Publié le 20 Avril 2018

Bombardier U.S. abattu au-dessus de Hanoï.

Bombardier U.S. abattu au-dessus de Hanoï.

Défense anti-aérienne à Hanoï.

Défense anti-aérienne à Hanoï.

Canons à longue portée de l'Armée de Libération Populaire vietnamienne.

Canons à longue portée de l'Armée de Libération Populaire vietnamienne.

Le premier char de l'Armée populaire entré dans Saïgon libéré.

Le premier char de l'Armée populaire entré dans Saïgon libéré.

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Publié le 20 Avril 2018

Résistance au colonialisme français :

Prison centrale de Hanoï.

Salle commune de prisonniers enchaînés nuit et jour.

Salle commune de prisonniers enchaînés nuit et jour.

Tortures.

La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .

Exécutions.

La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .

Prisonniers.

La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .

Résistances.

La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
La guerre de libération nationale vietnamienne contre le colonialisme français : Photos .
Poèmes de résistance des prisonniers.

Poèmes de résistance des prisonniers.

Poèmes de résistance des prisonniers.

Poèmes de résistance des prisonniers.

Poèmes de résistance d'un prisonnier.

Poèmes de résistance d'un prisonnier.

Déclarations de résistance d'un prisonnier.

Déclarations de résistance d'un prisonnier.

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 20 Avril 2018

Victimes civiles des bombardements U.S. au napalm.

Victimes civiles des bombardements U.S. au napalm.

En ayant en tête la guerre de libération nationale algérienne, je suis allé à Hanoï pour me rendre compte personnellement de ce qui restait des guerres de libération patriotique vietnamienne, successivement contre la domination coloniale française, puis l’agression impérialiste états-unienne.
Première visite : la prison centrale, l’équivalent de la prison Barbe-rousse à Alger, durant la colonisation. La prison de Hanoï était destinée à enfermer les combattants vietnamiens contre le colonialisme français. Elle est ouverte au public, local et étranger, six jours sur sept, durant la journée.
On voit les cellules collectives : des dortoirs où les prisonniers étaient enchaînés aux pieds par des barres de fer, les uns liés à coté des autres, sur un immense parterre servant à s’asseoir ou se coucher. Pour les prisonniers les plus résistants, les plus dangereux, les plus récalcitrants ou destinés à une exécution très prochaine, étaient réservés des cellules individuelles. Évidemment, elles étaient très étroites, très sombres, très humides, très peu aérées : des trous à rats. À moins d’une santé de fer et d’un esprit solide, on y succombe.
Ces cellules individuelles débouchent sur la salle principale. Là, trône le chef-d’œuvre de la « civilisation » française : la guillotine... À sa vue, je fus pris d’une violente émotion, rendue plus intense en pensant à Ahmed Zabana, le premier patriote algérien guillotiné par les colonialistes.
Puis, voici des photos-portraits de combattantes et combattants vietnamiens : de tous les âges, de toutes les professions, de toutes les ethnies, de toutes les expressions de visages. Avec leurs noms et prénoms.
Ensuite des textes : lettres aux parents, poésies chantant la résistance, la dignité face aux injustices et aux crimes colonialistes, l’amour de la liberté, du peuple, de la patrie.
Et encore des photos et des sculptures montrant les « bonnes manières civilisées » du colonialisme français : les tortures infligées aux prisonniers, les instruments employés, les corps maltraités, les blessures. Plus loin, voici les photos et sculptures des trous creusés clandestinement par des prisonniers pour s’évader, et les instruments utilisés.
Ailleurs, des documents sur la seconde partie de la guerre patriotique, cette fois-ci contre les impérialistes U.S. En particulier, les cellules des prisonniers états-uniens capturés, leurs vêtements, leur nourriture, la possibilité qui leur était consentie de faire du sport, de jouer de la musique, de recevoir et d’écrire des lettres, etc.
On constate, alors, la différence de traitements : d’une part, la barbarie cruelle et criminelle des « civilisées » autorités colonialistes françaises contre les patriotes vietnamiens, et, d’autre part, la « barbarie » des autorités vietnamiennes : la situation des prisonniers U.S. était conforme aux conventions humanitaires internationales. Pourtant, ces prisonniers de guerre avaient, pour les fantassins, torturé et participé à des massacres de patriotes vietnamiens, et, pour les aviateurs, largué des bombes au napalm sur la population civile vietnamienne. Durant leur séjour en prison, les autorités vietnamiennes tentèrent de faire prendre conscience à ces criminels de guerre de l’injustice de leurs actes, et de l’aspect criminel de leurs dirigeants étatiques. Ces derniers appelèrent ce genre d’action un « lavage de cerveau », sans appeler leurs propres agressions des crimes de guerre. Ainsi est le monde des dominateurs, partout, depuis toujours, passé, présent le futur.
Deuxième visite, dans une autre partie de Hanoï : le musée de l’armée populaire de libération. Il est situé sur une large avenue : le boulevard Dien Bien Phu. C’est le nom du lieu où l’armée coloniale française, dirigée par les officiers les plus « brillants » de la prestigieuse académie militaire de France, Saint-Cyr, et dotée des armements les plus sophistiqués, cette armée fut, en 1945, stratégiquement vaincue par l’armée populaire vietnamienne, dirigée par un ex-ouvrier dans une usine française (Ho Chi Minh) et un ex-enseignant d’école (Nguyen Giap). Leur éclatante et exemplaire victoire mit fin à l’infame domination coloniale française.
Au musée, d’un coté, sont exposées les carcasses et photos d’avions de guerre U.S. Ils causèrent tant de victimes, en lâchant du ciel leurs tapis de bombes de tout genre, sur tout ce qui bougeait, humains et animaux, au sud comme au nord du Vietnam. Les bombes au napalm brûlaient les forêts où se réfugiaient les partisans, mais où vivaient également des populations civiles. Le monde entier a vu la photo de la toute petite vietnamienne, d’à peine huit ans, courant hagarde, le corps nu à peine brûlé par le napalm. Les gouvernants, idéologues et certains écrivains et journalistes U.S. appelaient cela lutter contre le « communisme » en portant la « démocratie », la « liberté » et le « bien-être » au peuple vietnamien.
Au musée, d’un autre coté, on voit des chars de l’armée de libération vietnamienne, notamment ceux qui, en 1975, entrèrent les premiers dans Saïgon finalement libérée.
Puis, dans diverses salles du musée, est présentée, accompagnée des informations nécessaires, en langues vietnamienne et anglaise, la longue histoire des diverses invasions étrangères et des résistances du peuple vietnamien contre les agresseurs. Des écrits, des photos, des instruments, d’une part, des agresseurs, et, d’autre part, des patriotes combattants, hommes et femmes. On constate l’extrême intelligence des résistants vietnamiens, concrétisée par leur incroyable et surprenante capacité de transformer leur faiblesse en force, notamment par l’emploi de tout ce qui peut exister comme arme de guerre de résistance. Par exemple, le bambou, répandu dans le pays, servait à confectionner des flèches empoisonnées, des sortes de couteau, des pointes mises dans des trous du sol cachant des pièges où tombaient les fantassins ennemis.
Dans ces salles, aussi, figurent des portraits de combattantes et combattants, des documents écrits, des poésies populaires ou de lettrés. Les agresseurs appelaient cela « barbarie ».
De la prison comme du musée, je suis sorti avec un sentiment extrêmement fort : une très légitime fierté. Ainsi, un peuple de paysans très pauvres, dirigé par des patriotes sincères et résolus, relativement jeunes, qui n’ont pas fréquenté l’université, a pu vaincre militairement, politiquement et idéologiquement successivement deux impérialismes, le français et l’états-unien, cela durant deux guerres qui se suivirent de 1945 à 1975 : trente ans ! (1)
La prison comme le musée de l’armée populaire sont visités, d’une part, par des nationaux. Ils viennent soit individuellement, soit en groupes. Ces derniers sont composés d’élèves d’école primaire, secondaire, universitaire, ou de travailleurs, de militaires, etc. D’autre part, des touristes étrangers viennent également visiter ces lieux. Parmi ces derniers, on remarque des citoyens de France et des États-Unis. Inutile de dire combien ces derniers sont généralement curieux de découvrir finalement la vérité sur l’oeuvre « civilisatrice » de leurs gouvernants, et gênés d’en constater les crimes contre l’humanité. Aux visiteurs sont proposés, à un prix modique, des guides parlant plusieurs langues, pour leur permettre d’avoir les informations les plus complètes sur ce qu’ils veulent savoir.
Comme dans le cas de la Chine, le Vietnam, aussi, a depuis quelques années adopté la voie capitaliste. Les couches populaires de travailleurs et de paysans pauvres en souffrent, et les intellectuels qui leur sont proches dénoncent cette injustice, dans la mesure du (très limité) possible. Même le militaire, doublement vainqueur du colonialisme français et de l’impérialisme U.S., le général Nguyen Giap, protesta contre l’orientation capitaliste de la nouvelle caste oligarchique régnante. En vain ! Il quitta ce monde dans l’amertume.
Cependant, le peuple demeure uni fermement s’il s’agit de porter atteinte à son intégrité territoriale, à l’une ou l’autre partie de son peuple, composé de nombreuses minorités ethniques. Les conflits au sein du peuple viennent après l’impérieuse nécessité de conserver l’indépendance de la patrie. Durant la très longue résistance du peuple vietnamien contre les agressions coloniale française puis impérialiste états-unienne, Ho Chi Minh avait lancé le slogan qui demeure le plus répandu : « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté ». Bien que, après la victoire sur l’impérialisme états-unien, la liberté laisse fortement à désirer, et certains combattent pour les droits démocratique du peuple, néanmoins l’indépendance du pays demeure absolument sacrée, contre toute intervention étrangère.
Les portraits du « père » de l’indépendance, Ho Chi Minh, se trouvent partout dans les villes, et son mausolée, établi sur une large place de la capitale, est régulièrement honoré par les nationaux, et visité par les touristes de passage.
Comme dans le cas de la Chine, des gens quittent le Vietnam, soit à la recherche d’un meilleur travail ou par besoin de plus de liberté. Toutefois, qu’ils soient du peuple dit « ordinaire », des intellectuels ou des militants, aucun ni aucune, à ma connaissance, ne renie son peuple, ni le méprise, ni déclare préférer « changer de peuple ». Et même si ces émigrés s’installent dans l’un des pays qui, auparavant, avait agressé le Vietnam (France ou États-Unis), et en prennent la nationalité, ni l’appât du gain, ni la gloire médiatique ne parviennent à rabaisser ou éliminer l’amour de ces émigrés pour leur patrie, leur culture et leur peuple d’origine : cet amour reste absolument intact.

_____

(1) En 1971, à la salle El Mouggar d’Alger, j’avais déjà réalisé une pièce de théâtre sur cette héroïque et exemplaire guerre de libération populaire. Faut-il signaler qu’après quatre représentations, on me « conseilla » d’interrompre les représentations, ce que je fus contraint de faire. Voir livre 1, in http://www.kadour-naimi.com/f-fourmi_photo.htm
Publié sur Le Matin d'Algérie, le 22 avril 2018, et sur Algérie Patriotique le 24 avril 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 18 Avril 2018

Monumenty aux victimes civiles de l'armée féodalo-capitalistes du Kuo Ming Tan.

Monumenty aux victimes civiles de l'armée féodalo-capitalistes du Kuo Ming Tan.

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_1

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_1

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_2

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_2

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_3

Monument aux combattants et combattantes du peuple pour la libération nationale_3

Stèle à une victime civile assassinée par l'armée japonaise fasciste.

Stèle à une victime civile assassinée par l'armée japonaise fasciste.

Cadavres de victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_1

Cadavres de victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_1

Cadavres de victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_2

Cadavres de victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_2

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_1

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_1

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_2

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_2

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_3

Monument aux Victimes civiles de l'agression de l'armée fasciste japonaise_3

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Publié le 18 Avril 2018

Monument aux combattants et combattants de la guerre populaire de libération nationale.

Monument aux combattants et combattants de la guerre populaire de libération nationale.

Pour comprendre clairement l’attitude des dirigeants algériens, concernant la guerre de libération nationale, et cela depuis l’indépendance, il est nécessaire d’établir deux comparaisons : une première avec la Chine, dans cette troisième partie, et une seconde avec le Vietnam, dans la quatrième partie.
Ce 4 avril 2018, en Chine, était le « qīng míng », le jour annuel, traditionnel et pluri-millénaire du souvenir des morts, ceux des familles. On se rend sur leurs tombes, pour les honorer en perpétuant le cher et émouvant souvenir que l’on conserve de leur séjour sur terre.
Cependant, en Chine, cette tradition a été enrichie par une autre. D’autres disparus sont honorés de la même manière : ce sont les morts de la nation, tués durant la guerre de libération anti-impérialiste, anti-féodale et anti-capitaliste. Depuis la victoire du peuple chinois sur ces agents dominateurs-exploiteurs, en 1949, partout en Chine, les autorités ont construits des musées et des monuments.
Dans les premiers, les Chinois (et étrangers en visite) viennent voir les preuves concrètes, d’une part, des victimes de l’impérialisme et du féodalo-capitalisme, et, d’autre part, des combattants et combattantes qui les ont affrontés et vaincus. Devant ces preuves concrètes, aucune personne, chinoise ou étrangère, qui a un cœur sensible et un esprit ouvert aux souffrances et aux luttes d’un peuple ne peut rester indifférent. Bien entendu, l’une de mes premières actions en arrivant en Chine fut la visite de ces musées et monuments.
Ce 4 avril donc, j’ai passé quelques heures à voir sur CCTV1, le canal principal et officiel de la télévision chinoise, les nombreux reportages sur la commémoration de la guerre de libération populaire chinoise. Des plus grandes méga-pôles aux villages les plus isolés dans les montagnes, au sein de l’ethnie majoritaire han comme de toutes les cinquante six ethnies minoritaires du pays, les citoyennes et citoyens, les élèves des écoles primaires, des lycées et des universités, les militaires appelés ou professionnels, les intellectuels, les artistes, bref tout le peuple alla rendre hommage à ses combattants et combattantes.
En outre, ce même jour, sur le canal officiel principal de la télévision étatique, une émission de plusieurs heures fut consacrée aux combattantes et combattants tombés durant la résistance populaire armée, à travers les témoignages de leurs enfants ou petits-enfants, collègues de travail ou compagnons de lutte. Je voyais ces témoins raconter et rappeler, avec dignité mais fermeté, les horribles souffrances et les héroïques combats de celles et ceux qui leur ont offert la libération de l’impérialo-féodalo-capitalisme. Puis, le témoin, homme ou femme, allait devant le portrait du ou de la martyre, présenté sur une immense photo, posait un bouquet de fleurs rouges, s’inclinait en signe du plus profond respect, enfin s’adressait au/à la martyre en lui exprimant à haute voix tout l’amour ressenti, toute l’admiration éprouvée, et toute la dette reconnue. Le-la témoin pleurait, les spectateurs et spectatrices dans le studio pleuraient, et, dans la maison où je me trouvais avec une famille chinoise, des larmes baignaient nos yeux et nos joues. L’émotion du cœur stimulait la vigilance de l’esprit, l’indignation pour les effroyables crimes commis contre le peuple renforçait la résolution de penser : « Plus jamais ça ! »
Ainsi, depuis 1949, année de la libération, ce peuple chinois, chaque année, entretient vive la mémoire du combat qui lui a donné l’indépendance, garde vive la mémoire des immenses sacrifices consenties, garde vive la mémoire des méfaits de l’impérialisme et du féodalo-capitalisme, garde vive la vigilance. Car, au-delà des relations commerciales et diplomatiques, les dirigeants de ce peuple prennent le soin de faire savoir à leur peuple, par des émissions de télévision quotidiennes, sur des canaux thématiques, que l’impérialisme est encore présent (1).
Ajoutons à cela que divers canaux de la télévision officielle chinoise diffusent quotidiennement, - je dis bien : quotidiennement -, des documentaires, des films et des télé-films sur la guerre de libération nationale, ainsi que des témoignages de survivants combattants et combattantes, ou victimes.
On objectera : « D’accord ! Mais, actuellement, le régime chinois est retourné au capitalisme ! »… C’est vrai. Et, à part les couches sociales qui en profitent, les travailleurs manuels et les paysans pauvres s’en plaignent, et même se révoltent parfois.
Néanmoins, le peuple, dans son ensemble, au-delà de ses conflits sociaux internes, manifeste un authentique et très fort patriotisme. C’est que ce peuple a tellement souffert dans le passé les très humiliants crimes des envahisseurs, plus humiliants encore que ceux des dominateurs intérieurs.
Et dans quasi chaque endroit, comme déjà dit, on trouve des musées et des monuments qui rappellent ces faits. Parfois, dans les musées, ils sont exposés même crûment, quasi insupportables à voir. Mais, les décideurs ont eu raison ! Il faut voir pour croire !... Des cadavres de civils, des deux sexes, de tout âge, sont visibles dans certains musées, présentés dans la position où les victimes furent assassinées. Deux de ces cadavres m’ont particulièrement impressionné : une mère tenant son bébé. L’événement qui reste le plus cruellement dans la mémoire du peuple, c’est le massacre dans la ville de Nankin (2) : « un événement de la guerre sino-japonaise qui a eu lieu à partir de décembre 1937, après la bataille de Nankin. Pendant les six semaines que dure le massacre de Nankin, des centaines de milliers de civils et de soldats désarmés sont assassinés et entre 20.000 et 80.000 femmes et enfants sont violés par les soldats de l’armée impériale japonaise. » (3)
Dès lors, pour le Chinois, quelque soit sa classe sociale, une chose est certaine : la terre et le peuple de la patrie sont sacrés ! Quelques soient les conflits internes au peuple, un aspect l’unit fermement : la dignité et la défense du pays, de la patrie et de son peuple.
La Chine connut un phénomène tel que celui des harkis d’Algérie : il s’incarna dans une marionnette d’ « empereur » installé par l’armée japonaise dans le nord-est de la Chine. Mais ce pays ne produisit pas de harkis intellectuels tels celui dénoncé par A. Merdaci (4).
Même quand les Chinois émigrent, pour chercher un meilleur travail ou pour jouir de plus de liberté d’expression, que ces Chinois soient du peuple ordinaire ou de l’élite intellectuelle, on ne trouve aucun ni aucune, du moins à ma connaissance, qui se conduit comme nos harkis « intellectuel-e-s » et « militant-e-s »: aucune insulte, aucun reniement du peuple dont on est issu, aucun mépris du peuple d’origine suite à la prise de nationalité d’un autre pays, principalement ex-colonisateur. Et ce n’est pas dans le pays dont le peuple chinois a le plus cruellement souffert que, généralement, les Chinois s’exilent : le Japon, même si sa langue est celle qui est la plus proche de l’idiome chinois. Jusqu’à aujourd’hui, les autorités et le peuple chinois réclament la reconnaissance officielle des crimes de guerre de l’armée impériale fasciste japonaise contre le peuple chinois. Et le refus d’y consentir des divers gouvernements japonais, jusqu’à aujourd’hui, ne permet pas l’établissement de relations de « bon » voisinage.
Même parmi les militants ou intellectuels qui furent emprisonnés en Chine, à cause de leurs idées démocratiques, torturés, croupis pendant de longues années en détention, aucun ni aucune, sauf ignorance de ma part, ne déclare, en exil ou demeurant dans le pays, mépriser son peuple, vouloir « changer de peuple » (5) ou adopter une autre « identité » culturelle en renonçant à celle d’origine (6) : simplement, ces militants et intellectuels critiquent sévèrement les autorités pour leur négation des droits démocratiques du peuple.
Tout Chinois sait, parce que les canaux télévisés le déclarent chaque jour, que la Chine, même capitaliste, est contrainte d’affronter la menace concurrentielle de ses ennemis : Les États-Unis en premier lieu, et leurs alliés. Les Chinois savent que l’impitoyable concurrence économique actuelle est la première forme de guerre contre les nations et les peuples aspirant à se développer, et, dans ce but, se libérer de la domination capitaliste hégémonique mondiale. Les autorités et le peuple chinois sont parfaitement conscients que les États impérialistes dirigés par celui hégémonique, les U.S.A., font et feront tout pour empêcher le peuple chinois, y compris ses capitalistes, d’accéder au niveau de développement auquel ils aspirent, parce que celui-ci signifie, automatiquement, la perte d’hégémonie mondiale détenue actuellement par le capitalisme U.S.
Par conséquent, le peuple et les dirigeants chinois doivent demeurer prêt à défendre leur patrie contre les agresseurs. Dans cette perspective, les dirigeants du pays font tout afin que le peuple maintienne en mémoire les crimes dont furent (et demeurent encore capables) les agresseurs étrangers, sous peine de retomber dans la dépendance étrangère. À chaque occasion, même la plus ordinaire, je note personnellement l’impressionnante ferveur patriotique des Chinois, entretenue par la mémoire vive du passé subi par les agressions étrangères. Cette ferveur permanente, nourrie quotidiennement par une mémoire vive des crimes étrangers passés, est parfaitement en concordance avec les agissements impérialistes actuels qui menacent le développement pacifique du pays.
La prochaine partie examinera l’attitude des autorités vietnamiennes concernant leurs deux guerres de libération nationale. Cela permettra d’en arriver aux autorités algériennes à propos de leur comportement concernant la guerre de libération nationale.
_____
(1) « Les USA sont frénétiquement occupés à encercler la Chine avec des armes, avec une multitude de bases militaires qui vont du Japon à la Corée du Sud et aux Philippines, en passant par plusieurs petites îles proches, dans le Pacifique, et leur base élargie d’Australie. La flotte US, ses porte-avions et ses sous-marins nucléaires patrouillent à la limite des eaux chinoises. Avions de guerre, avions de surveillance, drones et satellites espions emplissent les cieux au point de créer une obscurité symbolique en plein midi. » Jack A. Smith, « Hegemony games » (« Jeux hégémoniques ») USA c/PRC, Counterpunch, cité par William Blum in « Quelques pensées sur la politique étrangère américaine », 12 novembre 2016, Rapport anti-empire n° 146 du 6 novembre 2016, in Réseau international. Pour des détails, voir « La guerre, pourquoi ? La paix, comment ?... » librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits.html
(2) Voir http://fr.cntv.cn/special/journenationaledecommemoration/
(3) Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Nankin#cite_note-1
(4) In https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/28/contribution-dabdellali-merdaci-breve-adresse-a-naturalise-honteux/, https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/30/mise-point-merdaci/ et les diverses parties commencées avec https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/04/franches-explications/
(5) https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/22/contribution-reponse-a-amira-bouraoui-barakat-dinsulter-peuple/
(6) Voir note 4.
Publié sur Algérie Patriotique et Le Matin d'Algérie, le 18 avril 2018.

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Publié le 18 Avril 2018

Sidi Belabbès à l'époque coloniale : des légionnaires se font cirer les bottes par des enfants algériens.

Sidi Belabbès à l'époque coloniale : des légionnaires se font cirer les bottes par des enfants algériens.

En ce qui la concerne, les auteurs harkis se distinguent par une caractéristique : ils ne trouvent dans ce combat patriotique que des faits condamnables. Non pas qu’ils n’aient pas existé ou qu’ils doivent être occultés, mais ne faut-il pas, en les évoquant, les insérer dans le cadre général d’une guerre de libération ?
Considérons un cas. A. bensaada écrit (5) :
« Le premier exemple est celui du roman Le Village de l'Allemand de Boualem Sansal qui traite d’un Allemand converti à l'Islam et réfugié en Algérie après la seconde guerre mondiale. Marié à une Algérienne, ce personnage était un bourreau nazi qui a mis ses compétences au service de l’ALN. Qualifiée d’authentique par l’auteur, cette théorie a été battue en brèche par de nombreuses personnes dont M. Bouhamidi. Mais qu'elle soit vraie ou non importe peu. Ce qui compte c’est cette relation entre le nazisme, l’ALN, l’islamisme et les banlieues françaises. Ce mélange explosif représente un grimoire qui fait mousser les ventes. Je ne vous apprendrais rien si je vous disais que plusieurs pays ont acquis les droits de traduction de ce roman, dont Israël (6). »
Approfondissons l’examen. Il est possible que des Allemands aient pu rejoindre l’Armée de Libération Nationale. Des militants français, partisans de l’indépendance de l’Algérie, ont essayé de sensibiliser des militaires de la légion étrangère, dont certains étaient d’origine allemande ; le but était de les encourager soit à déserter, soit à rejoindre les combattants algériens. Les cas de succès de ces tentatives furent très rares. Tandis que l’écrasante majorité de ces légionnaires ont exécuté leur infâme action colonialiste. J’en sais personnellement quelque chose. Je suis né à Sidi Belabbès, comme disait la propagande officielle d’alors « Berceau de la Légion Étrangère ». Ma première enfance s’est déroulée pendant la guerre de libération nationale. Plus d’une fois, en pleine nuit, je fus réveillé en sursaut, avec toute ma famille. Mon grand-père allait ouvrir la porte à ces légionnaires, et nous étions, femmes et enfants, jeunes et vieux, extrêmement préoccupés, réunis dans la cour pour « inspection », au cas où des moudjahidines étaient parmi nous. Il arrivait à ces « représentants de la Civilisation Française », s’ils étaient ivres, de tirer une balle dans la tête des personnes à « contrôler », et cela pour « rire », ou de violer une femme, devant les yeux de toute sa famille, et même, cela est arrivé, qu’un légionnaire, d’un coup de crosse, tua une femme enceinte, en s’amusant de voir éclater son ventre, et voir tomber le fœtus qu’il contenait. Et plus d’une fois, ma mère était, alors, enceinte, jeune et « attrayante » pour ces criminels sadiques. Par chance, dans notre famille, rien de grave n’eut lieu.
Ce qu’était la majorité écrasante de la légion, la voici. Imbue d’idéologie nazie, mais pas seulement. Celle-ci était renforcée par l’idéologie coloniale française. Les méthodes de répression étaient absolument les mêmes ! Les Algériens étaient les Juifs, les Tziganes et les Russes de l’armée française. Pis encore. Au début de l’invasion, les Algériens étaient soumis à la « solution indienne » : extermination de la population indigène pour la remplacer par des colons français. Massacres en masse des civils et « enfumages » des réfugiés dans des grottes.
Quant à épouser une Algérienne, la majorité écrasante des légionnaires allemands fréquentaient le bordel de « Filaj al laft » (village du navet) de Sidi Belabbès, quant ils ne violaient pas des femmes autochtones durant leurs « mission civilisatrice » de « pacification ».
Dès lors, posons la question : si Sansal avait mis en scène l’un de ces criminels, est-ce que les éditeurs occidentaux capitalistes et israéliens sionistes (6) auraient été intéressés à la promotion d’un tel roman ?… L’expérience répond par la négative. Ces éditeurs n’y auraient vu qu’une « dénonciation haineuse contre l’Occident » et sa « Civilisation », de la part d’un « Arabe » (ou « Kabyle ») vindicatif, rongé par le « ressentiment » et « incapable d’oublier le passé » (comme dirait le président français Emmanuel Macron, lors de son « bain de foule » à Alger). Par contre, raconter le genre de personnage présenté par Sansal va dans le sens de l’idéologie présentant la guerre de libération nationale algérienne comme inspirée par le nazisme et l’Islam le plus rétrograde. Alors qu’en réalité, la guerre de libération nationale fut nourrie essentiellement par un nationalisme patriotique, démocratique et une interprétation progressiste et libératrice de l’Islam. La version obscurantiste de l’Islam existait, mais elle fut incarnée essentiellement par les « zaouïas », alliées au système colonial, notamment par l’affirmation suivante : « Le colonialisme nous a été envoyé par Allah Tout Puissant ! Nous devons, par conséquent, nous plier à sa Volonté ! » Ce n’est pas un hasard si l’administration coloniale encouragea la création de « marabouts ».
Autre cas, encore signalé par A. Bousaada :
« Le second exemple est Le rapt d’Anouar Benmalek, roman qui déterre l’histoire du massacre de Melouza perpétré par l’ALN sur des populations civiles algériennes pendant la guerre de libération. Il va sans dire qu’il est important de se pencher sur notre Histoire afin d’en analyser aussi bien les faits d'armes que les exactions. Cacher honteusement des pans de notre Histoire pour protéger la mémoire de certains n’est ni constructif, ni éthique. Mais vous conviendrez avec moi qu’il est quand même étonnant de voir le succès époustouflant de cette histoire, alors que le film « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb a subi les foudres de nombreuses personnalités politiques françaises avant même qu’ils ne le voient. La raison ? Ce film aborde le massacre d’Algériens par l’armée française, le 8 mai 1945 à Sétif. Reprochant son contenu "anti-français", des députés UMP ont même demandé son retrait du festival de Cannes en menaçant de perturber la projection du film.
« Comment peut-on accuser un film de "falsifier l'histoire" lorsqu’il s’agit du massacre d’Algériens par des Français et de qualifier de chef d’œuvre un roman qui relate le massacre d’Algériens par des Algériens? N’y a-t-il pas là une conception biaisée de la liberté de création et d’expression ? »
Certes, on est dans le cas où la liberté devrait être uniquement celle des dominateurs, anciens et actuels. Elle consiste à fournir leur version de l’histoire, celle qui convient à leur idéologie dominatrice. Et, pour la « légitimer » aux yeux de l’opinion publique, il faut « angéliser » les actions du dominateur et « diaboliser » celles de la victime. Et comment réaliser cette opération mieux qu’en utilisant non pas des « Occidentaux » mais des individus issus du peuple dominé lui-même ? En effet, dans le premier cas, l’opinion publique risque de soupçonner l’existence d’une « vérité » uniquement des vainqueurs, donc partiale, tandis que dans le second cas, l’apparence de vérité vraie est plus crédible, puisque formulée par un « représentant » des victimes.
La tragédie relatée dans le roman de Benmalek est, évidemment, absolument condamnable. Mais ne faut-il pas la placer dans son contexte général ? Afin d’en relativiser l’aspect, en reconnaissant que le massacre de civils perpétré par l’Armée de Libération Nationale, se place dans le cadre d’une guerre atroce, imposée par l’armée coloniale, sans oublier ses supplétifs indigènes. Elle fut la première à commettre des massacres généralisés de civils, dès l’invasion de l’Algérie, et, à peine la seconde guerre mondiale finie, où des Algériens sont morts pour sauver la France, la même armée coloniale commit le massacre de civils à Sétif.
Bien entendu, comparaison n’est pas raison. Les immenses crimes contre l’humanité de l’armée coloniale française ne justifient pas le massacre de civils par l’Armée de Libération Nationale. Ce qui est en examen et en cause est le fait suivant : la tragédie relatée par le romancier est-elle placée dans son cadre général ?… Autrement, n’est-on pas dans la manipulation de l’histoire à des fins de propagande ? Et qui sert-elle, dans la lutte actuelle des dominateurs-exploiteurs contre les dominés-exploités, sinon les premiers ?
À propos du choix de son sujet, Benmalek répondit à Ahmed Boussaada, selon ce dernier : «  tout auteur a le droit de choisir les sujets qui l’intéressent. » Bien entendu !… Reste la question : cet intérêt de l’auteur, avec quel intérêt social général coïncide-t-il ? Celui des dominateurs ou celui des dominés ?
On découvre, alors, la vérité occultée. Elle est dans le cadre de la propagande stratégique mondiale actuelle, celle du « choc des civilisations » du fameux Samuel Hungtington (7). Son ouvrage prépara l’opinion occidentale à l’agression de l’armée états-unienne contre l’Afghanistan, ensuite l’Irak, dans le cadre de la création du « nouveau » Moyen-Orient, conforme aux intérêts de l’oligarchie militaro-financière U.S., et de son gendarme dans la région : l’oligarchie sioniste.
Voilà comment la « littérature » se révèle être un instrument de guerre psychologique et idéologique dans la stratégie, dans ce cas celle de l’impérialisme états-uniens et de son allié sioniste. Dès lors, on comprendra le motif du « succès » commercial et médiatique des romans de Sansal, de Benmalek et de tout roman fabriqué avec cette recette (8). Elle est très simple : mettez dans la marmite (roman ou film) un ou plusieurs éléments qui « montrent » la « barbarie », passée et/ou présente, du peuple et/ou du régime de la nation à agresser. Comme par hasard, cette dernière a toujours des ressources naturelles ou/et un territoire stratégiques… pour les intérêts de l’oligarchie capitaliste mondiale.
Si par hasard, l’écriture de l’auteur n’est pas à la hauteur, les commanditaires sont là pour fournir l’ « aide » nécessaire, comme ce fut le cas du premier roman de Kamal Daoud, sauf erreur de ma part. L’essentiel est que l’argent versé à l’auteur et pour la promotion commerciale de son œuvre servent l’intérêt stratégique de domination mondiale. Car, sans l’accès aux ressources naturelles du Moyen-Orient (sans oublier la Libye, et, prochainement l’Algérie ?), notamment pétrole et gaz, comment faire fonctionner l’industrie (qui fournit les profits commerciaux) et les instruments de guerre (qui garantissent son existence) ?… Que l’on ne se trompe pas sur les « bons rapports » actuels entre les dirigeants algériens et ceux états-uniens et européens (notamment anglais et français). Il en était de même de ces derniers avec les Talibans, Saddam Hussein et Mouammar El Gueddafi avant de décider leur élimination, parce que les intérêts stratégiques changèrent.
Ceci étant clarifié, l’auteur en question déclarera : « Je suis libre d’exprimer mes idées, et je dénonce la police de la pensée ». Hitler déclarait la même chose quand il écrivit son « Mein Kampf » (Mon combat), aidé dans l’écriture par quelqu’un d’autre, et, comme on le sait, cet ouvrage eut un immense succès commercial. Ferdinand Céline et Robert Brasillach revendiquaient, eux aussi, la même « liberté » de s’exprimer ; et ils eurent leur succès de librairie.
Revenons à la guerre de libération nationale. En considérant son cadre général, les fautes et les méfaits des combattants pour l’indépendance étaient nettement inférieurs en comparaison des crimes du colonialisme, depuis son installation dans le pays jusqu’à la guerre qui l’a chassé. Souvenons de la réplique de Larbi Ben Mhidi aux journalistes français qui lui reprochaient l’emploi de bombes artisanales contre les civils, laissant sous-entendre par là le coté « barbare » des combattants algériens : « Donnez-nous vos chars et vos avions, et nous vous donnerons nos couffins de bombes artisanales ».
Si l’on est objectif du point de vue historique, il est donc nécessaire de distinguer mais, aussi, mettre en relation crimes épisodiques de la guerre de libération (sans rien en diminuer) et crimes du colonialisme contre l’humanité (là, aussi, sans rien en diminuer). Autrement, sous prétexte de dénoncer les premiers, on justifie les seconds. Au tribunal de l’histoire, doit également être appliquée la règle : la vérité, toute la vérité et rien d’autre que la vérité. Est-ce le cas dans les œuvres romanesques ou filmiques des auteurs en examen ?
Tout roman ou film charrie une idéologie, une vision sociale, que l’auteur le veuille ou pas. Celle-ci est claire ou voilée, mais toujours existante. L’art pour l’art n’existe que dans la cervelle de ceux qui croient produire « au-dessus » des conflits sociaux. Si l’auteur nie le « message » idéologique, explicite ou implicite, de son œuvre, soit il est stupidement ignorant, soit ignoblement menteur. Il ne s’agit pas, ici, de défendre la théorie passée, stérile et totalitaire, du « réalisme socialiste », ni de l’ « engagement social », mais de montrer les implications, non avouées, d’une littérature et d’un art. Sous prétexte de « droit à la liberté d’expression », ils servent en réalité les intérêts des oligarchies dominatrices-exploiteuses.
L’œuvre littéraire ou artistique de l’auteur – voilà en quoi il est harki - fonctionne objectivement comme arme de préparation psychologique afin de disqualifier l’aspect libérateur de la guerre anti-colonialiste algérienne. Dans quel but ?… À travers les consommateurs de ces œuvres, l’objectif est, d’une part, de désarmer moralement le peuple algérien, et, d’autre part, de préparer l’opinion publique des pays dominateurs à une agression contre l’Algérie. Pourquoi ?… Parce que, après l’agression contre la Syrie, devrait venir le tour de l’Iran, puis de l’Algérie. Parce que dans ces pays, il y a le pétrole et le gaz ! Et qu’il faut réduire les gouvernants de ces pays au rôle de laquais, à l’image de ceux d’Arabie et du Golfe. Autrement, comment garantir la continuité de l’hégémonie états-unienne (et de ses alliés européens) face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie, et du désir de pays comme l’Algérie à se développer économiquement ?
Voilà donc ce qu’il faut souligner et tenir en permanence dans notre esprit : ce serait la plus grande des catastrophes si les générations algériennes actuelles, n’ayant pas subi le colonialisme, ignorent ce qu’il fut (9). Dans cette ignorance, osons une métaphore adéquate : des rats sont à l’action pour inoculer la peste dans la mémoire. Cette action infâme leur fournit argent, projecteurs médiatiques et « invitations » dans des colloques organisés par certains États ; comme par hasard ils font partie du « club » des agresseurs d’autres nations. La « culture » harkie, comme préparation psychologique à l’agression, est une méthode traditionnelle. À ce propos, rien de nouveau.
Il reste à se poser une autre question. Depuis l’indépendance, les détenteurs du pouvoir en Algérie, qu’ont-ils fait pour perpétuer l’indispensable mémoire du combat héroïque du peuple algérien pour son indépendance nationale, et maintenir vive la flamme patriotique ? Non pas par ressentiment stérile, non pas par dérisoire rabâchage d’un passé révolu, mais parce que la menace impérialiste et néo-colonialiste est redevenue actuelle (10). La réponse à cette question sera examinée dans les trois parties successives. À suivre.
_____
(5) Article cité dans la partie 1.
(6) Veillons toujours à distinguer les sionistes israéliens des citoyens du même pays qui luttent courageusement pour la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien, en conformité avec les résolutions de l’ONU, telles l’organisation « Gush Shalom » et celle des militaires « refuznik » qui refusent de servir dans l’armée d’occupation. Voir « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ?... » librement accessible ici: http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits.html
(7) Paru en 1996, voir « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ?... » déjà cité.
(8) Voir http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=361:2016-02-11-23-13-24&catid=49:poesie-et-litterature&Itemid=135
(9) Voilà dans quel cadre il faut comprendre la fameuse phrase du président français Macron, lors de sa dernière visite en Algérie. Dans un « bain de foule », il voulut convaincre un jeune Algérien de ne plus penser au « passé ».
(10) Pour l’analyse de la stratégique mondiale impérialiste-sioniste contre les peuples, notamment palestinien, voir les autres auteurs (de romans et de films) examinés par Ahmed Bensaada, afin d’y appliquer l’analyse globale exposée dans cette contribution. Pour effectuer encore mieux cette analyse, il est très utile de relire ou de lire les œuvres de Frantz Fanon et de Albert Memmi, dont les écrits se révèlent encore actuels.di Belabbès, à l'époque colonia
 
Publié sur Algérie Patriotique et Le Matin d'Algérie, le 16 avril 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 18 Avril 2018

Spoliation des richesses naturelles et exploitation de la main-d'œuvre locale.

Spoliation des richesses naturelles et exploitation de la main-d'œuvre locale.

Le propos est de considérer trois formes de comportement en Algérie : économique, idéologico-politique, et leur corollaire « culturel ». La présente contribution examine d’abord ce dernier ; elle s’intéressera successivement aux deux autres dans des contributions suivantes. Cette précision préliminaire vise à souligner la relation de dépendance réciproque entre ces trois aspects de l’activité sociale, en reconnaissant à l’aspect culturel la prééminence, non pas comme base de l’ensemble des trois aspects, mais comme étant le plus apparent, parce que livré aux projecteurs médiatiques, afin de conditionner l’opinion publique.

À ma connaissance, une observation, qui n’a pas été exprimée, justifie cette contribution. Pour la mettre dans son cadre et en comprendre l’utilité, il est nécessaire de connaître un article d’Ahmed Bensaada (1) et d’avoir en tête ce qu’on appelle les « mtournis » (2) et les « contrebandiers de l’histoire » (3). Pour ma part, je les nomme « faussaires ». Il est cependant plus judicieux de caractériser leur comportement comme « harki » : ce terme a l’avantage de les placer dans une correcte perspective historique algérienne. En France, on appelle ce genre de personnes « collabos ».

Les articles ci-dessus mentionnés ont exposé le pourquoi et le comment des écrits (articles, romans, films ou autre) et déclarations verbales de ces auteurs. Il paraît nécessaire, alors, d’approfondir le résultat objectif de leurs écrits et déclarations. Boileau demanda : « Il faut appeler un chat, un chat, et un fripon, un fripon ». Pour ma part, j’appelle un microbe, un microbe. La méthode est on ne peut plus honnête. Allons-y, donc !

Le monde actuel est le terrain et l’objet d’une lutte de plus en plus visible, brutale, impitoyable. Elle fait suite à la fin du système bipolaire qui opposait l’ « Est » et l’ « Ouest ». Le capitalisme ayant vaincu, sa voracité originelle revient ; elle se masque comme défense de la « liberté », de la « démocratie », des « droits humains », de la « civilisation », de la « culture », quand ne s’ajoutent pas à la liste les « valeurs judéo-chrétiennes ».

Ce capitalisme triomphateur a réveillé, avec lui, son sous-produit, vorace que lui : le néo-colonialisme. Ce dernier, aussi, veut ardemment sa revanche sur les luttes de libération nationale.

Et le troisième larron, lui également, ne se contente plus de ce que les puissances étrangères hégémoniques lui avaient concédé : une partie du territoire de la Palestine. Il la veut toute entière, en la colonisant au détriment du peuple qui y vit.

Si le but recherché par l’État sioniste est clair, ceux du capitalisme et du néo-colonialisme le sont moins. Propagande de guerre oblige ! Hitler, Mussolini et l’empereur du Japon ne se sont-ils pas présentés comme « bienfaiteurs de l’humanité », pour justifier leurs agressions de la seconde boucherie mondiale ?

Toutefois, il suffit d’être un lecteur intelligent, sachant distinguer entre les « fake news » et les informations vraies, pour se rendre compte des buts de l’impérialisme et du néo-colonialisme : la main-mise sur les ressources naturelles des peuples, et l’exploitation de leur force de travail au moindre prix. Sans les premières, le système capitaliste ne peut pas se maintenir : pour lui, c’est une question de vie ou de mort. En toute logique, il préfère pour lui la vie, et pour les autres, la mort (4).

L’Algérie n’échappe pas à ce conflit planétaire. Elle possède des ressources stratégiques : pétrole et gaz. Ils sont « vitaux » pour le système capitaliste. Lequel a, partout et toujours, utilisé des relais locaux, indigènes, pour agir, en employant l’habituelle méthode : la corruption par l’argent, et la promesse d’accéder au pouvoir dans le pays convoité, pour continuer l’action servile de laquais, en recueillant les « miettes » » suffisantes comme caste.

Si l’on pas conscience claire et nette de cette situation fondamentale, si on l’ignore ou la néglige, on ne comprend pas l’enjeu fondamental. Conséquemment, on se perd dans des considérations stupides et on devient des perroquets, manipulés par ceux qui ont intérêt à obscurcir l’enjeu fondamental. Ils y parviennent en évoquant de faux problèmes, les présentant comme réels, ou des problèmes réels, présentés comme principaux, alors qu’en fait ils sont secondaires. Ils le sont, parce que causés, précisément, par le système social de domination-exploitation. Ceci étant clarifié, poursuivons.

Auteurs.

Considérons, d’une part, les auteurs (hommes et femmes) incriminés. Ils objectent : « Mais j’ai le droit d’exprimer mon opinion, comme tout le monde ! », « La liberté d’expression est un droit inaliénable ; la contester, c’est du fascisme, de la police de la pensée ! » Ou encore : « Le métissage culturel est une manifestation d’ouverture et d’universalité ! » (5)

Concernant les deux premières objections, voici deux observations.

La première. Bien entendu, toute personne a le droit inaliénable d’exprimer ses opinions, même les plus abjectes. Cela interdit-il à une autre personne d’utiliser sa propre liberté pour critiquer les opinions de la première personne, et montrer, d’une part, leur inconsistance du point de vue de la raison et de la logique, et, d’autre part, l’intérêt caché (éthiquement injuste et socialement nocif) poursuivi par ces « opinions » soit disant « libres » ?... En définitif, ces dernières ne peuvent servir que l’une de ces deux catégories sociales : soit les dominateurs-exploiteurs, soit les dominés-exploités. Croire ne pas devoir tenir compte de cette opposition sociale fondamentale, croire se placer « au-dessus » d’elle, c’est simplement manifester un pharisaïsme hypocrite, tel ce consul romain impérialiste qui « se lava les mains » du sang de Jésus qu’il laissa crucifier. Par conséquent, au sujet de tout écrit et de toute déclaration verbale, il est indispensable de demander : Qui paie l’auteur ? Et son écrit, quel intérêt sert-il réellement : les dominateurs ou les dominés ?... Nul auteur n’est « au-dessus » de ce conflit social ; son « objectivité » et sa « libre » opinion ne le sont pas et ne peuvent pas l’être. Si on ignore ou nie ce fait, on est, comme auteur, dans l’ignorance ou le mensonge manipulateur (au service des dominateurs), et, comme lecteur, dans l’ignorance ou victime du conditionnement manipulateur (par des agents au service des dominateurs).

Seconde observation à propos de la liberté d’expression. Partout et toujours, la proclamer comme droit absolu inaliénable ne provient pas uniquement des auteurs visant à la libération sociale. Ceux qui servent la domination exploiteuse, eux aussi, revendiquent cette « liberté » comme leur « droit ». Je le mets entre guillemets pour ce motif : distinguer le droit authentique (servant à l’émancipation humaine), du « droit » inacceptable : celui des dominateurs et de leurs laquais, pour légitimer la main-mise sur les ressources naturelles d’un peuple, et le vol de sa force de travail.

Ceci dit, oui, il est indispensable de laisser complètement libre l’expression de l’opinion, même quand elle est monstrueuse et criminelle. Pourquoi ?… Parce que, comme les microbes, elle ne peut être neutralisée qu’au soleil du débat. Parce qu’il ne faut pas (l’expérience historique le montre) s’ériger en « défenseur » du peuple, en prétendant le « protéger » d’idées malsaines, sous prétexte qu’il serait « mineur », incapable de discerner le vrai du faux, ce qui sert son intérêt et ce qui le dessert. Le meilleur moyen de venir en aide au peuple est de le laisser prendre librement connaissance des idées contraires à ses intérêts, et de les critiquer publiquement, avec patience et intelligence, en employant tous les moyens pacifiques indispensables. Uniquement de cette manière, les idées malsaines peuvent être combattues efficacement.

Lecteurs.

D’autre part, à propos des auteurs, intéressons-nous à leurs lecteurs et commentateurs (hommes et femmes). Ces derniers avancent ce genre d’« argument » : « Mais qu’avez-vous contre cette personne ? », « Êtes-vous jaloux de son succès parce que vous ne l’avez pas ? », ou, encore : « Allons ! Assez avec la critique et la division ! Union ! »

Ces objections ne voient :

1) que la personne, et non l’idéologie qu’elle incarne ; or, c’est cette dernière qui est critiquée ;

2) que le succès commercial-médiatique, et non la vision sociale qu’il vend ; or, là encore, c’est cette marchandise précise qui est critiquée ;

3) que la nécessité de l’union ; or, comment des partisans de la liberté solidaire peuvent-ils s’unir avec des mercenaires de l’asservissement aux capitalistes ?… Le poète espagnol Federico Garcia Lorca déclara : « Je suis et serai toujours du coté de ceux qui ont faim ». Voilà la ligne de démarcation, la ligne rouge (du sang du peuple) qui sépare et oppose ceux qui aiment et servent le peuple, de ceux qui ne servent qu’eux-mêmes, en servant leurs fournisseurs d’argent et de gloire médiatique. Les premiers luttent pour une vie digne, pour soi-même et tous les autres, au prix du risque le plus fatal ; les seconds s'avilissent pour une « carrière » individuelle. Ceci dit, précisons que cette contradiction n’existe pas uniquement en Algérie ; elle est partout et depuis toujours, plus ou moins grave, plus ou moins nette, selon l’intensité de l’opposition entre dominateurs-exploiteurs et dominés-exploités.

Par conséquent, les objections des auteurs incriminés et celles de leurs défenseurs ne sont pas recevables pour les motifs ci-dessus explicités.

Par la suite seront examinés les deux domaines principaux où ces auteurs interviennent : la guerre de libération nationale et la société algérienne actuelle. À suivre.

_____
(1) In http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=com_content&view=article&id=85:la-recette-du-succes-de-certains-auteurs-l-bien-de-chez-nous-r&catid=37:societe&Itemid=75
(2) Algérianisation du terme français « retournés », qui ont changé de conception historique. Voir Abdellali Merdaci, in https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/28/contribution-dabdellali-merdaci-breve-adresse-a-naturalise-honteux/, https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/30/mise-point-merdaci/ et les diverses parties commencées avec https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/04/franches-explications/
(3) Expression de l’écrivain algérien Rachid Boudjedra dans un pamphlet du même titre. Il y dénonce la frange d’intellectuels et d’écrivains, algériens ou d’origine algérienne, qui s’efforcent de « réviser » la réalité coloniale, pour la rendre moins criminelle, en présentant uniquement des aspects discutables de la résistance patriotique qui combattit et réussit à mettre fin au système colonial. Voir http://www.lematindalgerie.com/ou-rachid-boudjedra-raison
(4) Voir « LA GUERRE, POURQUOI ? LA PAIX, COMMENT ?... », librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits.html
(5) Ce thème sera traité ultérieurement de manière spécifique.
Publié sur Algérie Patriotique et Le Matin d'Algérie, le 12 avril 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 11 Avril 2018

Quim Boix

Quim Boix

Il est Secrétaire Général de l’UIS (Union Internationale de Syndicats) des Pensionnés et Retraités de la FSM (Fédération Syndicale Mondiale), et responsable de la FSM dans l’État Espagnol (excepté Pays Basque).

Question : Quel est le but de votre organisation ? Et comment fonctionne-t-elle, autrement dit comment est concrétisée la participation démocratique des adhérents est assurée ?

Notre organisation, l’UIS (Union Internationale de Syndicats) des PeR (Pensionnés et Retraités), est née par décision du 16ème Congrès de la FSM (Fédération Syndicale Mondiale), réalisé à Athènes (Grèce) en avril 2011. Notre Premier Congrès comme UIS s’est tenu à Barcelone (Espagne) en février 2014, avec la participation de plus de 130 délégués de 39 pays des 5 continents. Nous sommes déjà en train de préparer notre Deuxième Congrès pour le premier semestre de 2019.

Le but de notre UIS est la défense des droits des PeR dans tous les pays du monde, pour assurer que toutes les personnes puissent passer de travailleurs actifs à retraités en recevant une pension mensuelle suffisante pour avoir une vie digne. Vie digne, pour nous, signifie avoir : 1) eau potable à la maison ; 2) aliments sains et suffisants ; 3) un endroit habitable pour loger ; 4) couverture publique et gratuite des besoins de santé, culture et transport de proximité.

Les adhérents à notre UIS sont les syndicats de PeR, avec des positions de classe, des différents pays. Nous acceptons aussi, comme adhérents, les associations de PeR qui ont aussi notre vision, à savoir que le capitalisme est la cause des pénuries vécues par les PeR, car la réalité légale et historique des organisations des PeR dépend de chaque pays.

Toutes les organisations adhérentes à notre UIS ont les mêmes droits, clairement fixés dans nos Statuts approuvés au Premier Congrès (vous pouvez les lire, en français, dans le web : http://www.pensionistas.info/web/fr/node/166). La participation démocratique est assurée, et cela ne peut pas être autrement dans une organisation dirigée par des membres de la classe laborieuse non vendus au capital. Notre force et capacité de lutte (et de victoires) se base sur le travail collectif et l’unité en face des entrepreneurs exploiteurs.

Pour bien exercer cette activité démocratique, nous assurons que tous les membres de notre UIS soient bien informés et puissent participer aux processus de prises de décisions. Nous faisons même des vidéo-conférences pour faciliter la participation de tous aux accords collectifs.

Question : Votre organisation est-elle autonome par rapport à l’État, et, dans l’affirmative, comment cette autonomie se concrétise ?

Évidemment, sans totale autonomie, vis-à-vis des États et des organisations patronales, nous ne pourrions pas arriver à des réussites qui permettent l’amélioration des conditions de vie des PeR.

Premièrement, nous devons lutter pour que le droit à la retraite soit reconnu, comme un des droits fondamentaux, dans toutes les Constitutions de tous les États. Ce ne sera pas facile d’arriver à ça, car la plupart, pour l’instant, des pays du monde ont des gouvernements qui imposent le capitalisme, c’est-à-dire qui cherchent d’exploiter au maximum la capacité de travail de la majorité de la population. Précisément à cause de ça, ils ne veulent pas que les retraites existent, ou bien ils cherchent qu’elles soient avec des pensions minimes.

La seule façon de lutter, et gagner les batailles, dans cette réalité, est d’être autonome des États et de la caste patronale. Comme travailleurs, nous sommes la grande majorité de la population ; nous pouvons donc, avec des petites cotisations individuelles, assurer le fonctionnement d’importantes organisations syndicales, autonomes des pouvoirs capitalistes.

Nos ennemis le savent très bien, et ils font tout pour nous créer des difficultés. Ils ont tué (et continuent à le faire) beaucoup de dirigeants syndicaux, ils ont emprisonné (et continuent à emprisonner) ou à licencier les travailleurs que font face à l’exploitation capitaliste. Ils essayent de diviser les organisations syndicales en achetant les dirigeants qui se laissent acheter (la surveillance collective du travail de direction est logiquement le seul remède pour faire face à cette corruption).

Question : Quelle est votre fonctionnement et quelles sont vos principales activités ?

Nous travaillons comme organisation mondiale, avec une vision d’ensemble que tient compte des grandes différences entre pays et continents. C’est pour ça que nous avons structuré nos organisations, continent par continent, et aujourd’hui nous avons, en plus du collectif de direction mondiale, une équipe de direction en Afrique, en Amérique, en Asie-Océanie, en Europe, et pour les Pays Arabes.

Nous sommes en train de préparer notre Deuxième Congrès Mondiale, qui se déroulera en Amérique dans le premier semestre de 2019.

Et, surtout, nous sommes en train d’incorporer des nouvelles organisations de retraités de tous les coins du monde, car notre défense des droits des retraités est la même partout, c’est la lutte contre les mesures des dirigeants du capitalisme.

C’est pour ça que cette année 2018, nous allons faire la troisième Journée Mondiale et Internationaliste de Lutte des PeR, le Premier Octobre, en renforçant les réussites des deux premières convocations. En plus, cette année, nous avons lancé l’idée d’une Journée de Lutte dans chaque continent qui se fera en Europe le 19 mai) pour unifier les luttes dans des zones de la planète où la réalité des retraites est semblable.

Question : Quelles sont les motifs qui dissuadent les organisations intéressées à adhérer à l’UIS, et comment réussissez-vous à les convaincre de rejoindre l’organisation ? Quel est le taux d’adhésion, et comment l’expliquez-vous ?

Nos actuels taux d’adhésion sont encore bas, mais ils augmentent d’année en année.

Le principal motif de ne pas adhérer à notre UIS, c’est notre difficulté de nous faire connaître comme UIS. Depuis des décennies existent différentes UIS (du métal, de la construction, de l’énergie, du textile, de l’enseignement, etc.), mais celle des PeR est la dernière et plus récente de toutes les UIS.

Les conquêtes de la classe laborieuse, surtout dans les ex-pays qui construisaient le socialisme, ont fait augmenter le nombre des PeR, qui arrivent à être le 20 % de la population et le 30 % des personnes avec le droit au vote. Il faut organiser ces personnes pour assurer la défense de leurs droits.

Pour l’instant, seulement les syndicats de classe ont créé des organisations des PeR avec volonté de lutte internationaliste. Je peux apporter une expérience personnelle : quand j’ai participé à Dakar (Sénégal) à un Séminaire avec des dirigeants du pays, Madame Fatima, représentante de la CSI (Confédération Syndicale Internationale, les “jaunes”, les vendus) et aussi de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), a dit publiquement : « en Afrique ne sont pas nécessaires les pensions de retraite, car les personnes âgées ont toujours la solidarité de leur famille ».

C’est bien clair, les syndicats “jaunes”, ceux qui disent défendre les travailleurs mais qui fonctionnent grâce aux aides financières du patronat, n’ont pas (pour le moment) une UIS mondiale des PeR. Ils ont seulement une petite organisation européenne qui, pour l’instant, ne fait que des réunions-touristiques de ses dirigeants. C’est normal, en cohérence avec l’affirmation publique de la dirigeante africaine de la CSI que je viens de mentionner.

En conséquence de cette réalité, notre UIS est la seule organisation mondiale des retraités, et comme telle, nous avons obligé le BIT (Bureau Internationale du Travail) à nous reconnaître comme organisation mondiale.

Question : Comment concrétisez-vous vos orientations mondiales tout en travaillant syndicalement dans chaque pays ?

C’est aux organisations de chaque pays de décider la façon de concrétiser la lutte dans leur propre réalité. Nous les aidons à le faire en respectant toute leur indépendance dans leurs décisions.

En plus, nous savons que les lois sont différents pays à pays, et que cela donne des façons différentes de s’organiser et de réagir. Par exemple, il y a des pays (l’Espagne, mon pays, en est un) où les retraités ne peuvent pas légalement créer une organisation syndicale, mais ils peuvent créer une association non syndicale. Pour nous comme UIS, toute organisation, syndicat ou non, avec des critères de classe, est bien venu si elle décide d’adhérer à notre UIS.

Question : En tenant compte que votre lutte est non seulement mondiale, mais également en Espagne, quelle est la réalité syndicale dans votre pays ?

En Espagne, nous avons une très longue expérience de lutte de la classe laborieuse, dirigée par des anarchistes et/ou des communistes pendants plus de 100 ans.

Sous la dictature fasciste de Franco, nous avons été obligés de nous organiser clandestinement, et cela a duré 40 ans. Les communistes ont été les mieux organisés dans cette étape. Notre lutte contre la dictature n’a pas été une réussite : le dictateur est mort malade dans son lit à plus de 80 ans, et la nouvelle étape politique a été de trahisons de plusieurs organisations politiques et syndicales, qui ont agi de manière très différente de ce qu’elles avaient promis.

En particulier CCOO (Commissions Ouvrières) s’est converti en un syndicat « jaune » (vendu au patronat) par ses dirigeants (pas de sa base, qui l’abandonne petit-à-petit). Le syndicat CCOO qui était dénoncé par la presse bourgeoise comme syndicat communiste, est aujourd’hui appuyé par cette même presse et les masse-media contrôlés par les capitalistes. Ses dirigeants ont été achetés par les capitalistes. Les deux successeurs de Marcelino Camacho (communiste qui a souffert la prison) ont appuyé les partis politiques bourgeois : le premier, Antonio Gutiérrez Vegara, a fini dans le PSOE (parti social-démocrate qui a imposé les pires lois contre les salariés), le deuxième, José María Fidalgo Velilla, a fini à coté de José María Aznar du PP (le parti plus à droite après les franquistes).

Pour mieux connaître cette triste réalité de transformation de CCOO de syndicat de classe en syndicat « jaune » lire : http://www.pensionistas.info/web/fr/node/962.

Cette réalité a provoqué des sanctions et expulsions des plus actifs dirigeants de CCOO, à cause de leur défense des positions de classe, en apparaissant trop syndicalistes face aux CCOO. Aujourd’hui, il y a en Espagne 11 syndicats affiliés à la FSM qui ne se coordonnent pas comme il faudrait.

Question : Quelle est la réalité des pensionnés et retraités en Espagne ?

Il y a presque 9 millions de pensionnés et retraités, mais la plupart touchent des pensions inférieures au salaire minimum, c’est-à-dire ne peuvent pas avoir une vie digne.

Nous avons aidé à l’organisation des PeR, en dehors des syndicats « jaunes » vendus (CCOO et UGT). Cela a duré 5 années, mais maintenant il y a un large mouvement unitaire, avec des positions de classe, qui est capable de faire des grandes actions pour défendre les intérêts des PeR. Voir sur le web de notre UIS un document qui explique cette réalité : http://www.pensionistas.info/web/fr/node/1045.

Question : Quelle est le rôle des Fonds de Pensions Privés, et comment votre UIS intervient ?

Dans le monde, les pensions ont initié leur existence comme des pensions publiques. Elles étaient la conséquence des luttes des masses de la classe laborieuse face aux gouvernements et au patronat. Après la Grande Révolution d’Octobre des communistes bolcheviques, il y a eu une universalisation de cette conquête dans tous les pays socialistes. Dès lors, le système public des pensions est plus que centenaire.

Dans ce système public, en tenant compte de l’important nombre de retraités, la quantité d’argent gérée par les Caisses Publiques était énorme, et augmentait chaque année.

Avec les successives crises (structurelles et systémiques) du capitalisme, les dirigeants de la Banque Mondiale (BM) et du FMI (Fond Monétaire International) ont planifié une façon de s’approprier de cet argent. Ils ont inventé les Fonds Privés des Pensions, qui, selon leurs prévisions, devraient remplacer les Fonds Publiques. Ils ont acheté l’appui des syndicats « jaunes » en leur offrant une petite partie des gros bénéfices que ces Fonds Privés allaient fournir aux grandes entreprises financières privés (surtout des banques).

C’est ainsi que, pendant la dictature fasciste de Pinochet au Chili, les syndicats de la CIOSL (Confédération Internationale d’Organisations Syndicales Libres), organisation qui, en 2006, s’est transformée en CSI (Confédération Syndicale Internationale), a appuyé les mesures prises par le dictateur Pinochet qui a transformé les pensions publiques de son pays en pensions privés. La fausse promesse, appuyée par les syndicats vendus, était que les retraités auraient ainsi une première pension d’un montant du 100 % de leur dernier salaire comme travailleurs actifs, au lieu du 70 % qu’ils avaient à l’époque (années 70 du siècle passé).

Aujourd’hui, le mensonge s’est dévoilé complètement, les travailleurs chiliens qui prennent leur retraite au lieu d’avoir une pension équivalente au 100 % de leur dernier salaire comme travailleurs actifs, ils touchent seulement le 35 % de ce salaire, c’est-à-dire la moitié de ce qu’ils touchaient avec le système public aboli par Pinochet avec l’aide des syndicats vendus.

L’argent volé est passé aux bénéfices des banques et une petite partie (mais quand même beaucoup de millions de dollars) aux syndicats de la CIOSL, aujourd’hui CSI.

Les capitalistes ont réussi, dans les pays qui ont suivi l’exemple du Chili de Pinochet, à avoir d’énormes sommes d’argent qui leur ont permis de surmonter en partie leurs crises économiques. LES PERDANTS SONT LES TRAVAILLEURS.

Devant toute cette situation, notre UIS intervient en informant les travailleurs de la vérité sur les Fonds Privés, en appuyant les luttes des travailleurs chiliens (qui sont sortis, en plus d’un million à chaque action, 3 fois dans les rues pour réclamer la restitution des Fonds Publiques) et beaucoup d’autres dans le Monde, et en dénonçant les mensonges dits par les syndicalistes vendus de la CSI.

En plus, nous avons dénoncé ce fait devant l’OIT (Organisation Internationale du Travail), non pas parce que nous croyons que cette énorme et bureaucratique institution va faire quelque chose (impossible, car elle est gérée par des pro-capitalistes), mais pour l’utiliser comme haut-parleur au niveau de notre dénonciation mondiale.

Finalement, nous travaillons pour bien informer les travailleurs, et nous aidons à qu’ils ne soient pas trompés par les syndicats « jaunes » de la CSI.

Question : Comment expliquez-vous brièvement le rôle actuel des syndicats vendus au capitalisme ?

Il y a une photo qui donne une claire réponse à cette question. Vous pouvez la voir sur le site : http://www.pensionistas.info/web/fr/node/652, avec un texte en français qui l’explique bien. Pour d’autres informations voir le site : http://www.pensionistas.info/web/fr/noticias, en français.

Ce n’est pas un sujet nouveau. Notre ennemi de classe a su toujours travailler pour nous diviser. Et il y a réussi à plusieurs reprises. Mais le syndicalisme de classe va plus loin que les personnes individuelles qui se sont laissées acheter.

Pour concrétiser ma réponse sur la lutte des PeR, je reprends la phrase de Madame Lagarde (présidente du FMI, Fond Monétaire International, qui gère le capitalisme mondial) : « les retraités ne sont plus exploitables chaque jour, ils ne sont plus productifs, c’est une dépense inutile ». Alors, c’est bien clair, les dirigeants capitalistes préfèrent que nous, les retraités, nous mourons le plus vite possible, et ils aident à ça avec des pensions minimales, des soins médicaux faibles, etc. Le plus douloureux de cette réalité, c’est que les syndicats vendus, les syndicats « jaunes », aident à ça.

Question : Quelles difficultés, internes et externes, rencontrez-vous dans la réalisation des objectifs de votre organisation, et quelles solutions adoptez-vous pour les résoudre efficacement ?

Notre actuelle principale difficulté, dans notre travail quotidien, ce sont les difficultés économiques. Nos organisations affiliées ne peuvent pas avoir des ressources économiques suffisantes car les retraités sont les personnes avec des ressources plus limitées. Alors, leurs cotisations sont les plus faibles. Nous avons des sérieuses difficultés pour faire des réunions internationales à cause des coûts des voyages. Nous avons initié le remplacement de ces réunions physiques par des réunions virtuelles en utilisant internet (bien que, à cause de l’âge, les retraités ne sont pas normalement les plus doués dans cet usage).

En plus, quand la réunion physique est nécessaire, nous constatons que notre ennemi de classe pose toutes les barrières qu’il peut, par exemple en ne concédant pas le document Visa pour se déplacer d’un pays à un autre. Nos ennemis ont toujours su comment créer des difficultés à la classe laborieuse.

Propos recueillis par Kaddour Naïmi.

Publié sur Algérie Patriotique et Le Matin d'Algérie, le 9 avril 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 11 Avril 2018

K. Naïmi durant la création théâtrale "Al hnana, ya ouled !" (La tendresse, les enfants !), 2012.

K. Naïmi durant la création théâtrale "Al hnana, ya ouled !" (La tendresse, les enfants !), 2012.

Au risque de provoquer des commentaires malveillants, encore une fois, je suis reconnaissant au professeur Abdellali Merdaci pour ses éclaircissements sur la littérature algérienne et, en particulier sur le théâtre. Ses interventions me permettent de préciser encore des aspects occultés de l’activité théâtrale dans le pays, en l’occurrence la mienne. Libre de croire qu’ainsi je me mets stupidement en valeur. Je sais combien d’intellectuel-le-s algériens ont été et sont victimes, non seulement de l’obscurantisme clérical, mais, tout autant, de la domination oligarchique actuelle, et de ses « soutiens critiques ». Ces deux derniers se différencient du premier en n’assassinant pas les corps, mais en tuant les idées qui ne répondent pas à leurs intérêts de caste, par l’ostracisme où les auteurs libres sont tenus. Je fournis donc ici mon témoignage personnel, pour rendre compte de la politique dominante, et cela depuis 1968, début de mon activité professionnelle. Afin que les intéressé-e-s connaissent la vérité des faits, au-delà des personnes.

Toutes (à l’exception de « Et à l’aurore... ») mes réalisations ci-après mentionnées (1) furent voulues et présentées comme « création collective », bien que j’en étais l’animateur principal. Une autre exception sera signalée dans ce texte.

« Mon corps, ta voix et sa pensée » (fin 1968) fut la première réalisation. Phrase-clé : « Je cherche la vérité ! » Thème principal : naissance et évolution de l’humanité, du point de vue matérialiste darwinien. Thèmes secondaires : la recherche philosophique de la vérité, l’importance du corps notamment dans la sexualisé, l’aspect totalitaire violent des religions. Concernant ce dernier, voici des extraits de la pièce :

JÉSUS

« Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée.

Je suis venu séparer le fils et son père,

la fille et sa mère.

Les gens seront ennemis dans leur propre famille. »

(...)

« Emparez-vous de mes ennemis et égorgez-les devant mes yeux ! »

La foule (les acteurs) foncent, armés d'épées imaginaires, dans les spectateurs, tuant, s'emparant d'ennemis imaginaires qu'ils égorgent. Cris, hurlements. Jésus reprend la même exhortation plusieurs fois. »

L’auteur de ce texte pouvait-il être surpris par ce qui survint une vingtaine années après, en Algérie : la « décennie sanglante » ?… Et pouvait-il voir uniquement dans l’Islam et les Musulmans un aspect sanguinaire, comme le font les « contrebandiers de l’histoire » et de l’actualité ?

« La valeur de l’accord » (1969). Phrase-clé : « Nos maux ne proviennent pas seulement du dehors, mais d’abord du dedans. » Thème principal : l’aspect impérialiste de l’exploration spatiale et la complicité des chefferies locales pour dominer le peuple. À l’époque, en Algérie, sévissait la vision politique consistant à faire croire que la contradiction principale était entre la « nation » algérienne et l’impérialisme. Or, la pièce montrait que l’impérialisme était fort parce qu’il disposait de relais indigènes, et que pour combattre efficacement l’impérialisme, il fallait combattre d’abord ses complices indigènes. C’était la thèse du P.R.S. de Mohamed Boudiaf, opposée à celle du P.A.G.S. qui pratiquait le « soutien critique » à la dictature boumédiéniste, présentée comme « progressiste ». C’est à ce moment précis que mon activité théâtrale commença à connaître des difficultés. Elles venaient aussi bien des autorités que du P.A.G.S.

« Forma-révolution » (1970). Phrase-clé : « Je ne suis pas seulement une machine ! ». Thème : dénonciation de la formation des jeunes travailleurs algériens comme « machine » d’un capitalisme d’État, au lieu de former des citoyens conscients dans une société se prétendant « socialiste ».

« La fourmi et l’éléphant » (1971). Phrase-clé : « L’intelligence contre la force » (sous entendu : celle du peuple contre celle de l’impérialisme). Pièce épique historique montrant les causes de la résistance héroïque du peuple vietnamien à la double agression, coloniale française et ensuite impérialiste états-unienne. En contre-point, le contenu dénonçait, indirectement mais clairement, les carences de notre lutte de libération nationale et ses résultats anti-populaires. Après les quatre premières représentations, deux hommes dont il était facile de savoir qui en étaient les mandataires, m’intimèrent l’ordre d’interrompre les représentations, ce que je fus contraint de faire, pour ne pas « mal » finir.

« Mohamed, prends ta valise » (1972). Thème : la tragédie de l’émigration des travailleurs algériens en France. Après la « première » de cette pièce, écrite collectivement (contrairement aux allégations répandues), j’ai rompu avec l’auteur qui dirigeait l’écriture, Kateb Yacine, avec l’équipe du Théâtre de la Mer qui le soutint, et avec le ministère du travail, qui subventionnait la troupe et soutint Kateb. Ce ministère était, alors, dirigé par un « socialiste » « progressiste ». Motif de ma rupture ?… Suite à la proposition de la « présidence » de financer une tournée de la pièce en France, soutenue par une équipe de cinéma étatique, Kateb gomma la responsabilité de l’État algérien dans la tragédie migratoire, ne laissant comme cause que l’impérialisme et le colonialisme, adoptant ainsi la thèse du PAGS contre celle du PRS. J’ai préféré renoncer à la « gloire » de cette tournée dans l’ex-métropole coloniale, tandis que la troupe l’effectua.

Engagé, par la suite, au Théâtre Régional d’Oran, alors dirigé par Abdelkader Alloula, j’ai refusé son invitation d’écrire une pièce pour célébrer la gestion « socialiste » des entreprises ; je l’ai considérée comme élimination définitive de ce qui restait de l’autogestion au profit d’un capitalisme d’État. Par contre, par la suite, Alloula écrivit lui-même une pièce sur le même thème, dans le sens du régime, la présentant comme « action nationale révolutionnaire ».

« Kâne ya makâne » (Il était une fois). Phrase-clé : « Mieux la pauvreté dans la liberté que la richesse dans la servitude ! ». L’œuvre fut refusée par la « commission de lecture » du T.R.O. Motif ?… La pièce mettrait en valeur les « loups » au détriment des « chiens », sous prétexte que cette présentation était contraire aux « valeurs des enfants ». La commission était composée essentiellement d’éléments de conception... pagsiste (donc « soutien critique » aux « taches révolutionnaires » du « président » de l’époque). Voici le chant final de cette pièce (2) :

« ENSEMBLE DES LOUP CHANTENT :

Printemps, ô printemps, notre printemps !

Quelque soit la durée de l'hiver, tu viendras à nous.

Quelque soit la multiplicité des nuages,

tu éloigneras de nous la tempête.

Le soleil apparaîtra et nous nourrira,

notre soleil rouge beau.

Non. Ne disons pas : ainsi est le monde.

N'oublions pas : un jour contre moi et demain pour moi.

Loin de nous la vie des chiens.

Pour ce qui est vain, ils courent dans l'asservissement.

Si le temps nous y oblige, nous les loups,

nous vivons dans le souci mais libres et confiants,

comme les ruisseaux du fleuve,

et supportons une inondation forte et solide

jusqu'à ce que ne restent dans le fleuve que ses pierres (3).

Et le monde, contre nous, devient pour nous.

Printemps, ô printemps, notre printemps !

Quelque soit la durée de l'hiver, tu viendras à nous.

Quelque soit la multiplicité des nuages

tu éloigneras de nous la tempête.

Le soleil apparaîtra et nous nourrira

notre soleil rouge beau. »

« Et à l’aurore, où est l’espoir ? » (1973). Phrase-clé : « Ton travail vient du vol de la sueur de ton travail ! » Thème : le drame des jeunes chômeurs et « haïtites » en Algérie. La pièce reçut le « Prix de la recherche populaire » en… Tunisie, au Festival International du théâtre. Mais, en Algérie, la pièce ne trouva aucun lieu de représentation. Prétexte : « Trop faoudaouiya » (agitatrice). Voici la chanson finale (2) :

« Elle, elle viendra, elle viendra rouge belle,

Elle, elle viendra, elle viendra rouge sanglante.

Le pauvre doit prendre courage et le soûlard se réveiller,

L'opprimé doit parler, ce langage te concerne.

Ton malheur, ô pauvre, ne vient pas du ciel,

Il n'est pas fatal, jamais.

Ton malheur vient du vol de la sueur de ton travail. »

On comprendra, alors, que l’auteur de ces lignes ne fut pas surpris du « rouge sanglante » que furent, en Algérie, le massacre d’octobre 1988, la « décennie noire », le massacre du printemps de 2001. Cependant, la « rouge belle » qu’il espéra (la libération du peuple de la dictature) n’eut pas lieu.

Toutes ces œuvres (exceptée la dernière) furent présentées en espace circulaire (halga populaire), dans des lieux non conventionnels : de travail, d’études et de vie du peuple. Seulement trois soirées furent présentées au T.N.A. (« Mon corps... ») ; mais là, encore, les spectateurs furent assemblés en halga sur le plateau même de l’établissement, laissant la salle et ses confortables fauteuils dans l’obscurité !) et quatre soirées à la salle El Mouggar, pour les quatre premières représentations de « La Fourmi... ». Par la suite, quelqu’un d’autre s’attribua la paternité de l’introduction de la « halga » (en tant qu’espace scénique de jeu, précisons-le) dans le théâtre algérien.

« Alhnana, ya ouled ! » (La tendresse, les enfants !) (2012). Phrase-clé : « Ceux qui tuent, viendra le jour où ils s’entre-tueront. » Thème : la violence sociale en Algérie. Intention de l’œuvre : montrer que la violence a des racines dans la situation d’exploitation économique et de domination politique (sous-entendu : pas uniquement dans le terrorisme clérical). La pièce risqua de ne pas être représentée, puis le fut une unique fois. Prétexte (totalement infondé) de cette censure : la pièce ferait l’éloge de la... « réconciliation nationale ». Responsable de cette censure ?… L’ex- commissaire du Festival International de Théatre de Béjaïa.

Inutile d’évoquer mon activité théâtrale à l’étranger (Belgique, Italie). Elle est absolument dans la même orientation de contenu idéologique et de recherche expérimentale, et rencontra les mêmes ostracismes de la part des castes au pouvoir dans ces pays.

Maintenant, puisqu’il a été question des intellectuels algériens qui furent contraints de s’exiler à cause de la menace d’être assassinés par les intégristes cléricaux, ajoutons cette information. Personnellement, en 1973, je fus contraint à l’exil par deux autres causes : d’une part, par crainte de répression de la part des autorités étatiques ; mais, également, d’autre part, par les actions des pagsistes à mon égard. À Oran, plus d’une fois, étant dans un café où ils se trouvaient, l’un d’eux me dénonçait à autre voix : « C’est un type du PRS ! » Pour qui l’ignore, voici ce que cela signifiait : que je pouvais être « disparu » par les autorités, avec la bénédiction du PAGS. En effet, ce dernier taxait, pareillement aux autorités étatiques, les militants et sympathisants du PRS comme « ennemis objectifs de l’Algérie », « complices objectifs de l’impérialisme », « contre-révolutionnaires petits-bourgeois », « gauchistes (4) » (selon la formule léniniste). Et, selon la pratique stalinienne, la « disparition » de personnes de ce genre était pratique courante de la part des autorités, avec la bénédiction de leur « soutien critique » pagsiste. Voilà le motif de mon exil, en 1973.

Quant à mon second exil, en 2012, après quarante années à l’étranger (et jamais en France !), le motif fut l’ostracisme dont je fus et reste victime. Mais, précisons-le : non pas de la part des autorités, de manière directe, mais de la part de leurs directeurs de théâtre régionaux, lesquels se proclament « démocrates », « progressistes », etc. Ceci est dit pour ne pas se limiter à accuser uniquement les terroristes cléricaux de l’exil des intellectuel-le-s algérien-ne-s. Les autorités étatiques et leurs « soutiens critiques » ont, également, leur part de responsabilité. Comme je l’ai dit, la seul différence entre les deux, c’est que les premiers assassinent les corps, tandis que les seconds assassinent les idées en marginalisant les corps.

Qui serait intéressé-e de connaître les détails de cette activité théâtrale, ses enjeux et son cadre politique et social trouvera les informations nécessaires dans le livre déjà mentionné (1). Il découvrira, s’il l’ignore, que les maux du peuple algérien n’ont pas commencé avec la « décennie sanglante ». Elle n’en est que la partie visible et spectaculaire de l’iceberg. Faut-il préciser que cette activité théâtrale a été totalement et systématique occultée en Algérie, et par des personnes insoupçonnables ? Faut-il, aussi, ajouter que la proposition de faire éditer en Algérie le livre qui relate toute cette histoire est restée vaine ? Parmi la douzaine de maisons d’éditions contactées, une seule a motivé son refus par « un programme chargé de deux années », les autres n’ont pas répondu.

_____

(1) Voir détails in « Éthique et esthétique au théâtre et alentours », librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f-ecrits_theatre.html

(2) Traduction en français de l’arabe dialectal algérien.

(3) Reprise de l’expression populaire algérienne : « Ma yabgâ fal ouâd ghîr ahjârou » (Ne restent dans l’oued que ses pierres), autrement dit ses éléments solides.

(4) Kateb Yacine l’invoca publiquement sans me nommer clairement, dans une interview au journal… « Le Monde ». « Propos de Kateb Yacine », recueillis par Colette Godard, 11 septembre 1975, p. 17.

Publié sur Algérie Patriotique et Le Matin d'Algérie, 6 avril 2018.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #THÉÂTRE

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Publié le 6 Avril 2018

Pour l’autonomie organisationnelle du théâtre algérien doté d’une conscience citoyenne

« Il est certain que si l’espace théâtral algérien était autonome et structuré, ni Azzedine Mihoubi, ministre, ni Benaïssa, grapilleur, n’y trouveraient leur place. » (1) Je remercie le professeur Abdellali Merdaci d’avoir réagi à mon interpellation (2), en clarifiant son engagement pour une culture et un art réellement libres et solidaires en Algérie. Je lui suis également reconnaissant de me permettre, par la citation mentionnée, d’approfondir ses salutaires considérations sur la « trahison des clercs » et l’existence de « chiens de garde » du système dominant en Algérie.

Alors, demandons-nous quelles sont les causes de cette carence d’autonomie et de structuration du théâtre algérien.

Pour ma part, je l’ai constatée et critiquée dès le début de mon activité théâtrale en Algérie, à la fin de… 1968. J’avais également mis en pratique mes déclarations, en créant le Théâtre de la Mer, troupe autonome et autogérée ; non reconnue par l’administration, elle exista cependant quelques années, avec des aléas et des risques, mais des succès reconnus (3).

Mais, alors, l’époque était à la dictature militaire, avec les caractéristiques connues par les patriotes qui en furent victimes. Cela donne une certaine justification (mélange de peur ou/et de carriérisme opportuniste sous prétexte de « soutien critique ») à la carence d’autonomie et de structuration indépendante du théâtre algérien d’alors. Était considéré comme du théâtre professionnel uniquement celui inféodé et salarié par l’État. Le reste était regardé avec mépris comme théâtre « amateur ». Alors qu’il n’était pas rare que ce dernier genre de théâtre produise des œuvres nettement supérieures, en contenu et qualité, à celui dit « professionnel ». N’oublions pas, toutefois, la « caporalisation » du théâtre dit amateur par le P.A.G.S., avec ce qu’il entraîna comme servilisme, donc médiocrité artistique et culturelle.

À ma connaissance, seuls deux (je dis bien : seuls deux) hommes de théâtre, quoique salariés de l’État, résistèrent à son emprise et eurent des problèmes : Kaki, au théâtre d’Oran (parce qu’il était pour un théâtre réellement populaire, donc pour la décentralisation), et, au théâtre d’Alger, Hadj Omar, qui avait mis en scène « Le cercle de craie caucasien » de Brecht. Et seuls ces deux (je dis bien : seuls ces deux) hommes de théâtre exprimèrent leur soutien à mon expérience théâtrale : Kaki publiquement par une interview, et Hadj Omar, de manière privée.

En toute logique, on se serait attendu, après la (très limitée et contrôlée) démocratisation sociale, suite à la révolte citoyenne de 1988, à voir enfin les femmes et hommes de théâtre algérien s’organiser de manière autonome et solidaire. Il n’en fut rien.

Durant la « décennie sanglante », une relative solidarité s’organisa, avec le courage souligné par le professeur Merdaci ; mais elle demeura, néanmoins, inféodée à l’État ou/et à la mouvance d’opposition pratiquant encore le « soutien critique » à l’État, face aux crimes terroristes.

Après la fin de la « décennie sanglante », à ma connaissance, la situation au lieu de s’améliorer... a empiré. Les « consciences » des artistes de théâtre ont été, dans leur majorité, achetées, au sens littéral du mot, par les détenteurs de l’État, pour produire (ou exister de manière parasitaire, sans travailler) ce qui sert ses intérêts exclusifs de caste, et non ceux du peuple. Personnellement, j’ai entendu un directeur de théâtre régional de l’Ouest déclarer, dans un restaurant chic, où il dînait « aux frais de l’État » (autrement dit avec l’argent du peuple) : « Tant que ‘ami Messaoud est là, tout va bien ! ». Je compris qu’il faisait allusion à la rente pétrolière de Hassi Messaoud. J’ai, également, entendu un directeur de théâtre régional de l’Est du pays dire, en se caressant la panse gonflée, après le même genre de repas : « Râna chab’anîne ! » (Nous sommes rassasiés !). Soulignons que ces deux directeurs se proclamaient « patriotes », de « gauche », « progressistes », « démocrates », militants ou sympathisants de partis ayant ces étiquettes.

Ajoutons que pour avoir révélé, en 2012, une vérité sur la genèse d’une pièce que j’ai réalisée avec Kateb Yacine, en 1972, le directeur du Théâtre Régional de Sidi-Belabbès mit fin à l’accord pour un projet qu’il m’avait lui-même proposé de concrétiser dans l’établissement qu’il dirigeait. Ajoutons que le directeur du Théâtre Régional de Bejaïa, alors Commissaire du Festival International de Théâtre de la même ville, après m’avoir invité à monter une pièce, une fois vue la « générale », voulut en interdire la représentation, sous un prétexte absolument infondé. Il n’accepta la représentation que sous la menace, de ma part, de dénoncer la censure devant un public où se trouvaient des artistes... étrangers. Que, par la suite, le même « commissaire » et directeur renonça à la tournée de cette pièce, dans les autres théâtres et lieux de spectacle du territoire. Faut-il dire que ces deux directeurs de théâtre, eux aussi, se proclament « patriotes », « progressistes », « démocrates », partisans de la culture et de l’art libres ?

Voici d’autres motifs qui expliquent la carence d’autonomie et d’organisation libre du théâtre algérien. Que l’on permette de m’auto-citer, par des extraits de mon livre (4) :

« En retournant en Algérie, en 2012, au Théâtre Régional de Béjaïa, où me fut rendu un hommage pour mon activité théâtrale passée, une équipe de la télévision nationale (je n’en su pas plus) était présente et a filmé. Voici, en substance, une partie de l'interview qui me fut accordée :

- Songez-vous reprendre de l'activité en Algérie ?

- Si l'on respecte totalement ma liberté d'expression artistique et idéologique, oui. »

(...)

« Quelques jours après, le même « ami » me déclara, d'un ton qui se voulait affectueux et admiratif :

­- Des voix circulent à Alger pour te confier la direction d'un théâtre, peut-être celui d'Oran ou même d'Alger. Accepterais­-tu ?

J'ai souris, amusé.

­ Je ne crois pas que cela est possible.

­ Pourquoi ?

­ Parce que je mettrai des conditions inacceptables.

­ Lesquelles ?

­ Outre à ma liberté totale sur les plans artistique et idéologique, j'aurais besoin de transformer l'établissement de manière à ce que les représentations puissent se faire aussi bien dans un espace circulaire que dans un espace conventionnel à l'italienne. Je ferais venir dans l’établissement ceux qui n'y pénètrent jamais, par manque d’argent ou de motivation culturelle. Je les ferai entrer gratuitement, notamment les jeunes et les vieux, les ouvriers et les paysans. Je programmerai les représentations non seulement dans l’établissement, mais également dans les lieux de travail, d’études et de vie du peuple, notamment le plus exclu de la culture. Je n'accepterai pas que dans le théâtre puissent exister des personnes qui perçoivent un salaire sans travailler.

­ Ha ! Ha ! Sur deux points, souligna mon interlocuteur, tu ne réussiras pas !

­ Pourquoi ?

­ Ils garantissent l’existence du système !

­ Explique-toi mieux.

­ La paix sociale, mon frère ! Tout te sera, peut-­être, permis mais pas primo de licencier des gens qui ne travaillent pas.

­ Est-­ce qu'on donne un salaire à un ouvrier ou à un paysan qui ne produit pas ?

­ Les artistes, ce n'est pas la même chose !

­ Parce qu'ils font partie de cette sangsue qu'est la nomenklatura ?

­ Exact !

­ Je pense simplement que la paix sociale ne doit pas être achetée au bénéfice d'une minorité privilégiée, mais par la distribution équitable des ressources du pays entre tous les citoyens, sans exception.

­ Allons, ne rêves pas !... Tu n’en as plus l’âge !

­ Et quel est le deuxième point impossible à réaliser ?

­ Ha ! Ha ! rigola le copain, tu ne devines pas ?

­ Je préfère que tu me le dises.

­ Aller dans les lieux où les gens vivent, travaillent et étudient !... Tu veux faire la révolution ?... As-tu oublié que plus le peuple est ignorant, mieux la paix sociale est garantie ?

­ Pourtant, au temps de la dictature de Boumédiène, j’ai présenté les spectacles de cette manière.

­ Et bien, aujourd’hui, je crois que cela te sera plus difficile... Le motif ?… La situation est par trop incertaine, faut pas remuer davantage les vagues, le bateau de l’État tangue déjà !

Notant l’expression ferme de mon visage, l’ami conclut :

­ Bon ! J’ai compris ! Le théâtre, tu ne l’auras pas... Et si on te donnait la direction de la formation théâtrale, à Alger ? Tu sais, elle laisse tellement à désirer, et il y a urgence !

­ J'accepterai seulement d’y mettre en place le programme qui m'a permis de produire de la meilleure manière, et que j'ai adopté à l'école de cinéma, que j’ai fondée et dirigée à Rome pendant vingt trois années.

­ Alors, tu ne veux pas rester au pays ?

­ Cela me ferait tellement plaisir, mais à mes conditions, parce qu'elles servent réellement l'art et le peuple.

La discussion fut close.

En quittant l’ « ami », j’ai réfléchi. Dans le cas où il me sondait, mandaté par d'autres, ma réponse était claire. Tout ce ce que j’ai constaté, par la suite, c’est qu’aucune proposition ne m'a été présentée. »

Est-ce là tout ce qu’on peut dire sur le manque d’autonomie et d’organisation libre et solidaire du théâtre algérien, à cause de l’emprise d’un État anti-populaire, servi par ses mercenaires « progressistes » ?… Malheureusement non. Depuis la fin de la « décennie sanglante », que l’on me cite un-e auteur-e de théâtre, un-e metteur en scène, un-e directeur-trice de théâtre, qui sont salarié-e-s dans les établissements financés par l’État, qui ait écrit, produit, réalisé :

- une œuvre qui reflète correctement les intérêts du peuple dominé-exploité,

- que ce peuple a pu voir et juger là où il vit, travaille, étudie ? (5)

- qui pourrait être confrontée positivement avec une authentique œuvre théâtrale ?

Quant aux troupes non financées par l’État, donc comptent uniquement sur leurs propres forces (et les éventuelles recettes du public), combien sont-elles ? Quelle est la valeur (contenu et esthétique) de leur production ? Se manifeste-t-elle dans les lieux de vie, de travail et d’études du peuple ? Ces constatations et questions m’avaient porté à exprimer un appel public : (6). À ma connaissance, aucune réaction. Je me l’explique ainsi. Lors de mon long séjour au pays en 2012 puis 2014, j’ai rencontré beaucoup de gens s’occupant théâtre, adultes et jeunes. Toutes et tous déclaraient aimer le théâtre et vouloir l’apprendre mieux avec mon aide, vue mon expérience. Mais, quand ils comprirent que le théâtre que j’ai toujours pratiqué servait l’art authentique, libre, et le peuple qui en était exclu, toutes et tous disparurent, sans exception. Ce qu’ils cherchaient, c’était la « carrière » mercenaire.

Ne doit-on pas conclure que le théâtre algérien actuel n’est généralement (à de très rares exceptions inconnues ou mal connues, parce que non conformes au système dominant et/ou à la mouvance « progressiste » qui contrôle le système d’information dite alternative (7)), que le théâtre algérien donc n’est rien d’autre que le reflet de la caste qui domine la situation culturelle du pays, laquelle, à son tour, est le produit du système social qui régit la nation ?… Dès lors, ce n’est pas uniquement le théâtre algérien qui manque d’autonomie et d’organisation, mais l’ensemble des domaines sociaux où les citoyen-ne-s devraient conquérir leur autonomie et leur auto-organisation (8). Comment y réussir, sinon en étant libres et solidaires ? Comment assumer ce choix sans refuser de vendre sa conscience et son travail au plus offrant en argent (qu’il soit algérien ou étranger) ? Comment y parvenir sans savoir discerner, dénoncer et écarter de nos rangs tous les opportunistes carriéristes, travestis en « patriotes » », « démocrates » et « progressistes » ? Posons la question qui dérangera ces derniers : si, en Algérie, le terrorisme clérical a tué des centaines de milliers de civils et une centaine d’intellectuels, combien d’âmes et d’esprit sont tués chaque jour, depuis l’indépendance, par la domination et son allié-complice, l’opportunisme carriériste (qu’il arbore plusieurs nationalités ou la seule algérienne) ?
 

Le chemin de l’autonomie organisée citoyenne est certes long, lent et semé d’embûches. Ses ennemis ne sont pas uniquement les dominateurs au pouvoir, mais également leurs harkis (les plus nocifs étant ceux masqués en faux amis « progressistes ») dans tous les domaines sociaux. Mais, sans commencer à s’organiser de manière autonome, quoique infiniment minoritaires, comment redonner dignité à nous-mêmes et à notre peuple, sinon pour notre génération, du moins préparer le terrain à la suivante ?

_____

(1) Abdellali Merdaci, in https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/31/non-letat-pouvoir-ne-peuvent-etre-dedouanes/

(2) https://www.algeriepatriotique.com/2018/03/31/reponse-questions-professeur-merdaci-fonctionnariat/

(3) Voir mon livre « Éthique et esthétique au théâtre et alentours », librement accessible ici : http://www.kadour-naimi.com/f-ecrits_theatre.html, livres 1,2,4 et 5. Tout le reste des considérations contenues dans la présente contribution se trouvent détaillées dans l’ouvrage mentionné.

(4) Idem, livre 4.

(5) En octobre 2016, j’avais dénoncé le jugement d’un homme de théâtre qui accusait le public d’être « absent » des salles de théâtre. J’affirmais que ce n’est pas le public, mais les hommes de théâtre qui sont absents, parce qu’ils s’enferment dans le confortable établissement théâtral conventionnel, au lieu de prendre la peine d’aller représenter leurs œuvres là où le peuple se trouve. Le hasard veut que l’auteur que je critiquais était… Slimane Bénaïssa. In https://www.algeriepatriotique.com/2016/10/29/au-theatre-les-absents-sont-les-artistes/

(6) « Pour une fédération autonome du théâtre libre », http://www.lematindz.net/news/24667-pour-une-federation-autonome-du-theatre-libre.html

(7) En octobre 2016, suite à l’article de Slimane Bénaïssa (voir note 5), paru sur le journal El Watan, j’avais envoyé à la même rédaction ma réaction, en dénonçant l’imposture consistant à accuser le public de désertion. Mon texte ne fut pas publié. C’est, alors, que je l’ai envoyé à Algérie Patriotique et au Matin d’Algérie, qui, eux, le publièrent.

(8) À l’exception des organisations autonomes, notamment syndicales, et associations citoyennes diverses, qui sont nées et luttent contre l’arbitraire étatique pour pouvoir exercer leurs droits sociaux légitimes.

Publié le 02 avril 2018 sur Algérie Patriotique et sur Le Matin d'Algérie.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #THÉÂTRE

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