Publié le 31 Décembre 2019

PEUPLE ALGÉRIEN ET DÉMOCRATIE

- Yâ ĕammî [ô mon oncle], des politiciens, des intellectuels, des universitaires, des « politologues » et autres « experts » affirment que nous, le peuple, plus exactement notre Mouvement populaire, nous ne devons absolument pas nous auto-organiser.

- Par quel motif ces gens justifient leur opinion ?

- Que le DRS nous infiltrerait totalement, que nos divisions idéologiques nous opposeraient.

- De part le monde et depuis toujours, as-tu vu un mouvement populaire refuser de s’auto-organiser par peur d’infiltrations ou de divisions internes ?

- Jamais !… Les deux motifs présentés par ces gens sont contraires non seulement à l’histoire mondiale, mais également à la logique et à la raison… Cependant, d’autres personnes invoquent un troisième motif : l’obscurantisme religieux dominerait tellement nos esprits que nous sommes incapables de démocratie, parce que nous comptons uniquement sur Allah pour changer les choses, d’une part, et, d’autre part, parce que la religion est contraire à la démocratie.

- En ce qui concerne le premier point, Allah n’a-t-il pas dit « Aide-toi, le ciel t’aidera » ? Et, en ce qui concerne le second point, comment la religion pourrait-elle être contraire à la démocratie, puisque, à l’époque de son apparition, les peuples de la région ignoraient ce qu’était la démocratie, et donc les livres saints ne la mentionnaient pas ?

- D’accord, mais entre-temps, je suis troublé, perplexe, désorienté.

- Pourquoi ?

 

« Volonté Supérieure ».

- Les islamistes me déclarent que c’est Allah qui parle par leur bouche, qu’il faut donc que j’exécute ce qu’ils disent sous peine d’être un « kâffar » (mécréant).

- De quel droit ces islamistes parlent au nom d’Allah ? Leur a-t-il conféré cette qualité ?

- Évidemment pas... Pourtant, ces gens, dans les années 1990, affirmaient que la démocratie est « kofr » (blasphème), tandis qu’aujourd’hui, en 2019, ils déclarent vouloir la démocratie en Algérie. N’y a-t-il pas là une contradiction ?

- C’en est une en effet. Mais rappelle-toi les années 1990. Ces gens-là, qu’ont-ils fait ?

- Ils avaient dit publiquement qu’ils utilisaient la démocratie avec le but, une fois vainqueurs, d’éliminer la démocratie pour installer la Charia.

- Que s’est-il, alors, passé ?

- Ce projet eut comme résultat dix années de guerre avec environ 200.000 Algériens tués, et l’échec militaire de ces gens-là.

- Mais est-ce que, néanmoins, la démocratie fut sauvée ?

- Pas vraiment.

- Qu’en tires-tu comme conclusion ?

- Que ceux qui furent vainqueurs militairement de ce conflit ne trouvaient pas leur intérêt à établir la réelle démocratie.

- Comment se sont-ils arrangés ?

- Par des élections truquées.

 

« Savoir Supérieur ».

- Mais, ĕammî, il y a aussi des gens, se déclarant laïques et démocrates, qui affirment que nous sommes incapables de démocratie… Est-ce vrai ?

- Au nom de quoi ces gens osent-ils leurs allégations ?

- Au nom de leur savoir, attesté par leur diplômes universitaires.

- Pourquoi s’arrangent-ils pour exhiber leurs titres d’études ?

- Pour me faire croire que je suis un ignorant.

- Et la conséquence ?

- Que je dois me limiter à écouter ce que ces gens déclarent puis à exécuter selon leurs déclarations.

- Et si tu ne leur obéis pas ?

- Ils me traitent de naïf, d’idiot, de complice de la « issâba » (bande) des généraux corrompus.

- Avec quels arguments ?

- Aucun. Ils se contentent de me lancer les adjectifs que je t’ai dit.

- Est-là, selon toi, des vrais intellectuels, autrement dit des gens qui se limitent à présenter des arguments et des preuves concrètes, sans clore le débat par des insultes ?

- Non.

 

« Ethnie Supérieure ».

- … Et, ĕammî, que dis-tu de ceux qui affirment que nous sommes incapables de démocratie, parce que Arabes et musulmans ?

- Qui l’affirment ?

- Une certaine minorité d’extrémistes qui se proclament « non algériens » mais uniquement « amazighes », plus précisément « kabyles » ou « chaouis ».

- Tu as bien dit une minorité, n’est-ce pas ?

- Oui !

- Ne sommes-nous donc pas une seule espèce humaine sur cette planète ? Et, en Algérie, ne sommes-nous pas tous le résultat de plusieurs peuples qui ont envahi ce territoire puis se sont mélangés par des mariages, jusqu’à constituer le peuple algérien, avec ses diverses et enrichissantes composantes ?

 

Point commun.

- À présent, yâ oulîdî [ô mon enfant], à propos de ces gens, dis-moi quelle est leur méthode d’action ?

- Les premiers me dénient la capacité de pratiquer la démocratie, donc de m’auto-organiser avec mes semblables, parce qu’ils déclarent qu’ils parlent au nom d’Allah ; les seconds, parce qu’ils parlent au nom de leur Savoir ; les troisièmes, parce qu’ils sont d’une race pure.

- Et comment ces gens agissent avec toi ?

- Connaissant ma religiosité sincère, plus ou moins bien assimilée par moi, les prétendus religieux utilisent la religion, présentée à leur manière ; connaissant les carences de mon savoir, les prétendus savants utilisent ce qu’ils ont appris à l’université, présenté à leur manière ; connaissant mes carences historiques, les prétendus de « pure race » utilisent l’histoire, présentée à leur manière.

- Et chacun de ces gens-là, dans quel but agit-il ainsi ?

- Pour m’impressionner dans le but de me convaincre à les croire et à les suivre.

- Comment appelle-t-on ce procédé ?

- Manipulation.

- En effet, une argumentation raisonnable, logique et au service du peuple a-t-elle besoin de se masquer par une autorité divine, universitaire ou ethnique ? La valeur des arguments ne se suffit-elle pas par le recours à la raison logique et à l’équité au bénéfice du peuple ?

- Oui, elle suffit.

- Selon toi, comment vivent tous ces gens ?

- Je constate facilement que tous ont une vie matériellement très confortable.

- Disent-ils d’où leur vient l’argent ?

- Non.

- Quoi en conclure ?

- Celui qui cache la provenance de son argent est louche.

- Est-il donc une personne fiable ?

- Jamais.

- Selon toi, quel est le but identique de tous ces gens ?

- Chacun d’eux prétend détenir la Vérité et que nous, peuple, on doit se contenter de l’écouter et de l’exécuter.

- Dans ce cas-là, ces gens peuvent-ils te dire qu’ils te croient capable de pratiquer la démocratie ?

- Évidemment non… Pourquoi ces gens agissent ainsi, quel est leur but réel ?

- Pour le savoir, dis-moi quel est leur statut ?

- Je t’ai déjà dit avoir constaté que leur vie matérielle est des plus confortables.

- Quel est donc leur statut ?

- Privilégié.

- Par conséquent, quel est le but d’un privilégié ?

- Conserver ses privilèges.

- Pour les conserver, peut-il accepter que toi et tes amis puissiez pratiquer la démocratie ?

- Pourquoi pas ?

- Qu’est-ce que la démocratie, au sens le plus authentique du terme ?

- Le peuple qui gère lui-même ses affaires.

- Si le peuple gère lui-même ses affaires, les privilégiés peuvent-ils servir à quelque chose ?

- À rien du tout ! Au contraire, il n’y aurait plus de privilégiés.

- Dès lors, ces privilégiés peuvent-ils être favorables à la démocratie telle que tu l’as définie ?

- Absolument pas.

- Quel est, alors, le but de ces privilégiés ?

- Rester des privilégiés.

- Comment y parviennent-ils ?

- En étant ou en parvenant à conquérir le pouvoir pour faire suer du burnous moi et mes semblables… Ne dois-je donc plus écouter ces gens ?

- Si tu ne les écoutes plus, comment apprendrais-tu leur processus de manipulation de ton esprit, puis démonter leur fausse argumentation, et, ainsi, aider tes compagnons de misère à ne pas être manipulés ?

 

Démocratie et capacités populaires.

- Alors, ĕammî, que dois-je faire ?

- Ta raison ne te donne-t-elle pas la faculté de penser par toi-même ? Ensuite, n’as-tu pas la possibilité de découvrir des livres et autres textes pour te proposer des solutions ? Enfin, n’as-tu pas la possibilité de chercher et de trouver des personnes qui ont une expérience militante au service réel du peuple, pour apprendre à partir de leur expérience ?… Revenons à ta question de départ : est-ce que le peuple algérien n’est pas capable de démocratie ?… Considère la définition la plus simple et la plus claire du mot « démocratie ». Qu’est-ce que c’est ?

- Pour moi, ĕammî, c’est la capacité de s’écouter l’un l’autre, dans le respect de la différence de nos opinions, puis de raisonner en examinant les arguments de manière objective, enfin de prendre les décisions les plus logiques et dans l’intérêt du peuple.

- N’est-ce pas là ce que toi et tes amis, vous faites généralement dans votre vie quotidienne ?

- Oui !

- Et quand vous vous disputez, quels sont les motifs ?

- En général, à cause de trois motifs. D’abord, la religion : certains se prétendent plus musulmans que les autres. Ensuite, le savoir : certains se prétendent plus savants que d’autres. Enfin, l’ethnie : certains se prétendent d’une race pure (arabe, pour les uns, amazighe ou kabyle pour les autres).

- Qui est responsable de l’introduction de ces motifs qui créent chez vous des mésententes ?

- Les gens que nous avons évoqués ci-dessus.

- Donc, qui vous empêche de pratiquer la démocratie ?

- Ceux-là même qui nous reprochent de ne pas être capables de démocratie… Que faut-il faire, alors ?

- Tant que toi et tes semblables ne vous auto-organisez pas, ces autres gens ne s’arrogent-ils pas le droit de proposer des recettes en votre nom ?

- Ils le font.

- Comment, donc, les neutraliser, sinon en vous rencontrant, toi et tes voisins, collègues d’études ou de travail, avec un objectif commun : précisément la pratique de la démocratie, pour démontrer à vos accusateurs qu’ils ont tort ?

- Mais, ĕammî, on nous dit que la démocratie, ce sont les élections.

- Est-ce que le résultat est favorable au peuple ?

- Pas du tout !

- Dès lors, la démocratie n’a-t-elle pas besoin d’autres instruments ?

- Lesquels ?

- Est-ce que tu ne le saurais pas en créant avec tes semblables un comité citoyen démocratique de discussions ?

- Autrement dit nous auto-organiser, c’est-à-dire faire ce que les gens que nous avons évoqués nous dénient de faire ?

- Ta question ne contient-elle pas sa réponse ? (1)

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(1) Voir http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/12/solutions-pour-le-mouvement-populaire-algerien.html

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Publié sur Algérie Patriotique (27.12.2019) et  La Tribune Diplomatique Internationale (28.12.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 26 Décembre 2019

OÙ VA LE MOUVEMENT POPULAIRE ALGERIEN ? ORGANISATION ET ENCADREMENT

Suite à la contribution précédente (1), reste à approfondir et préciser le problème de l’auto-structuration du Mouvement populaire et, d’une certaine manière, considérer la question de ce qu’on appelle la transition démocratique et le processus constituant.

Lisons l’histoire de tous les mouvements populaires contestataires d’une oligarchie dominante, quelque soit l’époque et le pays. On constatera que tous les militants-théoriciens (représentants réellement les intérêts du peuple, et formant une toute petite minorité), ayant participé au mouvement populaire et réfléchi sur son action, ces militants-théoriciens sont unanimes pour tirer un identique bilan. Le mouvement populaire a échoué parce qu’il a manqué de deux éléments stratégiques décisifs : 1) une organisation démocratique et efficace, 2) un encadrement intellectuel suffisamment formé et respectueux de la volonté populaire.

Tous les autres facteurs (divergences internes au mouvement, interventions étrangères, opposition étatique, infiltrations, manipulations, arrestations, etc.) eurent un rôle secondaire, seulement tactique. Ce fut le cas, notamment, de la « Commune de Paris » de 1870, de la révolution des soviets en Russie (1921-1922), des « Collectividad » en Espagne (1936-1969), de l’autogestion agricole et industrielle en Algérie (1962-1965).

Le premier cas fut écrasé par l’alliance de la bourgeoisie française avec l’impérialisme prussien ; le second cas, par l’armée « rouge » dirigée par Trotski sous la direction politique de Lénine ; le troisième cas, par l’action conjointe, d’une part, de l’armée fasciste espagnole, augmentée par ses harkis marocains et des brigades fascistes italiennes, le tout appuyé par l’aviation nazie, et, d’autre part, par la répression des staliniens du parti « communiste » espagnol et des agents du Komintern. Quant à l’autogestion algérienne, elle fut bureaucratiquement étouffée.

Mais combien d’intellectuels algériens (mais également dans le monde) connaissent les ouvrages relatant ces histoires ? Certes, ces livres sont très peu, en outre généralement occultés. Mais est-ce là une excuse quand on se prétend chercheur, universitaire, expert, politicien, intellectuel, notamment démocrate ou progressiste ?

Voici ces livres : respectivement « Histoire de la commune de 1871 » de Prosper-Olivier Lissagaray, « La révolution inconnue » de Voline, « L’Espagne libertaire 1936-1939 » de Gaston Leval (2), et, concernant l’autogestion algérienne, David Porter (3) ?… Avoir lu ces textes aurait, comme l’auteur de ces lignes, permis de comprendre que le Mouvement populaire algérien devait, dès son surgissement, trouver le moyen de se doter d’une auto-organisation autonome, dotée d’un programme de revendications claires et de représentants sur mandat impératif, en sachant comment affronter tous les risques qui se présenteraient, tout en étant capable de présenter des interlocuteurs à l’adversaire déclarant vouloir négocier (4).

Pendant ces dix mois d’existence, le Mouvement populaire a su braver l’interdiction de manifestation publique, mais ne s’est pas auto-organisé. Précision importante : ce ne sont pas les détenteurs de l’État qui l’en ont dissuadé, mais, hélas !, les prétendus « amis » du Mouvement populaire : intellectuels, politiciens, « experts », sans oublier les animateurs occultes du Mouvement (5).

Nous constatons le résultat. Dix mois de marches hebdomadaires pacifiques et joyeuses démontrent qu’un changement social radical au bénéfice du peuple n’a pas eu lieu. Une durée plus longue, avec une pression plus forte, obtiendraient-elles le résultat escompté, comme l’estiment certains ?… Au vu de la situation, considérée objectivement, le doute est plus que permis. Paraphrasons, alors, une fameuse expression : « Où va le Mouvement populaire ? », en proclamant vouloir la démocratie ?

Faut-il préciser que dans les cas mentionnés ci-dessus, il n’y eut pas création de parti politique, mais d’un mouvement social ? La différence est totale : l’un exclut l’autre. Tout parti politique (y compris les soit disant « démocratiques » ou de « travailleurs ») fonctionne sur base d’autorité hiérarchique, comprenant des décideurs et des exécutants ; au contraire, tout mouvement social authentique fonctionne sur base coopérative où l’autorité est exercée collectivement, de telle manière que décideurs et exécutants sont les mêmes. Mais il est probable sinon certain que ceux qui pensent que la structuration d’un Mouvement populaire signifie uniquement sa constitution en parti politique, que ces personnes ignorent la différence fondamentale entre parti politique et mouvement social. D’où vient cette ignorance ?… Du fait que les « élites » intellectuelles, de nature élitiste, s’intéressent uniquement aux institutions identiquement élitistes, - c’est le caractère des partis politiques -, et ne prêtent aucune attention aux institutions non élitistes, ce qu’est par nature un mouvement populaire.

Il est vrai, cependant, que certains mouvements populaires dans le monde ont donné l’impression que des manifestations de masse, plus ou moins durables, étaient parvenu à chasser les détenteurs du pouvoir en place. Précisons ceci : dans ces cas, les preuves désormais existent que le mouvement était encadré de manière occulte par des agents étrangers (généralement états-uniens) en alliance avec des agents autochtones, d’une part ; d’autre part, le changement de régime n’a pas profité au peuple, mais à une nouvelle caste oligarchique.

Revenons au Mouvement populaire algérien actuel. Le changement social réellement au bénéfice du peuple a des exigences complémentaires aux marches pacifiques. Tel est l’enseignement des expériences historiques relatées précédemment, et d’abord, répétons-le, la nécessité vitale de l’organisation et de l’encadrement démocratiques et efficaces. Ces deux caractéristiques sont indispensables. Cependant, la pratique montre qu’elles peuvent se contredire : la démocratie entravant l’efficacité, ou l’inverse. Néanmoins, il faut trouver l’adéquate conciliation et complémentarité, autrement c’est l’échec.

Dans quelle mesure le Mouvement populaire algérien actuel pourrait satisfaire ces conditions ?… Cela dépendra du degré de démocratie présent dans ce Mouvement. Certains objectent : le peuple algérien n’est pas apte à pratiquer la démocratie. Ce problème sera examiné dans la prochaine contribution.

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(1) « Des solutions pour le mouvement populaire », http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/12/solutions-pour-le-mouvement-populaire-algerien.html

(2) Tous librement disponibles sur internet.

(3) « David Porter et l’autogestion algérienne » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2018/02/david-porter-et-l-autogestion-algerienne.html

(4) Voir « Du cri à l’organisation » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/03/du-cri-a-l-organisation.html

(5) Voir « « Élites » et peuple en Algérie : compléter l’inachevé » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/12/elites-et-peuple-en-algerie-completer-l-inacheve.html

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Publié sur Algérie Patriotique  (22.12.2019) et  La Tribune Diplomatique Internationale (22.12.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 22 Décembre 2019

SOLUTIONS POUR LE MOUVEMENT POPULAIRE ALGERIEN

Suite à la contribution précédente (1), le commentateur « Flic Flac » écrit :

« Ce que nous voulons, c’est des SOLUTIONS CONCRÈTES aux doléances du peuple algérien.

Et que vous expliquez clairement comment vous allez vous y prendre pour sortir l’Algérie et les Algériens du marasme dans lequel ils se trouvent.

EXPLIQUEZ NOUS AVEC PRÉCISION. ….. SVP »

Cette réaction montre que la contribution précédente nécessitait une précision. La voici.

Est-ce qu’un « expert » en économie sait mieux qu’un ouvrier ce dont ce dernier a besoin pour vivre de manière matériellement digne ? Est-ce qu’un « expert » en politique sait mieux qu’un citoyen ordinaire ce dont ce dernier a besoin pour vivre de manière libre, égalitaire et solidaire ? Est-ce qu’un « expert » en sciences sociales sait mieux que les citoyens d’un immeuble, d’un quartier, d’une usine, d’une université comment travailler, étudier et vivre ensemble de manière harmonieuse, autrement dit réciproquement bénéfique ?

On objecterait : mais concernant un peuple tout entier, quelles sont les solutions ?… Réponse : un peuple n’est-il pas composé de multiples unités sociales de base territoriale ? Si ces dernières deviennent capables de trouver les solutions pour elles, celles-ci ne peuvent-elles pas constituer un résumé correspondant au peuple dans son ensemble ?

 

Faillites des « experts ».

Comme exposé dans la contribution précédente, les « experts » en tout genre font tout pour nous donner à croire qu’ils sont les seuls capables de trouver les solutions, quitte au peuple à les exécuter, ce peuple étant considéré ignorant et incapable de savoir ce dont il a besoin pour vivre dignement. Pourtant, l’Algérie et la planète entière se portent-elles bien, suite à l’application des « recettes » de tous les « experts » du monde, des plus prestigieux aux plus obscurs ?... Pollutions, course aux armements, crises financières cycliques, guerres d’agression impérialistes, convoitises néo-colonialistes sur les matières premières, colonialisme féroce contre le peuple palestinien, corruptions des multinationales, blanchissement d’argent dans les banques, terrorisme, prostitution, trafic de drogues, émigrés noyés en mer ou assassinés par des policiers de frontières, arsenaux nucléaires capables de pulvériser plusieurs planètes Terre, etc., autrement dit des systèmes sociaux dominés par l’appât du gain quelque soit le prix (ou le crime), la guerre permanente entre les minorités de possédants (de voleurs) et de démunis (de volés), au sein et entre les nations. Voilà le résultat des « experts » en économie, en politique, en sociologie, en culture, en religions, etc.

Mais, attention ! Dans ce résultat catastrophique pour les peuples, les « experts », eux, sont grassement payés par les États, les institutions internationales, les universités « prestigieuses » et autres agences et organismes étatiques ou para-étatiques ou privés, notamment les banques, les multinationales, les « institutions » d’études (think tanks).

Malgré ces méfaits et, - disons le mot -, ces crimes, ces « experts » parviennent à faire croire aux peuples, par l’intermédiaire de médias de conditionnement idéologique (journaux, TV, films, etc.), qu’ils sont et seront toujours les seules personnes capables de fournir des solutions aux problèmes des peuples. Comment, dès lors, faire appel à des « experts » sans prendre la précaution de vérifier quels sont leurs réussites et leurs échecs ?

 

Capacités citoyennes.

Il reste aux peuples à finir par prendre conscience du rôle exact de ces « experts » en tout genre. Alors, les peuples comprendront que les solutions réelles, efficaces, dans l’intérêt des peuples ne peuvent venir que d’eux-mêmes. Être instruit ne signifie pas automatiquement être intelligent, et être intelligent ne signifie pas automatiquement servir les intérêts du peuple.

Comment les peuples devraient, alors, agir ?… En se dotant de leurs institutions propres, créées par eux et pour eux, puis de celles-ci trouver et élire leurs représentants, avec, - la précision est vitale -, mandat impératif.

Le problème général ainsi exposé, venons au commentaire du lecteur, mentionné au début de ce texte, en ce qui concerne le Mouvement populaire algérien. Veut-on des solutions concrètes au peuple algérien, et avec précision, eh bien que les citoyens et citoyennes se réunissent en comités de résidence (immeuble, quartier, ensemble de quartiers, localité entière) en comités d’activités professionnelles (usines, fermes, etc.), en comités d’activités éducatives (école, lycée, centre de formation professionnelle, université, etc.), en toute forme de comité selon les activités sociales.

Au sein de ces comités, échanger les idées, en discuter la pertinence de manière démocratique, en veillant à servir les intérêts réels du peuple. Les participants aux comités constateront alors, en apprenant à discuter et à réfléchir de manière sereine et objective, sur base d’arguments concrets, qu’ils sont capables de trouver eux-mêmes les solutions, éventuellement avec le concours de personnes compétentes qui participent aux comités, en veillant à ce qu’elles ne manipulent ni conditionnent les décisions à prendre.

Comment éviter ces risques ?… Tout simplement en sachant quels sont les besoins pour vivre matériellement de manière digne : logement, santé, vêtements, travail, éducation, loisirs, droits d’association et d’expression, etc. Est-ce que des « experts » le savent mieux que les citoyens ?

La fédération horizontale de tous les comités (ou assemblées) de la périphérie au centre (et non pas de la « base » au « sommet », pour éviter l’autoritarisme hiérarchique élitiste) permettra de dégager un programme commun ou, si l’on veut, feuille de route. Des discussions (démocratiques et bien réfléchies) jaillira la lumière (les solutions).

Cette structuration nécessitera une durée plus ou moins longue en fonction des capacités du Mouvement populaire en terme d’union (au-delà des divisions idéologiques), de résistance aux infiltrations manipulatrices (par l’emploi du mandat impératif), d’arrestations de représentants (en sachant les remplacer par d’autres). Ce travail est long et difficile ?… Est-il sensé de croire qu’un changement social qui donne le pouvoir au peuple se limite à des marches hebdomadaires joyeuses (quelque soit leur durée), éventuellement avec quelques arrestations et quelques blessés ? Pour avoir cette illusion, il faut soit ignorer l’histoire sociale des peuples, soit manipuler le peuple pour garder le contrôle sur lui en vue d’intérêts de caste élitaire. Il s’agit donc de s’asseoir ensemble, de réfléchir de manière sereine et objective, et de décider en pratiquant la démocratie réelle, en fédérant les décisions jusqu’au niveau national, et confier leur concrétisation à des représentants comptables devant le peuple grâce au mandat impératif. Oui, c’est difficile, peut-être très difficile ! Mais indispensable. Là est le vrai défi que doit gagner le Mouvement populaire.

Certains affirment que le peuple algérien, malgré ses remarquables marches hebdomadaires, n’est pas capable de pratiquer la démocratie. La prochaine contribution examinera cette objection.

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(1) « « Élites » et peuple : compléter l’inachevé » in https://www.algeriepatriotique.com/2019/12/18/une-contribution-de-kaddour-naimi-elites-et-peuple-completer-linacheve/

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Publié sur Algérie Patriotique  (20.12.2019) et  La Tribune Diplomatique Internationale (21.12.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 22 Décembre 2019

Manifestation populaire hebdomadaire en Algérie, 2019

Manifestation populaire hebdomadaire en Algérie, 2019

Dans une contribution précédente (1), il fut question du risque d’infiltration de l’intifadha populaire en vue de sa manipulation. Mais un seul agent fut considéré : l’élément étatique. Hélas ! Il faut en signaler d’autres, bien plus insidieux, parce que moins évidents. Commençons par l’islamisme politique. Faut-il préciser que cette expression ne désigne pas l’Islam en tant que religion, mais uniquement sa manipulation pour servir une politique de conditionnement d’un peuple musulman, dans le but de conquérir le pouvoir étatique, pour établir une oligarchie de forme cléricale, avec le soutien d’une oligarchie étrangère ? Ce texte se propose de démontrer que l’islamisme politique passé, ouvertement anti-démocratique (usant la règle démocratique pour éliminer la démocratie) et violent, se présente aujourd’hui avec le masque de la démocratie et du pacifisme (« Salmyâ »), mais le but ultime demeure identique.

 

Surgissement.

Considérons le surgissement de l’intifadha populaire. Que sa première manifestation fut déclenchée dans toutes les villes du territoire nationale, que toutes les marches furent très bien organisées, sans aucun incident, avec des slogans semblables, ces constatations montrent que cette première action fut certainement le produit d’auteurs qui demeurent jusqu’à aujourd’hui inconnus. Toutefois, sans preuves concrètes vérifiables, les uns affirment que les agents organisateurs de la manifestation du 22 février 2019 furent le général Toufik et son réseau pour se débarrasser du chef d’État-major ; à l’opposé, d’autres accusent ce dernier et son entourage d’être les auteurs, dans le but de mettre fin à la présidence de Abdelaziz Bouteflika. Passons.

 

Absence de structuration autonome.

Par la suite, durant les huit mois de manifestations populaires hebdomadaires, on constate la même efficience dans l’organisation des marches hebdomadaires : absolument pacifiques, avec des slogans principaux semblables sur tout le territoire national, répondant aux événements qui se succédaient. N’ayons pas la naïveté de croire que tout cela fut le résultat uniquement d’un fameux réseau social, comme certains l’affirment, sans preuve vérifiable.

Toutefois, quand des « personnalités » ou des partis politiques tentèrent de prendre la direction de l’intifadha populaire, ou de parler en son nom, ces tentatives échouèrent. Ce refus fut-il un phénomène spontané des manifestants, ou, au contraire, téléguidé ?… Pas de preuve pour répondre de manière sérieuse.

Autre observation : l’intifadha populaire n’a jamais produit par elle-même une auto-organisation sous forme de comités locaux, permettant aux citoyens de se rencontrer, d’échanger leurs opinions, de discuter, de prendre des décisions en ce qui concerne les formes de développement du Mouvement pour concrétiser ses buts… De cette observation, serait-il erroné d’en tirer cette conclusion : que les auteurs occultes du mouvement populaire n’avaient pas intérêt à voir les citoyens prendre en charge eux-mêmes leurs actions ?… Si tel est le cas, alors, le Mouvement populaire non seulement fut mais demeure manipulé. Dans quel but fondamental, servant quels intérêts concrets précis ?

 

Cocktail attrayant.

L’observation des marches hebdomadaires, et celle de certaines interventions sur les réseaux sociaux montre que l’intifadha populaire est l’objet de manipulations diverses, soigneusement occultés aux citoyens ordinaires, parce que le but est d’utiliser le Mouvement populaire uniquement comme masse de manœuvre pour satisfaire des intérêts d’oligarchies existantes ou visant à les remplacer comme oligarchies nouvelles. Examinons un premier cas.

L’auteur de ces lignes a suivi attentivement les interventions sur les réseaux de celui qu’on appellera pour l’instant M. X*. Il y occupe une place non négligeable. Pour deux motifs. D’une part, les critiques de M. X* contre le système social dominant, et son soutien au Mouvement populaire semblent dictés par un légitime et noble souci de démocratie et de sauvegarde de l’indépendance nationale. D’autre part, M. X* joue sur un terrain qui lui est très favorable : son vocabulaire islamiste instrumentalise adroitement la foi religieuse du peuple algérien. En outre, M. X* recourt à une langue arabe qui a l’air moderne, mais dont la substance est semblable aux prêches des idéologues islamistes intégristes. Enfin, les déclarations de M. X* concernant des censures ou tentatives de censure, rendent le personnage plus sympathique et intéressant. Voilà le cocktail qui rend le personnage attrayant, au point de voir son portrait parfois exhibé lors des marches populaires, et proposé sur des réseaux sociaux dans une liste d’éventuels représentants du Mouvement populaire.

 

Principe de précaution.

Mais, si l’on a comme principe de précaution de se poser des questions au sujet des personnages publics, on s’oblige à comprendre le motif réel de leurs déclarations, surtout quand celles-ci ont une certaine influence sur le public, notamment sur les opprimées d’un système social.

Première question. Quelle est la provenance de l’argent de M. X* pour vivre et effectuer ses nombreux voyages à l’étranger ? Car, visiblement, ses vêtements, les lieux d’où il envoie ses vidéos, et les voyages personnels qu’il évoque montrent une aisance certaine. M. X* a-t-il fourni à ses auditeurs des informations à ce sujet ? Personnellement, je ne les ai pas trouvées. S’il ne les a pas fournies, croit-il que ces informations seraient inutiles ?… Cette hypothèse est à écarter, car M. X*, à juste titre, dénonce les personnalités algériennes qui vivent avec de l’argent obtenu de manière illégitime. Dès lors, par cohérence, M. X* ne devrait-il pas, dans son cas personnel, fournir les preuves concrètes de la provenance de l’argent dont il vit ?

Deuxième question. Le recours systématique à la formule « bî idnî Allah » (Selon la volonté de Dieu). Bien entendu, son emploi est légitime et compréhensible de la part d’un musulman, mais l’insistance sur cet emploi oblige à se demander : s’agissant de discours éminemment politique, n’est-ce pas là une manière insidieuse d’introduire l’élément religieux, alors qu’on sait combien il fut funeste dans les années 1980 et par la suite ?… Ce qui porte à vouloir savoir quel fut l’itinéraire politique de M. X* depuis qu’il s’active dans le domaine social. M. X* a évoqué dans ses vidéos la partie formative et officielle, publique, notamment celle qu’il appelle « diplomatique ». Mais, n’a-t-il pas eu d’autres implications, notamment à l’époque où Kasdi Merbah était le chef de la Sécurité Militaire, comme un intervenant vidéo le déclare ?

Troisième question. Une certaine véhémence dans la dénonciation (légitime) des méfaits du pouvoir dominant actuellement en Algérie. Cette véhémence manifeste trop de rhétorique recourant à l’émotionnel. De la part d’une personne se déclarant diplomate, proposant de recourir au raisonnement objectif et pondéré, et assis devant une bibliothèque de livres, cette rhétorique et cette véhémence émotionnelle sont-elles de mise, surtout quand on se rappelle que cette méthode oratoire fut celle, par exemple, d’un Adolf Hitler, lequel en exposa les motifs dans son livre « Mein Kampf » (Mon combat) ?

Quatrième question. M. X* évoqua dans une vidéo ses fréquents voyages en Turquie, en faisant l’éloge des « progrès » économiques et sociaux réalisés dans ce pays… Mais pas un seul mot sur l’oligarchie qui domine le pays, sur l’aspect dictatorial de son président Erdogan, et sur les engagements politiques internes et externes de ce chef d’État… N’est-ce pas curieux quand on entend M. X* pourfendre (à juste titre) l’oligarchie algérienne, sa dictature ainsi que ses actions internes et internationales ?.. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?… Qu’en est-il, alors, de l’objectivité et de la cohérence proclamées par M. X*, soulignées, régulièrement par des sourates du Coran ou des préceptes du Prophète de l’Islam ? Ce recours systématique à la religion est-il vraiment innocent, de bonne foi, quand on sait le degré de religiosité du peuple algérien ?

Ces questions imposaient la nécessité de savoir qui est donc, réellement, M. X*.

 

Investigation.

En inscrivant ses nom et prénom sur un moteur de recherche d’internet, on trouve les pages des réseaux sociaux où il intervient, mais, sur Wikipédia, on trouve une biographie, très courte, uniquement en anglais et en arabe. On trouve également un site web de M. X*, visité voici quelques jours. L’on y remarque un article concernant Abdehamid Ben Badis et le slogan « Daoula madaniyâ, machi ‘askariyâ » (État civil et non militaire). Voilà deux thèmes, surtout le second, présents dans l’actuel Mouvement populaire algérien.

Poursuivant la recherche, le hasard fait découvrir que M. X* avait des relations avec la chaîne de télévision « Al Magharibiya », dont on apprend les rapports étroits avec l’ex FIS (Front Islamique du Salut) algérien, et des États du Moyen-Orient.

Des recherches plus approfondis sur internet, et notamment l’écoute de vidéos de divers intervenants algériens, en particulier de l’un d’entre eux (Rafaa156 JZR) fournissent d’autres informations.

M. X* est membre de « Rachad ». Sur Wikipédia, elle se présente ainsi : « Cette organisation œuvre pour que la société algérienne prenne son destin en main et fonder un régime démocratique incluant toutes les sensibilités idéologiques sans exclusion aucune. » Cette déclaration semble tout-à-fait en phase avec l’objectif démocratique de l’actuel mouvement populaire algérien… On lit, cependant, également, que cette organisation « a été fondé en 2007 par un groupe de hauts cadres algériens vivants à l'étranger et n'acceptant point les pratiques tyranniques et criminelles des quelques généraux putschistes et à leur tête le général sanguinaire Khaled Nezzar. » Mais pourquoi ne sont pas évoqués, du même coup, « les pratiques tyranniques et criminelles » des Islamistes en Algérie, avec « à leur tête » des chefs « sanguinaires » ? Encore une fois, n’est-on pas en présence de la tactique de deux poids, deux mesures ?

Pour trouver une réponse à cette question, il faut poursuivre les recherches. À propos de « Rachad » (2), on fait deux découvertes. La première est que l’un de ses membres est M. Mourad Dhina. Il faisait partie de l’ex-FIS, et, en tant que tel, on trouve une vidéo à ce sujet. Interrogé par un journaliste européen, lui demandant ce qu’il pense de l’assassinat par des terroristes islamistes d’intellectuels et journalistes algériens (environ 130) qui s’opposaient au terrorisme islamiste, M. Dhina répondit tranquillement que ces derniers méritaient leur sort, autrement dit si l’on conteste le terrorisme islamiste uniquement par la plume, ce dernier a le droit de punir ses contestataires par la mort.

Seconde découverte : « Rachad » fait partie de l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma » (Congrès de la Oumma). Cette dernière est soutenue par le président turc Erdogan. Ce fait n’éclaire-t-il pas le motif des louanges, ci-dessus évoquées, de M. X* à l’avantage des « progrès » de la Turquie ?

Allons plus loin. Erdogan fait partie de l’organisation des « Frères Musulmans ». Cette dernière fut créée par le MI6, service secret britannique, lequel fut à l’origine de la création de l’oligarchie saoudienne en Arabie. En outre, le président Erdogan, dont le pays a une ambassade de l’État israélien, s’est rendu plus d’une fois en Israël où il a rencontré ses dirigeants, sans se soucier nullement de la tragédie coloniale des musulmans palestiniens. Pourtant, Erdogan se proclame musulman. Est-ce cohérent ?… Ajoutons que la Turquie fait partie du pacte militaire impérialiste dénommé OTAN. Et encore : le président Erdogan a également fourni le soutien logistique aux diverses organisations terroristes qui sont intervenu en Libye, au Irak et en Syrie, avec les résultats connus : la destruction de ces États-nations… Comment, dès lors, expliquer les proclamations de l’organisation algérienne « Rachad » pour la « démocratie », et ses relations avec l’organisation internationaliste islamiste « Mou’tamar al oumma », le président Erdogan et les terroristes islamistes ?… Parce que ces derniers se déclarent des « libérateurs » combattant contre la dictature de Bachar Al Assad, pour installer la chariâ ?… Mais, alors, cette chariâ  n’est-elle pas une forme cléricale de dictature, d’une part, et, d’autre part, comment expliquer les massacres de civils, quelque soit l’âge et le sexe ? Comment expliquer l’intervention de forces étrangères (françaises, anglaises et états-uniennes) en soutien des organisations islamistes combattant en Syrie et en Libye ?

En poursuivant les recherches sur internet, on trouve une vidéo. M. X* y justifie l’intervention des armées néo-colonialistes étrangères, et même celle du sioniste colonialiste Bernard Henry-Levi contre le peuple libyen, avec le prétexte de mettre fin à la dictature et d’apporter la démocratie. En outre, suite à l’agression des armées franco-anglaises contre la Libye, M. X* et d’autres de ses amis débarquèrent dans le pays, alors qu’avait été instaurée la « no fly zone » ? Qui donc les a autorisés à atterrir et pour quel motif ? (3) Enfin, l’on constate le résultat : la destruction de la nation libyenne et sa balkanisation au profit d’organisations terroristes se revendiquant de l’Islam, et de multinationales pompant le pétrole. Et cela en attendant le tour de… l’Algérie, la nation d’origine de M. X*.

Quant à l’ami de M. X*, dans l’organisation islamique « Rachad », M. Mourad Dhina (4), celui-ci, actuellement, dénonce le haut commandement de l’armée algérienne, en précisant que lui, M. Dhina, respecte l’armée en tant que telle. Ainsi, il partage l’opinion du Mouvement populaire proclamant « Djaïch, chaâb, khawâ khawâ » (Armée, peuple, frères). Mais, quelques années auparavant, le même M. Dhina déclara que l’armée algérienne, en tant que telle, considérée dans son ensemble, ne vaut rien, et, pour le démontrer, il la compara à une armée très performante, en donnant un seul exemple, l’armée… d’Israël, l’État colonialiste, affirmant que c’est pour « sa défense ». N’y a-t-il donc pas d’autres armées comme exemples ? Et « défense » d’Israël contre qui ?… Évidemment contre les méchants Palestiniens, car Israël est allié désormais avec les pays prétendument musulmans que sont l’Arabie saoudite, Qatar, les Émirats et la Turquie. Dès lors, peut-on croire à l’affirmation de « Rachad », sur son site, déclarant son auto-financement et son autonomie logistique ?… Ajoutons que le peuple palestinien non seulement combat le colonialisme israélien pour obtenir son droit à une patrie (comme, auparavant, les Algériens, les Vietnamiens et autres peuples), mais ce peuple palestinien est en majorité de religion musulmane. Et M. Dhina proclame fièrement sa foi « musulmane ». Comment, alors, expliquer que celle-ci ne se préoccupe pas des musulmans palestiniens, soumis aux atrocités coloniales israéliennes, mais, au contraire, vante l’armée d’Israël pour sa « défense » ?… Dès lors, serait-ce une diffamation de répondre que l’« Islam » de M. Dhina coïncide avec les intérêts du colonialisme israélien ?… Par conséquent, de quel Islam s’agit-il ? Et quand un tel homme proclame actuellement son « soutien » à l’intifadha populaire algérienne actuelle pour ses droits démocratiques, que faut-il en penser ?

Dernièrement, l’organisation « Rachad », par la voix d’un nouveau et plutôt jeune représentant, habillé à l’occidentale, déclare ne plus se référer à l’idéologie islamiste, mais à la… démocratie. On le comprend : qu’un membre de cette organisation aille dire aux marcheurs hebdomadaires « Dawlâ islâmiyâ, dimocratiyâ kofr » (Etat islamique, démocratie [est un]blasphème ! ), et il constatera la réaction du peuple. C’est que la revendication « démocratique » va dans le sens de l’exigence actuelle du peuple… Mais comment concilier cette proclamation en faveur de la démocratie de la part du représentant de « Rajah », tout en faisant partie du « Mou’tamar al oumma », lequel rejette ouvertement la démocratie ? (5)

 

« Oumma » et nations.

Continuons les investigations. La revendication d’une « oumma » islamique (quelle soit sous forme ottomane ou wahhabite) signifie l’élimination des nations indépendantes. Or cette élimination correspond exactement au plan impérialiste U.S. - et sioniste colonialiste (6) -, formulé dans la doctrine Rumsfeld/Cebrowski… Ainsi, l’oligarchie impérialiste U.S., l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma », donc l’organisation algérienne « Rachad », et les oligarchies islamistes qui visent à dominer (Turque ou wahhabite) ont comme but commun la destruction des États-nations à dominante musulmane, tout au moins ceux allant du Proche-Orient au Maroc. En passant, notons le slogan de la chaîne TV « Al Magharibia » : « « Magharebia sans frontières ». Cela semble, à première vue, un généreux slogan internationaliste. Mais, connaissant la conviction islamiste de cette télévision, de quel type d’ « internationalisme » sinon de « oumma » islamique ?… Donc, plus de nation algérienne, en dépit des combattants morts pour son existence. Dès lors, comment comprendre les proclamations de M. X*, dans ses vidéos, pour la démocratie, ainsi que sa défense de la nation algérienne, et ses dénonciations des accointances des dirigeants actuels algériens avec des puissances étrangères ?

Quelles sont les nations qui ont déjà été détruites ?… L’Irak et la Libye. Quelle nation a subi une invasion (colonialiste israélienne) pour la détruire ?… Le Liban. Après lui, quelle nation a résisté à une tentative de destruction ?… La Syrie… Quel est le point commun entre ces nations ?… De faire partie du front du refus de reconnaissance de l’État colonialiste d’Israël, et de défense des droits légitimes du peuple palestinien… Quelle est l’autre nation qui fait partie du même front ?… L’Algérie, et cela quoiqu’on dise sur les autres aspects de ses dirigeants. Ainsi deviennent claires toutes les tentatives de sa déstabilisation : infiltrations de terroristes masqués en immigrés clandestins, accusation contre l’encadrement de l’ANP en tant que tel et tout entier, sans distinguer entre dirigeants réellement patriotes et ceux qui agissent uniquement pour leurs intérêts de caste, et tentatives d’infiltration et de manipulation de l’actuel Mouvement populaire, par l’intermédiaire de harkis autochtones. Qui sont-ils principalement ?

Concernant la destruction des nations à majorité musulmane du Proche-Orient jusqu’au Maroc, et d’abord celles qui soutiennent la lutte de libération du peuple palestinien, pour les impérialistes U.S., l’intérêt est de mettre la main sur les ressources naturelles et d’installer des bases militaires dans ces pays du sud de la Méditerranée, flanc sud de l’Europe. Tandis que pour les « oummistes » islamistes (d’idéologie ottomane ou wahhabite), le but est de prendre le pouvoir dans une région à constituer en « oumma » (communauté) islamique, donc dictatoriale. Ainsi, le schéma d’alliance entre l’oligarchie U.S. et ses valets d’Arabie saoudite et du Golfe (si pas turcs) s’élargirait à une alliance entre la même oligarchie U.S. et une nouvelle oligarchie vassale désirant gérer cette région à dominante musulmane. Voilà comment une conception de l’Islam, politiquement dévoyée, sert les intérêts d’oligarchies (étrangères alliées aux autochtones) au détriment des peuples musulmans. Les massacres actuels dont ils sont victimes (de la part des terroristes autochtones comme par les bombes des avions occidentaux) ne sont-ils pas une preuve évidente ? Cependant, ces crimes sont travestis en conflits entre sunnites et chiites, de la part des oligarchies turques et moyen-orientales, et, de la part de l’oligarchie états-unienne, anglaise et française, en conflit de la « civilisation », de la « démocratie » et des « droits de l’homme » contre le « terrorisme ».

Est-ce que M. X* a informé ses auditeurs concernant ses relations avec les organisations ci-dessus indiquées ? Comment concilie-t-il leurs orientations idéologiques avec ses appels personnels à la libération du peuple algérien, à la démocratie et à la sauvegarde de la nation algérienne ?

Enfin, dans ses deux dernières vidéos, M. X* déclare que le temps est arrivé pour le Mouvement populaire algérien de se doter de représentants. Ce mouvement populaire gagnerait-il a élire comme représentant un tel homme, ou l’un de ses amis, sachant à présent ses affiliations occultées ?

 

Reconnaître les faux amis.

Quand M. X* se proclame partisan et défenseur de la vérité, ne doit-il pas dire toute la vérité et rien d’autre que la vérité ? Et quand il se présente comme défenseur d’un peuple, en l’occurrence le peuple algérien, ne doit-il pas lui donner toutes les informations indispensables sur son itinéraire politique, afin que ce peuple sache totalement à qui il a affaire ?

Écartons un malentendu. M. X* a le droit, en tant que citoyen, de dire tout ce qu’il veut. Mais, ce droit n’exige-t-il pas le devoir d’informer sur son parcours politique réel et complet ? Adolf Hitler est l’un des plus horribles criminels, mais on doit lui reconnaître d’avoir clairement et publiquement déclaré ses buts dans son ouvrage « Mein Kampf ». M. X*, qui se proclame partisan de la vérité, soucieux de la conscience du peuple, démocrate et défenseur du peuple, ne doit-il pas révéler ouvertement ses affiliations et ses buts réels ?… Qui donc est plus dangereux pour le Mouvement populaire, un Ali Belhadj ou M. X* ?

Combien d’auditeurs des vidéos de M. X* reconnaissent dans le portrait esquissé ici M. Mohamed Larbi Zitout ?… Ne comprend-on pas, alors, combien est très sérieuse la difficulté pour le Mouvement populaire de distinguer qui sont réellement les personnes qui déclarent le défendre, le soutenir et lui fournir des indications d’actions ? Et, cela, afin que le Mouvement populaire ne soit pas manipulé à son insu, et accoucher d’une nouvelle oligarchie, laquelle, malgré les apparences, peut être pire que l’actuelle ?… Car, alors, c’est l’existence même de la nation algérienne qui serait en péril, et c’est l’apparition d’une dictature pire qui risquerait de s’instaurer, parce que cléricale, donc par essence totalitaire, mais du totalitarisme le plus abject, car se légitimant par une volonté divine, selon la formule « bî idnî Allah » (Par la volonté de Dieu). Cette formule est très respectable dans la bouche d’un authentique croyant ; mais, désormais, le peuple algérien sait combien cette formule, prononcée par des opportunistes visant à la conquête du pouvoir étatique dictatorial (car pour eux la démocratie est « kofr », blasphème), lui a coûté de sang et de larmes. Le peuple algérien sait qu’un parti politique ou des intervenants dans les réseaux sociaux peuvent user des règles démocratiques pour éliminer la démocratie ainsi qu’une nation pour établir un empire oligarchique.

En passant, signalons un fait. Lors de la prière collective du vendredi 23 novembre, dans une mosquée d’un quartier populaire d’Oran, un assistant raconta à l’auteur de ces lignes que le thème exposé pendant toute l’heure était celui-ci : le libéralisme est contraire à l’Islam... Que vient faire le libéralisme dans un prêche religieux ? En outre, qui dit « libéralisme » n’entend-il pas « démocratie » ?… La question fut posée à celui qui était présent au prêche : « Est-ce que l’imam a employé le mot « démocratie » ? » - « Non. » Que faut-il en conclure ? Et ce discours de l’imam, qui en est l’instigateur : lui-même, la hiérarchie étatique ou une hiérarchie occulte ? Enfin, les fidèles qui écoutèrent cette négation du « libéralisme » au nom de l’Islam, combien d’entre eux participèrent ensuite à la marche hebdomadaire ? Et, parmi eux, combien ont crié en faveur de la démocratie ?

Comment le Mouvement populaire parviendrait-il à distinguer entre ses amis réels et ses faux amis s’il se cantonne dans ses marches hebdomadaires, sans se structurer, de manière autonome, en comités (ou assemblées) locaux, partout sur le territoire ? N’est-ce pas uniquement ainsi que collectivement, démocratiquement et avec le maximum de précautions, les citoyens pourront examiner, débattre, éclaircir puis élire leurs mandataires pour concrétiser les objectifs légitimes du Mouvement populaire ? Durant les marches hebdomadaires, on assiste souvent à des discussions spontanées pour éclaircir les idées et les actions. Bien que nécessaires et bienvenues, ne doivent-elles pas, en dehors des marches, se compléter par des discussions spécialement organisées à cet effet ?

D’autres aspects de la manipulation du Mouvement populaire seront prochainement exposés.

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(1) Voir « Révolte et révolution : assimiler toute l'histoire passée » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/revolte-et-revolution-assimiler-toute-l-histoire-passee.html

(2) Voir https://www.youtube.com/watch?v=Q3k23lqHnu8

(3) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(4) Voir https://www.youtube.com/watch?v=6VazMqyzANw

(5) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(6) La précision est nécessaire, car il existe des sionistes non colonialistes, reconnaissant les droits légitimes du peuple palestinien.

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Publié sur

Algérie Patriotique (01.12.2019) et La Tribune Diplomatique Internationale (02.12.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 19 Décembre 2019

« ÉLITES » ET PEUPLE EN ALGERIE : COMPLÉTER L’INACHEVÉ

Suite à la contribution précédente (1), laissons à d’autres l’examen des forces et faiblesses de l’adversaire de l’intifadha (soulèvement) populaire, pour proposer une évaluation des faiblesses de ce dernier, notamment le rôle joué par la majorité absolue des « personnalités », des dirigeants de partis politiques, des « experts », des universitaires, des intervenants avec des vidéos et, d’une manière générale, des détenteurs d’un savoir intellectuel, sans oublier les inspirateurs et animateurs du Mouvement populaire eux-mêmes, quelque soit leur orientation idéologique.

 

L’inachevé.

Écartons un malentendu : indiquer des faiblesses du Mouvement populaire ne vise pas à le décourager, mais, au contraire, à les éliminer pour le renforcer.

Voici l’Algérie dotée d’un Président de la République, tandis que le Mouvement populaire ne dispose pas de représentants légitimes, et cela au dixième mois de son existence. Voici, à Oran, des manifestants pacifiques matraqués par d’ « étranges » policiers, tandis que les participants du Mouvement populaire en restent stupéfaits et désemparés, ne se proposant pas autre chose qu’une marche protestataire de solidarité. Et voici la majorité des intervenants à propos du Mouvement populaire encore demander, suggérer, conseiller de persévérer uniquement dans les marches hebdomadaires, et de les « renforcer », sans aucun besoin de se doter de manière autonome d’une structuration de base, territoriale, allant de comités (assemblées) de quartier jusqu’à un comité (assemblée) national.

Les motifs avancés de ce déni sont connus : infiltrations, manipulations, division, récupérations, arrestations, d’une part (2) ; d’autre part, est formulé l’espoir que des éléments réellement honnêtes et patriotiques de l’armée interviennent pour satisfaire les revendications du Mouvement populaire. Autrement dit, le salut ne peut venir que d’en « Haut », d’une « élite » et, encore une fois, principalement de l’armée, tout en proclamant « État civil et non militaire ». Quant au peuple, il n’a qu’à continuer ses manifestations hebdomadaires jusqu’à l’intervention de représentants de « élite » qui, seule, est capable d’opérer le changement social voulu par le Mouvement populaire.

Voici ce qu’enseigne l’histoire de tous les mouvements populaires dans le monde, jusqu’à aujourd’hui. Un mouvement populaire non doté de sa propre organisation autonome n’a jamais obtenu la concrétisation de ses revendications fondamentales. Dans le meilleur des cas, il accouche d’une « élite » permettant l’instauration d’un nouveau régime étatique ; cependant, ce dernier ne répond pas aux revendications fondamentales du mouvement populaire, mais d’abord aux intérêts de la caste élitaire dont les nouveaux détenteurs de l’État sont les fonctionnaires et représentants. Qu’on l’admette ou pas, c’est la règle logique du fonctionnement social, partout et toujours… Le Mouvement populaire algérien pourrait-il être l’exception ?… À son dixième mois d’existence, certains osent même déclarer que ce mouvement est plus fort qu’auparavant ! Mais ils ne disent pas quelles en sont les preuves concrètes vérifiables et convaincantes. Une simple écoute de citoyens montre des signes de désillusion, de découragement. Ajoutons la dernière carte jouée par les autorités étatiques : le dialogue que le nouveau Président propose au Mouvement populaire, lequel, encore une fois, n’a pas de représentants authentiques.

Un ami m’a résumé l’histoire algérienne récente par ce mot « inachevé ». La guerre pour l’indépendance produisit la Déclaration du 1er Novembre puis la Charte de la Soummam, mais leurs objectifs restèrent inachevés. Tout ce que les régimes issus de l’indépendance ont accompli, dans tous les domaines, se caractérise par l’inachevé (quand pas par la régression). Et voici un Mouvement populaire qui, à son dixième mois, en reste à des revendications inachevées. En dépit de cela, des voix affirment que le Mouvement populaire ne s’usera pas, tout en reconnaissant que le nouveau Président s’efforcera de trouver les moyens de gagner l’adhésion du peuple. En effet, son premier discours le prouve, et l’on constate les premiers effets : un début de division du peuple entre partisans et hostiles au dialogue, ce qui affaiblit le Mouvement contestataire.

 

Responsabilités.

Le fait que le peuple algérien, à l’unique exception de la période de l’autogestion agricole et industrielle (soigneusement occultée par la majorité des «élites » nationales), ne s’est jamais doté d’une organisation autonome (3), peut-on en rendre responsable uniquement les oligarchies dominantes ? Ce serait stupide car une oligarchie, par nature, ne peut pas assumer un autre rôle que le sien : dominer le peuple en lui interdisant de se doter de sa propre organisation autonome.

Dès lors, qui est responsable de ce manque d’organisation autonome du peuple ?… N’est-ce pas les diverses formes d’élite algérienne ? En effet, n’ont-elles pas toujours et systématiquement fait croire au peuple qu’il ne peut être sauvé que par une élite, selon l’idéologie pratiquée : islamiste (les prétendus représentants de la volonté d’Allah), marxiste (le « Parti d’Avant-Garde »), « libérale » (la « élus » par la « démocratie » capitaliste) ?… Dès lors, faut-il s’étonner que ces diverses élites continuent à dissuader le Mouvement populaire de se doter de sa propre organisation autonome, en invoquant des arguments qui ont, jusqu’à aujourd’hui, montré leur inconsistance pratique ?

Question subsidiaire : peut-on attendre des représentants d’une élite de parler et d’agir autrement que comme élite, à savoir : « Peuple, tu es incapable de te prendre en charge ! Tu ne peux être sauvé que par une élite ! » ?… N’est-ce pas là l’explication de la solitude du peuple en matière de programme et de structure propres ? En effet, d’un coté l’oligarchie dominante et, de l’autre, les diverses formes d’ « élite » conditionnent le peuple à ne croire qu’en ces deux entités comme solutions de ses problèmes, le réduisant à une simple masse de manœuvre pour satisfaire l’intérêt d’une part de l’oligarchie, et, d’autre part, de la caste élitaire, intérêt présenté comme celui du peuple.

 

Social-fiction.

Imaginons qu’avant ou dès le surgissement du Mouvement populaire, les membres de l’élite auraient mis l’accent sur la nécessité des participants au Mouvement de se doter d’une organisation autonome afin de dégager un programme commun (en sachant dépasser leurs divergences idéologiques) et d’élire des représentants légitimes sur mandat impératif (lequel écarte toute possibilité d’infiltration, de manipulation et de trahison), est-ce que ce Mouvement populaire en serait encore, au dixième mois, à ce qu’il est actuellement ? C’est-à-dire à lutter contre les désillusions, les découragements, les premiers signes de remise en question et d’éloignement de « leaders spontanés » du Mouvement, et, enfin, d’apparition d’une partie des participants aux marches qui sont favorables au « dialogue » proposé ?

Alors, certains demandent au Mouvement populaire de continuer ses promenades hebdomadaires pour encore « augmenter la pression » jusqu’à ce que le « régime » cède. D’autres proposent de la désobéissance civile et des grèves paralysantes, sans estimer que ce genre d’actions exige une structuration solide. D’autres encore proposent comme représentants du Mouvement populaires des « personnalités » emprisonnées, sans se soucier que ce mode de nomination n’a rien de démocratique. Mais très peu (4) estiment que le temps est venu pour les participants au Mouvement populaire de se doter d’une structure territoriale constituée par des comités (assemblées) de quartier pour discuter et décider démocratiquement d’un programme commun, et élire des représentants légitimes sur mandat impératif.

L’auteur de ces lignes fait confiance dans les capacités du peuple à s’organiser de manière autonome et démocratique, à condition d’y porter la contribution (et non la direction) des personnes compétentes en la matière, lesquelles se trouvent au sein du peuple.

Quand aux membres des diverses élites qui n’y croient pas, la question à poser est la suivante, sans aucun but polémique mais uniquement pour comprendre : malgré vos connaissances, ignorez-vous les leçons de l’histoire sociale, non pas celle des vainqueurs mais des vaincus, et, parmi ces derniers, non pas l’histoire dominante mais celle occultée ? Cette ignorance a-t-elle comme cause votre conditionnement-aliénation, conscient ou inconscient, par des privilèges d’élite ? Ce comportement n’influe-t-il pas négativement sur votre appréciation concernant le Mouvement populaire ? Ce dernier ne doit-il pas en prendre clairement conscience, et, donc, agir en conséquence, autrement dit compte sur ses propres forces (en y incluant vos contributions dans ce sens) et s’auto-structurer territorialement ? N’est-ce pas l’unique manière pour ne pas rester à l’inachevé ? (5)

_____

(1) http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/12/les-conditions-pour-une-victoire-u-mouvement-populaire-algerien.html

(2) La réfutation de ces arguments se trouve dans diverses précédentes contributions. Voir http://kadour-naimi.over-blog.com/

(3) Les syndicats concerne uniquement les travailleurs.

(4) Voir des commentaires de quelques facebookeurs et « L’idée n’est pas rejetée à Constantine : Vers une structuration du mouvement populaire », https://www.elwatan.com/edition/actualite/lidee-nest-pas-rejetee-a-constantine-vers-une-structuration-du-mouvement-populaire-15-12-2019

(5) La prochaine contribution examinera la problématique de la structuration effective du Mouvement populaire.

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Publié sur Algérie Patriotique (18.12.2019) et La Tribune Diplomatique Internationale  (18.12.2019).

 

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Rédigé par Kadour Naimi

Publié dans #AUTOGESTION, #PEUPLE-DEMOCRATIE

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Publié le 15 Décembre 2019

Les conditions pour une victoire u Mouvement populaire algérien

Vingt-quatre siècles auparavant, un stratège chinois, Zun Tse, rédigea un court mais très précieux essai intitulé « L’art de la guerre » (1). Il énonçait les règles de la défaite et de la victoire. L’une de ces règles est la suivante : connaître non seulement les faiblesses de l’adversaire, mais également ses forces, et connaître non seulement les propres forces mais également les propres faiblesses. Si l’une de ces conditions manque à la connaissance, l’action risque d’échouer.

Venons en donc à l’intifadha (soulèvement) populaire algérienne actuelle.

Ne constate-t-on pas que la connaissance de ses propres forces est proclamée (parfois même en les exagérant, en prenant ses désirs pour des réalités), mais pas ses faiblesses ou pas suffisamment (parfois même en refusant de les voir et de les admettre) ?… Une objection affirme : mettre l’accent sur les faiblesses du Mouvement populaire risque de le décourager. C’est vrai. Mais parler uniquement de ses forces en occultant ses faiblesses, n’est-ce pas un risque plus grand de voir le Mouvement populaire échouer ?

En reflet à cette évaluation de l’intifadha populaire, voyons celle relative à l’adversaire de ce Mouvement. Ne constate-t-on pas qu’à son sujet, l’accent est mis sur ses faiblesses (jusqu’à les exagérer), mais pas sur ses forces (jusqu’à les sous-estimer) ?… En effet, depuis le 22 février 2019, date du surgissement de l’intifadha populaire, ses partisans ne cessent d’annoncer sa capacité de faire écrouler dans les prochains jours l’oligarchie régnante, alors qu’elle est encore à son poste, et même semble se renforcer institutionnellement avec son « Président »… Cet optimisme non confirmé par la réalité ne risque-t-il pas de se transformer en pessimisme réel, décourageant les participants aux marches populaires ?

Dès lors, pour contribuer au succès de l’intifadha populaire, n’est-il pas indispensable, vital, très urgent d’examiner et de connaître suffisamment tous les aspects du problème, sans en exclure aucun, tels qu’exposés par Zun Tse ?… C’est ce que l’auteur de ces lignes s’est efforcé à considérer, dès le début (2), et continuera à considérer.

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(1) Cet ouvrage est étudié dans toutes les académies militaires du monde, dignes de ce nom, y compris aux États-Unis. Librement accessible ici : https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_de_la_guerre

(2) Voir http://kadour-naimi.over-blog.com/

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Publié sur

Algérie Patriotique (14.12.2019) et La Tribune Diplomatique Internationale (14.12.2019).

 

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 11 Décembre 2019

Vote symbolique à Melun - France. D.R.

Vote symbolique à Melun - France. D.R.

Des vidéos ont permis de constater le comportement de nos compatriotes à l’étranger. À Marseille, ils ont déposé un bac à ordure comme symbole de refus de participer au vote décidé par l’autorité étatique (1).

Par contre, à New York (2), des Algériens ont organisé un vote alternatif. Sur le trottoir du consulat d’Algérie, ils votaient des candidats choisis par eux, de manière ouverte, en déposant leur bulletin dans une urne de verre. À Berlin, ils ont également organisé un vote symbolique, organisé librement par des compatriotes (3).

Quelle leçon en tirer ?… Que l’action positive de New York et de Berlin est infiniment plus significative et plus efficace que la réaction négative de Marseille. Dès lors, en Algérie, quelle serait le comportement le plus indiqué : rester chez soi et ignorer les bureaux de vote, ou, plutôt, organiser un vote parallèle libre devant les bureaux officiels ? Et cela, bien entendu, de manière pacifique, ordonnée, dans le respect des personnes choisissant d’aller voter dans les locaux officiels, car l’empêchement physique risquerait d’être, d’une part, réprimé par l’autorité étatique, et, d’autre part, réprouvé par des citoyens partisans de l’application de la règle démocratique pour une minorité.

Ajoutons dans le cas d’organisation d’un vote symbolique, les vidéos filmés par les citoyens montreront le nombre de ceux entrant dans les locaux officiels pour voter et de ceux qui choisiront leurs candidats à la vue de tous, de manière symbolique. En outre, on ne dira pas que les citoyens contraires au vote officiel ont eu tort parce qu’ils n’ont pas voté, car ils montreront, au contraire, qu’ils ont accompli leur devoir civique, mais à leur manière. Il est vrai qu’il est plus facile, matériellement et intellectuellement, de réagir négativement par un refus que d’agir positivement par une proposition. Mais laquelle des deux actions est la plus significative et la plus efficace ?

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(1) https://www.algeriepatriotique.com/2019/12/09/deux-votes-hautement-symboliques-des-algeriens-a-marseille-et-new-york/

(2) https://web.facebook.com/110958330283344/videos/1007461962971177/?v=1007461962971177&external_log_id=00315ec6377786aa3defa7cbc86700ad&q=voe%20alg%C3%A9riens%20new%20york

(3) https://www.facebook.com/100005177103347/posts/1316248991890992/? Dans des contributions précédentes, l’auteur de ces lignes avait déjà proposé l’auto-organisation par les citoyens d’un vote alternatif à celui officiel.

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Publié sur Algérie Patriotique (10.12.2019) et sur La Tribune Diplomatique Internationale (10.12.2019).

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 8 Décembre 2019

Des capacités du Mouvement populaire algérien

Oui, l’actuel Mouvement populaire algérien manifeste d’admirables qualités : peur de l’oligarchie étatique vaincue, engagement, disponibilité, liberté, égalité et solidarité manifestes, réconciliation des Algériens au-delà de leurs divergences idéologiques (1), organisation, pacifisme, durée…

Mais, est-il correct d’en rester aux aspects positifs sans se préoccuper de ceux négatifs ?

 

Le négatif du positif.

Considérons l’organisation. Tout indique qu’elle ne fut pas une initiative populaire spontanée, et jusqu’à présent pas de preuve convaincante du ou des auteurs de ce surgissement le même jour, dans toutes les localités importantes du pays, avec quasi des slogans identiques, de manière pacifique et souriante… Certes, le peuple des manifestants a dépassé le ou les objectifs limités des agents organisateurs des marches hebdomadaires… Pourquoi objectifs limités ?… Tout simplement parce que ces organisateurs occultes ont veillé et veillent encore à ce que les citoyens ne se dotent pas d’une structure autonome leur permettant de gérer eux-mêmes leur mouvement.

Considérons à présent la durée de ce Mouvement populaire. N’est-ce pas étrange qu’il marche hebdomadairement durant dix mois, sans jamais songer, - sinon par de très minoritaires voix -, à compléter ses démonstrations hebdomadaires publiques par une structure en comités (ou assemblées) sur le territoire, de manière à débattre démocratiquement de la pertinence de ses slogans, de sa méthode de contestation et de sa stratégie ? Et, notamment, pour comprendre quels sont la pertinence et les objectifs de tous ces « experts » et « personnalités » qui ne voient la réussite du Mouvement populaire uniquement dans des actions venant d’en « haut » : pour les laïcs, la composante patriotique de l’État-major de l’armée, un groupe de « personnalités » politiques ou d’intellectuels non compromis avec l’oligarchie régnante ; et pour les religieux, la « Volonté d’Allah ».

Le bizarre dans tout cela c’est que tous ces « experts » expriment les plus dithyrambiques louanges au Mouvement populaire, pour son « intelligence ». Sans poser la question subséquente : si les participants aux marches hebdomadaires ont l’intelligence qu’on leur accorde, pour quel motif ces participants croient que leurs seules marches hebdomadaires réussiront à changer le système social dans l’intérêt du peuple, alors que depuis neuf mois, ces marches demeurent vaines ?

En effet, voici les résultats constatables : d’un coté, l’élimination d’une composante de l’oligarchie (issâba), mais ce fait n’a pas profité au peuple, mais à la composante étatique qui subsiste ; de l’autre coté, des actions de cette dernière pour limiter (par une répression calibrée) et neutraliser (par des élections présidentielles) le Mouvement populaire… Malgré ces faits, les « experts » et les « influenceurs » fabricants d’ « opinion » dans les réseaux sociaux, notamment dans les vidéos, continuent à déclarer la même ritournelle : qu’il suffit de prolonger les marches hebdomadaires parce qu’elles finiraient, par leur pression, à éliminer ce qui subsiste de l’oligarchie, notamment en stimulant des groupes d’éléments du « haut » de la hiérarchie sociale (résidant en Algérie et/ou de l’ « opposition » à l’étranger) pour intervenir et concrétiser les objectifs du peuple contestataire. Ainsi, voici encore les « icônes » de « salvateurs », dont l’ego se gonfle d’aise (on le constate au comportement et au « verbe haut ») par l’étalage du nombre de « like » et d’ « abonnés », ainsi que, parfois, par l’exhibition de leurs portraits brandis lors des marches hebdomadaires par des citoyens conditionnés non pas à faire confiance à leur capacité auto-émancipatrice mais à croire à un « Sauveur Suprême », un berger pour un troupeau.

Que conclure logiquement de ce choix ?… Que le peuple des marcheurs hebdomadaires, aussi intelligent qu’il soit, ne l’est pas assez jusqu’à se charger lui-même de la réalisation de ses objectifs par son auto-structuration en comités (assemblées). Bref, que le peuple des manifestants demeure un enfant ayant besoin d’un « père » salvateur. Comment comprendre ce fait sinon que la mentalité autoritaire hiérarchique, typiquement élitiste, demeure dominante en Algérie ? Certes, elle se considère « réaliste », « pragmatique », tout en osant, parfois, se proclamer « radicale ». Où est la logique dans ce comportement, celle qui se base sur les faits concrets observés dans le Mouvement populaire ?… Osons l’affirmation : la majorité de l’ « élite » intellectuelle algérienne (comme dans le monde) produit des idées pour son propre compte, celui d’une caste privilégiée, où le peuple demeure une masse de manœuvre et de profit personnel. Dans le passé, quelqu’un avait démasqué les « pharisiens hypocrites ». Ces derniers manipulèrent la foule (le peuple) qui condamna à mort cet homme qui ne fréquentait que les opprimés, en espérant les « sauver ».

 

Dénoncer, oui, mais énoncer ?

Il est cependant vrai qu’une partie des marcheurs hebdomadaires se contentent d’attendre de la part d’ « experts » et de « personnalités » politiques la concrétisation des revendications populaires. À ce sujet, deux observations. D’une part, on ne dispose pas de données précises pour évaluer l’importance numérique de cette composante, de mentalité dépendante, du Mouvement populaire. D’autre part, cette même composante est-elle consciente d’un fait : la contradiction entre sa revendication d’éliminer toute l’oligarchie dominante (« Yatnahaou ga’ ! » (Qu’ils dégagent tous !) et la confiance qu’elle accorde à des « sauveurs » socio-économiquement étrangers au peuple exploité ?

Il est également vrai qu’on trouve des vidéos où des Algériens, femmes et hommes, jeunes et vieux dénoncent avec une merveilleuse véhémence et une splendide conscience les méfaits et crimes de l’oligarchie, et cela depuis l’indépendance. Hélas !, ces interventions savent uniquement dénoncer ce qu’il faut éliminer, mais pas énoncer ce qu’il faut édifier, et surtout pas comment y parvenir, autrement dit par une auto-structuration du Mouvement populaire. Certains font l’éloge des « ressources intellectuelles, politiques et humaines » de ce Mouvement. Pourquoi ne se manifestent-elles pas de la meilleure et plus efficace manière : en s’auto-structurant sous forme de comités et d’assemblées territoriales aux niveaux local, régional et national ?… À qui la faute sinon à l’ « élite » intellectuelle algérienne ? Pour dénier au peuple l’autogestion de son action sociale, cette « élite » évoque tous les arguments, sans aucune preuve logique et convaincante, en se parant de son statut d’ « intelligentzia » diplômée d’universités plus ou moins prestigieuses. Pourtant, le peuple sait qu’ « être instruit n’implique pas nécessairement d’être intelligent ». Pour l’être il faut sortir de la confortable « tour d’ivoire », descendre de son prétoire académique puis aller sur le terrain poussiéreux et nauséabond sans se gêner de la sueur du peuple.

 

Observations de citoyens.

« La main mise des spécialistes, des politiques et des experts sur la chose publique entrave les capacités et intimide le commun des gens. » (2)

« Je suis totalement d’accord avec toi sur le nécessité du hirak de se structurer, d’élaborer des idées et de pratiquer la démocratie directe, face notamment à la faillite intellectuelle et morale, ou simplement la démission de l’élite de ce pays. Mais comment peut-on le faire dans un climat de répression généralisée où on se fait emprisonner pour un dessin, une pancarte ou un post Facebook? Tous les espaces démocratiques qui tentent de se former deviennent systématiquement la cible du pouvoir. Pour une bonne partie de la population, la seule alternative actuelle est de se fondre dans la masse du vendredi. » (3)

Réponse : Puisque tout le monde fait l'éloge de l'intelligence des participants aux marches hebdomadaires, qui ont su marcher de manière pacifique, unie et organisée, à ces mèmes personnes de trouver le moyen de se structurer en trouvant des solutions aux obstacles. Souvenons-nous : les manifestations de rue étaient interdites avant le 22 février, et, pourtant, les citoyens ont trouvé le moyen de les organiser. Alors, il faut faire travailler l'intelligence et la créativité du peuple.

« Je trouve que le texte (4) est une réflexion sérieuse sur le hirak révolutionnaire. Mais dire (l'éternelle théorie de la théorie du complot) que le mouvement de protestation est le fruit de manœuvres occultes concoctées par des forces X ne résiste pas à un examen sérieux du processus révolutionnaire en cours. Le fait même que le mouvement révolutionnaire n'a pas de structure politique d'organisation plaide pour un Hirak débordant manifestement toutes les tentatives de manipulation et d'orientation par des forces agissant en coulisse. Le processus révolutionnaire est toujours en cours, il est encore massif et constant. Il est donc encore ouvert et des formes d'auto organisations horizontales peuvent surgir de ce grand mouvement polymorphe. l'essentiel, je trouve, est l'expérience originale et inédite que font des millions de citoyens à travers leur pratique révolutionnaire et qui sont des sources fécondes et inépuisables d'apprentissage de la lutte politique. Ayant confiance encore aux forces qui luttent pour une autre Algérie tout en conservant la lucidité des choses par une critique permanente et constructive du phénomène lui même mais tout en avouant qu'il faudrait rester modeste dans toutes nos théories. En tout cas il faut continuer à débattre intensivement et donc merci pour cette contribution. »

L’auteur de ces lignes éprouve une crainte immense de voir ce merveilleux Mouvement populaire se réduire à un immense défoulement cathartique de masse qui n’aboutirait qu’au remplacement d’une oligarchie par une autre, moins prédatrice et cruelle, mais néanmoins oligarchie.

 

Urgence vitale du débat sur l’auto-structuration.

Si un géographe qui dresse une carte fausse à des navigateurs est un criminel (5), que penser des « experts » qui indiquent au peuple des solutions qui l’empêchent de gérer lui-même ses actions en se dotant d’une auto-structuration territoriale, lui permettant de disposer de ses propres représentants, démocratiquement élus ?… Oui, il faut débattre de ce problème, pas uniquement durant les marches hebdomadaires, mais en trouvant des solutions appropriées, sous forme de comités ou d’assemblées territoriales, en s’affranchissant des interdictions étatiques de réunions. Pour cela, que l’intelligence des marcheurs hebdomadaires trouve la solution, autrement elle donnerait raison aux « experts » en tout genre qui comptent uniquement sur des actions d’en « haut » pour concrétiser les revendications du peuple. Quoique, depuis toujours et dans le monde entier, on observe les résultats de ce genre de « révolutions », qui ne sont jamais dans l’intérêt réel du peuple, mais d’une nouvelle caste dominante. Aux participants au Mouvement populaire, donc, s’ils ne veulent pas être les dindons de manipulations diverses proclamées dans « leur intérêt », de prouver l’importance de leur intelligence en matière d’action sociale. « Hnâ ibâne a ssàh ! » (Ici se révélera la vérité !). Ce peuple qui a, certes, vaincu sa peur de manifester publiquement et a su agir collectivement dans ses marches hebdomadaires, ce peuple ne doit-il pas, désormais, surmonter sa peur d’auto-gérer collectivement son propre Mouvement ? (6) Pour y parvenir, ce peuple ne doit-il pas finir par reconnaître ses faux amis, - nombreux, de diverses formes, laïques et religieuses, « experts » et charlatans manipulateurs -, qui le dissuadent de se doter de manière autonome de sa propre structure ? Sans cette conscience vivace, quelles sont les garanties convaincantes que le Mouvement populaire algérien ne finira pas comme tous les mouvements populaires, sans aucune exception, toujours et dans le monde entier ? Ils n’ont été qu’une masse servant à l’installation d’une inédite caste, « libérale », « marxiste » ou cléricale, mais cependant s’arrogeant des privilèges par une gestion élitiste de la force de travail du peuple et des ressources naturelles de sa nation ? Est-ce là l’objectif de l’intifadha populaire algérienne ? Sinon, comment se préserve-t-elle contre ce risque ?

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(1) Quoique… Voir « Divergences idéologiques et structuration du mouvement populaire algérien » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/divergences-ideologiques-et-structuration-du-mouvement-populaire-algerien.html

(2) Salah Trifi commentant l’article « Structure ou pas de l’intifadha populaire », in https://web.facebook.com/kadour.naimi.5

(3) Mejdi Kaddour commentant l’article « Divergences idéologiques
et structuration du mouvement populaire en Algérie
» in
https://web.facebook.com/kadour.naimi.5

(4) Lamri Lakrache commentant l’article « Qui gère l’intifadha populaire ? » in https://web.facebook.com/kadour.naimi.5/posts/148518916483775?comment_id=148574769811523

(5) Expression d’Élisée Reclus, géographe et militant de la Commune de Paris de 1870.

(6) L’auteur de ces lignes ne cesse d’évoquer ce problème, depuis le surgissement du Mouvement populaire. Voir l’ouvrage « Sur l’intifadha populaire en Algérie 2019 », librement accessible ici : https://www.editionselectronslibres-edizionielettroniliberi-maddah.com/ell-francais-sociologie-oeuvres-sur-intifadha-algerie-2019.html

 

Publié sur

Algérie Patriotique (82.12.2019) parties et sur La Tribune Diplomatique Internationale (08.12.2019).

 

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Rédigé par Kadour Naimi

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Publié le 3 Décembre 2019

Pour sa survie, le Mouvement populaire doit se structurer en comités ou assemblées.

Pour sa survie, le Mouvement populaire doit se structurer en comités ou assemblées.

Dans une contribution précédente (1), il fut question du risque d’infiltration de l’intifadha populaire en vue de sa manipulation. Mais un seul agent fut considéré : l’élément étatique. Hélas ! Il faut en signaler d’autres, bien plus insidieux, parce que moins évidents. Commençons par l’islamisme politique. Faut-il préciser que cette expression ne désigne pas l’Islam en tant que religion, mais uniquement sa manipulation pour servir une politique de conditionnement d’un peuple musulman, dans le but de conquérir le pouvoir étatique, pour établir une oligarchie de forme cléricale, avec le soutien d’une oligarchie étrangère ? Ce texte se propose de démontrer que l’islamisme politique passé, ouvertement anti-démocratique (usant la règle démocratique pour éliminer la démocratie) et violent, se présente aujourd’hui avec le masque de la démocratie et du pacifisme (« Salmyâ »), mais le but ultime demeure identique.

 

Surgissement.

Considérons le surgissement de l’intifadha populaire. Que sa première manifestation fut déclenchée dans toutes les villes du territoire nationale, que toutes les marches furent très bien organisées, sans aucun incident, avec des slogans semblables, ces constatations montrent que cette première action fut certainement le produit d’auteurs qui demeurent jusqu’à aujourd’hui inconnus. Toutefois, sans preuves concrètes vérifiables, les uns affirment que les agents organisateurs de la manifestation du 22 février 2019 furent le général Toufik et son réseau pour se débarrasser du chef d’État-major ; à l’opposé, d’autres accusent ce dernier et son entourage d’être les auteurs, dans le but de mettre fin à la présidence de Abdelaziz Bouteflika. Passons.

 

Absence de structuration autonome.

Par la suite, durant les huit mois de manifestations populaires hebdomadaires, on constate la même efficience dans l’organisation des marches hebdomadaires : absolument pacifiques, avec des slogans principaux semblables sur tout le territoire national, répondant aux événements qui se succédaient. N’ayons pas la naïveté de croire que tout cela fut le résultat uniquement d’un fameux réseau social, comme certains l’affirment, sans preuve vérifiable.

Toutefois, quand des « personnalités » ou des partis politiques tentèrent de prendre la direction de l’intifadha populaire, ou de parler en son nom, ces tentatives échouèrent. Ce refus fut-il un phénomène spontané des manifestants, ou, au contraire, téléguidé ?… Pas de preuve pour répondre de manière sérieuse.

Autre observation : l’intifadha populaire n’a jamais produit par elle-même une auto-organisation sous forme de comités locaux, permettant aux citoyens de se rencontrer, d’échanger leurs opinions, de discuter, de prendre des décisions en ce qui concerne les formes de développement du Mouvement pour concrétiser ses buts… De cette observation, serait-il erroné d’en tirer cette conclusion : que les auteurs occultes du mouvement populaire n’avaient pas intérêt à voir les citoyens prendre en charge eux-mêmes leurs actions ?… Si tel est le cas, alors, le Mouvement populaire non seulement fut mais demeure manipulé. Dans quel but fondamental, servant quels intérêts concrets précis ?

 

Cocktail attrayant.

L’observation des marches hebdomadaires, et celle de certaines interventions sur les réseaux sociaux montre que l’intifadha populaire est l’objet de manipulations diverses, soigneusement occultés aux citoyens ordinaires, parce que le but est d’utiliser le Mouvement populaire uniquement comme masse de manœuvre pour satisfaire des intérêts d’oligarchies existantes ou visant à les remplacer comme oligarchies nouvelles. Examinons un premier cas.

L’auteur de ces lignes a suivi attentivement les interventions sur les réseaux de celui qu’on appellera pour l’instant M. X*. Il y occupe une place non négligeable. Pour deux motifs. D’une part, les critiques de M. X* contre le système social dominant, et son soutien au Mouvement populaire semblent dictés par un légitime et noble souci de démocratie et de sauvegarde de l’indépendance nationale. D’autre part, M. X* joue sur un terrain qui lui est très favorable : son vocabulaire islamiste instrumentalise adroitement la foi religieuse du peuple algérien. En outre, M. X* recourt à une langue arabe qui a l’air moderne, mais dont la substance est semblable aux prêches des idéologues islamistes intégristes. Enfin, les déclarations de M. X* concernant des censures ou tentatives de censure, rendent le personnage plus sympathique et intéressant. Voilà le cocktail qui rend le personnage attrayant, au point de voir son portrait parfois exhibé lors des marches populaires, et proposé sur des réseaux sociaux dans une liste d’éventuels représentants du Mouvement populaire.

 

Principe de précaution.

Mais, si l’on a comme principe de précaution de se poser des questions au sujet des personnages publics, on s’oblige à comprendre le motif réel de leurs déclarations, surtout quand celles-ci ont une certaine influence sur le public, notamment sur les opprimées d’un système social.

Première question. Quelle est la provenance de l’argent de M. X* pour vivre et effectuer ses nombreux voyages à l’étranger ? Car, visiblement, ses vêtements, les lieux d’où il envoie ses vidéos, et les voyages personnels qu’il évoque montrent une aisance certaine. M. X* a-t-il fourni à ses auditeurs des informations à ce sujet ? Personnellement, je ne les ai pas trouvées. S’il ne les a pas fournies, croit-il que ces informations seraient inutiles ?… Cette hypothèse est à écarter, car M. X*, à juste titre, dénonce les personnalités algériennes qui vivent avec de l’argent obtenu de manière illégitime. Dès lors, par cohérence, M. X* ne devrait-il pas, dans son cas personnel, fournir les preuves concrètes de la provenance de l’argent dont il vit ?

Deuxième question. Le recours systématique à la formule « bî idnî Allah » (Selon la volonté de Dieu). Bien entendu, son emploi est légitime et compréhensible de la part d’un musulman, mais l’insistance sur cet emploi oblige à se demander : s’agissant de discours éminemment politique, n’est-ce pas là une manière insidieuse d’introduire l’élément religieux, alors qu’on sait combien il fut funeste dans les années 1980 et par la suite ?… Ce qui porte à vouloir savoir quel fut l’itinéraire politique de M. X* depuis qu’il s’active dans le domaine social. M. X* a évoqué dans ses vidéos la partie formative et officielle, publique, notamment celle qu’il appelle « diplomatique ». Mais, n’a-t-il pas eu d’autres implications, notamment à l’époque où Kasdi Merbah était le chef de la Sécurité Militaire, comme un intervenant vidéo le déclare ?

Troisième question. Une certaine véhémence dans la dénonciation (légitime) des méfaits du pouvoir dominant actuellement en Algérie. Cette véhémence manifeste trop de rhétorique recourant à l’émotionnel. De la part d’une personne se déclarant diplomate, proposant de recourir au raisonnement objectif et pondéré, et assis devant une bibliothèque de livres, cette rhétorique et cette véhémence émotionnelle sont-elles de mise, surtout quand on se rappelle que cette méthode oratoire fut celle, par exemple, d’un Adolf Hitler, lequel en exposa les motifs dans son livre « Mein Kampf » (Mon combat) ?

Quatrième question. M. X* évoqua dans une vidéo ses fréquents voyages en Turquie, en faisant l’éloge des « progrès » économiques et sociaux réalisés dans ce pays… Mais pas un seul mot sur l’oligarchie qui domine le pays, sur l’aspect dictatorial de son président Erdogan, et sur les engagements politiques internes et externes de ce chef d’État… N’est-ce pas curieux quand on entend M. X* pourfendre (à juste titre) l’oligarchie algérienne, sa dictature ainsi que ses actions internes et internationales ?.. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?… Qu’en est-il, alors, de l’objectivité et de la cohérence proclamées par M. X*, soulignées, régulièrement par des sourates du Coran ou des préceptes du Prophète de l’Islam ? Ce recours systématique à la religion est-il vraiment innocent, de bonne foi, quand on sait le degré de religiosité du peuple algérien ?

Ces questions imposaient la nécessité de savoir qui est donc, réellement, M. X*.

 

Investigation.

En inscrivant ses nom et prénom sur un moteur de recherche d’internet, on trouve les pages des réseaux sociaux où il intervient, mais, sur Wikipédia, on trouve une biographie, très courte, uniquement en anglais et en arabe. On trouve également un site web de M. X*, visité voici quelques jours. L’on y remarque un article concernant Abdehamid Ben Badis et le slogan « Daoula madaniyâ, machi ‘askariyâ » (État civil et non militaire). Voilà deux thèmes, surtout le second, présents dans l’actuel Mouvement populaire algérien.

Poursuivant la recherche, le hasard fait découvrir que M. X* avait des relations avec la chaîne de télévision « Al Magharibiya », dont on apprend les rapports étroits avec l’ex FIS (Front Islamique du Salut) algérien, et des États du Moyen-Orient.

Des recherches plus approfondis sur internet, et notamment l’écoute de vidéos de divers intervenants algériens, en particulier de l’un d’entre eux (Rafaa156 JZR) fournissent d’autres informations.

M. X* est membre de « Rachad ». Sur Wikipédia, elle se présente ainsi : « Cette organisation œuvre pour que la société algérienne prenne son destin en main et fonder un régime démocratique incluant toutes les sensibilités idéologiques sans exclusion aucune. » Cette déclaration semble tout-à-fait en phase avec l’objectif démocratique de l’actuel mouvement populaire algérien… On lit, cependant, également, que cette organisation « a été fondé en 2007 par un groupe de hauts cadres algériens vivants à l'étranger et n'acceptant point les pratiques tyranniques et criminelles des quelques généraux putschistes et à leur tête le général sanguinaire Khaled Nezzar. » Mais pourquoi ne sont pas évoqués, du même coup, « les pratiques tyranniques et criminelles » des Islamistes en Algérie, avec « à leur tête » des chefs « sanguinaires » ? Encore une fois, n’est-on pas en présence de la tactique de deux poids, deux mesures ?

Pour trouver une réponse à cette question, il faut poursuivre les recherches. À propos de « Rachad » (2), on fait deux découvertes. La première est que l’un de ses membres est M. Mourad Dhina. Il faisait partie de l’ex-FIS, et, en tant que tel, on trouve une vidéo à ce sujet. Interrogé par un journaliste européen, lui demandant ce qu’il pense de l’assassinat par des terroristes islamistes d’intellectuels et journalistes algériens (environ 130) qui s’opposaient au terrorisme islamiste, M. Dhina répondit tranquillement que ces derniers méritaient leur sort, autrement dit si l’on conteste le terrorisme islamiste uniquement par la plume, ce dernier a le droit de punir ses contestataires par la mort.

Seconde découverte : « Rachad » fait partie de l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma » (Congrès de la Oumma). Cette dernière est soutenue par le président turc Erdogan. Ce fait n’éclaire-t-il pas le motif des louanges, ci-dessus évoquées, de M. X* à l’avantage des « progrès » de la Turquie ?

Allons plus loin. Erdogan fait partie de l’organisation des « Frères Musulmans ». Cette dernière fut créée par le MI6, service secret britannique, lequel fut à l’origine de la création de l’oligarchie saoudienne en Arabie. En outre, le président Erdogan, dont le pays a une ambassade de l’État israélien, s’est rendu plus d’une fois en Israël où il a rencontré ses dirigeants, sans se soucier nullement de la tragédie coloniale des musulmans palestiniens. Pourtant, Erdogan se proclame musulman. Est-ce cohérent ?… Ajoutons que la Turquie fait partie du pacte militaire impérialiste dénommé OTAN. Et encore : le président Erdogan a également fourni le soutien logistique aux diverses organisations terroristes qui sont intervenu en Libye, au Irak et en Syrie, avec les résultats connus : la destruction de ces États-nations… Comment, dès lors, expliquer les proclamations de l’organisation algérienne « Rachad » pour la « démocratie », et ses relations avec l’organisation internationaliste islamiste « Mou’tamar al oumma », le président Erdogan et les terroristes islamistes ?… Parce que ces derniers se déclarent des « libérateurs » combattant contre la dictature de Bachar Al Assad, pour installer la chariâ ?… Mais, alors, cette chariâ  n’est-elle pas une forme cléricale de dictature, d’une part, et, d’autre part, comment expliquer les massacres de civils, quelque soit l’âge et le sexe ? Comment expliquer l’intervention de forces étrangères (françaises, anglaises et états-uniennes) en soutien des organisations islamistes combattant en Syrie et en Libye ?

En poursuivant les recherches sur internet, on trouve une vidéo. M. X* y justifie l’intervention des armées néo-colonialistes étrangères, et même celle du sioniste colonialiste Bernard Henry-Levi contre le peuple libyen, avec le prétexte de mettre fin à la dictature et d’apporter la démocratie. En outre, suite à l’agression des armées franco-anglaises contre la Libye, M. X* et d’autres de ses amis débarquèrent dans le pays, alors qu’avait été instaurée la « no fly zone » ? Qui donc les a autorisés à atterrir et pour quel motif ? (3) Enfin, l’on constate le résultat : la destruction de la nation libyenne et sa balkanisation au profit d’organisations terroristes se revendiquant de l’Islam, et de multinationales pompant le pétrole. Et cela en attendant le tour de… l’Algérie, la nation d’origine de M. X*.

Quant à l’ami de M. X*, dans l’organisation islamique « Rachad », M. Mourad Dhina (4), celui-ci, actuellement, dénonce le haut commandement de l’armée algérienne, en précisant que lui, M. Dhina, respecte l’armée en tant que telle. Ainsi, il partage l’opinion du Mouvement populaire proclamant « Djaïch, chaâb, khawâ khawâ » (Armée, peuple, frères). Mais, quelques années auparavant, le même M. Dhina déclara que l’armée algérienne, en tant que telle, considérée dans son ensemble, ne vaut rien, et, pour le démontrer, il la compara à une armée très performante, en donnant un seul exemple, l’armée… d’Israël, l’État colonialiste, affirmant que c’est pour « sa défense ». N’y a-t-il donc pas d’autres armées comme exemples ? Et « défense » d’Israël contre qui ?… Évidemment contre les méchants Palestiniens, car Israël est allié désormais avec les pays prétendument musulmans que sont l’Arabie saoudite, Qatar, les Émirats et la Turquie. Dès lors, peut-on croire à l’affirmation de « Rachad », sur son site, déclarant son auto-financement et son autonomie logistique ?… Ajoutons que le peuple palestinien non seulement combat le colonialisme israélien pour obtenir son droit à une patrie (comme, auparavant, les Algériens, les Vietnamiens et autres peuples), mais ce peuple palestinien est en majorité de religion musulmane. Et M. Dhina proclame fièrement sa foi « musulmane ». Comment, alors, expliquer que celle-ci ne se préoccupe pas des musulmans palestiniens, soumis aux atrocités coloniales israéliennes, mais, au contraire, vante l’armée d’Israël pour sa « défense » ?… Dès lors, serait-ce une diffamation de répondre que l’« Islam » de M. Dhina coïncide avec les intérêts du colonialisme israélien ?… Par conséquent, de quel Islam s’agit-il ? Et quand un tel homme proclame actuellement son « soutien » à l’intifadha populaire algérienne actuelle pour ses droits démocratiques, que faut-il en penser ?

Dernièrement, l’organisation « Rachad », par la voix d’un nouveau et plutôt jeune représentant, habillé à l’occidentale, déclare ne plus se référer à l’idéologie islamiste, mais à la… démocratie. On le comprend : qu’un membre de cette organisation aille dire aux marcheurs hebdomadaires « Dawlâ islâmiyâ, dimocratiyâ kofr » (Etat islamique, démocratie [est un]blasphème ! ), et il constatera la réaction du peuple. C’est que la revendication « démocratique » va dans le sens de l’exigence actuelle du peuple… Mais comment concilier cette proclamation en faveur de la démocratie de la part du représentant de « Rajah », tout en faisant partie du « Mou’tamar al oumma », lequel rejette ouvertement la démocratie ? (5)

 

« Oumma » et nations.

Continuons les investigations. La revendication d’une « oumma » islamique (quelle soit sous forme ottomane ou wahhabite) signifie l’élimination des nations indépendantes. Or cette élimination correspond exactement au plan impérialiste U.S. - et sioniste colonialiste (6) -, formulé dans la doctrine Rumsfeld/Cebrowski… Ainsi, l’oligarchie impérialiste U.S., l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma », donc l’organisation algérienne « Rachad », et les oligarchies islamistes qui visent à dominer (Turque ou wahhabite) ont comme but commun la destruction des États-nations à dominante musulmane, tout au moins ceux allant du Proche-Orient au Maroc. En passant, notons le slogan de la chaîne TV « Al Magharibia » : « « Magharebia sans frontières ». Cela semble, à première vue, un généreux slogan internationaliste. Mais, connaissant la conviction islamiste de cette télévision, de quel type d’ « internationalisme » sinon de « oumma » islamique ?… Donc, plus de nation algérienne, en dépit des combattants morts pour son existence. Dès lors, comment comprendre les proclamations de M. X*, dans ses vidéos, pour la démocratie, ainsi que sa défense de la nation algérienne, et ses dénonciations des accointances des dirigeants actuels algériens avec des puissances étrangères ?

Quelles sont les nations qui ont déjà été détruites ?… L’Irak et la Libye. Quelle nation a subi une invasion (colonialiste israélienne) pour la détruire ?… Le Liban. Après lui, quelle nation a résisté à une tentative de destruction ?… La Syrie… Quel est le point commun entre ces nations ?… De faire partie du front du refus de reconnaissance de l’État colonialiste d’Israël, et de défense des droits légitimes du peuple palestinien… Quelle est l’autre nation qui fait partie du même front ?… L’Algérie, et cela quoiqu’on dise sur les autres aspects de ses dirigeants. Ainsi deviennent claires toutes les tentatives de sa déstabilisation : infiltrations de terroristes masqués en immigrés clandestins, accusation contre l’encadrement de l’ANP en tant que tel et tout entier, sans distinguer entre dirigeants réellement patriotes et ceux qui agissent uniquement pour leurs intérêts de caste, et tentatives d’infiltration et de manipulation de l’actuel Mouvement populaire, par l’intermédiaire de harkis autochtones. Qui sont-ils principalement ?

Concernant la destruction des nations à majorité musulmane du Proche-Orient jusqu’au Maroc, et d’abord celles qui soutiennent la lutte de libération du peuple palestinien, pour les impérialistes U.S., l’intérêt est de mettre la main sur les ressources naturelles et d’installer des bases militaires dans ces pays du sud de la Méditerranée, flanc sud de l’Europe. Tandis que pour les « oummistes » islamistes (d’idéologie ottomane ou wahhabite), le but est de prendre le pouvoir dans une région à constituer en « oumma » (communauté) islamique, donc dictatoriale. Ainsi, le schéma d’alliance entre l’oligarchie U.S. et ses valets d’Arabie saoudite et du Golfe (si pas turcs) s’élargirait à une alliance entre la même oligarchie U.S. et une nouvelle oligarchie vassale désirant gérer cette région à dominante musulmane. Voilà comment une conception de l’Islam, politiquement dévoyée, sert les intérêts d’oligarchies (étrangères alliées aux autochtones) au détriment des peuples musulmans. Les massacres actuels dont ils sont victimes (de la part des terroristes autochtones comme par les bombes des avions occidentaux) ne sont-ils pas une preuve évidente ? Cependant, ces crimes sont travestis en conflits entre sunnites et chiites, de la part des oligarchies turques et moyen-orientales, et, de la part de l’oligarchie états-unienne, anglaise et française, en conflit de la « civilisation », de la « démocratie » et des « droits de l’homme » contre le « terrorisme ».

Est-ce que M. X* a informé ses auditeurs concernant ses relations avec les organisations ci-dessus indiquées ? Comment concilie-t-il leurs orientations idéologiques avec ses appels personnels à la libération du peuple algérien, à la démocratie et à la sauvegarde de la nation algérienne ?

Enfin, dans ses deux dernières vidéos, M. X* déclare que le temps est arrivé pour le Mouvement populaire algérien de se doter de représentants. Ce mouvement populaire gagnerait-il a élire comme représentant un tel homme, ou l’un de ses amis, sachant à présent ses affiliations occultées ?

 

Reconnaître les faux amis.

Quand M. X* se proclame partisan et défenseur de la vérité, ne doit-il pas dire toute la vérité et rien d’autre que la vérité ? Et quand il se présente comme défenseur d’un peuple, en l’occurrence le peuple algérien, ne doit-il pas lui donner toutes les informations indispensables sur son itinéraire politique, afin que ce peuple sache totalement à qui il a affaire ?

Écartons un malentendu. M. X* a le droit, en tant que citoyen, de dire tout ce qu’il veut. Mais, ce droit n’exige-t-il pas le devoir d’informer sur son parcours politique réel et complet ? Adolf Hitler est l’un des plus horribles criminels, mais on doit lui reconnaître d’avoir clairement et publiquement déclaré ses buts dans son ouvrage « Mein Kampf ». M. X*, qui se proclame partisan de la vérité, soucieux de la conscience du peuple, démocrate et défenseur du peuple, ne doit-il pas révéler ouvertement ses affiliations et ses buts réels ?… Qui donc est plus dangereux pour le Mouvement populaire, un Ali Belhadj ou M. X* ?

Combien d’auditeurs des vidéos de M. X* reconnaissent dans le portrait esquissé ici M. Mohamed Larbi Zitout ?… Ne comprend-on pas, alors, combien est très sérieuse la difficulté pour le Mouvement populaire de distinguer qui sont réellement les personnes qui déclarent le défendre, le soutenir et lui fournir des indications d’actions ? Et, cela, afin que le Mouvement populaire ne soit pas manipulé à son insu, et accoucher d’une nouvelle oligarchie, laquelle, malgré les apparences, peut être pire que l’actuelle ?… Car, alors, c’est l’existence même de la nation algérienne qui serait en péril, et c’est l’apparition d’une dictature pire qui risquerait de s’instaurer, parce que cléricale, donc par essence totalitaire, mais du totalitarisme le plus abject, car se légitimant par une volonté divine, selon la formule « bî idnî Allah » (Par la volonté de Dieu). Cette formule est très respectable dans la bouche d’un authentique croyant ; mais, désormais, le peuple algérien sait combien cette formule, prononcée par des opportunistes visant à la conquête du pouvoir étatique dictatorial (car pour eux la démocratie est « kofr », blasphème), lui a coûté de sang et de larmes. Le peuple algérien sait qu’un parti politique ou des intervenants dans les réseaux sociaux peuvent user des règles démocratiques pour éliminer la démocratie ainsi qu’une nation pour établir un empire oligarchique.

En passant, signalons un fait. Lors de la prière collective du vendredi 23 novembre, dans une mosquée d’un quartier populaire d’Oran, un assistant raconta à l’auteur de ces lignes que le thème exposé pendant toute l’heure était celui-ci : le libéralisme est contraire à l’Islam... Que vient faire le libéralisme dans un prêche religieux ? En outre, qui dit « libéralisme » n’entend-il pas « démocratie » ?… La question fut posée à celui qui était présent au prêche : « Est-ce que l’imam a employé le mot « démocratie » ? » - « Non. » Que faut-il en conclure ? Et ce discours de l’imam, qui en est l’instigateur : lui-même, la hiérarchie étatique ou une hiérarchie occulte ? Enfin, les fidèles qui écoutèrent cette négation du « libéralisme » au nom de l’Islam, combien d’entre eux participèrent ensuite à la marche hebdomadaire ? Et, parmi eux, combien ont crié en faveur de la démocratie ?

Comment le Mouvement populaire parviendrait-il à distinguer entre ses amis réels et ses faux amis s’il se cantonne dans ses marches hebdomadaires, sans se structurer, de manière autonome, en comités (ou assemblées) locaux, partout sur le territoire ? N’est-ce pas uniquement ainsi que collectivement, démocratiquement et avec le maximum de précautions, les citoyens pourront examiner, débattre, éclaircir puis élire leurs mandataires pour concrétiser les objectifs légitimes du Mouvement populaire ? Durant les marches hebdomadaires, on assiste souvent à des discussions spontanées pour éclaircir les idées et les actions. Bien que nécessaires et bienvenues, ne doivent-elles pas, en dehors des marches, se compléter par des discussions spécialement organisées à cet effet ?

D’autres aspects de la manipulation du Mouvement populaire seront prochainement exposés.

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(1) Voir « Révolte et révolution : assimiler toute l'histoire passée » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/revolte-et-revolution-assimiler-toute-l-histoire-passee.html

(2) Voir https://www.youtube.com/watch?v=Q3k23lqHnu8

(3) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(4) Voir https://www.youtube.com/watch?v=6VazMqyzANw

(5) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(6) La précision est nécessaire, car il existe des sionistes non colonialistes, reconnaissant les droits légitimes du peuple palestinien.

 

Publié sur

Algérie Patriotique en deux parties (01.12.2019 et 02.12.2019) et sur La Tribune Diplomatique Internationale (02.12.2019).

 

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Rédigé par Kadour Naimi

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