Publié le 28 Août 2022

Une rencontre à Pékin

Voilà quelque temps, à une rencontre de coopération internationale avec la Chine, qui eut lieu à Pékin, je fus invité en tant qu’homme de théâtre et de cinéma.

Lors d’un dîner, on vint m’informer qu’une personne voulait me voir. J’acceptai.

Peut après, je vis s’approcher de moi un homme, très ému, que je ne connaissais pas. Il me sourit, il me sembla qu’il retenait des larmes qui brillaient dans ses yeux, et, sans parler, il m’enlaça avec une chaleur fraternelle qui me surprit en me touchant profondément. Je ne comprenais pas qui était la personne, et le motif de son comportement.

Quand il enleva ses bras de mon torse, il ne parvient pas à s’exprimer, tant son ébranlement était fort. Il parvint néanmoins à parler,... en arabe algérien !… Quel émoi ! Entendre ma langue maternelle dans la capitale de l’« Empire du Milieu », une langue que je n’avais pas l’occasion d’utiliser depuis des années.

- Quand j’ai su que tu es un Algérien, murmura l’homme, un joie immense m’a saisi et j’ai tenu à te voir.

- Moi, aussi, en t’entendant parler algérien, je suis très ému. Puis-je savoir qui tu es ?

- Je suis d’Alger où j’ai étudié la robotique. À la fin de mes études, j’ai voulu servir ma patrie dans ce domaine stratégique. Hélas ! On ma traité d’une manière si humiliante que je ne savais plus quoi faire. Par chance, on me proposa de travailler en Chine, à Pékin, dans le secteur de ma compétence. Et j’y suis depuis beaucoup d’années, avec tout le respect et la reconnaissance de la qualité de mon travail.

- Retournes-tu de temps à autre au pays ?

Le compatriote s’attrista.

- Malheureusement pas… Je n’y parviens pas, trop de douleur me dissuade.

Cette déclaration, cette rencontre totalement inattendue, me rendirent très heureux et très malheureux.

Très heureux de savoir qu’un compatriote a la possibilité de faire valoir ses capacités.

Très malheureux de constater l’incapacité des dirigeants de notre pays à reconnaître les compétences de ce citoyen. Et j’ai songé à tellement de citoyens et citoyennes d’une compétence certaine, dans divers domaines, qui furent, avec le plus amer des chagrins, contraints à quitter leur patrie pour se rendre utile à un pays qui savait estimer correctement leurs connaissances. L’Algérie a dépensé de l’argent pour former, d’autres pays en ont bénéficié.

Et j’ai pensé à ces autres victimes : les jeunes qui préfèrent risquer la noyade en mer parce qu’ils ne trouvent pas de dignité à vivre dans la patrie de la « Déclaration du 1er Novembre 1954 » et de la « Plateforme de la Soumman ».

L’Algérie peut-elle se considérer « nouvelle » tant que ces deux tragiques carences la vide d’une si précieuse et vitale énergie humaine : la connaissance et la jeunesse ?

Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2022/08/26/une-rencontre-a-pekin/

août 26, 2022

https://tribune-diplomatique-internationale.com/rencontrepekinnaimi/

28 août 2022

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 4 Août 2022

Démasquer le mercenariat  dans le champ de bataille culturel

Un texte précédent a évoqué une personne particulière1. Généralisons, la situation actuelle l’exige.

Banalités historiques.

De tout temps et à toute époque, les dominateurs impérialistes ont recours à des mercenaires, dans tous les domaines : du militaire jusqu’à l’art, en passant par la littérature.

Ces mercenaires servent soit à préparer, soit à justifier l’agression militaire impérialiste contre un pays et son peuple. Le but est d’exploiter leurs ressources naturelles et leur main d’œuvre. Ces deux opérations enrichissent l’oligarchie dominante du pays agresseur, et permet de distribuer les brides à leurs citoyens, ce qui permet leur consentement et soutien à l’oligarchie.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les peuples coloniaux ont entrepris leur résistance et ont obtenu leur indépendance. Mais les ex-oligarchies coloniales ont, dans la plupart des cas, trouvé le compromis nécessaire : installer au pouvoir des pays nouvellement indépendants des marionnettes à leur service. Qui refusait ce rôle était chassé du pouvoir ou assassiné, par exemple Mossadegh, Patrice Lumumba, Allende, Saddam Hussein, Guaddafi, etc. Que ces personnages soient des démocrates ou des autocrates, ce qui porte à leur destitution est un seul fait : contrarier les intérêts des oligarchies impérialistes. C’est, dans les relations internationales, le règne de la loi de la jungle, du gangstérisme.

Qui rejette cette présentation des faits, soit les ignore, soit les occulte.

Avec le temps, les oligarchies impérialistes peuvent de moins en moins agresser un pays de manière brutale. Elles ont besoin de justifier, légitimer leur crime. On a constaté la méthode en Irak, Serbie, Somalie, Syrie, etc. : le mensonge erroné, diffusé par la machine médiatique, puissante et omniprésente. Malheureusement, le système de contre-information, c’est-à-dire d’information véridique, dispose de moyens matériels faibles, est accusé de « complotisme », de « fake-news », interdit, ou quand le journaliste n’est pas assassiné (Shireen Abu Aqleh), emprisonné au défi des règles démocratiques (Julien Assange), menacé de prison et se voir bloquer son compte en banque (l’allemande Alina Lipp), ou le lanceur d’alerte contraint à l’exil (Snowden). Ah ! Quelle est merveilleuse, la liberté d’expression dans le monde impérialiste, mis en crise par la Russie qui s’oppose, enfin, contre son arrogante domination, jusqu’à prétendre démanteler la Russie pour mettre la main sur ses immenses ressources naturelles (politologue états-unien Zbigniew Brzeziński).

Guerre des esprits d’abord.

Plus qu’auparavant, à présent la guerre se prépare et se gagne d’abord dans les esprits : ceux du peuple dirigé par l’oligarchie qui agresse, et, tout autant, ceux du peuple à agresser.

Dans le passé, déjà, certains auteurs l’avait remarqué et dénoncé. Ils ont parlé de « chiens de garde » (Paul Nizan), de « trahison des clercs » (Julien Benda). Signalons également des experts en matière de manipulation psychologique des peuples, contentons-nous du plus significatif : Edward Bernays dans son manuel “PROPAGANDE : Comment manipuler l’opinion en démocratie”. Pour une fois, assumé et affirmé clair et net !

Il faut donc, dans les pays agresseurs, des intellectuels, des écrivains et des artistes pour justifier l’agression. Ces individus, bien rémunérés, de manière officielle ou occultée, ont la mission de trouver la “bonne” manière pour “montrer” que les membres de l’élite oligarchique agressive sont les plus “intelligents”, les “meilleurs”, les “bons”, les “pacifiques”, les “humanitaires”, les “cultivés”, les “civilisés”, et même les plus amoureux des chiens, des chats, des perroquets, etc., etc. Deux exemples significatifs : Samuel Huntington (Le clash des civilisations) et son avatar en France, le « philosophe » et « intellectuel » à la chemise blanche ouverte sur la poitrine.

Heureusement, une minorité d’auteurs, au sein des pays agresseurs, dénonce cette prétention impérialiste (Neil Sheehan, « A Bright Shining Lie », William Blum,« Killing Hope: U.S. Military and C.I.A. Interventions Since World War II »), ou la manipulation (Edward S. Herman et Noam Chomsky, « La fabrique du consentement »).

Il y a, aussi, dans les nations agressées ou candidates à être agressées, des intellectuels, des écrivains et des artistes que l’oligarchie impérialiste enrôle dans sa campagne de propagande. But : trouver la “bonne” manière pour “montrer” que les peuples à agresser (ou déjà agressés) sont les plus “stupides”, les plus “vicieux” (Kamal Daoud et les prétendus « violeurs » algériens en Allemagne, qui seraient la manifestation d’une mentalité algérienne – et les Allemands ne violeraient-ils jamais des femmes ? Ou, alors, dans leur cas, on ne peut pas généraliser à la mentalité allemande ?), les plus “arriérés”, les plus “violents” (Yasmina Khadra et les « terroristes » palestiniens – et les sionistes ne seraient pas des «terroristes » ?;... Boualem Sansal et sa comparaison entre l’attentat de Nice en France avec la Bataille d’Alger - pourquoi, alors, ne pas comparer le colonialisme sioniste d’apartheid au colonialiste français en Algérie ?), les plus “barbares”, bref des « Untermenschen » (sous-hommes), selon le terme nazi.

Ils seraient donc à « civiliser », « démocratiser », « droits-de-l’homme-iser ». Qui est le « Sauveur » pour réaliser ce prodige ?… Pardi ! Mais le « monde occidental », qui exporte la « démocratie » (du « regime change », sinon des bombes), la « liberté » (comme avec Julien Assange et Snowden), les « droits de l’homme » (comme on l’a vu durant la « pandémie ») et de la « femme » (comme on le constate avec sa réduction à un vulgaire objet sexuel dans la publicité), sans oublier le chef-d’œuvre de « démocratie » et de « liberté » offert par l’État colonial en Palestine et par le « Modèle de démocratie » états-unien avec ses bombardements au napalm au Viet Nam, les centaines de milliers de morts en Afghanistan, en Irak et ailleurs !

Là aussi, dans les pays agressés, une minorité d’auteurs dénonce les mercenaires indigènes : Albert Memmi, « Portrait du colonisé » et « Portrait du colonisateur », Frantz Fanon, « Peau noire, masque blanc », Edward Saïd, « Orientalisme », Rachid Boudjedra, « Les Contrebandiers de l'Histoire », Ahmed Bensaada, «Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak?», et (pardon pour l’auto-promotion) Kadour Naimi, « Contre l'idéologie harkie : Pour une culture libre et solidaire ».

Occultation et publicité.

Un esprit doté de logique s’étonnerait-il de savoir que :

- les intellectuels, écrivains et artistes qui célèbrent la “supériorité” des membres de l’oligarchie impérialiste, et de ceux qui en profitent, sont tous publiés (quelque soit leur talent réel), invités dans les mass-media, même quand ils ne s’expriment pas convenablement (Yasmina Khadra), bénéficient d’articles et de critiques dithyrambiques, mais également de « commentaires » élogieux de « lecteurs » dans les réseaux sociaux, sollicités en photo (réalisés selon les clichés hollywoodiens pour les stars, voir Kamal Daoud), avec des représentants politiques ou culturelles de l’oligarchie impérialiste, bref, encore une fois, des « sur-hommes »,

- tandis qu’au contraire, les intellectuels, écrivains et artistes qui dénoncent l’impérialisme, ses crimes et ses manipulations, sont systématiquement occultés, sinon stigmatisés comme professionnellement incompétents, moralement déviants sexuels quand pas pédophiles, “complotistes”, partisans de « terroristes », “aigris” par leur manque de “succès” public, “envieux” du “succès” des autres, bref, encore une fois, des « sous-hommes ».

Veut-on donc, à une toute première approche, savoir à quel intellectuel, écrivain ou artiste on a affaire, aussi bien comme personne que comme auteur ?... Examinons son degré d’appréciation médiatique officielle ? Car, la raison le dicte : jamais, l’oligarchie impérialiste ne peut consentir à mettre en avant un individu et une œuvre qui contrarient ses intérêts matériels et idéologiques, parce quelle ne peut pas scier la branche sur laquelle elle se tient, ou, plus exactement, mettre en péril ses capitaux et ses actions boursières.

Tout ce qui vient d’être dit n’a-t-il pas été illustré, dernièrement, par la prétendue « pandémie » du covid (même des médecins se sont révélés mercenaires, avec des intérêts liés à l’industrie pharmaceutique !), et la prétendue « lutte des démocraties » contre le « totalitarisme russe » ?

Pour revenir aux intellectuels, on objecterait : Et les prix d’institutions prestigieuses nationales ou internationales comme le prix Nobel ?

Croit-on que les oligarchies impérialistes sont assez ingénues, stupides et inconscientes pour consentir que les gérants de ces institutions culturelles mettent en avant une œuvre qui remettent en question la domination de ces oligarchies ?… Même un Balzac, d’idéologie bourgeoise et cléricale comme individu, ne fut pas élu à l’Académie Française, parce que ses œuvres, malgré l’idéologie conservatrice du romancier, montraient la laideur, la voracité, le cynisme du système bourgeois capitaliste.

On citerait les prix Nobel Nagib Mahfoud ou Mo Yan... Bonne littérature, mais y trouve-t-on l’équivalent de Balzac, comme exposition-dénonciation ?… Quels sont les intellectuels, écrivains et artistes qui ont produit des œuvres qui révèlent les mécanismes du système capitaliste, comme l’a fait un Balzac, et qui furent primés par une institution officielle d’un pays impérialiste ?

Par conséquent, ne doit-on s’interroger sur la célébrité médiatique d’un auteur, quel qu’il soit dans le monde et quel que soit le système social dans lequel il opère ?

On répliquerait : Ollà, mon ami ! Il faut distinguer entre pays démocratiques et pays totalitaires !

Les pays totalitaires ont l’honnêteté de se présenter tels qu’ils sont : Nous sommes la caste qui dirige, nous avons un Parti politique unique, et vous, citoyens, vous n’avez qu’à obéir.

Les pays démocratiques, depuis longtemps, ont-ils cette honnêteté d’affirmer comment ils fonctionnent ?...

Témoignage :

« Le capital doit assurer sa propre protection avec tous les moyens possibles, grâce à notre union et à nos lois. Les dettes doivent être récupérées et encaissée la valeur des hypothèques sur les biens le plus rapidement possible. Ainsi, quand par exemple les personnes ordinaires perdent leur maison, elles deviennent plus sociales et sont plus facilement dirigées grâce au bras fort du gouvernement représenté par les principaux acteurs financiers.

« Ces vérités sont bien connus par nos représentants qui s’arrangent à créer un impérialisme pour gouverner le monde. Grâce au système des partis politiques qui divise les électeurs, nous les manipulons pour leur faire dépenser toute leur énergie sur des problèmes d’aucune importance. En agissant avec discrétion, nous garantissons la pérennité de ce que nous avons tellement bien planifié et réalisé. »

L’auteur de ces lignes est un complottiste anti-capitaliste et anti-impérialiste ?… Non, c’est la Déclaration de l’Association des banquiers des États-Unis, en 1924. Eh, oui !… À force de chercher, on trouve les aveux des gangsters « légaux ».

Qui finance le prix Nobel ?… La banque centrale de Suède. Simple philanthropie ?

Qui finance les mass-media dominants ?… Les propriétaires de capitaux. Par souci de dire la vérité aux citoyens ?

Qui finance la partie dominante de la production intellectuelle dans le monde « occidental » ?… Les propriétaires de capitaux. Par souci de diffuser la culture auprès des citoyens ?

Ces capitalistes peut-il s’offrir le luxe d’une production culturelle qui mettrait, d’une manière ou d’une autre, leur statut ou la base de leur statut en question ?

Le « Divin » dollar.

Combien de citoyens, même parmi les généralement bien informés, savent ceci :

« Quand la CIA finançait les intellectuels européens.

« Pour contrer l’influence soviétique en Europe, les États-Unis ont constitué, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un réseau d’élites proaméricaines. La CIA a ainsi financé le Congrès pour la liberté de la culture, par lequel sont passés de nombreux intellectuels européens, au premier rang desquels Raymond Aron et Michel Crozier. Chargés, pendant la Guerre froide, d’élaborer une idéologie anticommuniste acceptable en Europe à la fois par la droite conservatrice et par la gauche socialiste et réformiste, ces réseaux ont été réactivés par l’administration Bush. Ils constituent aujourd’hui les relais européens des néo-conservateurs états-uniens2. »

Voyons, à présent, la NED. Sur son site3, on lit :

« Le National Endowment for Democracy (NED) est une fondation privée, non profit, dédiée à l’accroissement et au renforcement des institutions démocratiques dans le monde. Chaque année, la NED offre plus de 2.000 subventions pour soutenir des projets de groupes non gouvernementaux à l’étranger qui travaillent pour des objectifs démocratiques dans plus de cent pays. »… Magnifique ! Généreux ! n’est-ce pas, pour combattre les dictatures dans le monde !

En est-il vraiment ainsi ?...

« La NED, vitrine légale de la CIA

« Depuis 30 ans, la National Endowment for Democracy (NED) sous-traite la partie légale des opérations illégales de la CIA. Sans éveiller de soupçons, elle a mis en place le plus vaste réseau de corruption du monde, achetant syndicats ouvriers et patronaux, partis politiques de gauche et de droite, pour qu’ils défendent les intérêts des États-Unis au lieu de ceux de leurs membres4. »

À moins d’être non informé ou manipulé, peut-on, alors, douter de l’existence d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes (outre aux politiciens, « influenceurs » dans les réseaux sociaux, et, dernièrement, médecins) qui constituent une véritable armée de mercenaires, bien maquillés, grassement payés, joliment médiatisés, qui, bien entendu, luttent pour les « valeurs démocratiques » partout dans le monde ?… Et qui met en doute l’existence de cette armée, est-il autre chose qu’un ignorant ou un manipulateur ?

Concluons. La guerre commence par des paroles, qui conditionnent les esprits, et continue par les armes qui tuent les corps, ceux qui dérangent les intérêts du clan des gangsters de l’oligarchie mondiale. Pour paraphraser une expression fameuse : les mots sont une première manière d’initier la guerre d’agression (et la résistance à l’agression).

Le savoir permet de concevoir comment neutraliser cette menace sur l’espèce humaine.

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #EDUCATION-CULTURE

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Publié le 1 Août 2022

 Considérations sur Yasmina Khadra

J’ai visionné avec intérêt la vidéo de Ahmed Bensaada sur Yasmina Khadra1. Comme toujours dans ses productions, Bensaada s’astreint aux faits et laisse aux destinataires les considérations à en tirer. Voici les miennes.

1. Des décorations.

Monsieur Yasmina Khadra a accepté, de la part du gouvernement français, d’être « Chevalier » de l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

Pour moi, né à Sidi Belabbès, en 1945, le terme « légion » est totalement sinistre : il évoque ces aventuriers mercenaires, criminels en uniforme qui nous terrorisaient, nous, « indigènes » algériens.

En outre, une décoration de ce genre me rappelle une anecdote. À un ami qui lui déclara : « On m’a proposé une légion d’honneur, mais je l’ai refusé », Eric Satie, compositeur de musique, répondit : « Cela aurait été mieux de ne pas l’avoir méritée ! »

En 1951, Julien Gracq refusa le prix Goncourt pour dénoncer les compromissions commerciales du monde littéraire.

2. Oh ! La « belle » colonisation !

« Les gens veulent la vérité sur l’Histoire ! » affirme Khadra, dans un article où le journaliste écrit : « Paru en 2008, le roman « Ce que le jour doit à la nuit » raconte l’histoire d’un jeune algérien qui savoure « la belle vie » au milieu de colons français dans un village de l’ouest algérien dans les années 1930-1940. Dans ce roman, l’univers colonial est peu visible. »

Et l’écrivain déclare : « Je suis banni par les intellectuels algériens ».

Dommage que d’autres n’ont pas la possibilité de s’exprimer sur le roman de cet auteur : tous les Algériens qui, dans la période 1930-1940, ont souffert de la colonisation. Ces victimes ne sont-elles donc pas « la vérité de l’Histoire » ? Et qui sont donc « les gens » qui la veulent ?… Ceux qui proclament que la colonisation a eu plus d’avantages que d’inconvénients pour l’Algérie ?… Si tel est le cas, alors la majorité du peuple algérien qui a résisté à cette colonisation au prix du sang, et cela depuis le début jusqu’à l’indépendance, était fou de ne pas apprécier les « avantages » de cette colonisation ?… Certes, Khadra pourrait évoquer les déclarations favorables à la France de part de personnalités comme Ibn Badis et Ferhat Abbas ; mais ces propos ne sont-ils pas des exceptions malencontreuses qui n’ont pas fait l’histoire ?

Si Khadra avait écrit un roman où l’univers colonial était ce qu’il fut, dans le réel respect de « la vérité de l’Histoire », le roman aurait-il pu être publié en France et dans le monde occidental, dont l’histoire coloniale fut sanglante et génocidaire ? Que dirait-on si un écrivain d’origine indienne aurait écrit un roman décrivant un jeune Indien qui savoure « la belle vie », à l’époque de la colonisation de l’Amérique par les colons européens ? Ou d’un Français savourant « la belle vie » durant l’occupation nazie en France ?

Certes, un écrivain est libre de raconter ce qui lui plaît, ou, plutôt, plaît au marchand qui engrange un profit en publiant son livre, tout en rassurant l’idéologie dominante. Mais cet écrivain peut-il se permettre d’accuser d’autres de l’avoir « banni », parce qu’ils ont une autre conception de « la vérité de l’Histoire », qui, en plus, correspond à la réalité des faits ?

3. « Mon pays »

« La Croix : Vous n’avez jamais caché, dans vos romans, votre nostalgie de cette Algérie fraternelle où les pieds-noirs avaient leur place. Pourquoi ?

« Yasmina Khadra : J’ai toujours voulu montrer l’Algérie, dans sa générosité, dans sa sincérité, sans parti pris. Cela gêne bien évidemment certains apparatchiks en Algérie. Pour moi, cela ne fait aucun doute : l’Algérie, qui est mon pays, est aussi le pays des pieds-noirs. Chaque pied-noir, pour moi, est un Algérien, et je ne dirai jamais le contraire. Nous reste en mémoire, Français et Algériens,

ces amitiés déchirées, ces voisinages dépeuplés ».

Revenons à « la vérité de l’Histoire ».

« Générosité » au point de sous-estimer les crimes du colonialisme, pour n’en voir que « la belle vie » ?... « Sincérité » au point d’occulter les crimes du colonialisme, en assassinant une deuxième fois les victimes par le déni du devoir de mémoire ?... « Sans parti prix » ?… Ah, oui ? Vraiment ?… Ce ne serait donc pas le cas quand on occulte les crimes de la colonisation pour se focaliser uniquement sur « la belle vie » d’un jeune algérien à l’époque ?

Parler de « gêne » en la limitant à « certains apparatchiks » correspond-il à la vérité de l’histoire ?... Et les millions de victimes du colonialisme, ne seraient-elle pas, elles d’abord, non pas « gênées » mais indignées par le roman et les propos de Khadra ?

Durant la colonisation, où était cette Algérie « fraternelle » entre pieds-noirs et « indigènes » ?… N’était-elle pas uniquement dans les très rares pieds-noirs, - l’exception -, qui avaient choisi d’être algériens en partageant le combat pour l’indépendance nationale ? Combien de pieds-noirs ont participé à l’indépendance de « leur » pays, l’Algérie ?

Et quelle « place » avaient les pieds-noirs, - la très grande majorité -, par rapport aux « indigènes » ? Même une gardienne d’immeuble pied-noire avait-elle le même statut qu’une gardienne d’immeuble « indigène » ?… Combien de pieds-noirs ont été victimes du colonialisme comme l’ont été les « indigènes » ?

Combien furent ces « amitiés déchirées », à moins d’être celles entre un pied-noir et un « indigène » qui jouissaient de la « belle vie » à l’époque coloniale ?

Quant aux « voisinages dépeuplés », en vérité historique, les « indigènes », finalement indépendants, ont occupé les lieux abandonnés par les pieds-noirs qui fuirent « leur » pays parce qu’ils n’avaient pas combattu pour son indépendance, pour ne pas dire parce qqu’ils furent les complices intéressés du colonialisme. Le représentant le plus fameux de ces pieds-noirs n’a-t-il pas déclaré « préférer sa mère à la justice » ? N’a-t-il pas proposé la « trêve civile » au lieu de soutenir la résistance armée libératrice, comme l’ont fait les Henri Alleg, Maurice Audin et d’autres ?... Et Jean Sénac n’eut-il pas la dignité de renoncer à la relation avec ce fameux prix Nobel pied-noir, témoignant ainsi d’être, lui, un vrai algérien, qui n’a pas fui son pays mais est resté pour contribuer à son développement ?

Au lieu de l’histoire d’un Algérien jouissant de la « belle vie » à l’époque coloniale, pourquoi pas un Pied-noir luttant pour « son pays, l’Algérie », tels le jeune Fernand Yveton et d’autres, jouissant d’une belle vie digne et authentique, celle-ci, de combattants contre le colonialisme ?… Mais, en France quel éditeur aurait publié un tel roman ? Ou en Israël, où la caste sioniste dominante réprime les rares citoyens israéliens qui dénoncent l’apartheid colonial sioniste contre le peuple palestinien ?… Évidemment, un jeune qui conçoit la beauté de la vie comme lutte contre l’injustice, c’est, pour les éditeurs des pays impérialistes, de la « propagande », de la « haine » entretenue, du « ressentiment » néfaste, un « manque de fraternité », bref, une carence psychique, etc.

4. Des risques.

Avec « L’attentat », Khadra déclare : « J’ai voulu écrire LE livre du conflit israélo-palestinien ».

Ce « LE » majuscule est une solennelle promesse. Voyons ce qu’il en est.

« J.A.I. : Etes-vous prêt à vous rendre en Israël si on vous y invite.

« Y.K. : On m’a invité trois fois mais, bien que j’aie envie d’y aller, j’ai décliné. »

On pourrait penser : Ah ! Il refuse de donner une légitimité à l’État colonial d’apartheid sioniste, et son envie est de rencontrer ceux qui le combattent, Israéliens et Palestiniens. Mais voici la suite de l’interview :

« Y.K. : C’est un déplacement très dangereux. »

L’auteur ne précise pas : à cause de quoi ?... La répression sioniste ou des « terroristes » palestiniens, bardés de ceinture explosive, comme le personnage de son roman ?… Le lecteur occidental, victime de la propagande dominante, pensera à la seconde hypothèse.

« Y.K. : Lorsqu’on veut diaboliser quelqu’un dans le monde arabe, il suffit de dire qu’il est allé en Israël. »

L’auteur ignore-t-il ou fait-il semblant d’ignorer qu’on n’a pas diabolisé ceux qui sont allé en Israël pour rencontrer, non pas les autorités étatiques coloniales, mais des Palestiniens et des Israéliens qui combattent pour le droit des premiers à un pays ?

« Y.K. : Aujourd’hui, les mentalités sont telles que les écrivains arabes ne doivent pas prendre de risques inconsidérés. »

L’auteur ignore-t-il ou fait-il semblant d’ignorer qu’Ernest Hemingway a pris des « risques inconsidérés » en allant en Espagne pour soutenir les combattants anti-fascistes ? Que les écrivains palestiniens et certains écrivains israéliens prennent des « risques inconsidérés » en défendant le droit des Palestiniens à un pays ?… Alors, de quels « risques » s’agit-il ? De qui viendraient-ils ?... Des autorités sionistes ou de ceux qui luttent contre leur politique coloniale, les « terroristes » ?... Un écrivain qui laisse dans le flou ces « risques », peut-il prétendre dire la vérité historique, et écrire « LE » livre sur le conflit israélo-palestinien ?

5. De la responsabilité.

Dans « The Canadian Jewish News » :

Question : « En Palestine, particulièrement à Gaza, des parents encouragent vivement leurs enfants à s’engager activement dans les milices terroristes islamistes. Ils portent une importante part de responsabilité dans leur dérive suicidaire. »

Réponse de Khadra : « C’est vrai qu’il y a des parents complètement endoctrinés par le djihadisme qui élèvent leurs enfants dans la haine de l’Autre et dans le rejet d’un système. »

« L’Autre », c’est qui ? « Un système », lequel ?… Soit l’auteur, parce que ignorant totalement le problème palestinien, se contente de mots conventionnels et imprécis, soit il connaît le problème, et, alors, il cache sa réelle pensée par le recours manipulateur à deux termes abscons. En effet, ils occultent la vérité historique, non, pis encore, ils la travestissent.

Voici comment. Parler de djihadisme des « enfants dans la haine de l’Autre », c’est :

- sous-entendre que cet « Autre » est soit le Juif soit l’Israélien en général ; or, les « terroristes islamistes » distinguent entre Juifs et Israéliens partisans de l’occupation coloniale et ceux qui s’y opposent ;

- et qu’en est-il du comportement des Juifs et Israéliens partisans de l’occupation coloniale contre cet « Autre » qu’est le Palestinien ? Pas de « haine », dans ce cas ?

Concernent le « rejet d’un système », le même raisonnement s’impose. Quel genre de « système » est rejeté ?… La « démocratie » et la « liberté » de la société israélienne, rejeté par les « terroristes islamistes » ?… Et pourquoi ce « système » rejeté n’est-il pas l’apartheid et l’occupation coloniale dont est victime le peuple palestinien ?

Les propos de Khadra permettent-ils de croire qu’il est en mesure d’écrire « LE » roman sur la tragédie dont la victime est d’abord le peuple palestinien ?

Pour comprendre l’intention du romancier de « L’attentat », lisons cet extrait :

« Le Juif est né libre comme le vent, imprenable comme le désert de Judée. S'il a omis de délimiter sa patrie au point qu'on a failli la lui confisquer, c'est parce qu'il a longtemps cru que la Terre promise était d'abord celle où aucun rempart n'empêche son regard de porter plus loin que ses cris. [...] Tout Juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif." (pp. 252-253). Cherchez sur Google et vous trouverez la citation sur de nombreux sites. Un hasard ?

Et le Palestinien, n’est-il pas né libre ? N’a-t-il pas une « patrie » qui lui a été spoliée ? Hélas, ses cris sont étouffés par l’oligarchie impérialiste mondiale qui ne propage que les « cris » des colonialistes israéliens.

Si « Tout Juif de Palestine est un peu arabe », pourquoi réduit-il l’arabe à l’apartheid, lui vole-t-il ses terres et ses maisons, assassine-t-il ceux qui les défendent ? En quoi « aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif » ?… Qu’est-ce donc que ce « peu » ?… Un écrivain qui déclare écrire « LE » livre sur le problème, peut-il se contenter de ce genre de phrase d’apparence brillante sans expliquer pourquoi ce « peu » est tellement dérisoire qu’il n’empêche pas une tragédie coloniale qui dure depuis 70 ans, et durera encore ?… Il est vrai que la confusion de l’expression sert toujours le dominateur, qu’elle est la marque du mercenaire à son service… Mais, peut-être, que Khadra, de même qu’il s’intéresse à la « belle » vie » d’un jeune algérien à l’époque coloniale, a en vue la « belle vie » d’un jeune Palestinien à l’époque de l’apartheid sioniste. Alors ce « peu » prend toute son importance aux yeux du romancier, car ce « peu » permet de publier des romans, d’engranger l’argent qui en découle, ainsi que la « gloire » médiatique qui fait partie du système capitaliste marchand. Un personnage de Shakespeare s’écrierait : « Ah ! Ce peu qui vaut tant d’écus et de célébrité ! »

Autre question : pourquoi se focaliser uniquement sur les « terroristes » palestiniens (d’accord, l’époux de la « terroriste » est un brave homme) et ne jamais écrire un roman sur un soldat ou une soldate israéliens qui tirent et tuent une journaliste palestinienne, un conducteur de bulldozer qui tue avec son véhicule la jeune activiste états-unienne Rachel Corrie qui résistait à la destruction de la maison d’une famille palestinienne ? Ou encore une jeune israélienne qui préfère aller en prison plutôt que de servir dans une armée qu’elle considère coloniale ? En outre, l’État israélien n’est-il donc pas terroriste contre le peuple palestinien ? Et posons la question fondamentale : qui a commencé à exercer le terrorisme sur la population civile en terre palestinienne : n’est-ce pas les organisations armées Hagana, Stern et autres ? Parmi d’autres, ce sont les historiens honnêtes israéliens qui en ont fourni les preuves.

Pour respecter la vérité historique et prétendre écrire « LE » roman du conflit israélo-palestinien, est-il correct de se focaliser sur le djihadisme islamiste sans aller aux causes de sa création : pour neutraliser ou éliminer la résistance palestinienne qui, à son origine, était laïque et voulait le demeurer, ce furent les services israéliens qui ont favorisé la création de la tendance religieuse islamiste, en espérant bénéficier de mercenaires à leur service, lesquels ont fini par se retourner contre leur Frankenstein.

Oui, évidemment : un roman qui respecterait la vérité historique réelle, évoquerait les thèmes et les personnages qui l’incarnent, montrerait la cause des causes, quel éditeur le publierait, s’il agit et profite dans le système capitaliste-impérialiste ? Et quels médias de même orientation en feraient la promotion ?

6. Uniquement des « terroristes » !

« L’équation africaine », quel thème, quels personnages ?

Partie du résumé : « Kurt Krausmann, médecin accepte la proposition de son meilleur ami, Hans Makkenroth, d'effectuer avec lui un voyage en voilier, à visée humanitaire, jusqu'aux Comores. Le voilier quitte son port d'attache, à Chypre, et traverse sans encombre la Méditerranée orientale, le canal de Suez et la mer Rouge, avant d'arriver dans le golfe d'Aden et l'océan Indien, où il se trouve arraisonné par des pirates somaliens2. »

En somme, n’avons-nous pas affaire à une carte postale pour lecteurs frustrés de tourisme exotique ? De bons, civilisés et « humanitaires » occidentaux victimes de terroristes africains !… Bien entendu, on ne saura pas quelles sont les causes qui produisent des pirates somaliens et des interventions « humanitaires », à savoir la domination impérialiste sur la Somalie et l’usage de l’argument « humanitaire » pour la maintenir, à défaut d’intervention militaire directe (rappelons-nous le sort réservé aux militaires états-uniens lors de leur intervention dans le pays).

Avec ce roman, n’est-on pas dans le cas d’une idéologie impérialiste promue par un « indigène » algérien ? Peut-on trouver mieux, en terme de propagande, que l’intervention d’un romancier (appartenant à la sphère des pays dominés) et le recours à un argument (intervention « humanitaire ») pour justifier la domination hégémonique impérialiste et ses agressions contre les peuples ?

Algérie, Palestine, Afrique : ne constate-t-on pas la même vision ?… « Terroristes » d’un coté (en réalité, des dominés, quelque soit leur forme de résistance, certes discutable) et, de l’autre, de braves personnes (en réalité, des dominateurs ou jouisseurs du système exploiteur) impérialiste ?

7. La grenouille et le bœuf.

Déclaration de l’écrivain qui se cite à la troisième personne : « Yasmina Khadra est le plus grand écrivain ayant aujourd’hui un écho dans le monde, plus que Naguib Mahfouz, le lauréat du prix Nobel ».

Cette déclaration me rappelle une anecdote. Dans l’antiquité, à la fin de son discours au peuple d’Athènes, un personnage respectable (Solon, si ma mémoire est bonne) fut intrigué par les applaudissements de la foule. Il se tourna vers un ami proche et murmura : « Qu’ai-je donc dit de stupide pour me mériter ces acclamations ? »

Khadra connaît-il la différence entre peuple et foule ?… Le premier est conscient de sa dignité, basée sur un certain bagage culturel, et sait apprécier une production littéraire à sa juste valeur. La foule, au contraire, conditionnée par l’idéologie dominante, réagit uniquement aux sollicitations des démagogues, aux médiocres et aux imposteurs. Tel fut le cas lors de la condamnation de Jésus, lors de l’assassinat du dictateur Jules César, ou quand des colonisateurs transformaient des colonisés en bachagha, pour administrer, en « religieux », pour affirmer que le colonialisme est la volonté de Dieu, et en harkis, pour réprimer leur propre peuple.

Naguib Mahfouz est le témoin d’une réalité qu’il évoque avec sincérité vraie, une générosité réelle, un talent et un style dont la simplicité reflète la profondeur du contenu et la valeur de l’écriture. Aucune démagogie, aucune phrase ronflante, aucun tape à l’œil, aucun accommodement avec une quelconque idéologie coloniale ou néo-coloniale. Il ne peut donc pas plaire à la foule, mais seulement au peuple.

Au sujet des écrivains algériens, Khadra déclare : « Je suis probablement plus grand qu’eux et trop en avance sur eux, et au lieu de me suivre, ils ont choisi de me boycotter ».

Même les prophètes n’ont pas osé parler ainsi.

Encore : « Mais vous savez à qui vous parlez ? Je suis l’un des écrivains les plus célèbres au monde. Je suis plus connu que l’Algérie ! Je suis allé en Italie en visite officielle avec le président algérien : je suis passé à la télé, pas lui ! »

Et encore : « Je n’ai aucun complexe. Je ne peux imaginer un écrivain qui me dépasse dans le domaine du roman. »

Même un Victor Hugo, un Tolstoï, un Ernest Hemingway n’ont jamais osé parler ainsi.

Depuis quand la célébrité médiatique ou un passage à la télévision sont-ils un signe de valeur intellectuelle ou littéraire ?

Le dernier roman de Khadra ne figurant sur aucune liste de prix, l’auteur attaque les prix littéraires en dénonçant des « aberrations parisianistes dénuées de sens ».

Là, j’avoue ma perplexité. Comment expliquer cette attitude d’institution littéraire qui ignore, selon l’auteur, « le plus grand écrivain ayant aujourd’hui un écho dans le monde » ?

Des déclarations pareilles, comme contenu et forme, prouvent-elles la production d’une œuvre littéraire qui mérite la lecture ?… On objecterait : Bah ! Peut-être que l’œuvre est de meilleure qualité que la personnalité de l’auteur.

8. Un auteur, c’est son style.

Sur celui de Khadra, renvoyons aux extraits de ses romans cités par des critiques, dans la vidéo déjà mentionnée, lors de l’émission « La plume et le masque ». On y découvre non seulement que le romancier écrit des stupidités mais que son éditeur ne s’en aperçoit pas, les croient convenables ou n’y accorde aucune attention, se contentant de vendre une marchandise qui marche. Misère de l’édition commerciale où commandent le profit et la propagande destinée à la foule !

Eric Chevillard, écrivain et feuilletoniste au Monde des livres, note, à propos du roman de Khadra « Dieu n’habite pas à la Havane » : « Yasmina Khadra écrit faux comme une casserole ». On lit également : « Tissu de lieux communs et d’inventions malencontreuses, il illustre avec exhaustivité toutes les façons d’échouer qui s’offrent à un écrivain. Roman factice, appliqué, besogneux, il n’est jamais mieux qu’une affection de littérature et verse systématiquement dans le ridicule dès que l’auteur croit faire preuve d’audace poétique. » Suivent des exemples.

9. Mentalité harkie néo-coloniale.

Sur ce thème, j’ai déjà publié un essai, librement disponible »3.

Bien entendu, si un roman met en scène un combattant anti-impérialiste, c’est, pour les médias impérialistes, toujours de la « propagande » partisane et mensongère ; mais si le roman évoque un personnage qui fait l’éloge des « valeurs » occidentales (en réalité, impérialistes), c’est, bien entendu, de la vraie littérature, la meilleure, publiée dans tous les pays possibles de la planète.

Reste une question hamlétique, que je pose avec une bienveillance taoïste : quelle différence voit Khadra entre un un authentique romancier et un vulgaire imposteur mercenaire ?… Cette question mérite l’écriture d’un roman, en se rappelant Boileau : « J’appelle un chat un chat, et Rollet un fripon ».

Allons au fond du problème. Il faut en être bien conscient : le conflit entre les oligarchies impérialistes mondiales et les peuples qui veulent s’en émanciper est entré dans une phase aiguë, avec la guerre en Ukraine. La culture, dont le roman est un aspect, fait partie intégrante des armes de combat. Les oligarchies impérialistes disposent des moyens financiers et matériels les plus puissants par rapport à ceux possédés par les peuples. Mais gardons en mémoire les luttes des peuples contre les dominations : la faiblesse matérielle, transformée en force mentale, a permis la victoire sur la bête impérialiste. C’est cette force mentale qui est nécessaire, aujourd’hui, qu’il faut construire, dans tous les domaines de la vie sociale, au nom de l’amour de la vie, de la vérité, de la justice, de la beauté.

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1 « À propos de Yasmina Khadra | Partie 1 »

https://www.youtube.com/watch?v=LdVaFVhbM68&ab_channel=alibaba

2 https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89quation_africaine

3 « Contre l'idéologie harkie: Pour une culture libre et solidaire », https://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits_ideologie_harkie.html

Publié in

https://www.algeriepatriotique.com/2022/07/29/considerations-sur-yasmina-khadra/

e

https://tribune-diplomatique-internationale.com/yasmina_khadraconsiderations/#_ftn1

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #NOUVELLE-ROMAN

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