarbures, importe presque tout, et ne produit presque rien dans le domaine industriel ?

Comment expliquer pourquoi Cuba, sans hydrocarbures et subissant un blocus économique de plusieurs décennies, dispose d’un secteur médical de niveau international, alors que les personnalités algériennes les plus importantes sont obligées d’aller se soigner à l’étranger ?

Comment expliquer que le Vietnam, sans hydrocarbures, mit fin, après l’indépendance, à la tragédie migratoire de ses travailleurs vers l’ex-métropole, alors que l’Algérie a vu augmenter sans cesse le nombre de citoyens contraints à aller trouver pitance ailleurs2 ?

Comment expliquer qu’en Chine ses meilleurs cerveaux résidents à l’étranger retournent au pays pour contribuer à son développement, et sont excellemment traités, alors qu’en Algérie les rares compétents, quelque soit le domaine d’activité, revenus au pays sont généralement déçus et contraints à un nouveau exil à l’étranger ou réduits à un exil intérieur, qu’il est plus correct de nommer ostracisme3 ?

Dans les sciences en particulier, les personnalités algériennes ou d’origine se distinguent généralement… à l’étranger : Europe, États-Unis, Japon. Personnellement, j’ai rencontré à... Pékin un Algérien travaillant dans le secteur de pointe : la robotique ; il m’expliqua avec amertume qu’il fut ignoré en Algérie, mais accueilli de manière correcte en Chine.

Anecdote. Un Algérien, qui s’exila de son pays à cause des difficultés bureaucratiques autoritaires hostiles au libre exercice de son métier, y revint avec l’intention de servir de nouveau sa patrie de naissance. À la lecture de son CV, un ami, important fonctionnaire, s’écria : « Avec ce CV, impossible pour toi d’être appelé à un quelconque travail ! » - « Pourquoi ? » - « Ta formation et ton expérience professionnelle sont tellement supérieures à celles du directeur qui devrait décider de ta collaboration. Il aurait trop peur de perdre sa place en ta faveur ! » - « Mais, je ne désire aucunement un poste bureaucratique, je veux fournir un travail créatif. » L’interlocuteur ria puis conclut : « Dans notre pays, ce n’est pas la compétence qui compte, mais l’allégeance ! » - « Pourtant, il semble qu’après les manifestations populaires passées appelées hirak, quelque chose de positif bouge dans le pays et le Président Tebboune parla d’« Algérie nouvelle ». » - « C’est vrai, mais les résistances à cette amélioration sont énormes de la part de ceux qui y perdraient leurs privilèges immérités (pléonasme) et ils sont nombreux ! Et ils se serrent fortement les coudes !… Ce qui est plus grave, le voici : en cas d’agression étrangère, rien ne garantit que ces médiocres ne deviendront pas les harkis des envahisseurs, car la médiocrité adore un seul Dieu : le fric ! quelque soit le maître. Pour la « issaba » algérienne, comme toutes les castes de la planète, l’unique Commandement est : « Après moi, le déluge ! » En Algérie, elle n’est pas suffisamment neutralisée malgré les efforts déployés, ce qui prouve leur insuffisance4. »

La domination de l’allégeance, par nature professionnellement médiocre et éthiquement harkie, ne sévit pas uniquement dans l’administration. Les partis politiques et les associations de tout genre fonctionnent, à de rares exceptions, selon la même abomination : allégeance, rien qu’allégeance, toute l’allégeance, pour que le salaire mensuel gonfle le compte bancaire et le fauteuil administratif reste assuré ! Jamais de critique, pas même constructive ! Dans toute machine bureaucratique, un médiocre obéissant est utile parce que fonctionnel ; un compétent critique constructif est dangereux parce qu’il menace les privilèges du médiocre en chef et de ses médiocres beni-oui-oui.

Une expression de la sagesse populaire déclare « Algérien, souffres et ne dis rien », une autre objecte « assbàr yàdbar » (la patience use). Depuis l’indépendance, on constate le mépris du plus modeste des gardiens de bureau pour le citoyen ordinaire, qui n’a pas de « connaissance en haut » : al hogra  (humiliation) ! On a constaté ses néfastes conséquences, notamment depuis la révolte de jeunes en octobre 1988, qu’un « responsable » traita de « chahut de gamins ». Il est vrai que cette hogra a diminué, depuis lors, comme flagrante arrogance, mais demeurent les mauvaises herbes de la médiocrité : servile avec le plus fort, dominatrice avec le plus faible, et toujours gagnante en dinars et dollars.

Le capital des capitaux

La population algérienne se distingue par une démographie considérable et par l’importance de sa jeunesse. Cette dernière, malgré tous les obstacles, toutes les misères, toutes les humiliations, bouillonne d’énergie ou de « dégoutage », voudrait montrer de quoi elle est capable à qui sait la stimuler.

Sans oublier la « moitié du ciel », les femmes : après avoir combattu les armes à la main, à parité avec les hommes, pour l’indépendance de la patrie, elles constatent une hostilité moyenâgeuse contre leur précieuse et indispensable contribution au bien-être du pays.

Rappelons aussi les Algériens qui, après des études au pays généreusement financées par l’État, contribuent, par ostracisme dans leur patrie, au bien-être d’autres nations, toutes heureuses d’accueillir cette précieuse ressource humaine sans avoir rien dépensé pour sa formation.

De tout ce qui précède, voici une hypothèse à débattre : le problème fondamental de l’Algérie ne réside-t-il pas dans le capital humain, constitué par la compétence professionnelle et l’éthique citoyenne, capital qui n’a jamais été considéré avec le sérieux requis ?

Autrement, comme au Vietnam, la tragique émigration de travailleurs aurait trouvé une solution honorable, alors qu’elle s’est aggravée par le phénomène des harraga. Autrement, comme en Corée du Sud, les intelligences algériennes auraient transformé le pays en une nation industrielle, sans recourir à des étrangers pour la construction d’autoroutes et même de simples immeubles d’habitation. Autrement, comme à Cuba, les personnalités algériennes se soigneraient dans leur pays. Autrement, comme en Chine, les meilleures compétences algériennes à l’étranger reviendraient dans leur patrie de naissance pour contribuer à son développement.

Ce raisonnement est-il faux ou vrai ? Hostile ou soucieux de l’Algérie ?

De nouveau, me revient la confrontation de l’Algérie avec la Corée du Sud, le Vietnam, Cuba, la Chine. Pourquoi les citoyens de ces pays ne sont pas, comme en Algérie, obsédés par des visas pour aller vivre ou même uniquement survivre à l’étranger, au point de risquer la noyade dans la Méditerranée ou l’asphyxie dans la soute d’un avion ?… Ma plus grande douleur, ma plus affligeante honte, la voici : un jeune d’une dizaine d’années, très gentil, au père chômeur, me déclara avec une stupéfiante conviction : « Dès que je le pourrai, nahrag (je pars clandestinement). » Combien d’autres enfants se réduisent à cette malédiction ?

Une soixantaine d’années après l’indépendance, est-il acceptable d’accuser des carences de l’Algérie les « séquelles du colonialisme » ? Cuba et l’Iran, soumis au criminel blocus économique états-unien, utilisent cette difficile situation comme occasion pour se développer, et non pas uniquement pour se plaindre. La Russie actuelle, victime des criminelles sanctions impérialistes, les transforment en occasion pour se renforcer dans tous les domaines. La Corée du Nord, sans hydrocarbures, et malgré les sanctions multiples qu’elle subit, s’est dotée de l’arme nucléaire, empêchant l’oligarchie impérialiste de la traiter comme l’Irak, la Libye et ailleurs.

Dans tous les cas ci-dessus mentionnés, quel est le facteur décisif, primordial de succès ? N’est-ce pas le capital humain, mobilisé de manière intelligente ?… Rappelons l’expression de celui qui émancipa la Chine de sa situation néo-coloniale (citation de mémoire) : « Le pouvoir est au bout du fusil », en précisant : « et d’abord de l’homme qui tient ce fusil », c’est-à-dire un-e citoyen-ne. Voici la preuve exemplaire : la victoire du peuple vietnamien contre trois impérialismes consécutifs, français, japonais et états-unien.

Par et pour le peuple

Cette juste devise orne les édifices publics algériens. Où en est-t-on de son application concrète, pas seulement lors d’élections, mais chaque jour, dans tous les secteurs de la vie sociale ?… « Le peuple n’est pas capable de s’auto-gérer ! » affirment certains. - Qu’attend-on pour l’éduquer à cette compétence ? Ne réside-t-elle pas dans le développement de ses facultés intellectuelles pour créer les richesses matérielles et les bienfaits culturels de la nation ?

La seule allégeance admissible ne consiste-t-elle pas à servir le peuple ? L’intérêt individuel et celui collectif ne doivent-ils pas se compléter harmonieusement l’un l’autre ?

Quand donc le précieux capital humain, au-delà de son appréciation en paroles, se concrétisera en action pour conjurer tout risque contre le pays des chouhadâ et chouhadâte ? N’est-ce pas la mise en valeur intelligente du capital humain qui est la solution stratégique, qui autorise à parler d’Algérie nouvelle de manière conséquente, qui transforme la fierté algérienne - parfois outrancière jusqu’au ridicule - en proclamation légitime, qui est le plus beau bouquet de fleurs sur les tombes de celles et ceux auxquels nous devons la dignité, autrement dit la liberté, l’égalité et la solidarité ?

À cet effet, l’Algérie n’a-t-elle pas besoin d’une authentique révolution des mentalités dans le domaine culturel, en semant les graines pour récolter une communauté sociale qui chantera à juste titre « Tahyâ Aljazaϊr ! », celle du peuple, en écho à la même expression entonnée durant la guerre de libération nationale ?

1 Abdelkader S., Des chaînes-supérettes, des émissions médiocres : l’audiovisuel algérien va mal, mars 15, 2024, https://www.algeriepatriotique.com/2024/03/15/des-chaines-superettes-des-emissions-mediocres-laudiovisuel-algerien-va-mal/

2Ce fut,en 1972, le cas de rupture de ma collaboration avec Kateb Yacine à l’occasion de la pièce théâtrale Mohamed, prends ta valise !, rupture expliquée dans un prochain livre.

3Lire Kamel M., La fulgurance du lancement du nouveau mouvement de Karim Zéribi intrigue, https://www.algeriepatriotique.com/2024/03/15/la-fulgurance-du-lancement-du-nouveau-mouvement-de-karim-zeribi-intrigue/

4L’un des membres, ou, plutôt, harki de la « issaba » (caste) prédatrice accusa celui qui voulait servir de nouveau son peuple d’être revenu au pays pour « chercher de l’argent » ! Ce calomniateur fut un certain temps conseiller ministériel, avant ou après avoir été militant du mouvement... « Barakat », dont l’égérie et cofondatrice fut une certaine Amina Bouraoui. Bouffer à tous les râteliers possibles, n’est-ce pas typique du méprisable mais rentable opportunisme ?… Cet individu est un type de personnage balzacien, un cancer qui ronge la belle Algérie et son patient peuple.

Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2024/03/17/capital-humain-une-richesse-rarement-consideree-en-algerie-avec-le-serieux-requis/

17 mars 2024

https://tribune-diplomatique-internationale.com/2024/capital-humain-en-algerie/

21 mars 2024

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 27 Février 2024

LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ? Éléments de discussion aux gens de bonne volonté

Il s’agit d’un essai ainsi présenté :

« L'ouvrage tente de répondre d’une manière synthétique aux deux questions posées dans le titre.

Les destinataires sont prioritairement les personnes qui, malgré leur « bonne volonté », manquent de temps, à cause d’un travail exténuant et/ou d’une attraction par le « spectacle », pour chercher les informations qui permettent, d’une part, de comprendre les causes et les conséquences réelles des conflits (guerre, résistance armée, terrorisme), et, d’autre part, mener des actions efficaces en faveur d’un monde équitable et pacifique.
  
Ce livre n’est pas celui d’un expert pour experts, ni de vulgarisation simpliste pour lecteurs superficiels, ni une somme systématique pour doctrinaires. »

Constatation

Celles et ceux qui exploitent par la domination l’humanité et la planète, ces individus représentent une toute petite minorité d’individus. Et voilà leur point fort : ils sont organisés, très bien organisés, unis, très bien unis malgré leurs divergences secondaires d’intérêts, pour maintenir et renforcer toujours plus leur hégémonie oligarchique. Car il s’agit bien d’oligarchie dont l’ancêtre est celle de l’antique Athènes :

« (…) l'oligarchie entraîne avec elle la majorité dans des dangers, tandis que des profits non seulement elle avale la meilleure partie, mais elle se les approprie en bloc, et ne les cède pas1. »

Et cette mafia mondiale actuelle agit de manière solidaire, au-delà de toute considération ethnique, religieuse, culturelle : la soif de richesse unit cette oligarchie comme la faim unit la horde de loups. On y trouve aussi bien des Anglo-saxons, des Asiatiques, des Moyens-orientaux, des Africains, bref tous les continents, toutes les religions, toutes les cultures, toutes les ethnies, toutes les « identités ». Un seul Dieu : le Divin Fric !

À l’opposé, la grande majorité de l’humanité dominée-exploitée, elle, au contraire, est divisée en ethnies, groupes religieux, aires culturelles, « identités », nationalités, etc. Qui crée et alimente cette division, sinon celui qui y trouve son intérêt : la minorité oligarchique exploiteuse-dominatrice ?

Proposition

Elle découle de la constatation.

Tant que le « troupeau », les « animaux » comme dirait un sioniste israélien, la « racaille » comme affirma un obscur avocat fils d’immigré devenu Président en France, tant que cette majorité humaine ne s’organise pas, ne trouve pas une modalité pour s’unir de manière libre, égalitaire et solidaire, cette majorité constitue les dindons d’où la bande de requins dominateurs-exploiteurs tirera la plus-value pour « jouir » de son infâme et criminelle existence sur cette planète.

On se rappelle l’appel désormais passé de mode : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »… La tentative échoua lamentablement, principalement parce qu’elle ne fut ni libre, ni égalitaire ni solidaire. Mais le principe demeure valable, exprimé d’une manière actuelle : exploités-dominés de tous les pays, si vous ne trouvez pas le moyen de vous solidariser de manière libre et égalitaire, vous resterez la viande, la sueur et le sang qui nourrissent la bande de carnivores qui vivent à votre détriment, et avec le sourire satisfait des vampires.

Utopie, cette union ?… Telles furent considérées les appels, au début très minoritaires, à l’élimination de l’esclavage antique puis moderne, du féodalisme, du colonialisme. Par conséquent, après environ quatre siècles de domination du capitalisme, par nature prédateur, pourquoi son élimination ne serait pas envisageable ?… Bien entendu, ses thuriféraires le proclament « le système le plus conforme à la nature humaine, le moins mauvais de tous les autres systèmes, donc éternel et la « fin » de l’histoire. » L’esclavagisme puis le féodalisme furent également présentés de manière identique. Platon et Aristote trouvaient « naturel » l’esclavage, et l’intelligentzia du Moyen Âge considéraient aussi le féodalisme comme « naturel ».

Une première tentative d’éliminer le capitalisme, par les anarchistes et les marxistes, échoua. Il s’agit de tirer les leçons nécessaires de cette expérience, sans œillères dogmatiques (pas facile), pour trouver comment reprendre l’action de manière efficace.

Elle commence par se débarrasser de « Maîtres à penser », furent-ils « scientifiques », et de « révolutionnaires professionnels », furent-ils sincères, pour considérer l’importance stratégique de formation d’associations citoyennes : de quartiers, de zones urbaines, de zones rurales, de nations, de la planète (devenue tellement petite, vu les moyens de communication), toutes ces associations basées sur les principes : liberté, égalité, solidarité, principes dialectiquement dépendants l’un de l’autre. Un long chemin commence par des premiers pas, et il n’est pas nécessaire d’assister au « Grand Changement » pour y contribuer. Tel est l’enseignement de celles et ceux, très minoritaires, contribuèrent à l’élimination des « éternels et naturels » esclavagisme puis féodalisme.

N’est-il pas venu, enfin, le temps de sortir des groupuscules militants, de s’affranchir des dogmes stérilisants et de toutes les catégories illusoires qui divisent et opposent les brebis du troupeau en peau noire / peau blanche, croyants / athées, marxistes / anarchistes, Nord / Sud, nationalistes / internationalistes, jeunes / vieux, hommes / femmes, etc., pour se reconnaître dans l’opposition principale, fondamentale, décisive, stratégique : dominateurs-exploiteurs / dominés-exploités ? En éliminant cette division, ne trouverions-nous pas la solution des autres oppositions secondaires, réelles ou préfabriquées ?

Manifs ?… et après ?

Les manifestations, aussi gigantesques soient-elles, n’empêchèrent pas l’agression militaire impérialiste contre l’Irak, et celles actuelles n’empêchent pas la poursuite du génocide sioniste (soutenu par la bande dominatrice-exploiteuse) contre le peuple palestinien à Gaza.

Si, après la destruction de l’Irak, les citoyens partisans de « Pas de paix sans justice » avaient compris la nécessité de se doter d’une forme d’organisation permanente, au niveau local, national et international (à l’exemple de l’oligarchie mondiale), les agressions militaires seraient-elles encore possibles ?… Les ouvriers qui fabriquent les armes, les dockers qui transportent ces armes, les soldats qui les utilisent, les employés qui assurent la bureaucratie de ces opérations, les citoyens qui paient des impôts pour financer la guerre, les policiers qui traquent les protestataires contre la guerre, toutes ces catégories de citoyens continueraient-ils leur servile activité au service du crime contre l’humanité si l’on crée des associations où les inviter à comprendre, en paraphrasant notre ami La Boétie : Décide d’être un humain digne de ce qualificatif et te voilà tel ?… Mais tu ne peux pas l’être sans t’associer avec tous ceux qui veulent être humains comme toi, même si tu choisis de t’isoler dans une grotte et de te contenter d’herbes sauvages. Là, aussi, te menacent la guerre bactériologique et/ou nucléaire, car, pour la minorité oligarchique, tu n’es qu’une bête dont il faut tirer profit sinon éliminer parce que surplus parasitaire.

Le décisif, jamais facile, mais indispensable

« Se vuoi la bicicletta, devi pedalare » (Si tu veux la bicyclette, tu dois pédaler - proverbe italien).

S’unir en partant d’associations de base n’est pas facile, encore moins après les désillusions passées2, encore moins tant que sévissent les « Maîtres à penser » se réclamant de la « Science », encore moins tant qu’existent des « politiciens professionnels » bien rémunérés, encore moins avec les réseaux sociaux qui donnent l’illusion virtuelle de communication solidaire tandis qu’ils isolent physiquement les uns des autres, encore moins tant que les castes dirigeantes, en pleine crise du système qui leur permet d’exister, décrètent loi sur loi pour désarmer toute action de contestation réelle de la domination-exploitation, avec l’habituel cynisme de défendre la « liberté » (celle du plus fort contre le plus faible), la « démocratie » (gérée par le plus fort au détriment du plus faible), la « civilisation » (celle du barbare contre ses victimes).

Pour disposer d’instruments de réflexion en vue d’une action efficace, il faut consacrer du temps, beaucoup de temps, et se débarrasser de toutes les lunettes dogmatiques portées par un Ego mal géré ; autrement, on ne comprend pas réellement ce qui est « pourri » sur la planète Terre, et comment y remédier. Le pire est de se trouver dans une situation d’ignorant qui ignore son ignorance. Une contribution à cette clarification est librement téléchargeable.

1 Thucydide, La guerra du Peloponneso, op. cit., Livre VI, p. 410-411.

2 Apprenez l’histoire réelle de la Commune de Paris, des soviets russes, des conseils ouvriers en Allemagne puis en Hongrie, des coletividad durant la guerre civile en Espagne, des comités d’autogestion en Yougoslavie puis en Algérie, de la Commune de Shanghai de 1967-1968.

Publié in

25 février 2024

https://tribune-diplomatique-internationale.com/2024/guerre-pourquoi-la-paix-comment/

24 février 2024

https://www.algeriepatriotique.com/2024/02/26/la-guerre-pourquoi-la-paix-comment-elements-de-discussion-aux-gens-de-bonne-volonte/

26 février 2024

 

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 5 Février 2024

Quoi de mieux ?

À l’occasion de la journée internationale « TERRA MADRE - UMANITÀ E RINASCITÀ » (TERRE MÈRE – HUMANITÉ ET RENAISSANCE) tenue à Rome (Italie) le 25 janvier 2024, Kaddour Naïmi intervint avec ce texte, en italien et en arabe, dont voici la version française.

 

Quoi de mieux ?

 

Si tu veux la paix,

prépare la paix,

non la guerre.

 

Si tu veux la tranquillité,

domine en toi l’atavique bestialité,

ne cherche pas à dominer mon humanité.

 

Si tu te déclares civilisé,

comporte-toi avec moi en civilisé.

 

Si tu veux être aimé,

aime-moi, moi aussi.

 

Si tu ne veux pas être agressé,

ne m’agresse pas, toi.

Si tu ne veux pas être terrorisé,

ne me terrorise pas, toi.

 

En somme,

comme on l’a dit depuis toujours et partout :

si tu ne veux pas subir une tempête,

ne sème pas le vent.

 

C’est simple, très simple

comme un plus un fait deux,

comme un moins un fait zéro.

 

Zéro ou deux :

quoi de mieux ?

 

Trois !...

Liberté, égalité, solidarité.

Mets-les en pratique ensemble

et tu verras, tu verras :

tout ira bien et pour tous.

 

Publié in

https://reseauinternational.net/quoi-de-mieux/

31 janvier 2024

https://tribune-diplomatique-internationale.com/2024/quoi-de-mieux/

1 février 2024

https://www.algeriepatriotique.com/2024/02/02/poeme-a-loccasion-de-la-journee-internationale-terra-madre-unita-e-rinascita/

2 février 2024

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0

Publié le 14 Octobre 2023

Pour la fin des oligarchies européo-états-uniennes

Est-ce un hasard si l’héroïque et exemplaire action des patriotes palestiniens contre le criminel (« appelons un chat un chat / et un fripon un fripon », Boileau) colonialisme sioniste rappelle l’autre héroïque et exemplaire action, celle du Têt en 1968, de la résistance populaire vietnamienne contre le criminel des criminels impérialismes, celui états-unien ? Certes, l’offensive du Têt coûta au peuple vietnamien beaucoup de morts, ne déboucha pas sur la victoire, mais cette opération constitua le jalon symbolique ; il aboutit à chasser du pays de manière honteuse l’armada impérialiste « démocratique » en paroles, nazie en actes.

Un étonnement étonne : celui des personnes qui reconnaissent le droit légitime des Palestiniens à combattre le colonialisme sioniste israélien, mais sont surprises par la réaction des dirigeants « occidentaux » qui, d’une seule voix, accusent les Palestiniens de « terroristes », de « sauvages » et considèrent les Israéliens d’ « innocentes victimes » qui doivent « défendre leur nation, leurs soldats et leurs civils ». Mais jamais ces « Occidentaux » ne rappellent que cette nation « la seule démocratie au Moyen-Orient » est née dans le sang du peuple palestinien, continua à exister dans le sang du peuple palestinien, veut se perpétrer dans le sang du peuple palestinien… comme les nations européennes se sont enrichies dans le sang des peuples agressés, comme la nation états-unienne est née et s’est perpétuée dans le sang des peuples amérindiens. Un sanguinaire peut-il reconnaître son crime ?

Et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ne doit-il pas s’appliquer au peuple palestinien ? Et les résolutions de l’O.N.U reconnaissant le droit du peuple palestinien à un État autonome, pourquoi reste-t-il un bla-bla-bla sans application ?

Depuis le commencement de l’humanité

Dans l’histoire de l’espèce humaine, depuis l’apparition du premier individu dominateur-exploiteur, du premier clan dominateur-exploiteur, de la première oligarchie dominatrice-exploiteuse, de la première nation dominatrice-exploiteuse, ne constate-t-on pas le même scénario ?… Les dominateurs-exploiteurs agressent, massacrent, génocident, holocaustent en proclamant, la main sur le cœur de prédateur, agir, selon l’époque historique, au nom de « Dieu », de la « Civilisation », de la « Démocratie », de la « Liberté », de la « Vie », de la « Nation », de la « Patrie », de l’« Ordre », des « Règles », et ils accusent leurs victimes d’être des « hérétiques », « barbares », « sauvages », « totalitaires », « terroristes », sans-patrie, anarchistes, schizophrènes. Toujours la même rengaine depuis l’apparition de la domination : les criminels se proclament « libérateurs » et stigmatisent leurs victimes comme « oppresseurs ». Rien de changé sous le soleil.

Depuis cinq siècles

Sauf ceci : depuis cinq siècles, les « Blancs Civilisés et Chrétiens d’Europe », plus exactement leurs oligarchies dominantes-exploiteuses, ne se contentèrent plus de sucer le sang et la sueur de leur propres peuple, ils cherchèrent à sucer le sang et la sueur d’autres peuples. Ces oligarchies vampires finirent par « découvrir » les terres de la planète où ils agressèrent, massacrèrent, génocidèrent, holocautèrent, réalisèrent la « solution finale » de peuples entiers, s’emparèrent de leurs terres, du contenu de ces terres, et réduisirent en esclavage la partie de peuple nécessaire comme main d’œuvre.

Parmi les peuples européens, une toute petite minorité dénonça ce colonialisme et refusa de profiter du butin volé par des crimes contre l’humanité.

Ce qu’on appelle les États-Unis furent l’avatar le plus moderne de ce crime des oligarchies européennes contre l’humanité, l’avatar le plus sanguinaire, le plus cynique : né dans le crime contre les peuples indigènes, il a continué à exister dans le crime contre la partie prolétaire-paysanne de son territoire, et dans le crime contre d’autres peuples.

Puis se créa Israël, le dernier phénomène colonialiste, « le poste avancé de la civilisation occidentale au Moyen-Orient », imposé par le terrorisme des groupes Stern et Haganna, avec la complicité des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, légitimé par la tragédie de la « solution finale » dont furent victimes les Juifs de la part d’oligarchies européennes, et qui, depuis sa naissance, poursuit son expansion territoriale par une nouvelle forme de « solution finale » contre le peuple palestinien. Soixante quinze ans d’oppression, d’accaparement forcé de terres, de maisons, d’eau, de profanation de mosquées, de refus de reconnaître un État à ce peuple, de violation du Droit international, de mépris pour les décisions de l’O.N.U., jusqu’à l’apartheid actuel. L’habituelle arrogance coloniale, l’habituel mépris pour les « indigènes », l’habituelle indignation devant leurs révoltes « sauvages ».

Oligarchies européo-états-uniennes

Confucius attira l’attention sur la nécessité d'employer les mots corrects. Boileau précisa : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». En effet, les mots pertinents permettent une compréhension exacte de la réalité, une action judicieuse.

Dès lors, pourquoi des auteurs sérieux, anti-impérialistes, utilisent « Occident » ou « Occident collectif » ? Bien entendu, ça fait moderne, post-moderne, chic ! Ça donne l’impression d’intelligence élitaire.

Ces auteurs ne comprennent-ils pas que « Occident » ou « Occident collectif » ne signifient rien ? Pis encore, ces mots servent les impérialistes pour semer la confusion, manipuler, présenter les conflits en termes géographiques ou « civilisationnels » (voir l’idéologue impérialiste Samuel Huntington). Le nom exact des dominateurs-exploiteurs de la planète est : « oligarchies européo-états-uniennes ». On objecterait : Et le Japon, la Corée du Sud, Taïwan ?… Des oligarchies nationales laquais des oligarchies impérialistes.

Celui qui hausserait des sourcils ironiques devant les expressions « dominateur-exploiteur » et « dominé-exploité », en les considérant comme passées de mode, hausserait-il encore ses sourcils en considérant comme passés de mode les mots tels  équation, atome, oxygène ? Autrement dit, quand un mot définit correctement une réalité, pourquoi le changer ?

Le présent du passé

Meli. - Et comment pourraient coïncider nos intérêts : nous faits esclaves et vous à nous dominer ?

Athéniens. - À vous reviendrait la fortune de vivre en sujets, avant de souffrir des châtiments plus cruels : et pour nous ce serait un gain de ne pas vous avoir anéantis. (Thucydide, La guerre du Péloponnèse).

... la maigreur qui nous afflige, le spectacle de notre misère, est un inventaire qui montre leur opulence ; notre détresse est profit pour eux. [...] Ils nous laissent mourir de faim quand leurs magasins regorgent de grains, font des édits en faveur de l'usure pour soutenir les usuriers, rejettent chaque jour quelque acte salutaire établi contre les riches, et promulguent des statuts chaque jour plus vexatoires pour enchaîner et asservir les pauvres. Si les guerres ne nous dévorent pas, ils s'en chargeront. (Shakespeare, Coriolan).

Par la mémoire du passé, le présent se comprend, se prépare le futur. Les oligarchies européo-états-uniennes, avec le consensus de la partie de leurs citoyens qui en profitaient, se sont développées par : 1) la répression des droits légitimes de la partie travailleuse exploitée de leur nation, 2) l’agression impérialiste contre d’autres peuples de la planète.

Ainsi naquit l’hégémonie prédatrice des oligarchies européennes. Leur esprit retors transforma l’invention de la poudre, utilisée par les Chinois pour fabriquer des feux d’artifice, en poudre à canon pour mater la révolte de leur classe laborieuse exploitée, et agresser d’autres peuples. Ainsi, ces oligarchies européennes s’enrichirent au détriment de leurs classes travailleuse et d’autres peuples du monde.

Quand la classe travailleuse européenne se révolta pour réclamer une part du butin impérialiste, les oligarchies se virent contraintes de concéder les miettes : elles transformèrent les syndicats en complices, et les idéologues et propagandiste des médias en chiens de garde.

Rappel. Le colonialisme français en Indochine prit fin par la magnifique épopée vietnamienne de Dien Bien Phu ; le même colonialisme en Algérie prit fin par la guerre de libération algérienne et sous la pression des familles françaises dont les fils étaient tombés sur le champ de bataille contre les résistants algériens ; l’agression impérialiste états-unienne au Vietnam prit fin par la victoire militaire du peuple vietnamien et sous la pression des familles états-uniennes dont les fils tombèrent sur le champ de bataille. Qu’est-ce à dire ?… Que le peuple israélien reconnaîtra le droit des Palestiniens à une patrie quand les familles israéliennes verront leurs enfants soldats ou civils victimes à leur tour des victimes palestiniennes, militaires et civiles, de l’oppression coloniale israélienne.

Les dominateurs-exploiteurs comprennent un seul langage, celui de la violence : quand ils sont forts, ils l’utilisent sans état d’âme ; quand cette violence s’exerce comme contre-violence à leur détriment, ils s’y plient. Tout leur vocabulaire sur la « paix » est romain antique : la pax romana, la domination par les armes.

Inutile, stupide, naïf s’étonner des proclamations outrées des représentants politico-médiatiques des oligarchies prédatrices. Ils jouent leur infâme rôle, payés pour bien l’accomplir.

Aux défenseurs des intérêts des peuples de démasquer ce rôle afin que les gens manipulés découvrent la tartuferie, la comprennent comme intrinsèque à ces carnassiers aux visages humains, aux sourires de crocodile, aux yeux de tigre affamé de richesses illimitées.

Par conséquent, s’étonner de l’hypocrisie des marionnettes des oligarchies laisserait croire à l’existence d’une conscience chez ces marionnettes, d’une sensibilité à la justice, d’un sens de la vérité… Peut-on attendre d’un psychopathe un raisonnement sain, le remords ?… La cruauté est son mode opératoire, l’arrogance sa justification, le déni son langage : « réduire le Viet Nam à l’âge de pierres ! » menaçait un haut officier états-unien ; se comporter en « chien enragé » à craindre, déclara le général Moshé Dayan, « Shock and Awe » (Frappe et Terrorise) se nommait l’opération de bombardements de l’aviation anglo-états-unienne sur l’Irak, « Chaos créatif », entendons guerre et souffrances, s’appelle la stratégie états-unienne actuelle pour créer l’« Ordre » nouveau « selon les règles », imposé par l’oligarchie hégémonique états-unienne. La mentalité carnassière du capitalisme, dans sa phase impérialiste, dépasse en cruauté et en cynisme toute les dominations précédentes. Que sont les massacres d’Attila en comparaison des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki ?

Le Minotaure, ça dit quelque chose ?… Il ne pouvait vivre qu’en dévorant des êtres humains. De tout temps et partout, les dominateurs-exploiteurs, au sein de leur nation comme contre d’autres nations, agissent de la même manière : ils clament haut et fort la défense de leurs existence, « niveau de vie », « way of life », « développement », « richesses », « progrès », « culture », « civilisation », « démocratie », « liberté », etc, en occultant que cette défense est en réalité une attaque contre les mêmes valeurs niées aux peuples dominés-exploités. L’enrichissement des uns provient de l’appauvrissement des autres, le premier assuré par la violence des armes, légitimé par les lois instituées par le plus fort et le langage adéquat. Durant le génocide des peuples amérindiens, les colonisateurs européens appelaient « victoire » leurs massacres de résistants indiens, et « massacres » les victoires de ces derniers. Partout, les dominateurs appellent « légitime défense » leurs exactions, et « terroristes » ceux qui les combattent.

Alors, les Macron, Biden, Netanyahou et autres marionnettes, mises là où elles sont par les maîtres de leurs oligarchies financières respectives, faut-il s’étonner de leurs jacassements de perroquets ? S’il faut s’étonner, ce n’est pas de leur soutien unanime au criminel colonialisme sioniste en Palestine, mais constater que la bête impérialiste enfante toujours, tant qu’elle n’est pas neutralisée par la lutte des peuples pour la dignité humaine.

Veut-on constater jusqu’où ose le cynisme des oligarchies en question ?… Jéhovah aurait autorisé les Juifs à massacrer les Cananéens pour occuper leur territoire, les colonialistes romains ont chassé les Juifs de Palestine, les Européens les ont ostracisés dans des ghettos, puis tenté de résoudre le problème par la « solution finale » dans les fours crématoires, les mêmes européens refusèrent d’accueillir les rescapés dans leur pays, ils leur « offrirent » le retour en Palestine, décrétée « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Et quand le peuple palestinien proteste par des moyens pacifiques, il est réprimé dans le sang ; s’il résiste par les armes, il est taxé de « terroriste » et bombardé dans ses lieux d’habitation, avec la bénédiction des représentants des « démocraties », entendons des oligarchies impérialistes et leurs vassaux. Jusqu’au sinistre Zelenski : il dénonce les combattants palestiniens comme « terroristes », mais lui terrorise sans problème les Russophones du Donbass.

Le peuple palestinien poursuit la lutte des peuples pour leur libération des oligarchies coloniales. Ironie de l’histoire : une partie du peuple qui fut menacé de disparition totale par les nazis est devenu celle qui menace le peuple palestinien de disparition totale. Et les oligarchies européo-états-uniennes soutiennent l’agresseur comme « défense légitime » et dénoncent l’agressé comme « terroriste sauvage ».

Espérons que l’action « Ouragan d’El Aqsa » devienne l’offensive du Têt du peuple palestinien et, à travers lui, des autres peuples encore sous domination coloniale pour mettre fin au Minotaure européo-états-unien. Tant qu’il y a un dominé-exploité sur cette terre, la paix juste est impossible. Mandela constatait : c’est la violence du dominateur qui impose au dominé de réagir par la violence. Ne pas le comprendre, c’est naïveté ou complicité avec le dominateur. Norman Finkelstein le sait :

« Les larmes de crocodile ont commencé à couler sur les otages israéliens pris par les militants de Gaza. Mais Israël tient en otage les 2,1 millions d’habitants de Gaza, dont un million d’enfants, dans l’une des zones les plus densément peuplées de la planète depuis près de 20 ans. En fait, Israël est le seul pays au monde à avoir légalisé la prise d’otages1. »

Les colonialistes israéliens rendent les Palestiniens fous de rage, et quand cette rage se manifeste en actes de folie, les colonialistes israéliens continuent à accuser les enragés d’être enragés.

La violence est à déplorer, mais, hélas ! ainsi agissent les dominateurs. Les dominés peuvent-ils réagir autrement ? Avant de répondre, allez vivre à Gaza parmi les Palestiniens. Vous découvrirez l’infâme imposture des accusations de « terrorisme antisémite », d’« esprit pathologiquement anti-occidental », de « fanatisme islamique », de « sauvagerie arabe » ; vous verrez tomber les bombes du « démocratique » Israël qui les voudraient celles de Guernica pour « éliminer de la terre la vermine arabe »  ; vous saurez combien le « civilisé » Israël aimerait tend à réduire le ghetto de Gaza en ghetto de Varsovie : depuis longtemps, Gaza est condamnée à une prison à ciel ouvert, à présent on coupe à ses habitants l’eau, la nourriture, l’électricité, le gaz et on bombarde sa population ; aux autorités israéliennes manquent seulement l’édification de fours crématoires pour la « solution finale » du peuple palestinien.

Enfin, si vous allez à Gaza, vous constaterez combien un peuple est attaché à vivre dans la dignité, au point de lancer des centaines de ses combattants chéris dans un assaut sans possibilité de retour. Leur esprit ravive celui des révoltés de Spartacus. Le sanguinaire système esclavagiste finit dans les poubelles de l’histoire ; ainsi finira le sanguinaire système dominateur-exploiteur.

1 https://lecridespeuples.fr/2023/10/07/prise-dotages-gaza-a-appris-disrael-par-norman-finkelstein/

Publié in

https://reseauinternational.net/pour-la-fin-des-oligarchies-europeo-etats-uniennes/

11 octobre 2013

https://tribune-diplomatique-internationale.com/fin_des_oligarchies_europeo-etats-unienneskaddour_naimipalestineisraelhamas/

12 octobre 2023

https://www.algeriepatriotique.com/2023/10/13/pour-la-fin-des-oligarchies-europeo-etats-uniennes/

13 octobre 2023

Voir les commentaires

Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

Repost0