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Publié le 10 Septembre 2026

Kadour NAIMI devant sa biblothèque à Rome.

Kadour NAIMI devant sa biblothèque à Rome.

Kaddour Naïmi , artiste algérien : « La vérité n’est pas la bienvenue quand elle remet en question les privilèges »

 

Kaddour Naïmi et l’histoire inaccomplie du théâtre algérien.- D.R.

 

GRAND ENTRETIEN AVEC KADDOUR NAÏMI
« THÉÂTRE : BEAUTÉ, VÉRITÉ, BONTÉ »

Question — En 2023, tu as publié à Oran ton ouvrage THÉÂTRE : BEAUTÉ, VÉRITÉ, BONTÉ. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Réponse — Pour des motifs qui me semblent évidents. Dans toute entreprise humaine, dans notre cas le théâtre, quels sont les éléments fondamentaux qui justifient cette action ? D’abord, créer de la beauté et non pas de la laideur, fournir la vérité et non pas le mensonge, enfin viser à la bonté, terme qui englobe les deux premiers, et non à la méchanceté. Ces trois concepts résument et justifient toute production humaine.

Question — Quel est précisément le contenu de cet ouvrage ?

Réponse — Le récit de mon parcours artistique théâtral depuis ma formation en 1966 jusqu’à ma dernière réalisation « Alhnana, ya ouled ! » (« La tendresse, les enfants ! ») en 2012. J’expose mes réalisations et comment elles furent concrétisées, et je complète par des considérations théoriques. Depuis ma première réalisation « Mon Corps, Ta Voix et Ma Pensée » en 1968, production théâtrale et éclaircissement théorique s’éclaircissent mutuellement.

Question — Pourquoi avoir choisi cette double démarche, à la fois artistique et théorique ?

Réponse — Parce que j’ai deux amours : la philosophie et le théâtre. Au lycée, je me destinais d’abord à la première, puis vint la révélation du théâtre. J’ai alors pratiqué ce dernier, soutenu par l’éclairage de la première. J’appelle cela marcher avec ses deux pieds ou, encore, joindre le ciel et la terre.

Question — As-tu eu l’occasion de présenter ton ouvrage lors de rencontres publiques ?

Réponse — Oui, sur invitation : à Oran, Sidi Belabbès, Mostaganem et Tlemcen.

Question — Et seulement dans ces villes ?

Réponse — Sans invitation, comment aller à d’autres rencontres ?

Question — Effectivement… À ce propos, un fait m’a particulièrement interpellé : les médias, qu’ils soient officiels ou indépendants, n’ont jamais signalé la publication de ton livre. Comment expliques-tu ce silence ?

Réponse — À eux de répondre… Voici ce que je sais. À Oran, voici un an déjà, un correspondant d’un journal national acheta le livre, promit de le lire et d’en rendre compte dans son journal. Rien ! Un autre journaliste retraité à Oran présenta le livre avec moi dans un petit local théâtral, sans l’avoir lu, et depuis n’a rien écrit sur le même journal national où il travaillait. Un animateur d’une télé privée d’Alger a lu le livre pour m’inviter à en parler, mais, déclina l’invitation ainsi : « J’admire le courage de l’auteur qui révèle des vérités dérangeantes, mais je ne peux pas l’inviter. » Enfin, l’animateur d’une émission culturelle sur Canal Algérie fut présent à la présentation du livre à l’université d’Oran, prit le livre, promit de m’inviter à l’émission : rien !

 

Question — À l’Université d’Oran, comment s’est caractérisée la rencontre consacrée à ton ouvrage ?

Réponse — Lors de la présentation du livre au Département de Théâtre de l’Université d’Oran, le 30 octobre 2024, l’enseignante qui rendit compte de l’ouvrage déclara : « L’auteur de ce livre et son activité théâtrale relatée dans son ouvrage, je n’en jamais entendu parler malgré les nombreuses thèses que j’ai dirigées sur le théâtre algérien. En lisant ce livre, j’ai découvert des faits importants que j’ignorais malgré ma longue carrière dans le domaine théâtral algérien. Cet ouvrage devrait figurer dans les bibliothèques de toutes les universités algériennes. »

Question — C’est effectivement un beau compliment !

Réponse — Sans fausse modestie, je crois qu’elle avait raison, car l’un des motifs d’écriture de cet ouvrage est de contribuer, sur la base de mon expérience professionnelles, à fournir une sorte de manuel de formation théâtrale à la jeune génération actuelle. C’est là une simple dette à honorer envers mes jeunes compatriotes. Ceci dit, des jeunes d’autres pays pourraient également trouver matière à formation dans leur pratique théâtrale. Une autre enseignante de l’université d’Oran a offert le livre à la bibliothèque de la… Sorbonne à Paris.

Question — D’autres universités t’ont-elles également invité à des rencontres autour de ton ouvrage ?

Réponse — Aucune.

Question — Pourquoi, à ton avis ?

Réponse — Comme pour les médias, aux responsables de ces universités de répondre.

Question — As-tu néanmoins une hypothèse pour expliquer cette absence d’invitations ?

Réponse — Certainement : les personnes qui devraient parler du livre ou m’inviter à le présenter, soit ignorent son existence, soit le connaissent mais préfèrent l’occulter.

Question — Penses-tu que cela puisse être lié à certains faits révélés dans ton livre ? Je dois dire que j’en ai moi-même découvert certains avec surprise, voire avec stupéfaction.

Réponse — C’est possible car la vérité n’est pas la bienvenue quand elle remet en question des privilèges. À ce propos, l’animatrice qui a organisé des rencontres à Oran sur mon livre m’a confié avoir reçu un appel téléphonique d’une personne dont elle n’a pas voulu me révéler l’identité. Voici leur conversation. Lui : « Pourquoi soutiens-tu la diffusion de ce livre ? » Elle : « L’as-tu lu ? » — Lui : « Non, mais je connais son contenu. » — Elle : « Alors, lis-le et si tu as des contestations à présenter, l’auteur sera d’accord pour un débat public avec toi. »

Question — J’ai lu l’article de Mohamed Kali, « Y A-T-IL UN CAS KADDOUR NAÏMI ? Polémique en scène », paru dans le quotidien El Watan du 30 mars 2013. Comment expliques-tu que, treize ans plus tard, en 2026, cette cabale semble toujours persister ?

Réponse — J’ai des motifs de croire que ses motifs demeurent vifs chez ses auteurs. L’un d’eux, ex-directeur d’un théâtre régional de l’Ouest, me déclara ouvertement, en 2012 : « Tu as eu tort de toucher à notre icône national ! Nous ferons en sorte que tu ne travailleras plus en Algérie ! » Et il rompit l’accord sur un projet théâtral qu’il m’avait lui-même proposé de réaliser dans le théâtre qu’il dirigeait. J’ai apprécié le courage de son aveu et compris qu’il parlait au nom d’un clan puissant en Algérie que mon livre dérange parce qu’il dévoile l’intérêt que les membres de ce clan tirent de leur position privilégiée.

Question — Comment envisages-tu, désormais, de poursuivre la diffusion et de faire connaître ton livre ?

Réponse — En cherchant à organiser d’autres rencontres là où des gestionnaires institutionnels, honnêtes et compétents, le jugeraient utile. J’ai également programmé de tenir des MasterClass de théâtre, de plusieurs niveaux et sur de multiples thèmes, où le livre sera à disposition pour les intéressés.

Question — Compte tenu de l’importance du lectorat arabophone, une traduction en arabe est-elle envisagée ?

Réponse — Je le voudrais tellement, mais je ne dispose pas de l’argent pour payer l’éditeur à compte d’auteur, ni compenser l’auteur de cette traduction, car je ne dispose pas du temps pour m’en occuper moi-même, mais j’en contrôlerai le contenu.

Question — Pourquoi la publication de ton livre en français s’est-elle faite à compte d’auteur ?

Réponse — En prenant connaissance des lignes éditoriales des maisons d’édition algériennes à compte d’éditeur, j’estimais qu’aucune d’elles n’accepterait la publication de mon bouquin.

Question — Quelqu’un m’a dit que, dans ton livre, tu « tires la couverture à toi » et que tu « joues le beau rôle ». Que lui répondrais-tu ?

Réponse — Au lecteur et à la lectrice d’en juger. Toute ma vie, dès ma jeunesse, — j’en fournis une preuve dans mon livre —, j’ai dédaigné et dénoncé les prétentions égotistes de certains à se faire ériger en Mythe à célébrer, en Statue de Commandeur, en Icône à adorer, en Sauveur à supplier. Dans mon enfance puis dans ma première jeunesse, j’y avais succombé une courte période, puis j’ai compris, grâce à des penseurs libres d’esprit, cette forme d’aliénation et je m’en suis libéré à jamais. Cette émancipation n’est pas appréciée par les nécessiteux d’adoration.

Question — Dernière question : toute cette hostilité manifestée à ton égard et envers ton activité depuis ton retour au pays t’a-t-elle causé, disons, une certaine amertume ?

Réponse — Oui, car je ne m’y attendais pas. Par bonheur, ma conception taoïste fait de moi une eau qui va de sa source jusqu’à la mer en détournant les obstacles sans aucun souci, car ils font partie du parcours. L’essentiel est que cette eau demeure saine de toute impureté.

Par Farid DAOUDI, Directeur de La Tribune Diplomatique Internationale.

[1] Mohamed Kali, « Y A-T-IL UN CAS KADDOUR NAÏMI ? Polémique en scène », El Watan, 30 mars 2013.

 

                                         L’ouvrage se présente en cinq parties :

LIVRE 1. EN ZONE DE TEMPÊTES : Comment, dans une société dictatoriale, un groupe de jeunes crée un théâtre-guérilla, libre, autogéré, de recherche expérimentale, populaire, avec succès.

LIVRE 2. ÉCRITURE DE L’HISTOIRE AVEC LA GOMME ou LE PRIX DU SILENCE : Comment tout le travail artistique accompli fut occulté systématiquement, pour quels motifs, par qui et au profit de qui.

LIVRE 3. EN ZONE (apparemment) CALME : Comment, dans une société démocratique parlementaire, un théâtre de recherche et de critique peut exister mais seulement aux marges de la société.

LIVRE 4. RETOUR EN ZONE DE TEMPÊTES : Comment, dans une société de « démocratie » autoritaire, un théâtre de contenu critique, de recherche formelle et d’orientation populaire est étouffé, par qui et dans quel but.

LIVRE 5. BILAN GÉNÉRAL ET PERSPECTIVES : En cette période historique de désillusion et de désorientation, quelles conditions permettraient l’émergence d’une activité théâtrale éthiquement citoyenne, esthétiquement innovatrice ?

 

 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #THÉÂTRE, #PEUPLE-DEMOCRATIE, #EDUCATION-CULTURE, #AUTOGESTION

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Publié le 23 Août 2026

Mektoub

- Ya Rabbi1 !...

Trop tard ! Le véhicule heurte les corps de la femme et de l’enfant, main dans la main sur le passage pour piétons. Le chauffard ne vit pas le feu rouge d’interdiction de passer.

Deux policiers accourent.

-Maktoub ! s’écrie le conducteur, effaré, devant les deux cadavres ensanglantés. C’est le Maktoub ! La Volonté d’Allah ! Je n’ai rien vu !

Dans une cellule de prison, sombre et humide, face à un quinquagénaire ivre, guilleret, l’assassin répète :

- Le Maktoub ! C’est le Maktoub !

- Comment ça, « le Maktoub » ?… Au volant, c’est le Maktoub ou toi qui conduisait et tua les passants ?

- Rabbî !... C’est Lui qui aveugla mes yeux, alors je n’ai pas vu le feu rouge ni la femme et l’enfant.

L’ivrogne éclate de rire :

- Donc, selon toi, le responsable de la mort, ce n’est pas toi, c’est Rabbî ?

- Et qui d’autre sinon Lui, le Puissant, l’Omnipotent ?!... C’est Lui qui décide de tout.

- Comment le sais-tu ?

- Tu ne vas donc pas à la mosquée ? Tu ne regardes pas la télévision ou les prêcheurs sur ton téléphone portable ?

L’interrogé réfléchit un bref instant, puis :

- Si Rabbî est responsable de tout, en particulier de ton comportement dans cet accident, pourquoi c’est toi qu’on a mis en prison et pas Rabbî ?

L’assassin écarquille les yeux et sursaute, comme piqué par une abeille.

- Tu as compris ma question ?

L’autre, désorienté, reste bouche bée. L’homme en face de lui éclate de nouveau de son rire narquois.

- Je vois, ajoute-t-il, que tes neurones s’agitent.

- Mes quoi ?

- Que tu essaies de comprendre ma question.

- Je n’ai rien à comprendre, affirme le chauffard avec toute sa véhémence. Tout est clair. C’est Rabbî qui décide de tout. Si tu ne le crois pas, tu n’es pas musulman. Tu es un kâffar2 ! Et moi, j’évite les gens comme toi.

Un troisième rire, plus amusé, secoue le compagnon de cellule :

- Mais, alors, insiste-t-il, pourquoi les policiers t’ont emprisonné, toi, et pas le responsable du meurtre de la femme et de l’enfant, à savoir Rabbî ?

Un grave embarras agite les yeux et les sourcils du chauffard.

- Alors, que réponds-tu ?

- Je t’ai déjà dit que tous nos actes, tous ! Sans exception ! Sont décidés par Rabbî  le Tout Puissant, l’Omnipotent ! Il a tout écrit : notre naissance, notre vie sur cette terre, notre comportement, le moment et la manière de notre mort, notre existence dans l’au-delà. Tout est maktoub !

- Donc, la mort de la femme et de l’enfant, c’était déjà écrit par Rabbî dans le parcours de ta vie, dès ta naissance ?

- Certainement !

- C’est donc Rabbî qui avait déjà écrit, sur le cahier de ton existence, que tu ne verrais pas le feu rouge, ni la femme et l’enfant sur le passage pour piétons ?

- Oui !… Il a aussi écrit la date de la mort de la femme et de l’enfant, et comment ils mourraient. Moi, je n’ai été que l’instrument de sa Volonté, que l’instrument !

- Alors, Rabbî a aussi écrit que les policiers s’emparent de toi pour meurtre et t’emprisonnent.

- Tu sais, se défend l’autre, j’ai été immigré en France. Là-bas, aussi, j’ai entendu parler du Destin, c’est-à-dire que tout est écrit à l’avance par Dieu.

- Ah, oui, raconte !

- Dans un chantier de construction où je travaillais, un ouvrier africain est tombé d’un échafaudage haut de dix étages. Mort sur le coup. Alors, le contremaître a commenté, en haussant les épaules : « Beh ! C’est la Fatalité ! Son Destin ! »

- Mais, la police est venue enquêter.

- Oui… Ce compagnon était catholique. Bien que musulman, j’ai assisté, par solidarité, à la cérémonie à l’église et j’ai entendu le curé affirmer « Telle fut la Volonté de Dieu ! »

- Alors, pourquoi en France, comme en Algérie, les actes répréhensibles sont punis par la loi ?… Et, puis, supposons que je vienne te gifler en te disant : « Tu n’as rien à me reprocher car le responsable de cet acte est celui qui a écrit le Maktoub, le Destin ». Quelle serait ta réaction ?

Le pauvre désorienté mord à plusieurs reprises ses fines lèvres au risque d’en extraire du sang. Il crache par terre sans aucune gêne, puis attaque :

- Mais qui es-tu, donc, toi ?

Rire amusé de l’autre :

- Comment ?… Tu ne sais pas qui je suis ?

- Non ! Dis-le moi.

- Devine !

- Je n’ai rien à deviner, dis-le moi !

- Bien !… Je suis Chaïtâne !

Le malheureux chauffeur esquisse un geste de recul, terrorisé.

- Chaïtâne ?!

- Eh, oui… Je suis Chaïtâne !… Tu ne me reconnais pas ?… Dieu m’a mis en prison pour te rencontrer.

Le chauffard en reste bouleversé.

- Et moi, Chaïtâne,  je te demande : puisque Dieu a écrit que tu devais tuer les deux passants, il est donc responsable de ton acte, par conséquent c’est lui qui devrait être en prison, et non pas toi.

Le malheureux détourne la tête, épouvanté, et crie :

- Qu’Allah te maudisse, ô  Chaïtâne ! Qu’Allah te maudisse ! Vas-t’en ! Vas-t’en !

- Pourquoi m’en aller puisque Dieu m’a mis ici ?

- Vas-t’en, te dis-je ! Vas-t’en !

- Ne le demande pas à moi, mais à Dieu.

Le désorienté lève ses yeux vers le haut et murmure d’une voix pathétique :

- Ya Rabbî ! Ya Rabbî !… Éloigne de moi ce Chaïtâne ! Éloigne-le de moi !

- Ce serait, conteste l’autre, désobéir à la Volonté de Dieu. En plus, demander à Dieu de faire quelque chose, est-ce le respecter ? Ne sait-il pas ce qu’il fait ?

Le chauffeur se lève d’un bond, saisit les barres de la cellule et hurle :

- Policier ! Policier !

Ce dernier arrive d’un pas précipité :

- Qu’y a-t-il ?

Le malheureux pointe le bras sur l’autre détenu :

- Chaïtâne ! C’est Chaïtâne !

Le policier considère l’accusé :

- Chaïtâne !

- Oui ! Chaïtâne !

L’agent sourit :

- Mais il n’a ni queue pointue ni oreilles longues.

- Mais c’est Chaïtâne ! Il l’a dit, donc c’est lui !

- Moi, conteste l’agent, je vois simplement un homme ivre.

- Non ! Non ! Je te dis que c’est Chaïtâne ! Lui-même l’a déclaré !

- Qu’est-ce qui te prouve qu’il a dit la vérité ?

- S’il l’a dit, c’est que c’est vrai.

- Allez ! conclut l’agent, calme-toi. Crois-tu à un Chaïtâne ivre ?

Le naïf reste bouche close, désemparé.

Le policier s’en va. Le chauffard reste debout, incertain.

- Assieds-toi, mon ami, l’invite son codétenu. Sois tranquille. Même si je suis Chaïtâne, tu m’es sympathique, puisque tu te crois non responsable de ce qui t’arrive. Moi, aussi, Chaïtâne, je ne suis pas responsable de mes actes, puisque c’est Rabbî qui m’a créé et a tout écrit, tout décidé de mon comportement. Si je me saoule, c’est lui qui le veut. Si je te taquine, c’est lui qui me l’a ordonné. Et toi, tu dois accepter ma présence et mes questions, puisqu’elles sont voulues par Dieu.

Le codétenu recule jusqu’au mur de la cellule et s’assoit, le regard craintif fixé sur son compagnon qui reprend :

- À propos, mon ami, la liberté, tu sais ce que c’est ?

L’autre se raidit :

- La liberté ?!… De quoi parles-tu ?

- Je parle de ta liberté.

La question stupéfie le croyant au Mektoub :

- Alors, frère, qu’en dis-tu : ta liberté, tu en as ou pas ?

- Je ne comprends pas.

- Comment ?!… Tu ne sais pas ce qu’est la liberté ?

- Je sais uniquement ce que Dieu a écrit. À la mosquée et à la télévision, on ne m’a jamais parlé de liberté, mais seulement d’obéissance.

- Et tu ne t’es jamais posé la question : « Pourquoi on ne parle pas de liberté, mais seulement d’obéissance ? » ?

- Je n’aime pas me poser des questions. Ma vie est déjà assez compliquée comme ça. Il me suffit d’obéir.

- Alors, ne demande pas pourquoi tu as tué deux personnes, ne demande pas pourquoi tu es en prison, ne demande jamais rien. Accepte tout ce qui t’arrive.

- Je l’ai toujours fait. J’ai toujours remercié Dieu pour tout ce qu’il me donne : « Al hamdou Lillâh ! Alhamdou Lillâh3 ! »

- Alors, dit « Al hamdou Lillâh ! » pour avoir tué deux personnes et de te retrouver en prison.

- Arrête !… supplie le malheureux, exténué. Ça suffit ! Arrête de me torturer avec tes questions.

- Ce n’est pas ma faute, mon ami, si je te questionne : c’est Rabbî qui a écrit que je dois te les formuler… Donc, tu dois me répondre. Voici une autre question : dans la mort de la femme et de l’enfant, toi, tu es, ou non, responsable ?

- Je te l’ai déjà dit, je répète : comment puis-je être responsable puisque c’est Rabbî qui décide de tout ?

- Mais, toi, tu ne peux rien y changer ?

- Comment ?

- En conduisant moins vite, avec plus d’attention, en regardant correctement la couleur des feux de circulation, en vérifiant si des piétons marchent sur le passage réservé ?

Le conducteur ferme les yeux, penche sa tête lourde vers le sol, pose les mains tremblantes sur son crâne et le serre de toute son énergie.

- Impossible puisque Dieu a décidé autrement.

- Puis-je, maintenant, te dire une autre chose ?

- Non, tais-toi ! Je ne veux rien entendre de toi, mécréant !

- Et bien, je te le dis, car c’est écrit que je dois te le dire : ta véritable prison n’est pas cette cellule. Ta véritable prison, c’est ce qui te prive de ta liberté d’être humain.

Le malheureux ne comprend rien. Son compagnon précise :

- Le Maktoub ! Voilà ta vraie prison. Elle t’a privé même de savoir ce qu’est ta liberté.

Après une minute environ, le prisonnier du Maktoub pleure. Ses larmes coulent avec abondance et tombent en gouttelettes sur le sol mal lavé.

Le codétenu, ému, se lève, s’approche de lui avec délicatesse et s’assoit pour le consoler. L’autre recule brusquement, peureux, se tourne vers le mur et continue à sangloter. Il devient un tout petit enfant égaré, sans mère pour le protéger des mauvaises questions, pour le libérer de sa tragique situation.

Publié en version audio et écrite le 20 août 2026

https://www.audiocite.net/livres-audio-gratuits-nouvelles/kaddour-naimi-mektoub.html 

 

1 « Ô Dieu ! », en arabe, littéralement : « Ô Mon Maître ».

2 Mécréant.

3 Louange à Dieu !

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #NOUVELLE-ROMAN, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 16 Août 2026

Merci aux ennemis !

En matière de liberté d’expression, voici quelques réflexions issues d’un travail de questionnement. Dans l’Athènes ancienne, un philosophe d’âge avancé, à la fin d’une discussion avec un jeune interlocuteur, admit son erreur et remercia. L’adolescent s’étonna : «Si j’avais eu raison, expliqua le vieillard, c’est vous qui auriez appris. Vu que c’est moi qui eus tort, j’ai gagné quelque chose de vous, d’où ma reconnaissance.»

Si l’on connaît correctement nos idées justes mais ignorons celles erronées, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle. Si l’on connaît les idées erronées de l’adversaire, mais ignorons celles éventuellement justes, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle.

Qui nous montrent nos erreurs ? Notre ego ? Pas certain. Nos amis ? Pas toujours. Nos flatteurs ? Jamais.

Restent nos adversaires : plus ils nous détestent, plus ils cherchent où se trouvent nos erreurs, et nous les jettent à la figure, parfois manipulées, tronquées pour laisser croire à leur stupidité ; si cela ne suffit pas, on ajoute la diffamation volontaire.

Cette dernière nous indique le degré de haine de nos adversaires. Utile à savoir. Répondre de la même manière, ce serait aboyer devant un chien qui aboie.

L’utile est l’argumentation des ennemis. S’ils détectent et dénoncent chez nous des idées ou comportements erronés, ils nous montrent nos carences, nous apprennent à les corriger.

Ce n’est pas en ignorant les microbes dans le corps que le médecin parvient à l’en débarrasser ; il doit les découvrir, sans haine : ce sentiment affaiblit ou annihile le raisonnement. Alors, en toute objectivité, le praticien trouve la méthode pour éliminer les intrus et redonner la santé au malade.

Interdire l’expression d’un opposant intellectuel, c’est reconnaître l’incapacité de ses pairs à démontrer l’erreur du premier mentionné et son intention nuisible. Cette incapacité permet aux citoyens de connaissance limitée d’intervenir : les uns vantent l’importance de cet intellectuel opposé, les autres insultent son infamie. Les deux aggravent le problème.

S’il est relativement aisé de révéler l’erreur de l’adversaire, comment découvrir l’intention nuisible ? Suivez l’argent, et, avec lui, la glorification médiatique.

Qui fournit le premier et assure la seconde ? On le sait : les idées et les actes dominants sont ceux de la classe dominante. L’un de ses moyens d’exister : ses chiens de garde.

Ceci dit, une nuance d’importance : il est difficile de détecter les intentions destructrices de celui qui se proclame l’«ami», le «défenseur» du peuple, de la démocratie, de la liberté, de la libération des femmes, de la «laïcité», etc. «Dieu, sauve-moi de mes amis ; de mes ennemis, je m’en charge.»

Il est plus facile de savoir qui est le vrai adversaire : il se déclare comme tel. Infiniment plus difficile reconnaître le tartuffe, le mercenaire : il se présente tout souriant, auréolé d’intellectualité, d’«opposition» héroïque, photographié en star hollywoodienne, cravaté sinon avec une chemise blanche ou une longue écharpe au cou, parfois des lunettes même s’il n’est pas myope, partout interviewé dans les médias les plus diffusés, chaque fois primé dans les institutions les plus réputées. Et le troupeau ignorant ou semi-lettré applaudit, affronte la file pour acheter le produit bien marketisé, en croyant acheter de la culture.

Constater est insuffisant : il faut proposer des solutions. La première est la constitution ou le renforcement de réseaux entre les vraies consciences libres, unies par la recherche de la vraie vérité en cette époque de manipulation goeblesienne, en liaison avec les peuples, pour neutraliser la barbarie génocidaire costumée et cravatée.

La seconde solution : créer des comités citoyens de base dans les quartiers, afin de compléter les contacts virtuels par des relations concrètes.

Ne devons-nous pas remercier toute personne qui, par égotisme médiatique et sa conséquence, la félonie mercantile, nous aide à découvrir nos faiblesses, à détecter le vrai ami et le réel ennemi du peuple, de la démocratie, des droits humains, de la liberté ? N’est-ce pas au soleil de la vérité, quel que soit son goût amer, que s’éliminent les Frankenstein et leurs laquais bien récompensés, qui se gorgent de la sueur et du sang des opprimés ?

Publié 13 novembre 2024 in

https://algeriepatriotique.com/2024/11/13/merci-aux-ennemis/

 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE, #AUTOGESTION

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Publié le 23 Août 2025

Ressources naturelles et matière grise : cas algérien

Exploit politique

Un groupe d’Algériens, d’âge plutôt jeune, d’instruction plutôt moyenne, mais animés d’une volonté à toute épreuve, d’un projet clair et d’une stratégie correcte, ce groupe de jeunes a su mobiliser un peuple, composé en majorité de paysans pauvres et de travailleurs manuels, puis, sans chars ni avions, a vaincu une nation impérialiste dotée des meilleurs moyens matériels et de dirigeants politico-militaires issus des plus prestigieuses institutions de leur pays.

Tel fut l’exploit de l’épopée qui a conduit à l’indépendance politique de l’Algérie.

 

Et l’exploit social ?

Pourquoi l’Algérie indépendante, malgré des efforts indéniables, n’est pas devenue un « dragon » économique ? Pourtant, elle dispose de ressources naturelles impressionnantes, que ne possèdent pas les nations asiatiques devenues « dragons » : Japon, Corée du Sud, Viet Nam, Singapour, etc ?

Le raisonnement auparavant utilisé pour expliquer l’exploit politique s’applique à comprendre l’absence du même genre de performance dans le domaine économique. Autrement dit : un groupe dirigeant doté d’une volonté à toute épreuve, d’une stratégie claire basée réellement sur la mobilisation efficace du peuple : « Par le Peuple et pour le Peuple » comme le proclame très justement la devise nationale.

Reprenons l’exemple des « dragons » asiatiques. Ils ne disposent pas de ressources naturelles importantes. Alors, où était et demeure le secret de leur réussite ?… Pas de ressources naturelles ?… Nous disposons de notre matière… grise !

Elle est le produit de notre culture ancestrale : valeurs de travail sérieux Quelles que soient les difficultés, d’entraide, de modestie accompagnée de détermination. Et enrichir cette culture ancestrale d’une culture conforme à l’époque moderne dans laquelle nous vivons.

Cette matière grise et cette culture, comment les employer pour devenir un « dragon » ?… Réponse élémentaire d’économistes asiatiques : créer une activité de transformation sur place de toutes les richesses naturelles du pays, réduire au minimum les importations au bénéfice d’une production nationale pour le bien-être des citoyens. Donc, instruction et formation conformes à cet objectif. Idem une production culturelle dans les arts et la littérature. La matière grise, voilà la première ressource… naturelle.

En Algérie, sur quelle culture ancestrale s’appuyer ?… Pas la peine de remonter jusque-là, encore moins de se disputer sur les divers apports du passé. Il suffit, répétons-le, de faire sienne la culture des jeunes Algériens qui ont déclenché le processus d’indépendance politique nationale.

Je viens de terminer un projet de film où le protagoniste visite le Mausolée des Martyrs.

Là, une voix lui dit : « C’est bien de te rappeler de nous et de nous honorer. Fais mieux : agis comme nous avons agi ! » Une autre l’avertit : « Et fais attention à empêcher que des opportunistes ambitieux et médiocres en profitent ! » Un troisième précise : « Pour les neutraliser, quand tu cries « Tahya Aldjazair ! », rappelle-toi : « Aldjazair, c’est son peuple, libre et solidaire ! »

Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2025/07/06/lalgerie-doit-allier-ressources-naturelles-et-matiere-grise-pour-devenir-un-dragon/

6 juillet 2025

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 16 Avril 2025

GUERRE COGNITIVE ET COMMENT L’AFFRONTER

Un vieillard, assis près d’un arbre, vit quelqu’un passer :

- Jeune homme, où cours-tu si vite ?

- À faire la révolution !

- Peux-tu prendre quelques minutes pour me dire ce que c’est ?

- Je n’ai pas le temps.

- Si tu n’as pas le temps de m’expliquer, crois-tu réussir ta révolution ?

 

Réseaux sociaux

Entendus sur une plate-forme internet, des propos intéressants sur ce qu’on désigne désormais par « guerre cognitive » (on l’appelait « propagande ») m’ont interpellé.

Ils centraient toute l’argumentation sur les réseaux sociaux où interviennent des organismes financés par les puissances dominatrices, producteurs de fausses informations, notamment par l’intermédiaire de trolls.

Pour affronter cette opération, l’intervenant déclara la nécessité d’y opposer, sur les mêmes réseaux sociaux, des organismes producteurs d’informations correctes, pour neutraliser les fausses informations.

Cette recommandation se motiva par le fait que, désormais, les citoyens, notamment les jeunes, sont totalement focalisés sur les plate-formes de réseaux sociaux. Ce serait donc là le terrain d’affrontement qui s’impose, sous-entendu l’unique.

On avance comme argument l’effet décisif des réseaux sociaux pour provoquer les révolutions colorées. Question : ces résultats ont-ils profité aux peuples concernés ?

De cette conception sur la guerre cognitive, j’attendais l’addition d’une autre argumentation. Elle ne vint pas. La voici.

*

Si on limite la guerre cognitive à l’affrontement entre deux producteurs antagonistes qui emploient des réseaux sociaux, on constate que les contenus, qu’ils soient de fausses informations manipulatrices et, donc, asservissantes, ou des informations clarificatrices et, donc, libératrices, on constate que ces contenus sont caractérisés par :

1. une temporalité la plus brève possible, du genre « 10 minutes pour comprendre tout », ou « une heure pour tout savoir ». Parfois, au discours oral s’ajoutent des liens pour approfondir, mais l’on sait que presque personne ne prend le temps de lire le contenu de ces liens.

2. une telle temporalité ne permet pas d’exposer un problème dans toute sa complexité. Le destinataire a, donc, accès à un contenu limité. Sa caractéristique est de laisser croire à ce destinataire que le contenu proposé lui fournit tous les aspects du problème. En fait, il ne s’agit que de quelques éléments. Mais, ce destinataire croit disposer de tout ce qu’il faut savoir sur le problème.

Exemple. Des manipulateurs dénoncent une dictature, tandis que des informations honnêtes critiquent des démocraties qui deviennent autoritaires. Le destinataire croit, alors, détenir les informations nécessaires pour se faire une opinion correcte sur ces systèmes de gouvernement.

Ou, par exemple, à propos de conflits comme la guerre en Ukraine, le génocide à Gaza, l’affrontement USA-Chine, la Syrie et le Moyen-Orient, etc.

Mais ce destinataire, connaît-il vraiment ce que sont une dictature, une démocratie, un système autoritaire ? Quels sont les motifs réels des guerres ?

Durant l’agression impérialiste états-unienne contre l’Irak, j’avais pris le temps de m’informer correctement jusqu’à écrire et publier un livre épais sur ce problème, en italien et en français, et à le proposer en document électronique avec accès libre1.

Un nombre insignifiant de personnes prirent le temps de le lire.

« Tu n’es pas connu ! », objecterait-on.

D’accord ! Mais, combien de personnes lisent des classiques satisfaisants sur la démocratie, la dictature, l’autoritarisme, les guerres ?

Autre exemple. Depuis des années, on cite des auteurs célèbres d’ouvrages sur le « développement personnel », ou, plus exactement, des extraits trouvés sur des plate-formes de réseaux sociaux.

Je constate que les personnes qui mentionnent ces considérations, toutes brèves, n’ont jamais lu les livres qui les contiennent, encore moins les classiques où les auteurs de livres sur le « développement personnel » ont puisé et plagié leurs écrits, quelque soit le domaine : psychologie, sociologie, anthropologie, philosophie, etc.

Le drame, donc, en matière de guerre cognitive, n’est pas seulement de produire des contenus sur les réseaux sociaux pour contrer la manipulation asservissante. Cette procédure parvient à obtenir seulement des personnes qui croient savoir, alors, qu’en fait, elles ignorent l’essentiel.

Si on ajoute aux propos de ces « influenceurs » leur capacité de recourir au pathos, on sait les ravages de « peste émotionnelle » (Wilhelm Reich) qui entrent en action.

Voilà pourquoi, en cas de mouvement social, l’on constate chez ses membres perplexité, confusion et, en définitif, ignorance sur la manière d’agir, y compris chez les animateurs de ce mouvement social.

Lecture

« Quoi ? dirait-on, tu veux que toutes les personnes soient des docteurs en politique, psychologie, sociologie, philosophie, etc. ?...Où trouveraient-elles le temps de lire, de s’instruire ? »

Réponse : si les personnes ne trouvent pas ce temps de lire les ouvrages fondamentaux, quel genre d’action serait la leur ?

Ceux qui parlent de « révolution », « contre-révolution », « fascisme », « socialisme », « communisme », « islamisme », « anarchie », « impérialisme », « patriotisme », « justice », « loi », « État », etc., que savent-ils du contenu réel de ces termes, de leur impact dans l’histoire des peuples ?

Comment expliquer l’emploi de ces concepts avec une désinvolture d’autant plus stupéfiante qu’elle se prétend savante ?… Pas seulement par des citoyens dits ordinaires, mais aussi, par les « influenceurs » ; mais, encore, par des animateurs ou dirigeants de mouvements sociaux.

Seule, la lecture convenablement menée, permet de maîtriser les mots, leur sens réel, et d’éviter d’être manipulé par ceux qui les utilisent dans un but d’asservissement de la conscience. Ce n’est pas un hasard si tous les penseurs authentiques, à commencer par Confucius à Socrate, soulignèrent l’importance d’employer les mots corrects. Cette capacité exige de longues études.

À qui objecterait ne pas avoir ce temps, la réponse serait : l’ouvrier Eugène Pottier trouva le temps de s’instruire au point d’écrire le chant « L’Internationale » ; un autre ouvrier se distingua mieux encore, Joseph Proudhon. Même quand, à l’âge de cinq ans, on devient aveugle, on peut devenir un très grand poète-philosophe : Alma’ary. Tout est question de conscience et de volonté.

Que chacune et chacun, donc, se rende compte du temps passé sur les réseaux sociaux par rapport à celui consacré à la lecture. Excellent critère pour déterminer le niveau réel d’instruction et, par conséquent, la qualité de la connaissance et de la volonté.

Faut-il ajouter que le contenu de la majorité des livres est inutile, quand ils n’augmente pas la confusion cognitive ? Que, par conséquent, il faut apprendre à savoir quels sont les rares œuvres fondamentales à lire, dont certaines sont généralement occultées par le système d’information dominant ?

Action sur le terrain

Solution ?…

Ne pas se limiter aux réseaux sociaux. Qu’ils soient principalement un incitatif à l’approfondissement par la lecture nécessaire, pour finir dans l’action sur le terrain.

Oui ! Recourir aux « vieilles recettes » : le bouche à oreille, le porte-à-porte, l’intervention dans les espaces tels les bars. Dans quel but ?… Création d’associations de quartiers, de lieu de travail, de lieu d’étude, etc., où des citoyennes et citoyens se rencontrent, échangent leurs connaissances, en comptant sur leur intelligence pour comprendre les problèmes et découvrir les solutions adéquates.

Dans un essai sur ma participation au mouvement social du printemps 1968 à Strasbourg, j’ai souligné un fait : le déclenchement de cette action obligea les plus conscients d’entre nous à, enfin !, lire les classiques fondamentaux. De jour, participation aux assemblées et manifestations ; de nuit, lectures et discussions2.

Alors, j’ai compris où réside le problème. Les animateurs qui participèrent successivement à la Commune de Paris, aux Soviets russes de 1905 puis 1917-1921, à la collectivisation pendant la guerre civile espagnole, ont tiré la même conclusion : le mouvement social échoua essentiellement à cause de deux motifs : insuffisance du nombre d’animateurs compétents et insuffisance de connaissance sociale des citoyens. Serions-nous étonnés de la même constatation concernant d’autres mouvements, tels les « Gilets jaunes » en France ou le « Hirak » en Algérie ?

Tactique et stratégie

La puissance des réseaux sociaux et des « influenceurs » n’est pas à sous-estimer.

D’une part, les gouvernants, quelque soit leur idéologie, contrôlent le contenu, de manière cachée ou ouverte, et y interviennent pour exposer leur point de vue.

D’autre part, le nombre de consommateurs du produit de ces réseaux sociaux n’est pas négligeable.

Cependant, l’importance des réseaux sociaux ne doit pas être sur-estimée.

Quelque soit leur idéologie, la majorité des intellectuels et autres faiseurs d’opinion, par commodité et fainéantise, ou par mépris du contact direct avec les citoyens, se contentent de s’adresser à eux à travers des réseaux sociaux.

Ce genre d’intervention permet de bénéficier d’une célébrité, et, suite à celle-ci, pour certains, d’engranger des sous.

Mais, ce que les les gouvernants redoutent le plus c’est l’action des citoyens sur le terrain de l’espace public. C’est là que se résolvent les conflits sociaux.

Comment les citoyens pourraient-ils intervenir de manière positive sur le terrain ?… En possédant une connaissance nécessaire et suffisante qui permet, d’une part, de comprendre les enjeux, et, d’autre part, d’employer les solutions adéquates.

Or, le contenu des réseaux sociaux se limite, généralement, à fournir des informations limitées. Elles donnent l’illusion au destinataire de tout savoir sur un problème, alors qu’en fait, il n’en est rien: ni sur les enjeux réels, ni sur les solutions correctes.

Les interventions dans les réseaux sociaux sont utiles à l’unique condition de permettre et d’affirmer la nécessité d’approfondir les arguments évoqués, de deux manières :

1. par la lecture attentive des ouvrages fondamentaux qui les concernent,

2. et par l’échange direct entre les citoyens dans des organisations créées et autogérés par eux.

Ce genre d’initiative :

1. exige beaucoup plus de temps et d’énergie en comparaison de l’intervention commode sur un réseau social ;

2. rencontre l’opposition de ceux qui ont intérêt à ce que les citoyens demeurent manipulés ou, tout au plus, détenteurs d’un savoir limité insuffisant.

L’intervention dans les réseaux sociaux est une tactique. La stratégie réside dans l’action sur le terrain par des citoyens autogérés… et instruits de manière adéquate.

C’est long et compliqué ?… Le changement social est à ce prix. La sagesse populaire déclare : « Vuoi la bicicletta ?… Allora, devi pedalare ! » (Tu veux la bicyclette ?… Alors, il faut pédaler ! »

Trop peu de personnes aiment pédaler. D’où le monde tel qu’il est.

2 https://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits-mai-68.html

Publié in

https://reseauinternational.net/guerre-cognitive-et-comment-laffronter/

25mars2025

https://www.algeriepatriotique.com/2025/03/28/de-la-propagande-devenue-guerre-cognitive-et-des-moyens-dy-faire-face/

28 mars 2025

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 29 Janvier 2025

Pourquoi le peuple danse : le cas syrien

Externe et interne

En général et, en particulier, sur la situation syrienne actuelle, la majorité des analyses se focalisent sur les facteurs externes : les adversaires, les ennemis d’une nation menacée ou déjà victime d’agression impérialiste, soutenue par une dissidence d’agents autochtones.

La connaissance des facteurs externes est fondamentale mais non suffisante. Il reste à examiner les facteurs internes. Malheureusement, ce que les analystes en fournissent, à ma connaissance, est sous-estimé, quand pas ignoré1.

On connaît l’un des motifs de ces carences : évoquer les causes internes d’une nation ferait le jeu de ses ennemis impérialistes.

Cependant, diminuer, relativiser ou occulter les facteurs internes, ne pas leur accorder la première importance, n’est-ce pas faire le jeu de l’agresseur, de manière plus grave ?… Sun Ze avait expliqué : la connaissance des forces et faiblesses de l’ennemi (facteur externe) est aussi stratégique que celle du propre camp (facteur interne).

En outre, si l’on cache les causes internes, comment le peuple saurait quels sont les réels enjeux et forces en présence, afin de savoir comment agir, en complément des institutions qui défendent la patrie ? Ignorer cette condition, n’est-ce pas mépriser les citoyens comme troupeau à faire marcher au son d’une flûte d’un enchanteur ?… Or, la réalité montre combien cette illusion élitiste se paie cher, et d’abord au détriment de cette prétendue élite.

Pourquoi danser ?

Cette brève contribution naît de la lecture d’un extrait :

« quand je vois ces manifestations de joie en Syrie pour fêter la chute de l’État dans les bras de l’islamisme, je me demande ce qui motive ce peuple à danser sur sa propre tombe… (…) Il faut que le peuple se réveille et soit conscient des dangers qui guettent son pays2. »

De précédentes contributions ont répondu, en substance, à ces considérations3. Approfondissons.

Ignorons les déclarations de voyageurs, plus ou moins touristiques : la Syrie était, somme toute, un pays sans gros problèmes parce que, comme étrangers, on se déplaçait en toute sécurité, la laïcité existait, etc. Ce genre de témoignage n’éclaire pas la stupéfiante surprise des analystes les plus éclairés sur la chute de l’État syrien, pratiquement sans combat.

Où sont les explications indispensables, outre celles sur les causes externes ?… En Syrie, est-ce que : 1) le système d’informations médiatique, 2) le secteur de l’instruction, 3) les activités culturelles, bref 4) le système politique fournissaient de quoi réveiller, faire prendre conscience au peuple syrien, pour le rendre capable de savoir qui sont : 1) ses vrais amis et comment s’unir avec eux, 2) ses réels ennemis et comment les neutraliser ?

La « stupéfiante » dissolution du régime syrien ne prouve-t-elle pas des carences dans les causes internes sus-mentionnées ? Ne pas les mentionner et les analyser en fonction de leur importance stratégique, n’est-ce pas manquer de responsabilité, quand on prétend défendre les intérêts des peuples et de leurs nations contre leurs agresseurs ?

Nationalisme et patriotisme

Pour éviter des malentendus, ces termes exigent un éclaircissement.

Concernant le nationalisme, il ne s’agit pas de celui des guerres de libération nationale : je considère celui-ci comme patriotisme.

Par nationalisme, à présent, j’entends l’idéologie qui oppose une nation et son peuple, en bloc, contre une autre nation et son peuple, en bloc : le criminel cas fut celui des deux boucheries mondiales. Les oligarchies capitalistes impérialistes trouvaient et trouvent encore leur intérêt à ce type de nationalisme, caractérisé par le chauvinisme : les peuples s’auto-massacrent pour enrichir l’oligarchie qui sort vainqueur de la guerre4.

Le patriotisme est autre chose : le simple amour de la terre natale. Chaque peuple le ressent, comprend et respecte l’existence de ce sentiment en chaque autre peuple. Les oligarchies, par intérêt de caste, ignorent le légitime sentiment patriotique d’un peuple dont elles convoitent les richesse matérielles ou/et le territoire comme base militaire. Ce fait explique l’existence de certains peuples divisés en diverses nations différentes.

Voilà pourquoi, pour toute personne respectueuse des peuples, il est impératif de ne pas les confondre avec les oligarchies qui les dominent, afin d’éviter que ces dernières utilisent les peuples les uns contre les autres, au bénéfice de ces oligarchies.

Le patriotisme authentique est source de solidarité entre les peuples, contre les oligarchies impérialistes qui déforment ce patriotisme légitime en nationalisme chauvin. Trompeuse, dans le meilleur cas, au pire manipulatrice, est l’explication des conflits par des termes comme « États-Unis », « Syrie », etc.

Ces mots indiquent des territoires géographiques, pas des agents sociaux. Or, ce sont ces derniers qui agissent. Par exemple, ce ne sont pas les « États-Unis » qui ont agressé la « Syrie » : c’est une oligarchie dominante aux États-Unis, représentée par un Président élu, qui a agressé un groupe dirigeant syrien qui contrastait ses intérêts impérialistes.

Cette manière précise de définir évite d’opposer entre eux les peuples qui habitent ces territoires, États-Unis et Syrie, bien que que le peuple états-unien ait élu l’oligarchie états-unienne et le peuple syrien, le groupe dirigeant la Syrie.

On objecterait : il ne faut exagérer ! Par « États-Unis » ou « Syrie », etc., les gens comprennent que l’on désigne un système politique, un groupe dirigeant. Eh, bien, fréquentez les gens, et vous constaterez qu’en règle générale, le terme géographique les conditionnent à confondre peuple et groupe dirigeant. Ce fut le cas quand les peuples de France et d’Allemagne se sont auto-massacrés en criant, les uns, « Sus aux boches !... À bas l’Allemagne ! », les autres « Gegen die Franzosen!… Nieder mit Frankreich ! » (Contre les Français !… À bas la France !). Veillons donc à éviter tout mot qui opposerait les peuples entre eux. Les mots libèrent ou tuent ! Les oligarchies et leurs mercenaires le savent : leur langage tue. Malheureusement, ceux qui défendent les peuples ne manifestent pas la même rigueur à utiliser le langage qui libère.

Système politique

Attention à ne pas expliquer les carences syriennes par une forme de dictature ou de Parti unique.

Aux États-Unis, n’a-t-on pas affaire, en réalité, à une forme de Parti unique, de genre bicéphale ? N’est-ce pas là une tromperie, une manipulation ? Est-ce seulement un hasard qu’aucun autre parti politique ne soit jamais parvenu à entrer en concurrence avec les partis « démocrate » et « républicain » ? En passant, combien savent que la Constitution états-unienne ne contient pas le mot « démocratie » ?

Considérons la Chine, le Vietnam, Cuba, la Corée du Nord. Ces pays sont ouvertement dirigés par un Parti unique, définis, de ce fait, par certains comme dictature. Toutefois, les éventuels agresseurs impérialistes savent, par expérience, que ces nations ne sont pas comestibles comme l’Irak, la Libye, le Soudain ou la Syrie.

Un des motifs, pas l’unique, de la force dissuasive des nations dirigées par un seul Parti est ce que j’ai constaté durant mon séjour en Chine et au Vietnam : un esprit patriotique authentique, stimulé et entretenu de manière continue, systématique dissuasif.

J’ai entendu des citoyens des diverses classes sociales critiquer fortement la politique de leurs autorités, mais, dans un domaine précis, ils sont unanimes : « Notre patrie est sacrée ! Pour sa défense, nos problèmes intérieurs, nos griefs contre nos dirigeants passent au second plan. Que l’on ne vienne pas nous dire : Oh ! Sachez que vos dirigeants sont des dictateurs, qu’ils évoquent un danger extérieur pour vous détourner d’une mauvaise gestion intérieure. Vous avez besoin de liberté, de démocratie, des droits de l’homme et de la femme !… Notre réponse est : Ce n’est pas à vous, étrangers, de nous dire quoi penser et comment agir en ce qui concerne notre patrie. Occupez-vous de votre pays, nous nous occupons du nôtre. Et nous avons constaté les effets de vos beaux slogans de méprisable renard sur trop de pays. »

Voilà comment j’ai vu neutralisée l’action propagandiste étrangère sur les peuples chinois et vietnamien. Bien entendu, leurs gouvernements utilisent également d’autres moyens pour protéger leurs populations de la propagande impérialiste ; ces autres moyens seraient insuffisants sans la stimulation adéquate de l’esprit patriotique.

Information, instruction, culture

Pour la défense de la patrie, comment les citoyens (le peuple) peuvent-ils constituer, de manière stratégique : 1) l’eau dans lequel nage leur armée et leurs services de renseignement ; 2) la base arrière efficace ? Pour le dire comme dans l’extrait cité : « se réveiller, soient conscients » ?

La réponse, banale, est fournie par l’histoire : ces citoyens, ce peuple doivent posséder l’information, l’instruction et la culture qui réveillent, fournissent la conscience.

L’agent qui l’assure doit, logiquement, aimer ces citoyens, ce peuple. S’il les craint, il leur fournira une information, une instruction et une culture qui, au contraire, les endorment, annihilent leur conscience.

Pour que cette éventualité soit exclue, il faut que l’agent réveilleur-conscientiseur soit en harmonie avec les réveillés-conscientisés, à leur service.

Comment le vérifier ? Examinez :

1) le système d’information étatique (et privé, éventuellement) des citoyens : fournit-il les éclaircissements nécessaires, dans la langue comprise par la majorité du peuple ?

2) le système éducatif : outre aux matières scientifiques, fournit-il celles dites humanistes, générales ?

3) le système culturel : fournit-il les valeurs adéquates ?

À quelles conditions information, instruction et culture stimulent-elles le réveil et la conscience populaires ?

En permettant au peuple l’accès à deux facilités :

1) Le temps : des travailleurs massacrés de boulot, où trouveraient-ils l’énergie pour se réveiller et prendre conscience ?

2) La liberté de penser : sans elle, que serait la créativité constructive ?

On objecterait : les conditions mentionnées ci-dessus n’existent pas dans les pays mentionnés, à fort esprit patriotique ; ce dernier semble compenser les deux conditions ci-dessus.

Peuple et dirigeants

Dans toute nation, le peuple est pour ses dirigeants la réserve stratégique, au sens technique du terme.

Si les dirigeants constituent une oligarchie dominatrice-exploiteuse, ils utilisent le peuple comme chair à canon en lui faisant croire qu’il défend les « valeurs » du pays : liberté, démocratie, droits de l’homme et de la femme, civilisation, etc. En réalité, l’oligarchie défend ses intérêts spécifiques. Elle y parvient par la mise en place d’un système d’information-instruction-culture qui conditionne le peuple à croire qu’il protège la patrie alors qu’en fait il défend les intérêts de la caste qui le manipule.

Si les dirigeants, au contraire, forment un groupe au service du peuple, les deux constituent un bloc uni en mesure de dissuader toute velléité d’agression étrangère alliée à une déstabilisation intérieure. Le bloc uni est réalisable quand le groupe dirigeant fournit au peuple un système d’information-instruction-culture, ou, du moins, un esprit patriotique qui lui donne les instruments cognitifs adéquats à la défense de la patrie contre toute agression.

1http://kadour-naimi.over-blog.com/2024/12/corruption-l-ennemi-public-numero-1-et-comment-le-neutraliser.html

3http://kadour-naimi.over-blog.com/2024/12/pourquoi-350-est-superieur-a-30.000-ideal-et-strategie.html

4 Lire « War is a Racket » (Le racket de la guerre) de Smedley Darlington Butler. L'un des militaires les plus décorés de l'histoire états-unienne, il dévoile comment les guerres servent principalement les intérêts financiers des grandes entreprises et des élites.

Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2025/01/24/pourquoi-le-peuple-danse-sur-sa-propre-tombe-le-cas-despece-syrien/

24 janvier 2025

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 31 Décembre 2024

Pourquoi 350 est supérieur à 30.000 ? Idéal  et  stratégie

« A horse ! A horse ! My kingdom for a horse ! »

Richard III, Shakespeare

Vérité, où es-tu ?

Ce roi demanda l’échange de son royaume contre un cheval, pour fuir la défaite lors d’une bataille. Comment en est-il arrivé à cet échec ?… Lisez la pièce : elle montre le degré de cynisme avec lequel ce despote réduisait les autres à des laquais manipulés à sa guise. Il jouait sur leur obsession de richesse, de poste honorifique, de gloire. Avec quoi ?… L’arme de destruction massive des personnes et des nations : la corruption1.

Le sort de ce monarque m’est revenu à esprit en lisant une information, donnée par Alexander Mercouris, analyste international compétent : la ville d’Alep fut conquise par 350 (trois cents cinquante) attaquants contre 30.000 (trente mille) défenseurs de l’armée gouvernementale.

Comment un tel exploit eut-il lieu ?

Dans sa première déclaration, après sa fuite de Syrie, l’ex-Président Bachar Al Assad écrit2 :

« À ce moment charnière de l’histoire de notre nation, où la vérité doit être rétablie, il est nécessaire d’apporter des éclaircissements dans cette brève déclaration. (…) il est apparu clairement que nos forces s’étaient entièrement retirées des lignes de combat et que les dernières positions de l’armée étaient tombées. (…) À aucun moment, je n’ai cherché à occuper des fonctions pour un profit personnel. Je me suis toujours considéré comme le gardien d’un projet national qui tirait sa force de la foi du peuple syrien, convaincu de sa vision. J’ai toujours cru fermement en leur volonté et leur capacité à protéger l’État, à défendre ses institutions et à honorer leurs choix jusqu’à la dernière minute. »

Dans ces extraits et dans toute la déclaration, une vérité, des éclaircissements manquent : pour quels motifs 1) les forces armées se sont retirées ? 2) la « volonté » et la « capacité » du peuple n’ont pas protégé l’État ?

Des analystes avouèrent leur stupéfaction devant la victoire des assaillants.

On l’expliqua par les soutiens divers : États-Unis, Israël, Turquie, ainsi que par l’embargo qui avait affaibli tous les secteurs sociaux.

D’accord. Cependant, il s’agit là de facteurs externes. On sait, ou devrait savoir, qu’ils échouent là où la situation interne est solide : autrement dit un peuple et une armée réellement convaincus et capables de neutraliser toute forme d’agression interne, soutenue par des éléments externes.

L’ex-Président syrien ne devait-il pas, donc, avouer la vérité et les éclaircissements sur le peuple et l’armée défaits ? Sa déclaration ne reflète-t-elle pas, à son insu, son ignorance ou son occultation de la vérité ? Et n’est-ce pas cette vérité qui explique la chute très rapide de son État ?

Rappelons la guerre de libération nationale algérienne et celle vietnamienne d’abord contre le colonialisme français puis l’impérialisme états-unien. Dans les deux cas, des éléments autochtones, contre leurs propres peuples, servaient les dominateurs étrangers. Pourtant, les peuples et les armées algériens et vietnamiens sortirent vainqueurs des conflits.

On peut également rappeler l’agression de mercenaires, soutenus par l’armée U.S. et la CIA, contre Cuba sur la baie des cochons. Là, aussi, l’armée et le peuple cubains furent vainqueurs. Encore ceci : malgré l’embargo général des États-Unis contre Cuba, l’armée impérialiste et ses mercenaires n’osent pas agresser l’île. L’oligarchie U.S. sait qu’elle devrait affronter une armée et un peuple qui, malgré toutes leurs difficultés, sont convaincus de leur principe « Patria o muerte ! »

Alors, pourquoi, en Syrie, à Alep, 350 rebelles ont vaincu 30.000 soldats de l’armée régulière syrienne, qui ont fui le champ de bataille ? Ensuite, pourquoi l’armée syrienne toute entière s’est évaporée sans combattre ?

Sun Tzu écrivit : « La meilleure victoire est celle que l'on obtient sans combat3. » Surtout, dirait Shakespeare, quand, dans le royaume ou la république, quelque chose est pourri.

Alors, question : le motif de la chute du régime de Assad n’a-t-elle pas eu, comme cause première et fondamentale, une pourriture-corruption du système, malgré certains de ses aspects positif, comme la laïcité et un relatif soutien au Front du Refus anti-sioniste?

L’idéal !

N’est-il pas l’élément décisif, dans la guerre comme dans les autres domaines ?

Les peuples vietnamien, algérien étaient nettement inférieurs dans le domaine matériel face aux machines de guerre française et états-unienne. Pourtant, ces dernières furent vaincues. Mao Tsé Toung explique : « Les armes sont importantes, mais plus importants encore sont les hommes qui les utilisent. »

Je me rappelle un documentaire vietnamien, vu dans ma jeunesse. Aux abords d’une rizière, un soldat Viet-Minh enseignait à une paysanne comment utiliser un simple fusil pour abattre un hélicoptère U.S.

Ce qui manqua à l’armée et au peuple syrien, c’est l’idéal : vaincre ou mourir, mieux encore : vaincre pour ne pas mourir.

Dernièrement, une vidéo montrait quelques combattants de HTS (Harakat Tahrir A Cham) sur une route. L’un d’eux déclara, et il semblait sincère : « Nous ne sommes que de pauvres gens. Nous combattons au nom de Dieu Tout Puissant ! ».

Certes, les dirigeants de cette organisation proviennent, en majorité, de couches sociales aisées. Mais, les combattants de base, la chair à canon, viennent des strates démunies, en majorité sinon tous. Comme dans tous les conflits, partout et toujours.

À un être humain, dépourvu des conditions matérielles minimum de vie, sans instruction correcte, fournissez un idéal, qu’il soit authentique ou fallacieux ; généralement, il l’adoptera parfois jusqu’à le défendre au risque de mourir ou de tuer.

Stratégie

L’idéal sans stratégie correcte demeure insuffisant.

Les meilleurs acteurs et théoriciens de l’exemplaire Commune de Paris de 1871 expliquèrent la défaite par deux motifs : le manque d’organisation et la carence de personnes instruites pour encadrer le peuple.

En Bolivie, Che Guevarra et ses guérilleros, malgré leur idéal indiscutable, furent vaincus. La stratégie du « foco » (foyer) révolutionnaire ne fonctionna pas : ils lui manquaient une mobilisation suffisante du peuple et une stratégie militaire adéquate.

« Le révolutionnaire est comme le poisson dans l'eau. » (Mao Tsé Toung) Il en est de même du militaire, quand il est l’émanation de son peuple : ce dernier est son eau.

 

Réciprocité

« Les impérialistes sont de mauvais élèves » (général Giap) : à long terme, leurs agressions se révèlent des défaites.

Les dictateurs, eux aussi, sont de mauvais élèves. En fin de compte, ils fuient leur pays en ruine (en s’assurant une vie dorée ailleurs), meurent en le laissant économiquement en panne, sont assassinés par des opposants.

L’efficacité de l’arme (du matériel, d’une armée) dépend de l’idée (idéal) qui l’anime. Cet idéal dépend de la qualité du lien entre cette armée et son peuple. Ces deux dépendent de la stratégie conçue et pratiquée pour créer une nation capable de neutraliser toute opposition intérieure complice d’une force étrangère, quelle que soit leur puissance matérielle.

Dès lors, s’il est nécessaire d’accorder toute l’attention aux potentiels agresseurs, accordons la même attention à ce qui, dans la nation, facilite leur objectif. L’histoire enseigne : les données internes déterminent la capacité de nuisance de l’élément externe. Et Sun Tzu observa : connaître les faiblesses de l’adversaire ne suffit pas, il faut tout autant connaître nos propres faiblesses, et y remédier. Soyons de bons élèves : ne justifions pas nos défaites par les forces de l’adversaire, mais par nos carences. Ayons l’honnêteté et le courage de déceler et d’admettre la vérité : si elle est amère, trouvons comment la rendre douce. Comment ?… Idéal et stratégie.

1 http://kadour-naimi.over-blog.com/2024/12/corruption-l-ennemi-public-numero-1-et-comment-le-neutraliser.html

3L'Art de la guerre, chapitre 3 : L'attaque par la stratégie.

*

28 décembre 2024

 

https://www.algeriepatriotique.com/2024/12/28/pourquoi-350-est-superieur-a-30-000/

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 19 Décembre 2024

Corruption : l’ennemi public numéro 1  et comment le neutraliser

Les analyses des événements en Syrie évoquent la corruption comme l’une des causes de la chute du système politique précédent ; ces analyses semblent, à mon avis, ne pas accorder à la corruption son importance stratégique comme motif explicatif.

Importance de la corruption

Dans un panier, un fruit pourri gâche les autres ; sur un arbre, des vers pourrissent un fruit jusqu’à sa chute par terre.

Pour dominer un peuple, la première méthode consiste à corrompre ses élites dirigeantes. Ensuite, la corruption s’étend aux différentes couches de la société, des plus influentes (économique, militaire) à celle qui façonne l’opinion citoyenne (la culture).

La corruption peut commencer par le bas de la pyramide sociale : le peuple, soumis à une existence matérielle trop difficile, recourt aux moyens les plus illicites pour survivre, dont la corruption.

La corruption peut naître par la courroie de transmission entre les dirigeants étatiques et le peuple, pour une amélioration des conditions matérielles, par exemple juge, policier, douanier, soldat, employé, enseignant, jusqu’au simple portier d’un immeuble.

La corruption peut commencer par le haut de la pyramide sociale. Les dirigeants du pays succombent au désir d’enrichissement pour jouir de villas, de véhicules, de compte bancaire à l’intérieur ou/et à l’étranger.

Dès lors, la nation, dans ses divers domaines, dévorée par la corruption, devient une proie facile à ses ennemis internes ou/et externes.

Quelques rappels historiques

De l’antiquité à aujourd’hui, le problème est identique : pour dominer un peuple et sa nation, par des agents autochtones (dictature) ou/et étrangers (impérialisme), il faut corrompre.

Un étranger, venu dans l’antique Sparte et ne voyant pas de muraille, s’inquiéta auprès du chef de la cité. Ce dernier lui montra les paysans au travail dans les champs : « Voici notre muraille ». Les citoyens étaient tous dotés d’une formation militaire adéquate et d’une idéologie conséquente.

Vous étonnerez-vous, par exemple, de voir les manifestations de liesse de Syriens, après la chute du système politique des Assad ?… Les dirigeants de cette nation n’ont pas voulu constituer leur peuple en muraille capable de résister aux agressions, interne ou/et externe. Je dis « voulu », car un peuple-muraille signifie lui donner la capacité culturelle de savoir défendre sa patrie contre deux dangers : 1) une dictature interne, 2) une agression étrangère.

La Muraille de Chine fut construite pour protéger le pays des invasions. Informations données par Chat-GPT :

« Corruption et trahisons

L'idée que des gardiens de la Muraille de Chine aient été corrompus par les Mongols fait référence à des événements spécifiques où des officiers ou des fonctionnaires locaux, ou même des membres de l'élite, ont trahi leurs propres dirigeants pour s'allier avec les envahisseurs. Par exemple, dans le cadre de la dynastie Jin, certains officiers ou seigneurs locaux ont ouvert les portes ou facilité l'accès des Mongols en raison de leurs alliances secrètes, de leur insatisfaction envers leur propre gouvernement ou, dans certains cas, de pots-de-vin.

Les Mongols, en tant que conquérants, étaient également très habiles à exploiter les divisions internes entre les peuples qu'ils attaquaient. Ils ont souvent promis des récompenses, des postes de pouvoir ou des terres à ceux qui se ralliaient à leur cause. Cela a conduit à plusieurs trahisons, y compris parmi les gardiens des fortifications de la Muraille de Chine, bien que les sources historiques sur cet aspect soient parfois floues.

Ce qui est certain, c'est que la stratégie des Mongols a été aussi psychologique que militaire, exploitant à la fois la corruption, la division interne et les faiblesses des dynasties chinoises pour parvenir à leurs fins. »

Comment l’Empire romain a conquis d’autres nations ?… Par la corruption de leurs dirigeants. Durant la guerre contre l’impérialisme romain menée par Jugurtha, quel aspect inquiéta le plus l’oligarchie romaine ?… Non pas les victoires militaires du chef numide, mais un autre fait : il utilisait la même arme que les Romains, à savoir corrompre par l’argent des représentants de l’oligarchie romaine.

Quel motif déterminant explique la chute du système « soviétique » ?… Si l’on prend la peine de connaître l’histoire réelle, et non pas la propagande, on découvre ce motif dans les toutes premières années de l’installation de ce système :

« Il avait rudement raison, ce paysan qui déclara au VIIIe Congrès des Soviets :

« Tout va très bien... Seulement, si la terre est à nous, le pain est à vous ; l’eau est à nous, mais le poisson est à vous ; les forêts sont à nous, mais le bois est à vous..."

A part ça, le travailleur ne doit pas s’en faire1. »

Autrement dit, après le Révolution d’Octobre, très vite, une caste privilégiée se constitua et imposa sa domination, camouflée en « dictature du prolétariat ». Le pourrissement de la « pomme » se concrétisa en soixante-dix ans (19212-1991).

Durant l’agression militaire états-unienne contre l’Irak, Scott Ritter, analyste en géo-stratégie, déclara : quatre-vingt généraux de l’armée irakienne, complices de l’armée U.S., furent emmenés aux États-Unis.

En 2024, l’AIPAC, organisme états-unien lobby sioniste, affirma avoir acheté environ 65 % des Représentants du Congrès U.S. Face à eux, que peut faire le Président élu du pays, Trump ?

À propos de la chute de la Syrie, que sont devenus les dirigeants de l’armée ?

Comment opère les agences, clandestines ou déclarées type ONG, d’une oligarchie impérialiste actuelle pour recruter des représentants des élites d’une nation, puis changer le système politique en faveur des intérêts de cette oligarchie étrangère ?… Par des pots de vin, l’octroi de bourses, la formation de « Young Leaders », le financement plus ou moins occulte d’activités dans tous les domaines, notamment culturel (Centres, Instituts, etc.), la publication des « œuvres » et la diffusion des déclarations largement médiatisées d’« influenceurs ».

L’argent, utilisé pour enrichir les éléments corrompus d’une nation, est le moyen de soumission. Tous les autres domaines suivent : économie, militaire, culturel.

Agent corrupteur et agent corrompu

À l’intérieur d’une nation, l’oligarchie dictatoriale crée une caste opportuniste, assoiffée d’enrichissement, pour encadrer le peuple et vivre à son détriment.

À l’échelle internationale, l’oligarchie impérialiste crée une oligarchie autochtone à son service : les deux vivent de l’exploitation des richesses naturelles de la nation vassale.

Si l’argent se révèle insuffisant comme moyen de soumission, il est complété par l’exercice de la violence. Elle s’exerce par la dictature autochtone ou/et par l’agression militaire étrangère. Cette violence est d’autant plus efficace que le degré de corruption dans la société est grave.

L’argent permet de constituer des armées mercenaires, capables de renverser des régimes politiques corrompus ; et le manque d’argent fragilise les armées jusqu’à les rendre inefficaces face à une agression militaire interne ou/et externe3. L’argent est le nerf de la guerre, et de la force ou de la faiblesse d’une nation.

Solution

Une nation indépendante, un peuple souverain doivent, en premier lieu, éliminer toute forme de corruption parmi leurs représentants, dans tous les domaines.

Pour qu’une nation soit victorieusement résistante à une agression étrangère, il faut que cette nation le soit à ses contradictions internes. Pour l’être, il faut que son peuple soit informé et conscient des enjeux. Pour qu’il le soit, il faut un rapport non de peur, de méfiance et d’hostilité, mais de confiance et de coopération entre dirigeants et dirigés, dans tous les secteurs de l’activité sociale.

Cette excellence de situation d’une nation n’est pas facile à réaliser : les corrompus existent dans toute société. Plus grave encore : ils pratiquent l’art de se présenter comme les meilleurs défenseurs de la nation et du peuple, d’où la difficulté de repérer leurs méfaits.

Comment découvrir ces derniers, pour les neutraliser ?

Tout représentant ou défenseur de la nation et du peuple, qui agit dans le domaine social, doit rendre public son compte bancaire et ses biens matériels. Ces informations doivent être connues avant l’entrée en fonction et à la fin de celle-ci : cela permet de vérifier si, durant l’activité publique, la personne n’en a pas profité pour s’enrichir illégalement.

Un organisme national de contrôle, constitué en réseau dans tout le pays, vérifie la conformité des déclarations de ces représentants. Cet organisme fonctionne correctement à une condition : que les dirigeants étatiques le permettent ; et, pour qu’il en soit ainsi, elles doivent défendre réellement les intérêts de leur peuple.

Est-ce là une proposition utopique ?… Des indices de Perception de la Corruption dans les diverses nations existent. Il servent d’indicateurs aux investisseurs et aux… corrupteurs. Il est donc possible de réduire la corruption à un minimum qui met hors de danger le fonctionnement correct d’une nation.

Accuser les corrupteurs d’asservir des corrompus, c’est reprocher à un serpent d’émettre son poison, à un virus d’envahir le corps : stupide et inutile. L’attitude correcte est de veiller à ce que le serpent n’utilise pas son venin, que le virus n’envahisse pas le corps. Le venin ou le virus, dans une société, sont les individus dépourvus de dignité humaine : ils se vendent au plus offrant et accomplissent ses ordres les plus abominables, en se présentant comme les personnes les plus bienfaitrices. Prévenir vaut mieux que guérir.

1 Voline : La révolution inconnue Russie 1917 – 1921.

2 Si on considère non pas 1917, date du renversement du régime tsariste, mais 1921 : date de l’écrasement militaire par les Bolcheviks du Soviet de Kronstadt et des Soviets d’Ukraine.

3On a dit que, juste avant l’attaque victorieuse contre le gouvernement Assad, le soldat syrien recevait une solde mensuelle de 15 dollars alors que pour nourrir sa famille il devrait disposer au moins de 200 dollars.

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Publié 16 décembre in

https://www.algeriepatriotique.com/2024/12/16/corruption-comment-neutraliser-cet-ennemi-public-numero-un/

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #EDUCATION-CULTURE, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 12 Décembre 2024

De la guerre de libération culturelle

« Si nous venons à mourir, défendez notre mémoire. »

Didouche Mourad

Comment est-on arrivé là ?... Une paire de misérables éthiquement, et médiocres littérairement1 néo-harkis mobilisent tant d’énergie d’Algériens et de sympathisants du peuple algérien pour dénoncer des calomnies.

Rappel d’une métaphore, lue durant mon adolescence. Auteur : Mao Tsé Toung. Si un poing frappe une tomate, qui se brise ?… La tomate. Si le même poing frappe un caillou, qui se brise ?… Le poing. Autrement dit : les contradictions internes priment sur les contradictions externes (encore Mao). Conclusion : l’action externe (de l’adversaire) a d’autant plus d’impact que la contradiction interne2 est grave.

Cette introduction, pour dire quoi ?… Répondre à des calomnies est nécessaire, mais pas suffisant : il reste à trouver des solutions aux problèmes qui ont permis les calomnies. Remercions les ennemis pour avoir attiré l’attention sur nos carences3.

Guerre de libération nationale

Nous voici brusquement réveillés à défendre l’épopée libératrice, parce que deux, seulement deux chiens de garde l’ont diffamée : pour eux, les combattants de la libération nationale sont des nazis, des lâches, des profiteurs, des menteurs, des terroristes, etc. Comment peut-on oser ces calomnies ?

Après un séjour prolongé au Vietnam et en Chine, de retour en Algérie, je suis resté stupéfait par la carence des témoignages sur l’épopée libératrice nationale. Comme toutes les épopées, elle eut ses aspects admirables et d’autres pénibles. Toutefois, s’il est difficile d’évoquer ces derniers, il est d’importance vitale de rappeler les premiers.

Dans les deux pays asiatiques visités, les autorités célèbrent et honorent leurs libérations de l’impérialisme de toutes les manières possibles, partout, en tout temps, dans toutes les couches de la population4.

En comparaison, en Algérie, célébrations et commémorations sont insuffisantes : combien de musées de la mémoire dans les villes, dans les villages, sur les champs de bataille eux-mêmes ? Combien de documentaires et témoignages de survivants ou de leurs enfants dans les émissions télévisées ? Combien de films, de documentaires et de séries, de pièces de théâtre, bien réalisés, de romans et d’essais bien écrits ? Combien d’écoliers, de lycéens, d’étudiants sont emmenés pour visiter les musées concernant cette période, à recevoir dans leurs établissements des témoins ?

Ces carences vont, parfois, jusqu’au ridicule : allez voir, à Oran, les statues de moudjahidines sur la place de Mdin Jdida et celle au rond-point près du lycée Lotfi.

Les carences sont telles que les néo-harkis peuvent mettre en question la dignité de la guerre libératrice, et des jeunes, nés après l’indépendance, regrettent les « bienfaits » de la France, estiment qu’« avant, c’était mieux » : ils avancent comme preuve le nombre d’Algériens émigrés en France où rêvant d’y aller, les enfants de privilégiés qui étudient puis restent en France.

Quelle réaction est la meilleure, la plus efficace ?… Se contenter de répondre que ces critiques sont des calomnies, ou se dépêcher à éliminer les carences jusqu’à rendre les calomnies insignifiantes ?

Bien entendu, les impérialistes vaincus, leurs idéologues et les néo-harkis persiflent : « Vous êtes revanchards ! Oubliez le passé ! » Pire : ils se servent de la décennie noire pour occulter, déprécier non seulement la guerre de libération nationale, mais proclamer les « bienfaits de l’époque coloniale », la « fainéantise des indigènes », les colons plus compétents à cultiver et aimer la terre algérienne.

Imaginons deux prétendus ou vrais écrivains français. L’Allemagne leur octroie la citoyenneté allemande, puis, de ce pays, les deux individus vanteraient les « bienfaits de l’occupation nazie en France », la « fainéantise des indigènes français » lors de leur défaite face à l’armée allemande, le « terrorisme » des résistants français, écrire un roman sur un Allemand nazi qui a rejoint la résistance française pour insinuer que cette dernière pratiquait une idéologie nazie, dénoncer « l’obscurantisme de la religion catholique » française face aux « lumières » du protestantisme allemand. Quel traitement les Français patriotes réserveraient aux auteurs de ces allégations ? Robert Brasillach, cela vous quelque chose ?

Question : l’outrage à l’histoire algérienne et à son peuple, par deux néo-harkis devenus français par condescendance de sa Majesté Macron, cet outrage ne trouve-t-il pas sa source dans notre carence à maintenir vivace le prix consenti par le peuple algérien pour se débarrasser des criminels du passé ? Par conséquent, outre à dénoncer les « contrebandiers de l’histoire », selon la juste expression de Rachid Boudjedra, au-delà des paroles défensives, il reste à passer à l’offensive : trouver comment raviver l’esprit patriotique en Algérie.

Drame migratoire

Les ennemis du peuple algérien ont beau jeu de dénoncer nos compatriotes qui vivent en France et ceux qui rêvent d’y aller, du jeune chômeur le plus démuni jusqu’au docteur en ceci ou cela, jusqu’au harraga qui préfère risquer la noyade. Dans le quartier populaire où je vis, j’ai entendu un gamin de dix ans me déclarer : « Dès que je ramasserai l’argent nécessaire, al harga ! »

En 1972, je signalais déjà cette tragédie5. Le Vietnam, l’indépendance acquise, mit fin à l’émigration de ses travailleurs ; Cuba, après la victoire patriotique, opéra de même. Et ces deux pays ne possèdent ni pétrole ni gaz.

Pourquoi, en Algérie, dotée de ces deux matières premières, l’émigration non seulement persiste, mais s’aggrave ? Certes, des Algériens retournent au pays pour contribuer à son développement ; leur nombre est insuffisant.

L’oligarchie française, ses chiens de garde et ses néo-harkis n’ont-ils pas beau jeu de soulever ce problème ?… Et s’il est correct de leur rétorquer les 132 années de colonialisme, est-ce suffisant, après 60 ans d’indépendance ? Ne faut-il pas étudier au plus vite et au mieux comment mettre fin à l’hémorragie migratoire des Algériens, et intéresser ceux de la diaspora à revenir pour contribuer au développement du pays ?

Régression culturelle

Réelle et affligeante en Algérie, elle permet aux néo-harkis de proférer leurs calomnies. S’ils étaient réellement, comme ils le prétendent, des amis du peuple algérien, ils proposeraient des solutions.

L’un des motifs de ce fléau est dans la préférence donnée par trop de responsables à la médiocrité. Elle privilégie l’obéissance de béni-oui-oui, et exclut la compétence ; celle-ci, basée sur l’honnêteté, agit uniquement selon des critères objectifs performants. Pour parler uniquement dans mon secteur de compétence, - théâtre, cinéma, littérature, critique dans ces domaines -, je suis effaré par la futilité, d’autant plus futile qu’elle est arrogante6 : les ignorants applaudissent le charlatan, haïssent celui qui invite à reconnaître les carences et à s’efforcer de les combler.

Qu’a-t-on fait et que fait-on, réellement, pour redonner à la vie culturelle algérienne les conditions de son renouveau, de son dynamisme, de sa valeur nationale et internationale ?… Certes, les locaux existent, le financement de même : où est la substance humaine ?

Si elle n’existe pas, comment l’expliquer après 62 ans d’indépendance ? Si elle existe, pour quel motif ne pas la solliciter ? Un peuple sans culture adéquate peut-il résister aux agressions culturelles, prémisses à celles militaires ?

Économie et espace public

S’il est vrai que les autorités étatiques montrent un effort réel dans ces deux domaines, le succès stratégique sera réalisé seulement quand le pays ne dépendra plus de ses matières premières, concrétisera une auto-suffisance dans tous les domaines, et assurera un espace public digne de ce nom.

Ne pas se tromper

Les Algériens ou d’origine algérienne, comment savoir si leur prétention à aimer et défendre le peuple algérien est sincère ?… Très simple : au lieu d’insulter ce peuple en invoquant ses carences, ils proposeraient des solutions ; elles prouveraient leur respect de ce peuple et leur honnête collaboration à son progrès dans tous les domaines.

L’adversaire du peuple algérien n’est pas le peuple français : l’oligarchie de France manipule, exploite et opprime celui-ci comme elle veut réduire celui-là au même traitement. Rappels historiques significatifs :

- 1848 : après la révolution de février qui renversa le roi Louis-Philippe, des mouvements populaires éclatèrent à la fois en Algérie et en France. Cavaignac, général de l'armée française, réprima en Algérie les révoltes d'indigènes, puis retourna à Paris où, nommé ministre de la Guerre, il dirigea l'armée qui massacra l’insurrection ouvrière. Cavaignac devint un héros national.

- 1870-1871 : l’armée massacra, à Paris, des milliers de prolétaires de la Commune, et, en Algérie, les indépendantistes autochtones. Des survivants se retrouvèrent ensemble au bagne en Calédonie.

Après cela, peut-on s’étonner que les deux néo-harkis dont je parle fassent partie de la tendance fasciste-sioniste en France ? Leur haine du peuple algérien ne révèle-t-elle pas une haine identique pour le peuple français ?

Veillons à la solidarité entre les peuples. Leur opposition ne profite qu’aux oligarchies. Utilisons les mots adéquats : ils sont des armes clarificatrices. L’ennemi du peuple algérien n’est pas « la France », c’est l’oligarchie qui le domine, elle-même soumise aux oligarchies états-unienne et colonialiste sioniste.

Une oligarchie étrangère peut-elle aider un peuple en difficulté ?… Ah, oui : lui « porter la démocratie », la « libération de ses femmes opprimées », les « droits de l’homme », le « libérer de l’obscurantisme ». Comme en Afghanistan, en Irak, en Libye ? Auparavant, au Vietnam, en Chine, en Algérie, en Afrique, etc. ? Aujourd’hui, en Syrie, au Liban ?

Il faut être un fieffé mercenaire pour utiliser ces arguments de propagande, ou un crétin total pour croire à leur efficacité. À moins de maintenir un peuple dans l’ignorance ou l’insuffisante connaissance de son passé de résistance, de favoriser une « élite » autochtone médiocre, parce que opportuniste, au détriment des authentiques intellectuels.

Des paroles aux actes

La guerre des opinions, dite cognitive, - je l’appelle culturelle, même si le terme semble démodé -, ne se gagne pas uniquement avec les paroles, mais, tout autant et d’abord, par les actes concrets pour combler les lacunes.

Pourquoi les Vietnamiens n’ont pas leurs néo-harkis en France ou aux États-Unis, et les Chinois, pas au Japon ? S’ils existent, leur influence est tellement dérisoire qu’elle n’oblige pas à des réponses. Informez-vous de la manière dont les dirigeants vietnamiens et chinois entretiennent la mémoire de leur épopée, ont mis fin à l’émigration de leurs concitoyens, ont donné vie à leur activité culturelle, et vous aurez des exemples d’inspiration pour l’Algérie.

Qui objecterait : Nous n’avons pas à nous inspirer d’autres expériences. Réponse : les initiateurs de la guerre de libération algérienne ne se sont-ils pas inspirés de celle vietnamienne ? Et, d’une manière générale, n’a-t-on pas le principe « Apprends la science, même si de la Chine » ? Tous les peuples progressent en s’inspirant correctement les uns des autres.

À qui sait voir et comprendre, tous les indices montrent des faits : 1) l’oligarchie française veut effacer son humiliation politico-militaire coloniale par une revanche ; 2) l’oligarchie coloniale israélienne veut se débarrasser d’une Algérie partisane intransigeante du peuple palestinien ; 3) une partie de l’oligarchie états-unienne soutient le projet israélien ; 4) l’oligarchie marocaine, néo-colonisée, voudrait éliminer une république algérienne indépendante, soutien de l’auto-détermination du peuple sahraoui. Toutes ces oligarchies trouvent leur intérêt à réduire l’Algérie à un Liban déchiré, une Libye démembrée ou un génocide à Gaza. Fragmenter les pays, opposer leurs ethnies respectives, financer une cinquième colonne (néo-harkis), calomnier pour créer des conflits entre peuples voisins7. Contester ce fait procède d’une ignorance ou d’une manipulation.

Les combattants de la guerre de libération nationale arrachèrent l’indépendance. Aux générations suivantes de la mériter : d’abord, en trouvant les solutions convenables à toutes les carences qui permettent aux ennemis du peuple algérien d’agir.

Le plus vite serait le mieux : la guerre des opinions contre l’Algérie prépare celle des bombardements pour la reconquérir. Pas nécessaire d’être spécialiste en stratégie ou de lire dans une mare de café pour le savoir : il suffit de consacrer le temps à connaître les faits sur les médias encore libres.

Les premières déclarations des nouveaux ministres algériens, en particulier de la Communication et de la Culture, permettent d’espérer que les intentions soient validées par les actes. Le peuple algérien a vaincu l’oligarchie française par la conquête de son indépendance politique ; il lui reste à la vaincre sur le plan culturel. Larbi Ben Mhidi remarqua, en substance : si la guerre de libération nationale est difficile, la construction qui nous attend après est encore plus difficile.

Il est vital d’empêcher que la peste répandue par les deux néo-harkis prolifère (8), soutenue par une rémunération et une médiatisation adéquates par des oligarchies dont il faut estimer correctement la dangerosité. Comment ?… Appliquer à l’application réelle de la devise : « Par le peuple et pour le peuple ». Si l’on prétend qu’il est incapable de cette gestion, la mission urgente ne consiste-t-elle pas à l’y former ? Comment, sinon par la culture ? Par qui, sinon par des personnes éthiquement honnêtes, professionnellement compétentes ?

2 Ahmed Bensaada parle d’ « anfractuosité » et de guerre « cognitive ».

5Elle causa la rupture de ma collaboration avec Kateb Yacine lors de la réalisation collective de « Mohamed, prends ta valise ! » : voir mon mon livre « THÉÂTRE : BEAUTÉ VÉRITÉ BONTÉ ».

7Seuls les naïfs croiront que Boualem Sansal, en parlant de villes de l’ouest algérien, ignorait l’histoire. En fait, il la connaît, mais sa déclaration visait à attiser les hostilités entre les peuples marocain et algérien. Méthode pratiquée par Joseph Goebbels : plus le mensonge est gros, plus il a des chances d’être cru.

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10 décembre 2024

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 17 Novembre 2024

Remercions les ennemis !

En matière de liberté d’expression, voici quelques réflexions issues d’un travail de questionnement.

Histoire antique

Dans l’Athènes ancienne, un philosophe d’âge avancé, à la fin d’une discussion avec un jeune interlocuteur, admit son erreur et remercia. L’adolescent s’étonna :

- Si j’avais eu raison, expliqua le vieillard, c’est vous qui auriez appris. Vu que c’est moi qui eus tort, j’ai gagné quelque chose de vous, d’où ma reconnaissance.

À la manière de Xun Tzé

Si l’on connaît correctement nos idées justes, mais ignorons celles erronées, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle. Si l’on connaît les idées erronées de l’adversaire, mais ignorons celles éventuellement justes, nous ne vaincrons pas la bataille culturelle.

Qui nous montre nos erreurs ?… Notre Ego ?… Pas certain. Nos amis ?… Pas toujours. Nos flatteurs ?… Jamais.

Restent nos adversaires : plus ils nous détestent, plus ils cherchent où se trouvent nos erreurs, et nous les jettent à la figure, parfois manipulées, tronquées pour laisser croire à leur stupidité ; si cela ne suffit pas, on ajoute la diffamation volontaire.

Cette dernière nous indique le degré de haine de nos adversaires. Utile à savoir. Répondre de la même manière, serait aboyer devant un chien qui aboie.

L’utile est l’argumentation des ennemis. S’ils détectent et dénoncent chez nous des idées ou comportements erronés, ils nous montrent nos carences, nous apprennent à les corriger.

Raisonnement médical

Ce n’est pas en ignorant les microbes dans le corps que le médecin parvient à l’en débarrasser ; il doit les découvrir, sans haine : ce sentiment affaiblit ou annihile le raisonnement. Alors, en toute objectivité, le praticien trouve la méthode pour éliminer les intrus et redonner la santé au malade.

Considération sociale

Interdire l’expression d’un opposant intellectuel, c’est reconnaître l’incapacité de ses pairs à démontrer l’erreur du premier mentionné et son intention nuisible. Cette incapacité permet aux citoyens de connaissance limitée d’intervenir : les uns vantent l’importance de cet intellectuel opposé, les autres insultent son infamie. Les deux aggravent le problème.

S’il est relativement aisé de révéler l’erreur de l’adversaire, comment découvrir l’intention nuisible ?… Suivez l’argent, et, avec lui, la glorification médiatique.

Qui fournit le premier et assure la seconde ?… On le sait : les idées et les actes dominants sont ceux de la classe dominante. L’un des moyens d’exister : ses chiens de garde.

Ceci dit, une nuance d’importance : il est difficile de détecter les intentions destructrices de celui qui se proclame l’ « ami », le « défenseur » du peuple, de la démocratie, de la liberté, de la libération des femmes, de la « laïcité », etc. « Dieu, sauve-moi de mes amis ; de mes ennemis, je m’en charge. »

Il est plus facile de savoir qui est le vrai adversaire : il se déclare comme tel. Infiniment plus difficile reconnaître le tartuffe, le mercenaire : il se présente tout souriant, auréolé d’intellectualité, d’ « opposition » héroïque, photographié en star hollywoodienne, cravaté sinon avec une chemise blanche ou une longue écharpe au cou, parfois des lunettes même s’il n’est pas myope, partout interviewé dans les médias les plus diffusés, chaque fois primé dans les institutions les plus réputées. Et le troupeau ignorant ou semi-lettré applaudit, affronte la file pour acheter le produit bien marketisé, en croyant acheter de la culture.

Constater est insuffisant : il faut proposer des solutions. La première est la constitution ou le renforcement de réseaux entre les vraies consciences libres, unies par la recherche de la vraie vérité en cette époque de manipulation goeblesienne, en liaison avec les peuples, pour neutraliser la barbarie génocidaire costumée et cravatée.

La seconde solution : créer des comités citoyens de base dans les quartiers, afin de compléter les contacts virtuels par des relations concrètes.

Conclusion

Ne devons-nous pas remercier toute personne qui, par égotisme médiatique et sa conséquence, la félonie mercantile, nous aide à découvrir nos faiblesses, à détecter le vrai ami et le réel ennemi du peuple, de la démocratie, des droits humains, de la liberté ? N’est-ce pas au soleil de la vérité, quel que soit son goût amer, que s’éliminent les Frankenstein et leurs laquais bien récompensés, qui se gorgent de la sueur et du sang des opprimés ?

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Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2024/11/13/remercions-les-ennemis/

13 novembre 2024

https://tribune-diplomatique-internationale.com/2024/kaddour-naimi/

13 novembre 2024

https://reseauinternational.net/remercions-les-ennemis/

14 novembre 2024

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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